Textes poétiques et d'actualité -nulle part ailleurs !

reflexion

Une distance que l’on porte en soi – ( RC )

Ce qu'il y a entre nous...

photo  Catherine Loth – musée des moulages  –  Lyon

 

Ce qu’il y a entre nous
est quelque chose d’indéfinissable.
        Je me reconnais en toi,
comme si c’était un miroir:
tes yeux me le rappellent…,
mais j’ai beau me rapprocher,
te toucher,
        Tu ne seras jamais moi,
et jamais je ne verrai par ton regard.

Peut-être que son éclat
est l’image de tes pensées,
qu’elles aussi je ne peux saisir.
          Je ne serai jamais toi,
et dans sa limite la plus ténue,
même chair contre chair,
il y a toujours
cette distance infranchissable,
que l’on porte en soi.


RC – juill 2018

 

 

voir  aussi,  sur une  autre photographie  de Catherine Loth, cet autre texte, créé le même jour…


Une barrière invisible – ( RC )

 

IMG_0148.JPG

photo: Mona Kuhn

J’ai regardé la photo   :
elle me faisait face,
l’air songeur ;
j’ai pensé à ce qu’elle regardait
l’instant où son portrait
s’est engouffré dans l’appareil,
comme happé à son insu,

sa bouche entr-ouverte
disant quelque chose
que je n’entendrai jamais,
et le bras tendu en avant,
comme pour me rejoindre.
j’ai aussi tendu le bras vers elle
et touché l’emplacement de ses doigts, :

le papier impeccablement lisse
avec son cadre blanc,
m’a fait comprendre
que j’étais de l’autre côté,
à jamais séparé de sa réalité,
par une barrière redoutable
infranchissable,     car invisible .

RC – janv 2018

 


Debout devant la fenêtre – ( RC )

 

 

centre G Pompidou  -  expo cubisme  P Mondrian.JPG

 

peinture:       Piet Mondrian

 

Je vais rester debout
devant la fenêtre,
scotché contre la vitre,
à attendre      je ne sais quoi,
regarder la rue terne,
striée d’obliques pluies .

Des copeaux de lumière
pénètrent encore dans la pièce ,
mais l’ombre gagne du terrain.
L’attente s’allonge de même.
Mon souffle a fait de la buée sur le verre
je pourrais tracer avec mon doigt

quelque chose:         un signe,
une formule magique ,
une jolie fleur ,    un coeur,       ou bien,
simplement,                        ton prénom,
pour que tu reviennes…
( on se sait jamais ) .

Mais le jour a fini par sombrer,
corps et biens,
il ne sert plus à rien
de regarder dehors:
l’horizon s’est bouché .
Tout est indistinct.

Indistinct aussi
ce qui se passe en moi,
–  autant il est difficile de trier
entre colère, tristesse et remords .
C’est pourquoi je reste debout,
à la fenêtre ,           condamné .

— jusqu’à ce que l’amour s’en suive …
( s’enfuie…)


RC – sept 2017


L’énigme résiste à l’analyse – ( RC )

Image associée

Si on improvise,
– comme un chant dans la nuit ;
sans suivre une recette -,
se risquant            sur un fil,
avec le vide           en-dessous,

Chaque parcelle ,
semble créée d’un nouveau langage ,
issu d’un chaudron,
où les ingrédients
partagent leur saveur .

Toi, tu le vois un peu
          à la façon d’ un chimiste
assemblant les phrases,
comme il le ferait
en mélangeant les produits.

Quelle intuition faut-il au poète
pour que des images naissent ,
d’une rencontre fortuite
et         engagent le rêve
en quelques lignes brèves ?

C’est                  d’un intervalle,
entre le sens et l’inconscience,
où l’étincelle créative
s’élève d’un écrit incertain,
         et jette ses feux .

Comment les atomes de carbone,
façonnent-ils un diamant ?
Comment la musique de l’âme
s’échappe-t-elle        de quelques mots
imprimés sur une page ?

C’est une sorte d’énigme :
Elle résiste à l’analyse
et conserve son secret
au plus profond de l’esprit :

qui voulait donc changer le plomb en or… ?


RC – janv 2017


C’est un drôle de truc – ( RC )

 

 

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Je suis là,          et je n’y suis pas.
Il y a de la vie, passant par ma main,
mais elle est ailleurs aussi .
Il y a ce que je dis
et ce que je ne dis pas.
Les traces de mes pas,
et ceux de bêtes imaginaires,
qui se croisent
et se superposent.
C’est un drôle de truc ( l’écriture ),
disait Duras,
( autant dans les romans-photo ,
que dans les lettres
que je ne t’ai pas encore écrites )


RC – mars 2018


Faire de son image, le deuil – ( RC )

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Tout a un début, tout a une fin :
Je n’apprendrai à personne
Que, commençant par un beau matin
d’été, on se retrouve vite à l’automne…

Tu as beau tourner le miroir
dans tous les sens
Tu te vois entouré de noir :
c’est une présence

où le décor s’engloutit
dans un incendie sans flammes :
c’est peut-être ce qui embellit
une partie du drame ….

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Ce n’est pas ce que tu imagines :
Il ne suffit pas de déchirer les feuilles
du magazine,
pour faire de ton image, le deuil.

Dans cet incendie froid,
cette glace limpide,
que la glace soit à l’envers, à l’endroit,
ton visage reste le même, couvert de rides.

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Ce portrait trompeur
cette peau flasque ,
supportant son poids d’heurs :
c’est un masque

dont jamais tu ne te défais   :
tu ne peux le déchirer :
c’est un auto-portrait
qui ne fait qu’empirer .

Il n’y a pas de camouflage
dans les peintures de Rembrandt,
mais seules ,  les marques de l’âge
– quelque peu discordantes .

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Et un jour la mort,
( qui jouait la patience ),
s’extrait soudain du décor…
– en toute innocence…

Elle, qui restait discrète, enfin
prend toute la place :
Du miroir sans tain,
ton image s’efface…

RC- avr 2016


Fragments de marbre de Gortyne – ( RC )

734k5 Gortyne, olivier âgé de 1600 ans et colonne

photo  Thierry Jamart photo  Thierry Jamart  ( Gortyne –  Crète )

Je suis encore trop loin
pour entendre le fracas des étoiles .

D’autres, par delà les siècles l’ont-il perçu ?
Des volcans se sont réveillés,
ont tout balayé sur leur passage.

Des gestes sont restés suspendus,
Des temples se sont écroulés.

On se dit que les temps sont morts,
la vie ayant déserté les villes.

On trouve encore fréquemment
des tronçons de colonnes dans les champs.

Les oliviers, eux, se souviennent,
des tragédies grecques , du voyage d’Ulysse.

Certains sont millénaires.
Ils tiennent dans leurs racines
des morceaux de statues de marbre.

Les regards sereins, enfouis sous la terre
ont tout le temps de capter les récits des héros,
et de surprendre l’éternité :

celle qui reste sous l’empliement des strates.

L’aubier de la jeunesse de ces arbres,
contient peut-être encore
la trace de l’incendie,

se nourrit aussi des cendres
et les vénèrent ainsi.


RC – juin 2016

 

( Gortyne est un site très ancien au centre-sud de la Crète, célèbre notamment  par  son « code de Gortyne », grande inscription encore visible…

voir  aussi  l’extrait  du texte  de Lambert Savigneux,  visible ici:

 » le regard et sourire amasse le fracas des étoiles que je sens dans tes gestes quand tu t’actives dans nul autre but que de prendre le temps de vitesse et surprendre la mort enfermée dans les troncs que tu dessines »


La solitude du pin – ( RC )

Afficher l'image d'origine

 

peinture :  Marc Pfund

 

Secoué de mistral

Sans remords.

Il l’avale 

Lourd de bruissements, 

Et du soleil d’ors

Se tait, sous serment,

Dressant juste ses épines

Aux senteurs de thym…

Je n’en connais pas l’origine  .

Tout tourne autour du ventre,

Certains diront          « le nombril du monde »

<          Mais où est donc le centre 

Que le vent  sonde ?

Dans la tradition congolaise

L’humanité commence par le nombril,

C’est peut-être, dans le création,     une île

Au milieu de l’océan, sa genèse …

Et le monde, … 

Commence-t-il par le temps…. ?

Une goutte  de sang ?

Qu’est-ce qui le fonde ?

L’horloge du soleil, 

Indique ,       opposée au ciel,

L’étendue des ombres …

Ou bien le regard, celui de l’enfant   …

Même le plus sombre

Que l’on porte ,

Comme  à nos premières années,

L’ouverture d’une porte

Avec la mère, présente

Dans l’humanité, …. nous en sommes  nés.

Elle en est Origine,

Comme le pin,              aussi

Gardien de la terre bienveillante,

Accroché  à ses racines.

Se tient toujours ici…

RC – août , sept 2014

( nouvelle  version  « retravaillée » )   de ce texte  de juin  2013

 

Peut-être n’es-tu pas encore née … – ( RC )

Liu-Bolin Toulouse  fondation Ecureuil.jpg

                                       Art:       Liu Bolin –             Toulouse

 

 

 

(suite…)


L’erre des glaces ( une occupation pendant l’hiver 1942 ) – ( RC )

image: soldats gelés dans un abri – Finlande – provenance: http://rarehistoricalphotos.com

 

Je ne sais s’il faut le dire,
mais il y a quelque chose
qui pétrit la terre,
entre ses doigts …
et cela s’enfonce
dans une atmosphère
rigide comme le fer:
tout se fige alors
dans l’attente
la température chute
sous l’étau du froid,
verticale.
L’eau s’accroche sur tout,
à la façon de dents,
et l’hiver mord
à plaines vents.
Les couperets de glace
hachent ce qui reste
de la nature d’avant.
Tout est dur
et fragile à la fois,
se brise comme du verre
pour retourner
à l’âge de pierre.
Y a-t-il encore
une chaleur qui couve
en profondeur ?
On dirait que l’épaisseur
du gel est entrée
si loin
dans les failles du sol,
que même le feu
s’est solidifié .
Seul alors,
le rapprochement
avec un astre incertain
semble pouvoir faire que

le poing crispé se desserre.

RC – janv 2016


La matière des suppositions – ( RC )

peinture: Maurice Brianchon

peinture: Maurice Brianchon

 

Il est  si difficile  de te trouver,
de dire  où tu es,
quelque part,
et d’ailleurs , puisque  le temps,
nous pousse un peu plus loin,
et d’abord  hors  de nous-même,
as tu seulement encore  quelque  chose,
de commun, avec celle  que tu étais ?

une flamme  vacille,
est-ce  la mémoire  qui flanche ?
ou est-ce elle  qui  tourbillonne,
lente,  diffuse  :
des ombres  se sont  détachées
de la musique  du monde :
Tout un monde lointain,
qui avale les journées.

Et l’absence,        ingrate,
elle,     se déplace pourtant, toujours  .
–    la boucle  d’un retour,
–    le poids d’une pierre,
qui pèse  sur le lac,
condamné à l’horizontale.
Peut-être vis-tu entre deux eaux,
des pensées parallèles…

Les univers seraient  clos,
le principe des vases communicants
n’auraient plus cours.
Il faut se contenter des ombres,
et des suppositions  .

RC – juillet  2015


Les ordures de l’actualité – ( RC )

0incendie Pakistan

 

Debout quelque part,
c’est dire la station verticale,
équilibre instable,
d’un pied sur l’autre;
mais on sait que c’est provisoire.

Des nouvelles à la radio,
on dirait que naturellement
prolifèrent
les incendies, les révoltes
et qu’ils gagnent du terrain.

C’est encore loin,
mais il y a des prémices,
et c’est comme un légume
qui pourrit,
dont les taches brunes s’étendent.

Là bas, on n’est plus debout,
on rampe, on se terre
on s’abrite où on peut,
on mange des rats,
– s’il y en a.

C’est un crépuscule,
les derniers soubresauts
d’une lueur
avant son effondrement .
On ne pourrait plus être …

Et si l’on a été,
cela se conjugue au passé,
maintenant l’ombre
se détache des choses,
et prend le dessus.

Dans quel monde a-t-on vécu ?
Déjà,            on ne s’en souvient plus …
la poussière soulevée
a tout envahi,
même jusque aux souvenirs .

Ou s’il y en a encore,
Il n’est pas sûr qu’au réveil,
il y ait encore un soleil.
Hier est du passé,
C’est comme s’il était mort.

On doit faire avec la peur,
et de drôles d’orages glacés,
sur des terrains arides
où se multiplient les ordures,
de l’actualité .


RC – janv 2016


Si l’ombre n’existe, aux yeux de personne – ( RC )

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                                                                        Peinture: Yves Tanguy  

Peut-être c’est le temps,

Ou bien la lumière est fausse,

Elle rentre à l’intérieur d’elle même .

 

Personne ne me dit où je me trouve,

C’est peut-être une salle aux miroirs,

Où ils sont si nombreux,

Qu’on ne sait plus ce qu’ils reflètent .

 

On ne sait plus où regarder,

On a d’autres chats à fouetter.

 

Que diront tes yeux ?

Rien peut-être

Si l’ombre n’existe,

Aux yeux de personne,

Alors je suis cette ombre.

RC – mai 2015


La pièce blanche – ( RC )

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C’est une pièce blanche ,
Dont je n’ai pas la clef.
Le lit chromé aux bords arrondis,
Le sol aux carreaux blancs,    aussi .

Je ne sais ce qu’on attend de moi.
Rien ne sort d’ici,
Même pas la vue,
Compressée           par de hauts murs .

Les fenêtres qu’on ne peut pas atteindre,
Trop hautes et closes d’opaque,
Fermées aussi sur la mémoire,
Sous des néons blafards .

Les jambes lourdes et fatiguées,
De cent pas                dans l’immobilité,
J’ai laissé des souvenirs se dissoudre,
Dans un placard à pharmacie .

Je pourrais compter,
Pour déjouer         un sommeil vain,
Comme on compte les moutons,
Les voitures qui circulent.

Attachées dans leur mouvement,
Au goudron d’une avenue proche,
Engluées         comme des oiseaux,
Dans la marée noire de leur nuit.

Je ne peux secouer la mienne,
Pour retrouver mon enveloppe,
Et réapprendre mon nom,

 Qu’avec des barreaux blancs.

RC – sept 2014

photo  transformation perso

photo transformation perso


L’image est présente, le ciel est en pente – ( RC )

__

L’image  est présente,
le ciel est en pente.
On ne sait pas  s’il monte
ou si c’est la terre qui bascule.
On y trouve des signaux de lumière,
Ils forment  l’énigme,  

et on cherche  à  les interpréter,
A la traduire, sur un air,
où les notes  hésitent,
se chercheraient  encore,
comme les premiers accords,
Sous les  doigts  du pianiste  …

Il n’y a pas de réponse,
que celle  que nous donnons.
En sommeil éveillé,
suivant ici la trace du grand  Chariot,
dont les roues  creusent  de larges  sillons,
bientôt perdus  de vue,  jusqu’à Orion, et au delà …

Mais si,  déplacés sur une autre hémisphère
on percevait d’autres  constellations…
Que sait-on de l’au-delà,
puisque  justement  on ne voit  rien  ?
( un regard  de courte portée ,
même  celui des plus puissants télescopes ) –

Le disque  de la nuit  se déplace,
et nous semblons rester immobiles,
comme si la musique  se répétait indéfiniment,
saupoudrée des même  refrains  et mêmes  figures .
On nous  rend  aux  chemins  familiers,
qui nous égarent dans l’aveuglement,

tellement  est large  la distance,
et qui nous emprisonnent,
dans une image.
>   Telle serait la fleur,
qui ignore  sa semblable,
seulement au-delà des collines.

RC- janv 2015


Comme ces coquilles – ( RC )

 

Apaisés ,  polis par la mer
N’ayant          plus la trace,
Même, de la douleur,
Nous serons déposes
Sur le sable,
Nos os éparpillés,
Comme ces coquilles,
Poussées par le ressac,
Léchées      par l’écume,
Ayant perdu aussi le souvenir,
De nos chairs,
Et de nos pensées.

RC  dec  2014


Etre le fil ( RC )

montage : Ulla Gmeiner - extrait de plateform magazine

montage : Ulla Gmeiner –       extrait de plateform magazine

 

 

 

S’il faut remonter le cours des choses,
enfin, celui qu’indique la pesanteur,
tu ne peux que percer les nuages,
et t’agripper comme tu peux,         aux frottements de l’air.
La chute est inéluctable, et la mort définitive.
Tes ailes se sont détachées, tu étais trop proche du soleil, et la planète exerce sa vengeance, indifférente  .
Le baiser du sol, une farouche attirance.
Mais le sursis d’un câble, auquel tu te suspends,   permet de différer la sentence..
Comme quoi    – dit-on         la vie ne tient qu’à un fil –

Il était temps .

La danse de l’acrobate peut se poursuivre dans les airs,
le papillon voleter de ci, de là, évitant les pièges, presque malgré lui.

Tu rêves d’une image pure où tu serais le dompteur de toi-même, délivré de la pesanteur, et juste rattaché à un fil.
Mais celui-ici ne serait plus celui qui te retient de la chute au dernier moment.
Il serait un cordon ombilical, te reliant à la vie, comme celui qui jadis te reliait à ta mère.
Tu peux te mouvoir dans un univers où tous les repères se dissolvent, la pesanteur abolie, et toi, à la recherche d’une perfection, puisque tes mouvements ne seraient plus entravés.
Seul, le fil te maintient.
Il te maintient en vie, car il t’alimente d’oxygène dans un espace qui en est dépourvu, conjurant l’asphyxie, mais si fragile, car tu pourrais le lâcher, ou le rompre par inadvertance.

Tu as pénétré par effraction dans un univers qui t’était étranger, interdit par ta propre nature, – ainsi le scaphandrier sous la chape épaisse de l’eau – et tout dépend du fil : de ce qui le relie à la surface, au monde connu.

De la même façon l’épée de Damoclès, elle aussi suspendue à un fil, n’est une menace que si celui-ci vient à se briser .

Tu t’approches , amant solitaire de ta propre vie,

saisis des instants que tu prolonges, tant que tu tiens à distance les pouvoirs de la mort.

Tu es toi-même le fil,

celui, qui avant de se rompre,             a différé la chute.

RC –  mai 2015


Le ballet des convenus – ( RC )

collage - Elsa von Freytag-Loringhoven - Portrait "dada" de Berenice Abbott

collage – Elsa von Freytag-Loringhoven – Portrait « dada » de Berenice Abbott

 

Nos soleils meurent dans la brume,
Comme plongés dans la mine ;
La servilité se répand et enfume
La conscience se fige et s’abîme,
Agenouillée  sur l’autel de l’ officiel:
L’expression , sur tout  sujet  ,reste muette,
et se contente d’ouvrir son missel
( – « Restez en rang, je ne  veux voir  qu’une  tête  !  » – )

On se demande s’il existe encore une pensée
Avec le convenu, les convenances
progressant  – si on peut dire ! – au pas cadencé,
Si le conforme est l’évidence…
A aller tous dans la même  direction,
Saluons la putain respectueuse…
L’inverse est un délit  d’opinion…
Alors,  Vive les pensées  creuses  !

Secouons l’encensoir
des paroles vertueuses…
L’anti-conformisme mène à l’abattoir.
La société  y conduit ses brebis  galeuses  .
Pour celles  qui ont eu le malheur
de s’écarter  de la raison,
et du règlement intérieur,
On leur indique la prison ;
L’échantillon des peines
mis à leur  disposition,
L’épaisseur  des chaînes,
la mise en condition  :
Les joies des goulags ou bien celles de l’exil…
En commençant à faire un tri
Avec les hautes murs  de l’asile,
Et un verdict de psychiatrie…

Qui parle  de révolution ?
( séparer le bon grain de l’ivraie:
Il n’y a que ça  de vrai ):
C’est toujours la solution,
Pour corriger nos erreurs,
A coups de trique   :
Nos chers dictateurs,
Préparent  notre auto-critique…

RC – avril 2015


Des étoiles et des hommes – ( RC )

 

 

Ces étoiles qui nous narguent,
repassent  chaque  nuit,
au-dessus  des têtes,
– on peut faire abstraction des arbres
– repousser les nuages
( le cas  échéant )

Certains  rêvent de les atteindre,
ou, même, si ce n’est pas possible,
d’interpréter les signes,
de relier les points,
de dessiner des figures,
restant piquetées dans l’azur profond .

De l’autre  côté  du fleuve,
C’est le pays voisin.
L’étendue  d’eau sert de frontière,
C’est un espace  inconnu   ;
Il n’y a pas  de pont,
permettant de relier les  rives …

Ce sont   des étrangers,
Leur langue est âpre,
Leurs  coutumes ne sont pas les nôtres ,
Mais nous savons, qu’ils ont ,
comme nous , contemplé les  étoiles,
qui reviennent chaque nuit,
leur chuchoter leurs paroles .

Leur ont-elles  confié leurs secrets,
Tracé des lignes  du destin,
différentes de nôtres ?
Sont-elles plus accessibles,
et les planètes plus souriantes ,
ouvertes aux  prédictions ?

On se souvient d’un voyageur téméraire,
qui eut la chance de revenir vivant,
du pays voisin .
– nous étions en guerre -,
(pour des raisons  qui nous paraissent
bien obscures aujourd’hui).

Il nous a raconté, que c’étaient les mêmes  astres,
plantés  au même  endroit, semble-t-il,
et offerts à tous les regards,
présentés dans leur  écrin de ciel.
–   Des diamants laissés hors de portée,
échappant ainsi à la convoitise des hommes.


RC – janv  2015


Ce qu’on ne voit plus – ( RC )

Image: Stephane Perraud- Galerie de Roussan

 

Si tu voyages  sur ma page blanche,

Tu y percevras  toute  l’épaisseur  des phrases,

Qui s’y sont déposées,

Au fil des années,

Et que j’ai inscrites,

d’encre sympathique  ;

 

L’écriture retournant sur elle-même,

Se recouvrant et s’effaçant,

Au fur et à mesure,

Comme de nouvelles vagues,

Posant leur trace  sur le sable,

Effacent le souvenir des anciennes.

 

Bien sûr la page n’a pas de mémoire.

Tu ne feuillèteras  qu’un cahier vierge,

A la marge un peu diluée,

d’une  buée rosée.

 

L’expression nous dit,

Qu’il faut lire entre les lignes.

 

C’est  sans  doute possible,

Mais  si tu n’y vois rien,

Tu pourras juste supposer,

que l’essentiel est ailleurs,,

Que les paroles  s’envolent,

Et les  écrits  …  aussi.

 

RC –  juin  2014


Oiseaux sans entraves – ( RC )

peinture: Georges Braque  Oiseux  en vol

peinture:           Georges Braque              Oiseaux en vol

 

 

Les oiseaux migrateurs,
N’ont pas besoin d’ordinateur,
Ou de boussole, pour s’orienter.

Nous ne sommes pas des oiseaux,
Et vivons à demeure,
les pieds collés à la terre.

Les mouvements sont pesants,
Les paroles et langages
Ont du mal à franchir les frontières,

Traduire les dialectes,et les écrits
Reste une tâche difficile,
Où les erreurs sont fréquentes.

Pour se comprendre,
Les animaux sur la terre,
Ne se posent pas la question.

Bien sûr des machines
Viennent à notre secours,
Et les flux informatiques,

Parcourent la planète,
Dans tous les sens,
Calculent à notre place,

Nous informent sur la météo ,
Et des évènements aux antipodes,
Modèlent la forme des voitures

Analysent les habitudes des gens,
Et voudraient presque s’y substituer.
C’est un vaste filet,

Presque semblable à une nasse,
Se refermant sur un banc de poissons,
Dont on ne voit pas les mailles.

Une toile d’araignée,
Qui nous emprisonne,
Plutôt qu’elle ne nous libère.

Et le filet se resserre,
Chaque jour un peu plus,
Sur notre quotidien.

Déjà le ciel est rayé,
Parcouru de lignes noires
Des réseaux électriques.

Nous gesticulons dessous
Tandis que les oiseaux,
Libres, volent au-delà,

Sans entraves.

 
RC – avril 2014


Des yeux vagues, une page vide – ( RC )

image: montage  perso 2013

                              image: montage perso 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est  d’une  autre année que je parle.
On y entendait           une musique;
On y voyait des accords de couleur.
Tout y composait un tableau,
Ses ambiances  et ses lumières.

Je ne pourrais  dire         s’il était beau.
Ce serait plutôt à toi       de le  décrire;
Mais      …  je ne suis pas dans tes yeux,
Dans ce que tu percevais    de l’orchestre,
Et des frémissements du coeur,

Avant que la brise
N’agite les rubans,
Et que s’envolent les chapeaux.
Tu descendais le vallon,
Parmi les herbes hautes  et les  fleurs.

C’était alors un printemps  avancé,
Et pourtant des nuages serrés pointaient à l’horizon.

Je te vois maintenant,
Immobile                 et indifférente,
Et il semble  que ta mémoire     se heurte,
Aux murs clos d’une chambre,
Les rideaux            fermés à la lumière.

De tes yeux vagues,   tu contemples,
Ce qui semble             une page vide,
Et les gestes sont  difficiles.
Ils ne se referment même pas
Sur ton passé.

La musique         y est inaudible ….
Ou alors ,           a-t-elle été aussi,
Emportée               par le vent  ?

RC –  sept  2014

 

 


Champ du blanc – ( RC )

 

 

 

photo:       Cristina García Rodero

CristinaGarciaRodero -silh  au drap susp

Egaré dans un champ vertical,
Tendu sur un fil,
Découpé en une forme,
Accrochée aux plis humides …

Le soleil se déplace et m’éblouit,
… Je serai bientôt bu par le blanc ,
Effacé aux yeux de tous,

Déjà ondulant,    et poussé par le vent,
Jusqu’à sortir de la toile,
Et perdant ainsi mon ombre.

RC – avril 2014


Soleils artificiels – ( RC )

La ville jongle de soleils artificiels,
Tout s’agite et reluit,
On voudrait effacer du ciel,
Sa présence de nuit.

Les vitrines aux modèles sympathiques,
Reflètent le pinceau des phares,
Et la vieille qui erre,         l’air hagard,
Clignotée de néons,         épileptiques.

La fée électricité,
Se prostitue, à chaque carrefour,
Elle vante les accessoires de l’amour,
A grand renfort de publicités.

Lèvres peintes, fausse carnation…
Les avenues se prolongent et s’égarent,
Les clients titubent à la sortie du bar,
— Oubli de l’humaine condition

Qu’avalent bientôt      la circulation,
Les relents lourds,      et la crasse,
Hamburgers aux frites lasses,
Répondent à la situation .

Les trottoirs ne savent plus leur couleur,
Les hommes ne sont que silhouettes qui bougent,
Alternativement vertes, puis rouges.
Deux putains fardées, promettent le bonheur,

Peut-être une part de rêve,
De ceux auxquels on ne croit pas,
Echappés un quart d’heure au froid,
Une part de mort brève.

Entre les immeubles, c’est orange et miel
Tout s’agite                      et s’enfuit,
Cela sent la poussière et le trop cuit
…               la ville aux paradis artificiels .

RC – août 2014