Textes poétiques et d'actualité -nulle part ailleurs !

inspiré d’art

Une distance que l’on porte en soi – ( RC )

Ce qu'il y a entre nous...

photo  Catherine Loth – musée des moulages  –  Lyon

 

Ce qu’il y a entre nous
est quelque chose d’indéfinissable.
        Je me reconnais en toi,
comme si c’était un miroir:
tes yeux me le rappellent…,
mais j’ai beau me rapprocher,
te toucher,
        Tu ne seras jamais moi,
et jamais je ne verrai par ton regard.

Peut-être que son éclat
est l’image de tes pensées,
qu’elles aussi je ne peux saisir.
          Je ne serai jamais toi,
et dans sa limite la plus ténue,
même chair contre chair,
il y a toujours
cette distance infranchissable,
que l’on porte en soi.


RC – juill 2018

 

 

voir  aussi,  sur une  autre photographie  de Catherine Loth, cet autre texte, créé le même jour…


Une toute petite armoire – ( RC )

art- Sophie Calle

 

C’est une armoire un peu bizarre ,
où se cachent plein d’histoires,
des souvenirs d’enfance,
de petits objets
que conservait ma mère
dans sa boîte de couture,
une boucle de cheveux blonds,
dans du papier de soie,
des bandes de papier
avec mon écriture tremblée
décrivant la grille du jardin,
les escargots qui se cachaient
sous le rebord du mur.

Comme on peut le deviner,
un secret reste un secret .
Il y en a de terribles
cadenassés à triple tour,
enfouis au fond de la mémoire,
qu’on s’efforce d’effacer,
mais qui reviennent
tôt ou tard,
à la surface.
Rassurez-vous
ce ne sont les miens .

Il y a , …. il y a
plein de choses encore,
tant qu’on pourrait s’étonner
que cela prenne place
dans cette petite armoire .
– Je ne ferai pas une liste :
– d’ailleurs à quoi bon ? –
elle n’a pas de fond,
car elle s’ouvre sur l’infini
et la course des étoiles .
Si vous l’ouvrez
( car je n’ai pas de clef )
vous n’y verrez rien
de particulier .

Je suis seul à savoir ce qu’il y a dedans…


RC – mai 2017


Constellations de Miró – ( RC )

Résultat de recherche d'images pour "Personnages dans la nuit guides par les traces phosphorescentes des escargots"

peinture: Joan Miró -Personnages dans la nuit guidés par les traces phosphorescentes des escargots (1940 )

 

J’ai suivi les étoiles,
et l’émerveillement d’un enfant
voyant dans le firmament,
les rêves reportés sur la toile,

les animaux du zodiaque
les femmes oiseaux,
peintes par Miró ,
un chant élégiaque

imprimé dans l’irréel :
Des figures bizarres,
un vocabulaire de chiffres épars,
majuscules et voyelles

où des personnages se bousculent
dans une curieuse constellation,
couleurs joyeuses en éruption :
des yeux, des triangles et des bulles

Il y a quelque chose des Shadocks
rien n’est rectiligne :
ici, on parle la langue des signes :
l’espace est ventriloque,

On peut sauter à l’aise
de planète en planète :
la nébuleuse est stupéfaite
et ouvre ses parenthèses

par l’intermédiaire d’une marelle,
où, dans un silence éternel,
il suffit d’une échelle
pour atteindre la case « ciel »…


RC – nov 2017

 

Image associée

Joan Miró:   Femmes au bord du lac à la surface irisée par le passage d’un cygne


Reines de France – Scarabées – ( RC )

Anselm Kiefer

sculpture –  Anselm Kiefer ( dans la suite de sa série  « les reines de France » )


Le quadrillage régulier des salles du palais
s’enlumine         de celui des fenêtres hautes.
           Le pied emprisonné sous la bottine
risque un déplacement prudent
sous le manteau noir
ceint d’hermine  .
          La robe de plomb
sertie d’opales et rubis,
ne protège pas du froid .

Cuirassée  d’ élytres.

Il faut déplacer
         cette pesanteur rigide
sur le carrelage muet
à la façon d’un automate
bien que le corps
         ambitionne
l’audace du soleil
ses rayons enveloppant
ta  blanche jambe de rousse .

Un bourdon dans sa cage.

( On ne court pas ,        légère
dans les allées du parc
          en habits de coton
après avoir laissé
au vestiaire
         l’habit d’apparat ) .
Le protocole impose
le maintien,       la tête haute .
Les gardes sont en armure.

Scarabées.

Le domaine est clos
les arbres étendent leurs ombres,
bouchent l’horizon,
            les murailles hautes .
On n’attend plus le prince charmant .
Une chambre étroite dans la tour nord,
            un sombre plafond à caissons .
Une lourde bible pèse sur la tête .
On ne la voit plus .

On a trouvé un insecte  séché  dans une  boîte  d’allumettes .


RC – sept 2016


Une naissance en peinture – ( RC )

Diebenkorn Coffee

                             peinture:  Richard Diebenkorn

Vêtue d’inachevé,
ce n’est pas ton visage
qui émerge de l’eau,
et ton rire blessant la toile .
Ta peau est fluide,
et personne n’écope,
les éclaboussures
étoilant ta robe .

Tu émerges juste de la couleur :
Il suffirait de presque rien,
pour que tu retournes
dans l’anonymat
….      – te diluant dans les glacis,
      et les coulures ,
dissimulée par les larmes,
de la peinture:

Celle-ci n’est pas sèche ,
et colle encore aux doigts.
Il y a, sur eux
comme une saveur marine…
teintée d’essences :
C’est une apparition :
–       sous les pinceaux,
         j’assiste à ta naissance .

RC – avr 2016


Porté sur la face claire des nuits – ( RC )

Peinture: Odilon Redon

Pastel   : Odilon Redon

 

Je revois  sur une  toile  , ce visage
Le regard  lointain, comme  détaché  du monde,
Essayant derrière  moi, de déchiffrer les ombres,
Les équilibres  instables  du vent, et la face ignorée des jours…

Ou peut-être simplement,
Un regard qui ne voit pas,
Mais qui en est , à reconstruire,
L’écheveau des rêves :
L’ailleurs porté sur la face claire des nuits,
Où on traverse des instants
Si loin ,   du poids  du corps ,

Qu’on pourrait apercevoir
Au milieu de la lumière noire,
Des éclats  de couleur ,
Engendrés par les effluves d’une terre
Qui se repose de la fatigue du jour,
Et laisse une mémoire ,
Libérée de son carcan .

C’est un envol vers d’autres  contrées ;
Les explorer se fait sans peine .
Il n’y a pas de limites,
Et aucune frontière ne la retient prisonnière.


I see on a canvas, this face
The distant look, as detached from the world,
Behind me ,trying to decipher shadows
The unstable condition of the wind, and the ignored face of the days …

Or maybe just,
A look that does not see,
But who is to rebuild,
The web of dreams:
Other places focused on the face of clear nights,
Where we cross moments
So far, of the body weight,

We could see
Amid the black light,
Color bursts,
Caused by the smell of an earth
That sits of the tiredness of the day,
And let a memory,
Freed from its shackles.

It is a flight to other countries;
Explore them ,is done easily.
There are no limits,
And no border holds it prisoner.


Le dessin blanc – texte 2 – Cheval du Wiltshire – ( RC )

Art préhistorique – âge du bronze :           cheval de Cherhill ( Wiltshire, England)

Le dos  tourné  au miroir,
les images  se reconstituent,

Au détour une vallée;
Le train s’obstine,

sur  sa voie  étroite,     à voguer
au sein de paysages paisibles .

L’éprouvante chape  des nuées  ,
se pose toujours
 
sur les collines du Wiltshire .

Sa sombre autorité,
cède parfois au tracé blanc,
>     une découpe  de craie,

Où un cheval s’est posé,
étourdi  du destin  :

La marque imprimée des hommes
Garde le mystère intact,

d’une chose plus ancienne,
que le passage du temps.

s’il fallait suivre les crètes
Observées du ciel,
Comme  le font les oiseaux,

Ce serait le défilé des siècles,
inscrit  dans le mouvement,
Toujours suspendu

Des grands chevaux blancs…

Le train, lui,         vite disparu,
comme s’il n’avait jamais existé.

RC- mars 2015


« Vois-tu », Cécile ?

Illustration d’un article de Antonello Anedda, visible sur  « terres de femmes »

 

 » Vois-tu »,  Cécile,

Ce sont les yeux  d’une  autre,
Dont la vue  s’immisce….
Mais  n’atteint pas  l’iris

– D’une distribution réussie,
Tu partages avec Lucie…
La légende et le martyre

Comme se transmettent les dires  .

Si, même en pleine lumière
Des dieux dont tu parles,
Nous ne voyons que pierres,

Au toucher, et selon toute nécessité

Nourris ta vue,   de tes caresses,
Certains disent  qu’elle baisse
Mais      l’éclat de la sagesse

Remporte le combat, et se nourrit de cécité….

Il n’y a plus de place,
Sur la Sainte Figure…
L’absence  d’expression, sur ce visage pur

Jamais, ne laisse de trace .

Creuses, les orbites
Vides de leur vue…
Pour celle, sans limite

Empruntant un chemin imprévu…

Un court-circuit des sens,
Dans l’assise du jour.
Le supplice de la nuit,

Au fond de la tête,  s’élance.

Les yeux  sont livrés  sur un plateau.
Celui-ci est d’étain,
Leur  trajectoire nous étreint ,

Dépourvus de cils…

Vois-tu bien,   Cécile,
Sur le plat de  métal,       ces îles  ?
Le sang  remplit la coupe…

( Incision et découpe )

Il n’est pas trop tard,
Pour laisser vivre      ce regard  :

Aucun bandeau          ne dissimule
le visage  anonyme.

Les portes fermées à la lumière,
Empruntent les chemins d’un désert.

Ce sont  des oeillères,
Allant par paires.

La vue, malgré l’absence,
S’invite en voyance,…
C’est peut-être une chance

De voir  sans les yeux.

Sur la face,       seulement des creux,
Enfoncent la surface,
Les as-tu eus seulement, un jour,      bleus ?

>     Puisque  tu franchis les ciels,

Comme autant de paupières,
Ouvertes à la lumière
Et son aveuglement de mille feux…

La ferveur supplante la couleur,

Malgré la douleur,     tu ne vois,
Qu’avec les doigts
Et le trajet du coeur…

—  Désormais, aucun obscur
N’efface du réel
Sa distance immatérielle.

L’infini        se traverse comme le futur.

RC – sept 2014

 

Peinture:      F de Zurbaràn:  détail de  « Sainte Lucie »

 

 

 


Cavalleria Eroica – ( RC )

sculpture:  Arman  Cavalleria Eroica   2004

sculpture:  Arman                 Cavalleria Eroica 2004

C’est une bataille de grand renom,
Des hommes, contre des canons,

La Grande ou la première,
Aux avancées meurtrières…

Se rue ,            grande cavalcade
Bientôt en dégringolade,

Comme se mène,   la charge furieuse,
Devant de froides mitrailleuses

Et voila notre escadron fauché
…A terre          la grande chevauchée

Dans les branches, les chairs éclatées,
Plantes nourries de membres étalés,

Découpés en lanières,
Boue sanglante, de guerre aventurière,

Jusque aux lèvres des tranchées,
D’une soif de sang jamais épanchée…

C’est une peinture d’histoire, ce tableau,
Sombre,                   aux accents de Waterloo.

RC  – février 2014


Masque – ( RC )

masque  Baoulé de     Côte d’Ivoire

La magie du masque,
Ne dit rien que son visage noir,
Le bois creusé, que l’on dirait
Moulé sur un corps,

Un abri, derrière lequel
Il se réfugie,           –
–    … Je suis en compagnie,
D’un esprit.

L’ombre d’une face,
L’épreuve du silence,
Laissant sa trace,
Au-delà des gestes  ;

Ceux de la danse,
Le lien vers un peut-être,
Sévère et magnifique,
De traduction magique

C’est une patine offerte,
Repoussant la lumière,
Happée vers l’intérieur,
Vers des mots d’une autre langue

Et qu’on protège  des regards,
Du commun des humains.
Les lignes de ses formes fondent sa force,
Son action saluée , bénéfique,

Quand le masque  est de sortie,
Chassant en conviction,
Les mauvais esprits,
Les mauvaises récoltes

Viens demain,
Sans lui, en habit de paille,
Remise-le dans l’ombre,
Les yeux fermés

La bouche ouverte,  …
Le masque sacré
Veille même sur la nuit
Et aussi notre destin.

RC – décembre 2013

masque africain- Afrique centrale

masque africain- Afrique centrale


Grâce à mon collage – ( RC )

montage -collage perso  Lyon 2011

montage -collage perso   à partir de photos perso               – fête des lumières            Lyon 2011    ( fontaine  d’Amphitrite )

Je contemple,

Un ours, enroulé en boule,

Avec du papier journal,

Trempé d’encre rose,

…  La statue dans le parc,

Regarde ailleurs,

Il est midi quelque part,

Sur les îles,

De l’autre côté du monde,

Le sable est blond,

Le soleil est découpé,

Et déposé à mes pieds,

La trompe d’un éléphant

Dépasse parmi les nuages,

Le temps est suspendu,

Chaviré dans la couleur,

Immobile et sans âge,

Grâce à mon collage.

RC  – décembre  2013


Au commencement est le geste, à la fin, la douleur ( RC )

Sculpture  Michel-Ange - Pièta  1498

Sculpture Michel-Ange – Pièta 1498

Il y a toujours un commencement, mais nous n’en avons plus mémoire,

Ou c’est celle, animale, de l’embryon que nous fûmes…

Aussi on nous dit la Genèse, le premier jour, la lumière, ( les contes fleuris de la création du monde ),

 ornent les missels, ou occupent les cadres dorés des musées.

 

…Le geste se prolonge à travers tous les corps      ( Bernard  Noël ),

,       et c’est de l’espèce commune,       oui,          de cerner, attentif à notre fonds commun.

 

Le sang circule donc dans les veines, et l’existence tutoie différences et préjugés,

C’est l’intérieur qui parle, ( le flux sanguin, se trouvant de la même couleur chez tout le monde)

Le geste est originel… Pêchant dans l’inconscient collectif.

Il se traduit en images,  parfois elles nous envahissent, car construites à notre semblance…

La Vierge est à ma portée, portant dans ses bras son fils mort, et affaissé.

Son immobilité et sa blancheur ,           sa dureté de marbre, quelle que soit l’habileté de l’artiste,                    lui ôtent sa chaleur.

Juchée sur son piédestal, et faussement accessible, le monde ne recommence pas avec elle,

au contraire, elle se substitue en mythe, aux mères des pays de famine, où toute mère, hurle à la vie enfuie, et qui s’est, au sens propre, arrachée d’elle.

S’il y a une genèse, il y a aussi celle de la douleur…. Il est des Pièta vivantes, ne prêchant pour aucune religion.

RC – 14 octobre  2013

Pogordski

Parodie de Pièta: ( une  de la série photographique  de G PODGORSKY )


Les têtes jaunes – ( RC )

peinture : V Van Gogh

–            peinture : V Van Gogh

Toutes ces têtes jaunes,
Qui ensoleillent,
Les collines,
Et se tournent, ensemble,
Couronnées de leur soleil pétales,
Ondulent ensemble,
Et jettent leurs feux ,
De couleur, sur les champs
Sous la houle de la saison  ;


Et si celle-ci s’avance,
Quel que soit le vent,
Les têtes grainées,
Devenues lourdes,
De tant d’heures de chaleur,
Se plient, et regardent le sol,
Et finissent par se rendre,
Ainsi, dans le vase de Van Gogh,
Les tournesols.

RC – 1er décembre 2013

peinture  Van Gogh

peinture :  Van Gogh


Art en abondance et dîner aux chandelles – ( RC )

peinture: Le Caravage  - Méduse

peinture: Le Caravage – Méduse

C’est le dîner aux chandelles,
Je me doute que les saveurs les plus rares,
Sont au menu ce soir …
Et les peintures sont bien plus belles,

Lorsque je sors du four,
Pommes de terre, et légumes pêle-mêle,
Avec de belles chanterelles,
Réparties tout- autour.

Les ciels du Greco bruissent de l’orage,
Je pourrais comme ses saints, lever les yeux au ciel,
Mais il faut que je déguste avant, la sauce au miel,
Les deux surprennent par leur éclairage..

Les chefs d’oeuvre des musées,
Ne s’accompagnent pas d’eau,
Aux fresques de Michel-Angelo,
… Ils se bousculent dans ma tête,    médusée.

C’est peut-être que ces mets fins,
Me montent à la tête,
Et que les couleurs sortent, en fête,
Avec, mon troisième verre de vin.

Attendez que je goûte,
Avec le rôti, ce jus orangé,
Tandis que sans danger,
Les angelots baroques dialoguent sous les voûtes…

Il faut bien que mon âme se repaisse,
Aussi,     des peintures du Caravage,
Ca facilite la digestion et le voyage
Si aussi, mes babines, je pourlèche.

Il vaut mieux , avec cette abondance …
Avoir les yeux de Méduse, qui brillent
– ( j’entame le dessert à la vanille ),
C’est comme si j’allais aux Offices, à Florence…


RC  – 21 novembre 2013

peinture: Taddeo Gaddi: Annonciation

peinture: Taddeo Gaddi: Annonciation


Invisible dans la cachette – ( RC)

art- Giuseppe Penone - Souffle 6 - 1978..  empreinte de corps dans la terre  (terre cuite), centre Georges Pompidou Paris

art- Giuseppe Penone – Souffle 6 – 1978..        empreinte de corps dans la terre        (terre cuite), centre Georges Pompidou Paris

Quand s’ouvre doucement sous nous,

La trappe du temps,

On s’y glisse, au début,

Comme dans une cachette,

Et, fort de ma trouvaille,

Invisible aux yeux de ceux

Qui nous recherchent,

Comme dans une grotte,

Qui collerait à la peau,

Ce jeu, à m’effacer,

Mais tout entendre et regarder

Sans être aperçu…

Le jouer du cache-cache, total

Et être invisible,

Même à moi-même

A quitter mes douze ans,

>   Ou plutôt qu’ils me quittent,

Pendant que se soudent les années,

  • Une porte invisible aussi, – s’est close.

Et l’ingénieuse cachette,

Restée invisible,             pour de vrai,

N’avait même pas,   l’indice d’un ongle,

Des objets que je portais     ce jour là,

Ou mes os blanchis         en petit tas…

Une cache ,                       si bien close,

.               Que je porte en moi.

RC – 2 octobre 2013

( cet article a pour origine, le beau texte  d’Astrid Waliszek » cache-cache »)

sculpture-volume: Giuseppe Penone  - visage moulé  ( détail du "souffle" 1978- voir photo précédente

sculpture-volume:       Giuseppe Penone –       visage moulé ( détail du « souffle » 1978- voir photo précédente


Les instants recourbés par le vent ( RC )

dessin – pastel:           Marie-Christine Blanc

Les instants recourbés, animés par le vent
Déposent en collier aux fronts des pêchers
Des nuées de roses, saluées par les oiseaux
Qui préparent une fête, au futur de l’été.

C’est une odyssée; elle se renouvelle chaque année
Dessinée d’habits neufs, de frondaisons franches
Où se déverse la lumière, en corne d’abondance
Etalée de tout son poids, sur la terre avide

Que déménage en douceur, la fête des pousses
A jouir du printemps.   C’est une course
A prendre les devants de chaque instant
Et oublier l’hiver, en virée des couleurs.

RC


L’obscure hantise ( RC )

                                       gravure: F Goya:      série des « Caprices »

 

Ont été livrées les fenêtres éteintes,

Fermés les horizons d’un mur végétal,

Entortillé le cordon ombilical …

S’est édifié, pierre à pierre un labyrinthe.

 

Personne n’en a jamais vu la sortie

On ne traverse pas de jardins aux orangers,

Mais une jungle épaisse de tous ses dangers,

Gardée de ronces, barbelés et d’orties.

 

La nuit commence, quand s’éteint la joie,

Les rideaux tombent, rien ne trouve sa place,

Il n’y a de palpable que ce que les années amassent,

Et qu’on chemine seul sur le chemin étroit,

 

Que l’on imagine bordé de précipices,

Sans savoir la direction où nous mène,

Le mystère de la condition humaine,

Quand la peau se ride et se plisse.

 

Et dans la lente course vagabonde,

D’autres sentiers sortent des bois,

Certains portent des lanternes, et d’autres des croix,

Errant au bord de lacs sombres, dont on devine l’onde.

 

Chacun garde cependant un peu d’espoir,

Soit par conviction, soit par prière,

En souhaitant qu’enfin revienne la lumière,

Pour voir changer le cours de l’histoire.

( en pensant à toutes les périodes d’obscurantisme accompagnant les vicissitudes de l’histoire )

 

 

RC  – 20 septembre 2013


Figure des Cyclades ( RC )

art cycladique: British Museum  London

art cycladique:         British Museum                 London

 

La muse des mystères,

N’a pas de visage,

Ou alors,        seulement indiquée,

 

L’arête du nez,

Dépassant du lisse,

mais juste la substance des choses,

 

>             L’essentiel est dit ,

L’expression ne s’accroche

Ni aux lèvres absentes, ni au regard…

 

idole cycladique – Met – Art Mus ( NYC)

Nous laissons le nôtre,

Parcourir l’espace,

 

La pierre debout,

A la stature humaine,

 

Et cette énigme,

Blanche et dure,

 

La courbe même, en tension ,

Fuit,           dans l’harmonie,

 

Les récits parasites,

Venant perturber l’aube de la nuit.

 

La nuit des temps, – dit-on,

Pourtant, ne se fond pas dans l’obscur,

 

Si simplicité fait aussi l’épure,

Polie des mémoires de chair,

Des peuples cycladiques,

Nous sommes, en présence,

De l’infini.

RC – 19 septembre  2013

– en relation avec l’article de Michèle  Dujardin  » Cyclades »


Installé sur ton arbre (RC)

art:       Pierre Alechinsky

Comme  je  voletais  de ci de là
J’ai trouvé l’espace libre et je m’y suis mis
Installé  sur ton arbre, la branche amie
Elle  était douce, moelleuse comme matelas

L’automne  avait déserté le deuil
Les couleurs  étaient en tapis de peinture
Autour de ton tronc, belle garniture
Le vieux  chêne  gardait quand même quelques feuilles

J’irai prendre un verre de whisky,
Et pour qu’un peu, je me penche,
Sur les veines de tes branches,
–     Les encres d’Alechinsky   –

Adossé à la baie  vers le port
Au mystère  d’écriture je te lirai
Et d’un grand orage je m’enivrerai
Aux pages feuilletées, j’en ferai bonheur.

 

RC-     29 novembre 2011,         modifié septembre 2013

 

En réponse à  « cette nuit… »,  le poème d’Adeline  que l’on peut  lire ici…


Aquis Submersus ( RC )

Max Ernst       aquis submersus         1919

Après,     il y a bien ce temps immobile,
La lune ,     qui reflète une horloge,
L’eau fade    où le plongeur vertical,
Cherche des coquillages improbables,
Dans une piscine étroite,

Soumise au silence,
Au mannequin figé,
Moulage de plomb
Distribuant les mauves portés,
Attentif à la nuit.

Rien n’existe,
Que la part du rêve sur le papier,
Où les ombres se posent en faux,
L’ Aquis submersus
Rejoint ce décor d’opérette.

Censure ouverte,    d’un secret entrevu,
Un espace traversé d’ambiguïtés,
Rappel lointain d’un familier,
–                  Traversé à la hâte,
Mais aux fenêtres murées.

RC – 13 septembre  2013


Combats épiques – (RC )

Au pied des tours du fort,

  • ces ciels bas du nord –

    Ce château des destins croisés

A l ‘herbe douce, et arrosée,

Miniatures précises, et aquarelles…

Où l’on plante des échelles,

Collines et arbres deployés,

Sur un fond carroyé,

Et si on tourne les pages,

Du livre aux images,

En passant du livre de prières,

Aux scènes guerrières,

Où la forteresse prise au piège,

Soutient vaillamment le siège .

On a descendu les herses,

Evalué la partie adverse,

Rassemblé les vaillants,

Pour contrer les assaillants.

Alors, l’herbe s’arrose,

D’un coup à forte dose…

Le sang des soldats cascade,

En rouges rasades,

Jaillissant des armures,

Jusqu’à peindre les murs,

Si les assaillants culbutent,

Et s’entraînent dans leur chute,

D’estoc et de taille,

En bruits de bataille,

Lances et piques,

. Et écritures gothiques.

S’écrivent aussi en combats épiques,

Discours et politique,

Ce qu’on voit sur les manuscrits,

Minutieusement décrits

Mariages et mésalliances,

Au pays de France.

Histoires de pouvoir,

– Agrandir un peu son territoire

Jouant aux échecs,

Rois, puissants et évêques,

Partageant le convoitise,

Sous de belles devises.

Accords , et traîtrises,

Bâtisseurs de châteaux et d’églises,

Edits et parchemins,

Sceaux de cire rouge carmin,

Evangéliaires et livres pieux

Les manuscrits précieux,

S’offrent aux regards,

De qui parcourt l’histoire,

En remontant les pages….

> Autant de témoignages,

Du passé,

Et des années amassées.

RC  11 septembre  2013


J’ai traversé le ciel, avec mes ciseaux ( RC )

peinture: gouache découpée: H Matisse 1946

 

J’ai traversé le  ciel,
Avec mes  ciseaux,
Laissé  derrière,      pêle mêle,
Des  silhouettes  d’oiseaux,
Mêlées  de girouettes,
Sur les hautes demeures,
Agitées de vents  de fête,
–        Réservant à la couleur,
Des rencontres,         l’aventure
Entre une ligne  qui s’enroule,
Vers une découpe  de peinture,
Séchée  ( avant qu’elle ne coule ),
Et, sous les feuilles de figuier, penser
A rassembler les bleus,
>           Et puis les faire danser
En exotiques feux…

 

RC  – 1er  septembre   2013

 

 


Lucien Rainier – Nocturne

 

 

peinture:             Max Ernst

 

 

 

 

 

Ce soir, par cette lune éteinte, à voix couverte,
le vent léger, qui rôde au milieu des roseaux,
endort, en la frôlant, l’immobilité verte
des larges nénuphars qui sont au bord des eaux ;

qui sont au bord des eaux calmes de l’étang tiède,
pleins de charme attentif et d’ennui caressant ;
où mon coeur douloureux s’attarde, guérissant
son ancienne amertume à cet ancien remède.

L’ombre est dans le silence. Un oiseau fuit. La nuit
sur tout mal lentement descend consolatrice ;
Toi qui n’as pas sommeil dans le sommeil du bruit,
pourquoi te souvenir et gémir ?… L’heure glisse.

Mais, un astre paraît dans le stagnant miroir,
lointain comme un appel, imprécis comme un rêve,
et qui naît et grandit, comme naît et s’élève,
le beau scintillement, dans l’âme, de l’Espoir !

 


Du beau ou du laid- Au choix

du beau et du laid ( au choix)…

Beauté – laideur… voila deux termes que je n’emploie quasiment jamais… c’est complètement hors de propos…

inadapté, voire injurieux envers le travail d’un artiste… car ce qui est beau ou laid, c’est un jugement de valeur, et ce qui est beau pour moi ne le sera pas pour le voisin..

Je préfère le mot être touché par… cette peinture me parle, « elle a une grâce, une lumière, une personnalité qui fait qu’elle me parle. »

..Si on prend Francis Bacon par exemple,

peinture: Francis Bacon, une  des trois  études pour  auto-portrait  1980

peinture: Francis Bacon, une des trois études pour auto-portrait 1980

puisque , il vrai que ce sont des oeuvres fortes qui me touchent personnellement, je vois des merveilles au niveau couleur, technique, expression,

… mais , qui rentrera dedans par une autre porte, n’y verra qu’horreur, mal être, tourment, désespoir, et fuira cette catégorie d’oeuvre au plus vite.

Grosso modo, elle rejettera cette vision car elle l’agresse: le sinistre, le malsain, l’horrible, ne fera pas partie de sa conception de l’art, ou plus simplement, de ce qu’il désire cotoyer . ce qu’on peut comprendre.

On peut comprendre que la vision de mal être , de torture des formes et des corps, – voir les oeuvres  d’Otto Dix- même si quelque part elles représentent la société contemporaine de son temps  ne soit pas accueillie comme un piédestal de la beauté…

peinture: Otto Dix

dont la notion « scientifique »… puisque l’avantage de la science est de présenter des données communes et vérifiables à chaque instant. – ce que ne produit pas le rapport émotif ( variable en fonction de chaque individu, de sa culture, de sa perception) — reste à démontrer

Je me pose des questions personnellement par rapport à l’esthétique tout court, et l’esthétique d’objets dits artistiques qui au départ ne sont pas du tout conçus pour être de l’ordre de l’artistique, de l’agréable, du plaire, du joli ( avec tout ce que peut comporter ce terme suranné)

…par exemple les masques et statuettes provenant d’autres civilisations que la nôtre, ceux d’Indonésie, d’ Afrique…. qui sont chargés symboliquement, c’est sûr, mais que nous ne pouvons pas lire ( n’ayant pas la culture , les codes et les croyances du pays , de l’ethnie, et de l’époque concernée )…

aboart2[1]Art aborigène-  Australie

donc nous en faisons un interprétation esthétique – voir la collection du musée Branly- présentée dans un écrin remarquable d’ailleurs… , qui évidemment nous parle, car l’expression que les artistes de ces ethnies est splendide,

ne serait-ce qu’au niveau du métier, du savoir faire, et de l’expressivité.. ( mais que dire au niveau de l’esthétique ?… rien… donc, ni beau, ni laid).

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Si on prend la série des « women » de de Kooning..

peinture  W De Kooning  -  women

dessin  –  W De Kooning – women

donc quand même une vision de la femme vue comme prédatrice, agressive, déformée – sauf avis contraire- peut on avoir un avis sur le beau et le laid ?

Cet exemple est intéressant parce qu’au cours de mon approche de cet artiste, je suis passé de l’incompréhension, à l’amour inconditionnel de son oeuvre…

c’était donc une ouverture d’esprit, qui m’a fait passer au dessus, de la notion de beau ou de laid…

C’est ce qui nous parle… que nous allons transformer en « beau ». Il n’y a pas de beau, il n’y a pas de laid, il n’y a que des oeuvres qui dialoguent avec nous et que nous lisons ou interprétons…

donc qui nous touchent, parce qu’elles nous renvoient à un écho de nous même. ce qui me fait dire, que le beau ou le laid, c’est une image de nous -même

Voir, en photo, l’univers  très particulier  de  Araki Nobuyoshi

modification,  avec  l’ajout de cette  citation du crépuscule des idoles,  de Nietzsche

Beau et laid. — Rien n’est plus confidentiel, disons plus restreint que notre sens du beau. Celui qui voudrait se le figurer, dégagé de la joie que l’homme cause à l’homme, perdrait pied immédiatement. Le « beau en soi » n’est qu’un mot, ce n’est pas même une idée. Dans le beau l’homme se pose comme mesure de la perfection ; dans des cas choisis il s’y adore. Une espèce ne peut pas du tout faire autrement que de s’affirmer de cette façon. Son instinct le plus bas, celui de la conservation et de l’élargissement de soi, rayonne encore dans de pareilles sublimités. L’homme se figure que c’est le monde lui-même qui est surchargé de beautés, — il s’oublie en tant que cause de ces beautés. Lui seul l’en a comblé, hélas ! d’une beauté très humaine, rien que trop humaine !… En somme, l’homme se reflète dans les choses, tout ce qui lui rejette son image lui semble beau : le jugement « beau » c’est sa vanité de l’espèce… Un peu de méfiance cependant peut glisser cette question à l’oreille du sceptique : le monde est-il vraiment embelli parce que c’est précisément l’homme qui le considère comme beau ? Il l’a représenté sous une forme humaine : voilà tout. Mais rien, absolument rien, ne nous garantit que le modèle de la beauté soit l’homme. Qui sait quel effet il ferait aux yeux d’un juge supérieur du goût ? Peut-être paraîtrait-il osé ? peut-être même réjouissant ? peut-être un peu arbitraire ?… « O Dionysos, divin, pourquoi me tires-tu les oreilles ? » demanda un jour Ariane à son philosophique amant, dans un de ces célèbres dialogues sur l’île de Naxos. « Je trouve quelque chose de plaisant à tes oreilles, Ariane : pourquoi ne sont-elles pas plus longues encore ? »