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Archives de avril, 2012

Larges ombrelles au sol (RC)

Des géants de vie, aux larges ombrelles

il ne reste que le silence après la coupe, un semis de copeaux, éparpillés, encore collants de sève,  un fouillis de  branches  emmêlées de leur parure inutile , et un ensemble de bûches  soigneusement empilées, sans espoir  de printemps  .

Devenue trop étroite  pour que se croisent sans efforts les véhicules, la route aux platanes  ne donnera plus son ombrage au soleil provençal.

L’arrogant décret administratif, un trait de plume , a permis de mordre dans le végétal, au hurlement  têtu des chaînes de tronçonneuses, dans les  vapeurs  d’essence, à défaut de vapeur des sens,

et seule  l’acre odeur des feuilles  et branches, et écorces  arrachées  dans la chute.

 


Crise de l’ordure – Bernard Noël

 

 

Dans la suite  de  « Indignez-vous »,

 

Bernard Noël, connu comme poète, se fait aussi porteur  d’une parole politique forte, qui résume beaucoup de choses – au moment  où s’achève le mandat de Mr Sarkozy…

 

voir  donc  Ban, une nouvelle revue, sous la direction de Julien Blaine, Edith Azam et Bernard Noël…  (téléchargement inter-actif)  dont j’ai extrait ceci

 

Crise de l’ordure

Indignez-vous, et puis quoi ? L’indignation, bien sûr, vaut mieux que  la soumission, mais elle n’y met pas fin. Peut-être même l’apaise-t-elle    comme la colère apaise une tension. L’indignation ressemble à la révolte.

Son énergie est touchante, ses éclats séduisent et souvent rassurent, son     effet est immédiat. Au mieux, c’est une prise de conscience, qui peut    se développer ; au pire, c’est une crise sans lendemain qui a le tort de    donner une bonne conscience à son acteur.

L’organisation actuelle du monde et l’orientation qui la guide sont révoltantes, mais elles ont l’habileté et le pouvoir de nous faire croire     qu’elles sont la seule voie. Socialement, elles ne produisent que de          l’ordure et la qualifient de nécessité raisonnable. Ainsi, graduellement, tout est dénaturé afin de rendre l’aliénation désirable tandis que la perte             de la liberté devient un gage de sécurité. Le travail demeure la base de l’existence mais c’est une valeur sans valeur puisqu’on lui reproche d’être ruineux pour les entreprises et d’un coût fatal pour la compétitivité.

Tous les acquis sociaux sont désormais des obstacles pour l’économie et   ils s’autodétruisent en creusant leur dette. Quant aux services publics, ils   avaient le tort de rendre service à tous alors qu’ils ont à présent l’avantage   de faire payer par tous la richesse de quelques-uns.

La différence entre la réalité et le discours des profiteurs serait      caricaturale si elle ne faisait le malheur de millions de pauvres et de chômeurs : elle est socialement ordurière et humainement meurtrière.

Tout démontre que le patronat et ses serviteurs n’ont jamais accepté

les progrès lentement conquis par les ouvriers et les employés de telle   sorte qu’ils en précipitent la destruction.

Une de leurs armes récentes est la délocalisation : elle a pour prétexte le recours à une main-d’oeuvre  bon marché, mais sa raison principale est de réduire par le chômage la     solidarité des travailleurs afin de les rendre plus dociles.

L’une des plus belles escroqueries de la droite au pouvoir est le slogan : « Travailler plus pour gagner plus » puisqu’il est accompagné de la liquidation de cinq cent mille emplois industriels. Une autre belle performance de ce pouvoir est la subvention des heures supplémentaires qui se situent au-dessus de la durée légale du travail hebdomadaire laquelle est de 35 heures, les fameuses 35 heures socialistes qu’il fallait supprimer d’urgence car coupables d’avoir provoqué un désastre économique ! Pendant cinq ans, le pouvoir a donc dénoncé ce qui l’autorisait à se vanter de millions d’heures au bénéfice des travailleurs alors qu’elles empêchaient de créer des emplois et servaient les entreprises…

Tout cela est trop banal dès qu’énoncé mais prouve que les mesures théoriquement sociales du pouvoir sont la façade d’une immense déchetterie où le code du travail est peu à peu déchiqueté. D’ailleurs qu’est-ce qui règle aujourd’hui le travail, et spécialement dans les services privatisés, c’est le « management ». Et quel est son but principal ? Mettre constamment le travailleur sous la pression de performances destinées à le disqualifier, soit pour qu’il prenne la porte, soit pour qu’il crève à la tâche en augmentant les normes du rendement.

Ce n’est plus la qualité qui, dans ce système, est décisive, mais la quantité. Il s’agit de faire toujours mieux en nombre parce que le nombre s’additionne, se multiplie et se prête aux statistiques tandis que la qualité se dérobe à toute mesure. La conséquence est un nombre record de suicides professionnels et le choix de la rentabilité comme seul critère d’excellence. Choix qui a des effets pervers dans les domaines où l’attente, la patience, la réflexion et le mûrissement étaient déterminants mais la rentabilité n’attend pas : elle est immédiate ou n’est pas. Il en va donc des oeuvres comme des plats, qui doivent être consommés dès leur confection sous peine de finir à la poubelle ou au pilon.

La nouvelle morale nous assure que la chose la plus demandée est évidemment la meilleure. Le nombre est une preuve : la preuve que la majorité est bien la plus représentative et qu’elle mérite d’exercer le pouvoir. Ce principe est indiscutable puisqu’il est la base de la démocratie. On ne saurait s’en prendre ni à la publicité ni à la démagogie ni à l’habileté de celui qui les utilise pour sa promotion puisque son succès démontre qu’il possède justement l’habileté adéquate à la fonction qu’il ambitionne.

Ce spectacle est inévitable : il a remplacé la pensée politique.

Sa minceur passe pour de la transparence. Lui aussi relève d’une sorte de « management » généralisé dont rien ne dénonce l’ordure : une ordure propre, sans bavure visible, sans merde et sans sueur. L’ordure ancienne était matérielle et physique ; l’actuelle est la perversion de toute corporalité qu’elle neutralise et prive d’humanité. Le morcellement des tâches, la privation d’initiative, la perte d’engagement personnel détruisent le sens et le goût du travail. Plus question d’épanouissement mais de cadence et de production. Plus d’interlocuteurs, rien que des voix machinales dès qu’on a besoin d’un renseignement. Au lieu de l’attention naturelle, l’isolement et la solitude.

L’ordre est de déshumaniser les rapports publics dans les commerces, les banques, les bureaux. À quoi bon cette perte de temps qu’est la relation quand seul importe le rendement ? Le téléphone, internet et les robots remplacent efficacement vendeurs et guichetiers. Les emplois manquent sauf pour les machines, qui sont d’ailleurs des employés modèles car, une fois mises en marche, elles obéissent à la perfection , et vont jusqu’à l’épuisement. Le code du travail vient d’être effacé parles accords dans le cadre des entreprises : les travailleurs vont pouvoir diminuer légalement leur salaire pour sauver leur emploi et limiter ainsi les effets de la crise.

L’une des plus belles inventions du Capital est la « crise » : elle sert à semer la panique dans l’imaginaire collectif afin de le préparer aux sacrifices déclarés indispensables et qui, sous le nom de austérité, restaureront la normalité, c’est-à-dire la domination de la finance.

Autres avantages : tant que dure la crise, les banques ont le droit de voler l’État et l’État le devoir de se laisser voler. Mieux encore, grâce à l’Union capitaliste dite Union européenne, un État a l’obligation de réduire son peuple à la misère pour rembourser les banques, et d’abord celles qui l’ont encouragé à dépenser au-delà de ses moyens.

La crise est à la fois un instrument d’oppression et de répression en même temps qu’une bonne manière de conforter le pouvoir quand il a gâché son image par de trop visibles injustices. Elle le déculpabilise en lui permettant d’accuser les circonstances, les fraudeurs sociaux, les immigrés clandestins et, bien entendu, l’irresponsabilité de l’opposition.

La crise fait oublier les promesses non tenues et la corruption en occupant toute la devanture politique où l’on voit l’agitation salutaire du Président, qui sauve l’euro et discipline l’Europe. Il arrive même qu’on y vante les

effets bénéfiques du système d’assurances sociales qu’on est pourtant en train de détruire. La crise enfin désarme d’avance la tentation de la révolte et de l’émeute en fournissant des images fatales pour la résistance

grâce à l’occupation médiatique des têtes.

Cette occupation est d’une efficacité bien rôdée que vient compléter le désastre créé dans l’Éducation nationale. Il faut rationner l’intelligence afin de la réserver à l’élite qui gère le pouvoir, dans le but de lui éviter une contestation également intelligente. On sait que la consommation massive des images visuelles entraîne un vide mental que comble uniquement la récidive de cette consommation. Et que l’ordre repose aujourd’hui sur la fabrication d’un appétit que ranime sans cesse la marchandise faite pour l’exciter en ayant l’air de le satisfaire.

Peut-on métamorphoser la conscience qu’en chacun les conditions générales ont formée ? Tous les liens sociaux traditionnels contribuent à sa soumission : famille, propriété, travail. Il ne faudrait cependant qu’un

peu de réflexion pour s’apercevoir que notre besoin de travailler et de consommer, que ce besoin vital peut devenir un capital individuel en s’arrachant à sa dépendance ordurière du capitalisme qui l’exploite en se flattant de l’entretenir. Le choix serait alors possible de la jouissance contre le Marché.

Ce choix, évidemment, menacerait l’Ordre et il serait en ,  révolution : une révolution non violente faite de rire et de refus. L’erreur et l’échec de toutes les révolutions furent de vouloir s’emparer du pouvoir. Quand l’humain prime et la conscience de la solidarité qu’il exige : il ne s’agit plus de prendre le pouvoir mais de le dégrader à jamais.

 

Bernard Noël


L’art africain au Nigéria: les Yoruba

 

 

Sur les Yoruba (  ethnie  du Nigeria  et Bénin)..  vous  trouverez  de la documentation approfondie, chez “regard éloigné” ,  dont j’extrais ici, ce qui touche  au côté artistique…  et que j’illustre  de deux  croquis  que j’ai faits  récemment en regardant des masques  de ce pays,  de la fondation Pierre Guerre  à Marseille                 (  visibles au musée de la Vieille Charité)

dessin perso: masque Yoruba aux béliers. Encre de chine « graphique » avril 2012

La partie en bois du masque doit répondre à des critères formels et esthétiques, à la fois précis et variés. Placé sur la tête, siège de la sagesse de l’homme, il incarne l’esprit de l’ancêtre fondateur de la société. Ses pouvoirs sont renforcés par la personnalité du porteur et la qualité de sa famille, même si, en principe, les spectateurs ne connais­sent pas l’identité de l’homme sous le masque. Celui-ci doit danser à la perfection, car, à travers lui, c’est tout le prestige de la société qui est enjeu. Il doit également être aussi solide physiquement que moralement.

 

dessin perso masque Yoruba au « tambour »… 2001

 

 

Les traits du masque gèlèdè sont soulignés par des sca­rifications sur les joues et le front, caractéristiques de la civi­lisation yoruba ou nago, qui en compte des dizaines de variétés. Si l’aire culturelle yoruba a développé la culture du masque à scarifications, ces marqueurs culturels et identi­taires ne figurent pas sur tous les masques. Le Gèlèdè est le seul des deux classes de masques à en por­ter.. Les marques les plus courantes sur les masques gèlèdè sont le kpélé et surtout l’abaja. Le premier est constitué par trois traits verticaux sur chaque joue. Le second présente trois traits horizontaux, assez longs, sur chaque joue et trois autres, verticaux et plus courts, sur le front. Il faut noter qu’un grand soin est toujours apporté à leur parfaite et harmonieuse exécution. Les scarifications visibles sur les masques gèlèdè ou les figurines garnissant certaines tenues égun n’ont pas plus de signification que celles qui marquent les visages des hommes. Elles sont essentiellement un élément d’identi­fication et un critère de beauté pour les hommes et les femmes yoruba.

dessin perso – avril 2012 Masque Yoruba Bénin ( l’identique à celui qui a inspiré mon dessin en 2001), Fondation P Guerre. Marseille

Beaucoup d’interdits et de tabous entourent les masques. Ils sont plus nombreux et entraînent des sanctions plus sévères chez les Égun que chez les Gèlèdè. Ceci s’explique par le fait que les Égun constituent des sociétés secrètes. Toutefois, la loi du silence est fondamentale pour les deux organisations.

Si aucun mystère n’entoure l’identité du « porteur du bois », comme on appelle souvent l’homme qui revêt un masque gèlèdè, nul ne doit cependant l’interpeller ou l’ap­peler par son nom pendant sa « sortie ». Lui-même devra s’abstenir avant, pendant et après la danse, de mentionner, dénoncer ou critiquer les sorcières Il lui est également interdit, au cours de la danse, de faire tomber son masque ou de découvrir son visage, même si tout le monde connaît son identité.

Chaque  région du Nigéria possédant ses propres  coutumes, croyances,  ce pays  est riche  d’expressions  artistiques  diverses – dont les  Yoruba  sont  – un “exemple”.

 

Au niveau  artistique,  cet article  sur les masques  indique  plus précisément  le lien avec l’art de Picasso

 

A  noter  que le musée  des civilisations  africaines, à Lyon, possède  aussi de belles  “pièces”  Yoruba

tabouret Yoruba, au musée de Lyon


Les chercheurs d’or (RC)

 

photo extraite du site eco-volontaire.com

C’est une vision de l’enfer
Qui prend pour décor une mer
Qui sentirait forge et vapeurs d’essences
Feux, supplices  et tourments des sens

Ainsi se précipitant sur le “matériel “du bonheur
C’est une marée humaine,      – cette ruée sur l’or
Précipitant dans le gouffre toutes ces mains avides
Pour quelques paillettes, mais de soif, pas de liquide

Et quand l’océan n’aura de souvenirs que            vidé
De  sa vie… il faudra sur sa surface sèche, nous guider
Aux poissons, plaques de sel, le musée des ossements
L’amer des ors et cristaux brillants, comme firmament

C’est  ce qu’il nous restera à voir
De la lumière, passée au noir
Des reliques comme pourboire
Et d’eaux polluées — plus rien à boire

RC   – 17 mars 2012

( cette  ruée  vers l’or, bien connue pour un des moments clefs  de la conquète  de l’amérique, est encore  d’actualité, notamment  dans les pays pauvres, par exemple de l’Afrique  sub-Sahélienne, où des dégâts écologiques, suite aux exploitations minières, par exemple l’utilisation du mercure sont d’autant plus marqués, par la pénurie en eau…  voir  sur le même  sujet, le film “Altiplano”, qui se situe au Pérou, et le bel article  de ballinicreation )


Octavio Paz – Utopies

photo B Monginoux - : fond d'écran arbre et phare

… j’ai une profonde répulsion pour les utopies parce que je pense que l’homme est individuel, qu’il est irrégulier, singulier, et que les utopies s’acharnent à en faire quelque chose d’uniforme. Rien n’est plus ennuyeux que les utopies heureuses. Pensez, mettez-vous dans un phalanstère de Fourier, qui était le meilleur, le plus sympathique des utopistes. J’admire et j’aime Fourier, mais vous devenez fou dans l’un de ses phalanstères ! Il n’y a rien de plus semblable aux utopies que les prisons, c’est l’uniformité. Alors que je pense que l’homme est invention, changement. C’est pourquoi je suis un ennemi de tous les systèmes, politiques ou autres.

 

 


L’art de la palabre en Afrique

Voila  un extrait  d’un article intéressant paru  dans la revue  « the  Ecologist »…

il y  est question  du « conseil des anciens »  qui  débattent  des problèmes  locaux, directement  (sous l’arbre),  et qui s’efforcent  de trouver  des solutions

photo perso: relief à Guénon, Tiébélé -- Burkina Faso du sud

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L’art de la palabre

Peut-on bien vivre sans démocratie représentative ? Comment les peuples premiers prennent-ils les décisions collectives ? Serge Latouche présente ici l’art de la palabre en Afrique.

C’est en Afrique noire que j’ai pris conscience des limites du rationnel et de son caractère pathologiquement occidental, tandis qu’une certaine sagesse africaine était à redécouvrir, y compris pour porter remède à nos maux.

Il y a en marge de la déréliction de l’Afrique officielle,à côté de la décrépitude de l’Afrique occidentalisée, une autre Afrique bien vivante sinon bien portante. Cette Afrique des exilés de l’économie mondiale et de la société planétaire, des exclus du sens dominant, n’en persiste pas moins à vivre et à vouloir vivre, même à contresens. Mes recherches sur l’économie et la société informelle en Afrique m’ont fait rencontrer de magnifiques cas de « réussites » de fonctionnements tout à fait aberrants par rapport aux normes de la rationalité économique.

Pour avoir perdu la bataille économique, l’Afrique a-t-elle définitivement perdu la guerre des civilisations ? Une économie officielle a bel et bien été battue ; mais la société a survécu à cette défaite. Cela signifie que les fonctions que nous attribuons aux instances technique et économique (la production de « richesses ») ont été tout de même assumées tant bien que mal par la société.

Les anciens s’assoient sous un grand arbre et discutent jusqu ‘à ce que tous soient du même avis Une explication la plus plausible est donc que l’économie et la technique ont reflué dans le social, ou pour le dire dans les termes de Karl Polanyi, économie et technique ont été réenchâssées. Cela se voit dans le phénomène de l’économie dite informelle, mais aussi, plus généralement, ‘dans la persistance de la solidarité quotidienne, la logique du don et une certaine sagesse démocratique paradoxale. Cette autre Afrique qui n’est pas celle de la rationalité économique, c’est l’Afrique des savanes, des forêts et des villages, l’Afrique des bidonvilles et des banlieues populaires, bref « la société civile », l’Afrique des conférences nationales. Une Afrique bien vivante, capable de s’auto organiser dans la pénurie et d’inventer une vraie joie de vivre. Je n’évoquerai qu’une de ses illustrations : la palabre. Au delà des clichés

La (ou le) palabre africain (e) est à la fois un cliché folklorique et pourtant une réalité assez peu étudiée. On sait que l’Afrique subsaharienne vit, et plus encore vivait, dans des villages et que les problèmes de la communauté, la politique, se réglaient et se règlent encore largement sous l’arbre ou la case à palabre, souvent d’un auvent sommaire. Voyageurs, missionnaires, marchands, militaires et colons, plus peut-être que les ethnologues, ont évoqué et décrit ces délibérations interminables. On a rapproché, non sans raison, le phénomène récent des « conférences nationales » par lequel les « sociétés civiles » africaines ont affirmé l’exigence démocratique et un « ras-le-bol » des dictatures corrompues, de la palabre locale, mode de résolution des conflits de pouvoirs. (1)

La palabre rassemble les anciens, les sages, les nobles, les guerriers, voire la population toute entière, captifs compris, sans en exclure les animaux qui peuvent, le cas échéant, avoir leur rôle à jouer et qui font souvent les frais des litiges en servant d’exutoire sous la forme du bouc émissaire. Ainsi, chez les Bobo du Burkina- Faso, si la faute justifiait la peine de mort, on substituait pour un homme libre, ses animaux en sacrifice.

photo perso : chefferie - Guénon fin 2011 -- voir l'image à la taille réelle cliquer une première fois sur l'image, et une deuxième fois lorsque la taille intermédiaire est affichée

J’ajouterai, contradictoirement,  que cette vision « idéale », du règlement  des conflits,  a aussi des  « accidents »…

Par exemple  lorsque  l’autorité du chef  est remise en question,  ce qui a abouti  début mars de cette  année, à un lynchage collectif  d’une  partie de la population d’une chefferie ( concession): la concession de Guénon,  où j’ai séjourné une nuit  en décembre 2011: de 10 à 12 morts à l’arme blanche…

Voir les  articles  locaux  qui relatent  ces  évènements tragiques…


L’art africain au Burkina-Faso – les lobi

-En me  référant à l’article de  » Jean Pierre Caillon   – french Doctor », pour  le  côté  historique, – ( voir plus bas )je voulais  compléter  par  le côtéartistique, car leur production se différencie  de celles  des ethnies  voisines…

photo perso: partie sculptée de tabouret traditionnel 01

photo perso: partie sculptée de tabouret traditionnel 02

photo perso: partie sculptée de tabouret traditionnel 03 le "fond" est un tissu bleu touareg

photo perso: partie sculptée de tabouret traditionnel 04

tabouret traditionnel ( à 3 pieds pour les hommes, 4 pour les femmes )

La particularité de l’ethnie Lobi est surtout d’avoir pu conserver bon nombre de ses traditions en résistant à  tous les envahisseurs, qu’ils fussent africains ou colons européens. Leur architecture (cases fortifiées en terre cuite) témoigne de cette hostilité, avec des cases distantes les unes des autres d’une portée de flèche. Les Lobi sont animistes à  part entière. Ils ne possèdent pas de pouvoir centralisé. La seule autorité est celle du père de famille. La femme occupe une place très importante.

Statuette anthropomorphe présentant un chef assis à l'expression boudeuse

Ils profitent de la saison sèche pour fêter les grandes funérailles réunissant de nombreuses personnes. Le Tan (bière de mil) coule alors à  flot… dans des marchés, des concessions familiales, nous rencontrerons ces autochtones d’un autre temps. Ce peuple pratique également de nombreuses initiations dont le djoro qui est encore de nos jours un facteur incontournable d’intégration sociale.

statuette de couple Bateba

Chaque village possède féticheur (prêtre attaché au service d’un fétiche – ou divinité -), sorcier (avec pouvoirs surnaturels), charlatan (= devin).

Photo perso : Fétiche Lobi de fécondité

Le long de la frontière occidentale du Ghana et sur la moitié est de la frontière ivoirienne, dans l’une des régions les plus défavorisées du pays, plusieurs ethnies apparentées, au passé parfois commun, forment l’une des communautés culturellement les riches du pays. Lobi, Dagari, Gan, Birifor, Pwe et Dan se répartissent ainsi un vaste territoire autour des villes de Goua, Loropéni, Batié, Diébougou et Dissen. Principalement présents au Burkina Faso, ils comptent cependant de nombreux villages au Ghana et en Côte d’Ivoire. Il est commun d’appeler  » Lobi  » cet ensemble d’ethnies sans limiter cette appellation aux Lobi proprement dits.

Mais les Lobi se distinguent  aussi par un habitat particulier…

L’escalier permettant d’accéder  au toit terrasse, a ses marches  taillées  dans un bloc,  comme les  escaliers  Dogon du Mali – ,   il peut être retiré dans le souci de préserver l’habitat contre des éventuels assaillants

photo perso: Gaoua, dans l'enceinte du musée - partie d'habitat avec poteries au sol- pour voir les images à la taille réelle, cliquer sur l'image

dont un habitat « musée » peut être visité  ( dans l’enceinte  du musée d’art Lobi, à Gaoua…)  et on peut  bien entendu en voir  dans des villages  et chefferies  alentour.

A  noter  que ce musée  est intéressant pour  comprendre  l’origine des prénoms,  l’usage  traditionnel  d’objets  tels  que la poterie,  la fabrication d’objets en fer  dans  des petits  haut-fourneaux,  les  cérémonies, et bien sûr l’art sculpté  (  fétiches, statuettes)

photo perso: sculpteur de cannes ( et des tabourets - voir photos plus haut)... dans un village proche de Gaoua

photo perso: le guide "Bebe", et un tabouret traditionnel, en cours de fabrication Le bois le plus couramment utilisé est le bois de karité, d'un aspect assez huileux.

–  Toutes les photos  perso ont  été prises  fin décembre 2011, début janvier 2012

 

Quant à la situatton de l »art », l’auteur  du blog  « regard éloigné »  justement nous dit, en 2006

 

Ainsi en cherchant à rapprocher le divin de soi, l’homme lobi a produit des statues, destinées à des pratiques cultuelles mais considérées en Occident comme étant de l’art comme c’est le cas de la sculpture africaine de façon générale.

 

 

Nous sommes loin évidemment  et heureusement des « temps coloniaux et missionnaires » où Ces statues et autres objets de culte étaient immédiatement détruits parce que perçus comme des « fétiches »,(objet fabriqué et non divin sens d’artificiel) voire des objets démoniaques.

 

Affirmer le caractère artistique des œuvres, ne devrait pas pourtant nous épargner de nous interroger sur, ce qui fonde l’appréciation des « objets » africains comme produits artistiques. Ce n’est pas parce que les statues africaines garnissent les galeries et musées européens que celles-ci peuvent être dites œuvres d’art. La reconnaissance pratique ne saurait être assimilée à une reconnaissance théorique. La légitimité ne peut consister simplement à être reconnue et proclamée par les « Modernes »» comme si la notion de création allait de soi, recouvrait toujours la même signification pour toutes les civilisations, à toutes les époques et comme si une proclamation de son existence dans un art suffisait à établir la légitimité de cet art.

 

 

Paradoxalement poser cette question et y répondre, devraient justement faire partie de la découverte et du respect de « l’« altérité » le véritable leitmotiv du musée du quai. .Simplement et pratiquement esthétiser les œuvres,c’est oublier les avertissements de M.Leiris fondateur de l’ethno-esthétique et pour qui pourtant l’art africain était  un art parmi les autres :

« Dans une histoire de l’art on ne peut, il va de soi, s’en tenir à la considération des seuls objets […] et les œuvres en question resteraient par ailleurs lettre morte si l’on ne donnait quelque idée des hommes qui le ont produites et de ce qu’ils avaient en tête.

 

 

Et plus encore, ce qu’écrit W.Benjamin de l’œuvre à « l’ère de sa reproductibilité » : À mesure que les œuvres d’art s’émancipent de leur usage rituel, les occasions deviennent plus nombreuses de les exposer.