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Archives de septembre, 2019

La lente houle de l’inquiétude – ( RC )

Au-delà du cercle, un peu plus lumineux,
( mais à peine ) ,        de la clairière,           la nuit venue,
c’est comme se poster à la lisière du monde.

Les arbres se confondent entre eux,
ils s’associent, solidaires, blocant l’intrusion
de la plus petite lueur, noirs sur anthracite,
car le ciel se distingue par une neutralité plate,
bouché par les nuages, que même la lune ne peut franchir .

On dirait que la mémoire du monde s’est absentée,
qu’il n’y a rien au-delà des robes d’ombre,
une perte, où seuls les feuillages mêlés,
et les troncs, se rappeleraient du jour lointain.

Va-t-il revenir ? On se le demande.
Faut-il progresser à travers la forêt?
Mais alors ce seraient des murailles
impénétrables au regard si on s’aventurait
en dehors de la clairière.

Il n’y a pas d’autre choix que rester sur place,
et de s’habituer à l’obscurité comme au commencement
d’un autre monde, où finalement on se guiderait aux sons.

Ceux des animaux, les déplacements furtifs dans les herbes hautes,
le balancement des fougères, le frottement des ramures,
les cris ponctuels des chouettes se répondant par-delà les espaces.

Des espaces qu’il ne nous seraient pas donnés de connaître,
nous interdisant d’évaluer les distances, reliés ,de plus
( si malgré tout on pouvait , par hasard, distinguer un peu les formes ),
par des écharpes de brumes, paresseuses.

Inversement, des yeux de braise peuplent les branches,
courent au ras du sol .
On se sent observé, dans l’oscillation de la meute végétale.

On frissonne, – de froid, comme d’effroi –
c’est comme si on vivait pour de vrai, un mauvais rêve,
débarqués à l’improviste dans un pays dont on ne connaît pas le langage.

La tête prise dans les filets de l’humidité,
qui se dépose lentement,
on se sent intrus dans la force obscure de la nuit
dépossédé de l’assurance que donne le jour aux hommes.

Comment s’étonner alors que tout semble receler une menace,
ne serait-ce que , si on risque quelques pas,
se prendre les pieds dans une racine,
se heurter la tête avec une branche basse.

Privés de repères,
il ne reste qu’à espérer le retour des heures,
qui se concrétise par la lueur de l’aube .

L’inquiétude a cours.
Elle se prête alors au retour des légendes et contes de l’enfance .
C’est une lente houle qui nous enveloppe, et déferle, immobile , sur nous.


RC – sept 2016

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Mon visage — endormi – ( RC )

Realistic Sculptures by Ron Mueck from Australia3.jpg

sculpture: Ron Mueck

 

Je suppose ta présence,
où précisément ? … je ne saurais dire,

      car tes yeux ont bu toute lumière,
et les fenêtres ne débouchent que sur l’obscur.

Tu es donc légère, et invisible :
mes yeux ne me servent plus,
comme si tu avais emprunté mon regard
pour te diriger , même dans le noir .

Si les ombres bougent,
tu es sans doute parmi elles,
je patienterai                       jusqu’à percevoir ton souffle
et la caresse de tes mains sur mon visage         – endormi .

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RC – nov 2017