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Archives de février, 2018

la pièce vide – ( RC )

Je suis revenu dans la maison vide.
J’y ai vécu il y a longtemps,
et mes chaussures , dans la grande pièce,
poussent des graviers venus d’on ne sait où,
des corps d’insectes morts s’effritent sous mes pas .

Je suis peut-être à la recherche de quelque chose,
une atmosphère, perdue, ou dissoute,
et que j’essaie de restituer,
– question de couleurs ,
où le grain des murs s’est fané – ,
( sans doute des yeux dissimulés derrière,
attendent mon retour ),

comme ceux de portraits d’ancêtres,
enlevés, partis vers d’autres univers,
mais dont les cadres ont laissé
leur empreinte pâle.

Leurs fantômes ont fui le soleil,
et ont saturé l’atmosphère ,
dispersés à la manière de bulles de savon,
invisibles, légeres,
Ils essaient de me dire quelque chose,

mais n’ont plus la parole,

juste un souffle qui dévie la lumière.


RC – avr 2017

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Une main sur le mur, puis l’autre, à tâtons – ( RC )

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                                                                     Photo  –  Dorothee Lange  –

Une main sur le mur
et puis l’autre, à tâtons,
je cherche quelque chose
entre les pierres    :
ce sont mes doigts
qui regardent,
et suivent le dessin
d’une faille,          un creux,
une ancienne porte
                          scellée.

Peut-être l’entrée murée,
d’un couloir
qui conduit autre part.
S’il est possible
       de passer à travers
cette muraille,
       de rétrécir
pour se glisser
        dans les fentes,
et gratter,
        avec les ongles,
la poussière incrustée,

Respirer l’air
qui           – depuis des siècles,
    n’a pas connu la lumière –       ,
regarder d’une autre façon,
comme le serait
la vue d’yeux       clos,
dans des pièces
condamnées
          à tout jamais,
comme aussi seraient
ces tombeaux
où pourtant ce qui
a été demeure

Identique         mais figé
>     comme dans la glace,
l’encadrement écaillé
des portes,
le papier peint à motifs,
les crochets
suspendant la trace
pâle d’anciens tableaux
alors
ce serait comme
un espace voisin, d’où
inversement

un jour, quelqu’un
pourrait        avec ses doigts
qui regardent,
suivre le dessin
d’une faille,         un creux,
une ancienne porte
scellée,             et respirer
l’air          du siècle présent,
de la pièce    d’aujourd’hui
restée                 intacte,
identique      mais figée
>        comme dans la glace
.
Et si nos mains
se rencontraient
… à tâtons .


RC – mai 2016