Textes poétiques et d'actualité -nulle part ailleurs !

dessin

Tirer un fil en travers du chemin – ( RC )

statuette  ss tête  au geste.jpg

dessin perso           d’après une  statuette de la Grèce Antique

J’ai tiré un fil
en travers du chemin .
Je l’ai attaché aux arbres  :
je comptais arrêter le ciel bas,
comme le font les araignées,

et, comme elles, j’aurais attendu,
        que la lumière
se dissolve dans les flaques,

       que l’écriture me propulse,
tel le vent dans les feuilles,
bien au-delà d’où portait mon esprit.

Et s’il faut attendre longtemps,
je la sentirai peut-être secouer mes cheveux,
– s’il en reste – et même,     qu’ils soient blancs.

Je ne compte pas suivre la foule des gens,
qui ne croient plus en la parole,
même la leur, et poussent leur valise,      le dos courbé,
à la façon du rocher de Sisyphe,                  obstinés,
mais pas étonnés de faire chaque fois le même parcours.

J’ai tiré un fil en travers du chemin,
et l’espace s’est dénoué .
Je l’ai saisi ,         ou bien quelque chose
a guidé ma main, pour traduire en mots
ce dont je n’avais aucune idée          l’instant d’avant :

une sorte de funambule          mesurant la distance
         entre les nuages,
et le fracas assourdissant du silence…


RC – mai 2016

Publicités

Sol immobile d’hiver – ( RC )

escarg 01.png

dessin perso –  fev 2017

 

Au delà des bosquets,
De la mousse sur les murs,
des escargots réfugiés sous la bordure,
quelques pas sur les allées

et le sol immobile  d’hiver,
je crois te voir, à portée de mains,
–  même  s’il n’y a personne dans ce jardin.
Pousseras-tu un jour la grille  de fer  ?

Car dans mon esprit  tu vas  survivre,
Je patienterai, avec le retour des feuilles,
Tu mettras de nouvelles couleurs à mon deuil,

J’ouvrirai une  nouvelle page  du livre.
Un chapitre en sera le témoin :
le temps  d’une  saison,      je te rejoins .

 

 

RC – mars 2016

en écho à un texte  de Béatrice  Douvre  « le jardin »


Ce qu’on ne voit plus – ( RC )

Image: Stephane Perraud- Galerie de Roussan

 

Si tu voyages  sur ma page blanche,

Tu y percevras  toute  l’épaisseur  des phrases,

Qui s’y sont déposées,

Au fil des années,

Et que j’ai inscrites,

d’encre sympathique  ;

 

L’écriture retournant sur elle-même,

Se recouvrant et s’effaçant,

Au fur et à mesure,

Comme de nouvelles vagues,

Posant leur trace  sur le sable,

Effacent le souvenir des anciennes.

 

Bien sûr la page n’a pas de mémoire.

Tu ne feuillèteras  qu’un cahier vierge,

A la marge un peu diluée,

d’une  buée rosée.

 

L’expression nous dit,

Qu’il faut lire entre les lignes.

 

C’est  sans  doute possible,

Mais  si tu n’y vois rien,

Tu pourras juste supposer,

que l’essentiel est ailleurs,,

Que les paroles  s’envolent,

Et les  écrits  …  aussi.

 

RC –  juin  2014


L’ange au détour d’une rue – ( RC )

 

Si tu rencontres l’Ange,
Au détour d’une rue,
Le bar du commerce,
Fera très bien l’affaire,

C’est autre chose que ceux en plâtre,
Qui sont toujours pâles,
Ou bien dont la peinture s’écaille.
Mais c’est une Ange,

Il n’ y a pas besoin d’en douter,
– d’ailleurs à quoi bon relancer le débat,
sur le sexe des anges ? –
Elle a donc choisi.

De fréquenter un peu la terre,
De voir de plus près
De quoi il retourne.
( On ne peut parler que ce qu’on connaît. )

Est-elle en service actif ,
Sa mission consiste-t-elle,
A repeupler les églises,
Pleines de courant d’air ?

Elle convaincrait facilement,
Les gens pour être convertis ,
Elle est mignonne et bien remplie,
De quoi me donner le tournis .

Elle semble m’avoir à la bonne,
Le regard brillant,
Et toutes ses dents,
Ya pourtant quelque chose qui m’chiffonne

C’est la question des ailes,
Ca change évidemment d’allure,
– Maintenant ils en font des miniatures,
Qui se replient sous l’aisselle.

J’aurais bien vu ses dessous,
Je suis toujours curieux,
Des nouvelles — des cieux….
( A portée de main, les rêves les plus fous )

Regardant la courbe de son cou,
La chute de ses hanches,
Ca vaut bien quelques plumes blanches,
Allez, ….on va discuter le coup,

Entre un déca,              et un demi,
Faut y aller doucement,           car
C’est la première fois qu’elle s’égare,
Dans ce genre d’endroit, paraît-il,

Y a pas de buvette au paradis,
–        Voilà c’qu’elle me dit,
De toute façon pour me saoûler,
C’est pas là que j’comptais aller.

–                          A la tienne !
Elle me sort son contrat,
T’as plus qu’à signer là,
Et je serai ton ange gardienne.

Et bien comme çà,  ça l’fait,
Et cochon qui s’en dédit !
Bon,   le service n’est pas gratuit,
On peut t’accorder un délai.

C’est pas tous les jours que tu décroches la lune,
Que t’as une option pour le ciel, comme on dit,
Il faut juste les numéros de ta carte de crédit,
Qu’aurais tu fait, sinon, de ta petite fortune ?

Maintenant que t’as signé,
C’est un supplément d’âme …
Ne t’inquiète pas pour ma lame,
Je vais juste un peu te saigner…

Je vais aller        te bercer,
Dans me bras          pâles…
L’amour vaut bien un râle,
Je ferai attention de ne rien renverser.

 

 

RC – mai 2014

 

 

 

 

 


D’étranges plumes à la fenêtre – ( RC )

dessin perso  -  croquis  à partir  de boutique d'antiquité parisienne.

dessin perso – croquis à partir de boutique d’antiquité parisienne.

On garde bien au creux de son esprit,

Les chants d’amour qu’on y fait naître

De somptueuses couleurs au fond du nid,

Et d’étranges plumes            à la fenêtre.

A ne pas oser les chanter,

Et les laisser dans la maison close,

L’absence d’air va les éventer,

Aussi longtemps     qu’ils reposent…

Comment ces oiseaux sont-ils nés ?

Nul pour l’instant, ne sait y répondre…

Ce serait une génération spontanée,

Apparue sans qu’on ait à pondre…

Alors plutôt que les décrire,

J’ouvre la fenêtre            sur l’été,

En laissant la chaleur envahir,

Et donner aux chants, leur liberté.

La chair et le sang se sont faits verbe,

Et s’envolent avec ferveur,

Parmi les arbres et les herbes,

Prenant                         de la hauteur.

Il faut aussi que tu me dises,

La mélodie de ton livre,

Des chapitres à gourmandises,

Qui te rendent aussi, un peu ivre.

Les oiseaux de l’écrire,

Sont en mouvement .

…   Ils quittent les figures de cire,

Pour rejoindre le firmament.

It keeps well in the crook of his mind,
Songs of love that gives birth
Sumptuous colors at the bottom of the nest,
And strange feathers to the window.

Not to dare them singing ,
And leave them in the closed house ,
The absence of air the fan will ,
As long as they rest …

How these birds are born?
Nobody for now, no one knows answer …
It would be a spontaneous generation ,
Appeared without having to lay …

So rather than describe ,
I open the window on summertime
Leaving the heat invade
And give the songs , their freedom.

Flesh and blood are made verb,
And fly away with fervor
Among the trees and grasses ,
Taking the pitch.

We also need you to tell me ,
The melody of your book
Chapters of delights ,
That  also makes you      a little drunk.

Birds of writing ,
Are in move.
…They leave  wax figures ,
To reach the firmament.

RC – February 2014

RC-   février 2014


La neige a quitté l’hiver … – ( RC )

dessin perso: nu - Bordeaux  2012

dessin perso:            nu –                 Bordeaux 2012

Il faut laisser les rêves et les cauchemars s’en aller tout seuls,

Ou bien plonger au dedans

Le temps d’un oubli,

D’un désir d’oubli,

Ou d’un désir tout court,

Je vais recouvrir tes orteils,

La couverture a glissé,

Les petits monstres sont partis,

Ils ont eu peur de l ‘aube.

Je vais me lever préparer le café.

Puis je reviendrai arranger les coussins,

Finalement, je me glisse au chaud,

Au creux de tes mouvements lents,

Personne n’a coupé tes mains,

>                Tu t’aimes….

Et je caresse avec toi tes songes,

Ils ont une douceur de mousse

Blanche,

…. La neige a quitté l’hiver,

Pour t’habiller de tiède.

RC   –  décembre  2013

en réponse à un  texte  de Geneviève L’Heureux


Reconquérir le silence ( RC )

illustration: Giger
illustration: Giger

S’il n’est pas  sûr que le temps s’éternise,
Et se maintienne en ciels de carte postale
Bien sûr d’un parfum indécis dans l’air,

On n’attend pas d’orage, ni de tempête,
Et pourtant elle vient un jour,
Emportant tout sur son passage,

Ainsi le souvenir des soupirs,
Le fracas de la guerre,
Les pas de géant couchant ,

Indifférent, les arbres et les blés,
Crimes et souillures
Dans le pays dévasté.

Plus de futur insouciant,
Plus de paradis immobiles,
Et pourtant,        des ondées

ayant lavé le sol à grande eau
Et arraché, des blocs de racines
De géants centenaires

Reviennent ,  sporadiques,
Etonnés de se savoir encore là,

Les chants des oiseaux,
Qui reconquièrent patiemment  le silence.

RC    – 21 janvier 2013


Installé sur ton arbre (RC)

art:       Pierre Alechinsky

Comme  je  voletais  de ci de là
J’ai trouvé l’espace libre et je m’y suis mis
Installé  sur ton arbre, la branche amie
Elle  était douce, moelleuse comme matelas

L’automne  avait déserté le deuil
Les couleurs  étaient en tapis de peinture
Autour de ton tronc, belle garniture
Le vieux  chêne  gardait quand même quelques feuilles

J’irai prendre un verre de whisky,
Et pour qu’un peu, je me penche,
Sur les veines de tes branches,
–     Les encres d’Alechinsky   –

Adossé à la baie  vers le port
Au mystère  d’écriture je te lirai
Et d’un grand orage je m’enivrerai
Aux pages feuilletées, j’en ferai bonheur.

 

RC-     29 novembre 2011,         modifié septembre 2013

 

En réponse à  « cette nuit… »,  le poème d’Adeline  que l’on peut  lire ici…


Leo Hamalian – C’est Arshile Gorky qui vous parle

peinture: Arshile Gorky  et sa mère - 1933

peinture:  (par A Gorky):  Arshile Gorky et sa mère – 1933

LEO HAMALIAN,

Gens de Turquie, c’est Arshile Gorky qui vous parle,

le fils de Sedrak et Shushanik Adoian.

Ecoutez-moi !

Par mon dernier souffle, je vous pardonne .

Je vous pardonne pour avoir conduit Shushanik et ses enfants à travers le désert,

pour avoir ferré mon voisin Sarkis comme un cheval,

pour avoir mangé les bébés arméniens parce que vous aviez faim,

pour avoir brûlé les enfants arméniens qui se défendaient,

pour avoir violé Vartoosh avec votre bites épaisses.

Votre pays était en guerre et ces actes étaient nécessaires.

Maintenant, vous possédez notre maison près d’Aghtamaryou ,

Vous êtes riches et bien établis en Arménie ,

Chaque jour, vous obtenez de plus en plus de voitures, de radios

et de dollars americains.

Vous prenez des vacances au bord de la mer…

Et moi, Arshile Gorky je suis le point de me foutre en l’air…

je vous pardonne pour tout.

Leo Hamalian

 

LABELS: LEO HAMALIAN,

dessin: Arshile Gorky - -study-for-summation

dessin:          Arshile Gorky – -study-for-summation

 

People of Turkey,

this is Arshile Gorky speaking to you,

the son of Sedrak and Shushanik Adoian.

Listen to me !

With my last breath, I forgive you.

I forgive you for driving Shushanik and her children across the desert,

for shoeing neighbor Sarkis like a horse,

for eating Armenian babies because you were hungry,

for burning Armenian children in self-defense,

for violating Vartoosh with your thick cocks.

Your country was at warand these acts were necessary.

Now you have our house near Aghtamaryou are rich with Armenian real-estate and every day you get more and more cars, radios, and American dollars.

You take vacations at the seashore.

And I, Arshile Gorky,about to leap out of this life,forgive you for everything.

 ——————-

This poem has appeared in the Summer 1997

issue of Ararat Quarterly and in the Summer 2004 

 


Sous la chemise ( RC )

art: dessin perso

art:            dessin perso   2001

Quand il y a de la place pour un

Y en a pour deux,

Dit-on,

 

Et sous la chemise

Tu es douce

De tous tes rêves,

 

Qui rebondissent,

En deux seins dressés,

Ils appellent mes mains,

 

Avec toi, le seul témoin,

D’amour, ce parcours

> C’est la chemise.

 

Je m’y suis glissé,

Quand il y a de la place pour un

Y en a pour deux,

Dit-on,

 

Tu es petite,

Il y a de l’espace,

Pour moi

Sans y être à l’étroit,

 

Quand je t’enlace

Sous la chemise,

Et ta chaleur ronde,

En pentes.

 

Que nous gardons

A l’abri des courants d’air…

Il n’empêche,

Que tu frissonnes ,

 

Alors si je mets un bras

Dans ta manche,

On est parés pour l’automne,

 

Et, des nuages de coton,

Je sers d’oreiller,

Pour tes hanches,

 

Belles comme celles

Que peint Amedeo..

 

Une chemise n’est pas faite

Pour deux,

Ou alors c’est le chandail,

 

Pour les amoureux

Que chante Juliette,

 

Et qui relâche ses mailles,

Devenu trop grand,

Avec le temps…

 

Au début, elle serrait un peu

Quand je suis venu chez toi,

 

Petit prince ou jeune roi,

Le bienheureux…

 

Notre chemise est un bateau,

Nous en gonflons les voiles,

Restés bien au chaud

Partis en pleine mer,

 

Affronter l’hiver,

En tête à tête,

Echangeant des baisers,

En guise de tempêtes,

 

En comptant les étoiles,

Puisque j’avais soufflé,

Si fort ,                        que le bateau,

Au ciel est parti,   bien loin de l’eau…

Ce texte fait suite à celui d’Astrid Waliszek, « le peignoir »: https://www.facebook.com/notes/astrid-waliszek/le-peignoir/384940408194336

et se réfère à la chanson de Juliette Greco : « le pull-over »

RC-  15 août 2013

peinture: Amedeo Modigliani: nu couché

peinture:           Amedeo Modigliani:      nu couché