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Archives de juin, 2015

Porté sur la face claire des nuits – ( RC )

Peinture: Odilon Redon

Pastel   : Odilon Redon

 

Je revois  sur une  toile  , ce visage
Le regard  lointain, comme  détaché  du monde,
Essayant derrière  moi, de déchiffrer les ombres,
Les équilibres  instables  du vent, et la face ignorée des jours…

Ou peut-être simplement,
Un regard qui ne voit pas,
Mais qui en est , à reconstruire,
L’écheveau des rêves :
L’ailleurs porté sur la face claire des nuits,
Où on traverse des instants
Si loin ,   du poids  du corps ,

Qu’on pourrait apercevoir
Au milieu de la lumière noire,
Des éclats  de couleur ,
Engendrés par les effluves d’une terre
Qui se repose de la fatigue du jour,
Et laisse une mémoire ,
Libérée de son carcan .

C’est un envol vers d’autres  contrées ;
Les explorer se fait sans peine .
Il n’y a pas de limites,
Et aucune frontière ne la retient prisonnière.


I see on a canvas, this face
The distant look, as detached from the world,
Behind me ,trying to decipher shadows
The unstable condition of the wind, and the ignored face of the days …

Or maybe just,
A look that does not see,
But who is to rebuild,
The web of dreams:
Other places focused on the face of clear nights,
Where we cross moments
So far, of the body weight,

We could see
Amid the black light,
Color bursts,
Caused by the smell of an earth
That sits of the tiredness of the day,
And let a memory,
Freed from its shackles.

It is a flight to other countries;
Explore them ,is done easily.
There are no limits,
And no border holds it prisoner.


Une rose sans automne – ( RC )

photo: Johann Tiberio

          photo: Johann Tiberio

Ce sont  comme les  feuilles,
Celles  emportées par l’automne,
Quant le vent  habille  de deuil,
Les troncs en rangées monotones…

Mais ici  c’est l’inverse ,
Le vent  n’y est pour rien ,
Je te prends, je te berce,
Au creux  de mes mains…

Y a-t-il du chagrin ?
Je vois plutôt un calice,
La courbe pleine de ses seins,
Lorsque les habits glissent ,

Le long de ses pentes ,
Comme une brume se dépose,
En nuées lentes  .
— voici naître ma rose …

Qui a parlé d’automne ?
C’est plutôt un printemps,
Dont  la vue friponne,
Encourage l’amant.

Si elle a le goût de la pomme,
Et sa saveur  sucrée,
Il faut que  je croque  la môme
( que j’en sache le secret ) .

C’est ainsi que je me penche,
Et  que je m’agenouille,
Ma tête sur ses hanches .
A sa forêt, se brouille,

Enfin, ma vue, obscurcie, tangue,
Comme  elle se presse,
L’ouverte mangue,
Souveraine caresse…

Sous les baisers,
L’ouverture de la plage,
De tous les étés ,
Il y fait chaud,  et j’y nage

Encore,         et si loin,
Que  dans son corps nu,
Je la rejoins…
Et n’en suis pas  revenu…


RC – nov 2014

 


L’antre, l’exil, et puis, ne former qu’un seul voeu – ( RC )

 

photographe non identifié

L’antre, l’exil, et puis, ne former qu’un seul voeu .

On lance en l’air une pièce,

Et la mémoire s’abaisse

Convertissant le destin en un jeu …

Jouer de sa vie le détour ,

Ouvrir grand ses yeux dans la nuit,

Distinguer le plomb , des soieries,

Et savoir reconnaître l’amour …

Découpé de ciels d’hivers,

Et de longues semaines d’absence ,

D’un parfum diffus, s’extrait l’essence ,

Ma vie était une pierre,

Lourde à porter,

J’ai maintenant une idée de l’été.

 

RC  – nov   2014