Textes poétiques et d'actualité -nulle part ailleurs !

inspiré d’art

Porté sur la face claire des nuits – ( RC )

Peinture: Odilon Redon

Pastel   : Odilon Redon

 

Je revois  sur une  toile  , ce visage
Le regard  lointain, comme  détaché  du monde,
Essayant derrière  moi, de déchiffrer les ombres,
Les équilibres  instables  du vent, et la face ignorée des jours…

Ou peut-être simplement,
Un regard qui ne voit pas,
Mais qui en est , à reconstruire,
L’écheveau des rêves :
L’ailleurs porté sur la face claire des nuits,
Où on traverse des instants
Si loin ,   du poids  du corps ,

Qu’on pourrait apercevoir
Au milieu de la lumière noire,
Des éclats  de couleur ,
Engendrés par les effluves d’une terre
Qui se repose de la fatigue du jour,
Et laisse une mémoire ,
Libérée de son carcan .

C’est un envol vers d’autres  contrées ;
Les explorer se fait sans peine .
Il n’y a pas de limites,
Et aucune frontière ne la retient prisonnière.


I see on a canvas, this face
The distant look, as detached from the world,
Behind me ,trying to decipher shadows
The unstable condition of the wind, and the ignored face of the days …

Or maybe just,
A look that does not see,
But who is to rebuild,
The web of dreams:
Other places focused on the face of clear nights,
Where we cross moments
So far, of the body weight,

We could see
Amid the black light,
Color bursts,
Caused by the smell of an earth
That sits of the tiredness of the day,
And let a memory,
Freed from its shackles.

It is a flight to other countries;
Explore them ,is done easily.
There are no limits,
And no border holds it prisoner.

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Le dessin blanc – texte 2 – Cheval du Wiltshire – ( RC )

Art préhistorique – âge du bronze :           cheval de Cherhill ( Wiltshire, England)

Le dos  tourné  au miroir,
les images  se reconstituent,

Au détour une vallée;
Le train s’obstine,

sur  sa voie  étroite,     à voguer
au sein de paysages paisibles .

L’éprouvante chape  des nuées  ,
se pose toujours
 
sur les collines du Wiltshire .

Sa sombre autorité,
cède parfois au tracé blanc,
>     une découpe  de craie,

Où un cheval s’est posé,
étourdi  du destin  :

La marque imprimée des hommes
Garde le mystère intact,

d’une chose plus ancienne,
que le passage du temps.

s’il fallait suivre les crètes
Observées du ciel,
Comme  le font les oiseaux,

Ce serait le défilé des siècles,
inscrit  dans le mouvement,
Toujours suspendu

Des grands chevaux blancs…

Le train, lui,         vite disparu,
comme s’il n’avait jamais existé.

RC- mars 2015


« Vois-tu », Cécile ?

Illustration d’un article de Antonello Anedda, visible sur  « terres de femmes »

 

 » Vois-tu »,  Cécile,

Ce sont les yeux  d’une  autre,
Dont la vue  s’immisce….
Mais  n’atteint pas  l’iris

– D’une distribution réussie,
Tu partages avec Lucie…
La légende et le martyre

Comme se transmettent les dires  .

Si, même en pleine lumière
Des dieux dont tu parles,
Nous ne voyons que pierres,

Au toucher, et selon toute nécessité

Nourris ta vue,   de tes caresses,
Certains disent  qu’elle baisse
Mais      l’éclat de la sagesse

Remporte le combat, et se nourrit de cécité….

Il n’y a plus de place,
Sur la Sainte Figure…
L’absence  d’expression, sur ce visage pur

Jamais, ne laisse de trace .

Creuses, les orbites
Vides de leur vue…
Pour celle, sans limite

Empruntant un chemin imprévu…

Un court-circuit des sens,
Dans l’assise du jour.
Le supplice de la nuit,

Au fond de la tête,  s’élance.

Les yeux  sont livrés  sur un plateau.
Celui-ci est d’étain,
Leur  trajectoire nous étreint ,

Dépourvus de cils…

Vois-tu bien,   Cécile,
Sur le plat de  métal,       ces îles  ?
Le sang  remplit la coupe…

( Incision et découpe )

Il n’est pas trop tard,
Pour laisser vivre      ce regard  :

Aucun bandeau          ne dissimule
le visage  anonyme.

Les portes fermées à la lumière,
Empruntent les chemins d’un désert.

Ce sont  des oeillères,
Allant par paires.

La vue, malgré l’absence,
S’invite en voyance,…
C’est peut-être une chance

De voir  sans les yeux.

Sur la face,       seulement des creux,
Enfoncent la surface,
Les as-tu eus seulement, un jour,      bleus ?

>     Puisque  tu franchis les ciels,

Comme autant de paupières,
Ouvertes à la lumière
Et son aveuglement de mille feux…

La ferveur supplante la couleur,

Malgré la douleur,     tu ne vois,
Qu’avec les doigts
Et le trajet du coeur…

—  Désormais, aucun obscur
N’efface du réel
Sa distance immatérielle.

L’infini        se traverse comme le futur.

RC – sept 2014

 

Peinture:      F de Zurbaràn:  détail de  « Sainte Lucie »

 

 

 


Cavalleria Eroica – ( RC )

sculpture:  Arman  Cavalleria Eroica   2004

sculpture:  Arman                 Cavalleria Eroica 2004

C’est une bataille de grand renom,
Des hommes, contre des canons,

La Grande ou la première,
Aux avancées meurtrières…

Se rue ,            grande cavalcade
Bientôt en dégringolade,

Comme se mène,   la charge furieuse,
Devant de froides mitrailleuses

Et voila notre escadron fauché
…A terre          la grande chevauchée

Dans les branches, les chairs éclatées,
Plantes nourries de membres étalés,

Découpés en lanières,
Boue sanglante, de guerre aventurière,

Jusque aux lèvres des tranchées,
D’une soif de sang jamais épanchée…

C’est une peinture d’histoire, ce tableau,
Sombre,                   aux accents de Waterloo.

RC  – février 2014


Masque – ( RC )

masque  Baoulé de     Côte d’Ivoire

La magie du masque,
Ne dit rien que son visage noir,
Le bois creusé, que l’on dirait
Moulé sur un corps,

Un abri, derrière lequel
Il se réfugie,           –
–    … Je suis en compagnie,
D’un esprit.

L’ombre d’une face,
L’épreuve du silence,
Laissant sa trace,
Au-delà des gestes  ;

Ceux de la danse,
Le lien vers un peut-être,
Sévère et magnifique,
De traduction magique

C’est une patine offerte,
Repoussant la lumière,
Happée vers l’intérieur,
Vers des mots d’une autre langue

Et qu’on protège  des regards,
Du commun des humains.
Les lignes de ses formes fondent sa force,
Son action saluée , bénéfique,

Quand le masque  est de sortie,
Chassant en conviction,
Les mauvais esprits,
Les mauvaises récoltes

Viens demain,
Sans lui, en habit de paille,
Remise-le dans l’ombre,
Les yeux fermés

La bouche ouverte,  …
Le masque sacré
Veille même sur la nuit
Et aussi notre destin.

RC – décembre 2013

masque africain- Afrique centrale

masque africain- Afrique centrale


Grâce à mon collage – ( RC )

montage -collage perso  Lyon 2011

montage -collage perso   à partir de photos perso               – fête des lumières            Lyon 2011    ( fontaine  d’Amphitrite )

Je contemple,

Un ours, enroulé en boule,

Avec du papier journal,

Trempé d’encre rose,

…  La statue dans le parc,

Regarde ailleurs,

Il est midi quelque part,

Sur les îles,

De l’autre côté du monde,

Le sable est blond,

Le soleil est découpé,

Et déposé à mes pieds,

La trompe d’un éléphant

Dépasse parmi les nuages,

Le temps est suspendu,

Chaviré dans la couleur,

Immobile et sans âge,

Grâce à mon collage.

RC  – décembre  2013


Au commencement est le geste, à la fin, la douleur ( RC )

Sculpture  Michel-Ange - Pièta  1498

Sculpture Michel-Ange – Pièta 1498

Il y a toujours un commencement, mais nous n’en avons plus mémoire,

Ou c’est celle, animale, de l’embryon que nous fûmes…

Aussi on nous dit la Genèse, le premier jour, la lumière, ( les contes fleuris de la création du monde ),

 ornent les missels, ou occupent les cadres dorés des musées.

 

…Le geste se prolonge à travers tous les corps      ( Bernard  Noël ),

,       et c’est de l’espèce commune,       oui,          de cerner, attentif à notre fonds commun.

 

Le sang circule donc dans les veines, et l’existence tutoie différences et préjugés,

C’est l’intérieur qui parle, ( le flux sanguin, se trouvant de la même couleur chez tout le monde)

Le geste est originel… Pêchant dans l’inconscient collectif.

Il se traduit en images,  parfois elles nous envahissent, car construites à notre semblance…

La Vierge est à ma portée, portant dans ses bras son fils mort, et affaissé.

Son immobilité et sa blancheur ,           sa dureté de marbre, quelle que soit l’habileté de l’artiste,                    lui ôtent sa chaleur.

Juchée sur son piédestal, et faussement accessible, le monde ne recommence pas avec elle,

au contraire, elle se substitue en mythe, aux mères des pays de famine, où toute mère, hurle à la vie enfuie, et qui s’est, au sens propre, arrachée d’elle.

S’il y a une genèse, il y a aussi celle de la douleur…. Il est des Pièta vivantes, ne prêchant pour aucune religion.

RC – 14 octobre  2013

Pogordski

Parodie de Pièta: ( une  de la série photographique  de G PODGORSKY )


Les têtes jaunes – ( RC )

peinture : V Van Gogh

–            peinture : V Van Gogh

Toutes ces têtes jaunes,
Qui ensoleillent,
Les collines,
Et se tournent, ensemble,
Couronnées de leur soleil pétales,
Ondulent ensemble,
Et jettent leurs feux ,
De couleur, sur les champs
Sous la houle de la saison  ;


Et si celle-ci s’avance,
Quel que soit le vent,
Les têtes grainées,
Devenues lourdes,
De tant d’heures de chaleur,
Se plient, et regardent le sol,
Et finissent par se rendre,
Ainsi, dans le vase de Van Gogh,
Les tournesols.

RC – 1er décembre 2013

peinture  Van Gogh

peinture :  Van Gogh


Art en abondance et dîner aux chandelles – ( RC )

peinture: Le Caravage  - Méduse

peinture: Le Caravage – Méduse

C’est le dîner aux chandelles,
Je me doute que les saveurs les plus rares,
Sont au menu ce soir …
Et les peintures sont bien plus belles,

Lorsque je sors du four,
Pommes de terre, et légumes pêle-mêle,
Avec de belles chanterelles,
Réparties tout- autour.

Les ciels du Greco bruissent de l’orage,
Je pourrais comme ses saints, lever les yeux au ciel,
Mais il faut que je déguste avant, la sauce au miel,
Les deux surprennent par leur éclairage..

Les chefs d’oeuvre des musées,
Ne s’accompagnent pas d’eau,
Aux fresques de Michel-Angelo,
… Ils se bousculent dans ma tête,    médusée.

C’est peut-être que ces mets fins,
Me montent à la tête,
Et que les couleurs sortent, en fête,
Avec, mon troisième verre de vin.

Attendez que je goûte,
Avec le rôti, ce jus orangé,
Tandis que sans danger,
Les angelots baroques dialoguent sous les voûtes…

Il faut bien que mon âme se repaisse,
Aussi,     des peintures du Caravage,
Ca facilite la digestion et le voyage
Si aussi, mes babines, je pourlèche.

Il vaut mieux , avec cette abondance …
Avoir les yeux de Méduse, qui brillent
– ( j’entame le dessert à la vanille ),
C’est comme si j’allais aux Offices, à Florence…


RC  – 21 novembre 2013

peinture: Taddeo Gaddi: Annonciation

peinture: Taddeo Gaddi: Annonciation


Invisible dans la cachette – ( RC)

art- Giuseppe Penone - Souffle 6 - 1978..  empreinte de corps dans la terre  (terre cuite), centre Georges Pompidou Paris

art- Giuseppe Penone – Souffle 6 – 1978..        empreinte de corps dans la terre        (terre cuite), centre Georges Pompidou Paris

Quand s’ouvre doucement sous nous,

La trappe du temps,

On s’y glisse, au début,

Comme dans une cachette,

Et, fort de ma trouvaille,

Invisible aux yeux de ceux

Qui nous recherchent,

Comme dans une grotte,

Qui collerait à la peau,

Ce jeu, à m’effacer,

Mais tout entendre et regarder

Sans être aperçu…

Le jouer du cache-cache, total

Et être invisible,

Même à moi-même

A quitter mes douze ans,

>   Ou plutôt qu’ils me quittent,

Pendant que se soudent les années,

  • Une porte invisible aussi, – s’est close.

Et l’ingénieuse cachette,

Restée invisible,             pour de vrai,

N’avait même pas,   l’indice d’un ongle,

Des objets que je portais     ce jour là,

Ou mes os blanchis         en petit tas…

Une cache ,                       si bien close,

.               Que je porte en moi.

RC – 2 octobre 2013

( cet article a pour origine, le beau texte  d’Astrid Waliszek » cache-cache »)

sculpture-volume: Giuseppe Penone  - visage moulé  ( détail du "souffle" 1978- voir photo précédente

sculpture-volume:       Giuseppe Penone –       visage moulé ( détail du « souffle » 1978- voir photo précédente