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Tirer un fil en travers du chemin – ( RC )

statuette  ss tête  au geste.jpg

dessin perso           d’après une  statuette de la Grèce Antique

J’ai tiré un fil
en travers du chemin .
Je l’ai attaché aux arbres  :
je comptais arrêter le ciel bas,
comme le font les araignées,

et, comme elles, j’aurais attendu,
        que la lumière
se dissolve dans les flaques,

       que l’écriture me propulse,
tel le vent dans les feuilles,
bien au-delà d’où portait mon esprit.

Et s’il faut attendre longtemps,
je la sentirai peut-être secouer mes cheveux,
– s’il en reste – et même,     qu’ils soient blancs.

Je ne compte pas suivre la foule des gens,
qui ne croient plus en la parole,
même la leur, et poussent leur valise,      le dos courbé,
à la façon du rocher de Sisyphe,                  obstinés,
mais pas étonnés de faire chaque fois le même parcours.

J’ai tiré un fil en travers du chemin,
et l’espace s’est dénoué .
Je l’ai saisi ,         ou bien quelque chose
a guidé ma main, pour traduire en mots
ce dont je n’avais aucune idée          l’instant d’avant :

une sorte de funambule          mesurant la distance
         entre les nuages,
et le fracas assourdissant du silence…


RC – mai 2016


Pour que résonnent les archipels du silence – ( RC )

Dina%2520Bova%2520-%252020.jpgmontage – \Dina  Bova
.

Ce n’était pas la peine,
de longer les années,
de lire tous ces livres,
d’exercer cette mémoire,
à en perdre le goût du jour,
et la caresse du vent du large,
pour                    ( dira-t-on )
écrire deux ou trois strophes
avec                   si peu de mots .

On en oublie les récits,
les grands succès de librairie,
placés en tête de gondole,
pour se contenter
de quelques lignes,
qui se jouent
de l’épaisseur des pages,
et dialoguent dans les marges,
comme aussi     entre les mots.

Juste ce qu’il faut,
pour que résonnent
les archipels du silence,
la lente croissance des plantes,
la lumière posée sur un mur,
l’ombre de l’absente,
le coeur qui s’aventure
si l’on que l’on fait sienne
l’écriture du poème …

RC – fev 2016

 

 

( en écho à un court texte  de Sylvie Durbec visible ici)


Peut-être n’es-tu pas encore née … – ( RC )

Liu-Bolin Toulouse  fondation Ecureuil.jpg

                                       Art:       Liu Bolin –             Toulouse

 

 

 

(suite…)


Un sol, que rien n’hérisse – ( RC )

peinture:       Anselm Kiefer

 

Comme  sous  le couteau  du peintre,
Un gris dense plombe  un ciel,
Juste  strié  d’ailes noires,
Envol furtif au coeur du froid ;

Les signes dessinés des branches,
Patientent, immobiles,
Attendant un frémissement  de la terre,

Elle  qui se cache
Sous une  couverture  blanche,
Mate comme sont les bruits,
Vite absorbés par le silence.

Même les voix ne semblent plus oser,
Franchir l’espace immaculé.
De connivence avec le gris ,

Les nuances  sont  de lumière;
Et à part les chemins,
Qui rayent , de lignes fines
Champs et collines

Il semble  que tout soit uni,
Sous la laine  de l’hiver,
Toutes différences  abolies,

Des nuages  diffus traversent
Monts  et vallées
Et sans effort,  glissent,
Au-dessus du sol, que rien n’hérisse.

Les barbelés, délimitant les surfaces,
Ont été  gommés, en une nouvelle  naissance,
Les pentes sont redevenues vierges.

Les couleurs  se sont englouties,
Les pays ne connaissent plus de frontières …
De la terre, la neige  s’est faite  complice
La saison tisse doucement, le manteau lisse.

peinture: Charles Daubigny Neige près de Valmondois


Du silence à la mélodie du bonheur – ( RC )

photo: Joakim Eskildsen

photo: Joakim Eskildsen

 

Laisse  quelques mesures  s’avancer,
Une partition blanche,
Un peu de silence,
Puis, quand  tu rouvres les yeux,
Ce sont les trilles des violons,
L’envol des clarinettes,
Et l’éclat des trompettes.

Tu pensais ne plus vouloir, ne plus entendre,
Installant un barrage, en haute montagne,
Sourde à la vie permanente…

Mais l’eau a fini par déborder,
Et tu t’es faite emporter,
Par le flot de la musique,
Pour te mêler, à celle de la symphonie.
Et des instruments, leurs  couleurs,
Il y a bien quelque part,
La mélodie  du bonheur …

RC – déc 2014

 

( réponse à lavieilledame indigne)


Passer à travers la muraille – ( RC )

photo Glbert Garcin: la continuité

photo Gilbert Garcin: la continuité

 

Si c’est un jour  où, là-devant,
S’étend un  grand mur blanc,
Qui fige tout devenir,
Et celui du sourire,
Toi, toute lasse  et de glace,
Donne-moi la main, …que l’on passe,
Tous deux à travers la muraille !
Nous  trouverons bien la faille,
En dessinant sur le mur,
Une  fenêtre  sur  le futur,
Dont le contour,
Aura la forme  de l’amour.
On y verrait un pont,
Permettant de mieux  sauter,
De l’autre  côté,
Quand la glace fond
Et que le coeur  s’élance:
Le mur s’est le premier  lassé,
Et s’est soudain  effacé,
Quand tu t’extrais, de ton silence.

 

RC – juin 2015

 

ceci est une variation « réponse », sur une publication de Alice Gauguin.

J’ai pensé  aussi  au livret de la « Bohême » de Puccini  ( que cette main est froide… laissez-moi la  réchauffer )…


Réminiscences de fleurs d’ailleurs – ( RC )

Badaire  Jean-Gilles   expo Marvejols   fl -  22

peinture Jean-Gilles Badaire – photo perso


C’est une coque vide,
Aux murs carrelés de blanc, jusqu’au plafond.

Les meuglements des animaux,
La vapeur  qui s’échappait  de leur  corps,
Tout à coup arrachés  à l’étable,
Aux pentes  douces, et leur pâture humide…

Leur chaleur, et l’odeur  animale
S’est perdue dans le silence ;
Leur masse suspendue à de solides crochets,
Se comptait en poids de viande.

Le lieu est devenu incongru, et froid.
Même les  aérateurs,
Les conduits immobilisés,
Rouillent  lentement sur place .

Le sol de ciment  bien sec, proprement  nettoyé,
Permet qu’on le traverse, sans qu’on y glisse,
Sur des excréments,
Ou une  flaque  de sang  :

L’abattoir municipal
est devenu un lieu  d’arts.

Des oeuvres sombres
Aux  fleurs  brunes  et violines,
Parfois  aux  accents métalliques,
Font comme de vénéneux  prolongements,

Aux plantes  privées de lumières  ;
Elles s’étalent  sur les  toiles noires,
Engluées de pourpre mat,
Et de vermillon terne.

Comme les animaux  de jadis,
Extraites de leur terre,
Le souffle coupé,

Suspendues à un reste  de couleur .
Ce qui a existé, des réminiscences…

Quelque part , d’ailleurs…

On sait que les  fleurs mortes,
Diffusent encore un peu de parfum .

RC – avril 2015


Tout s’efface dans le blanc – ( RC )

nuage cone sur cone enneigé Jap cloud exped Helene.

 

 

 

 

Le blanc, est quelque part,       une  absence
Et si dans  ses possibles ,     je me lance…

Je sors de ma coquille, et, le pourrais-je
En  ne salissant pas         sa neige,

Le pied le plus discret la blesse,
Même celui , léger,        d’un déesse,

Une trace, une simple éraflure,
Dessine sa signature.

Elle fait vibrer la page blanche,
Quand l’écriture se penche  .

Les mots s’y impriment         et s’attachent,
Mettent du sens   – plutôt qu’ils ne gâchent.

On pourrait dire  que le blanc  n’est plus,
Qu’il disparaît dans de pauvres  résidus

Et qu’aussi,          il s’enfuit,
Il s’agace  aussi, de trop de bruit.

Mais         il suffit  d’un autre dimanche,
Pour que le blanc tienne  sa revanche  .

Il utilise les voies aériennes,
Pour  que la blancheur  revienne

Que  des flocons  s’amassent,
Partout où la plume s’enlace,

Les pensées recouvertes,        se cachent.
Au coeur même du blanc – plus de taches.

Tout est tu,             tout  s’efface,
Qu’y a-t-il, à la place ?

Quand  plus  rien n’émerge,
Du paysage  , retourné à l’état vierge.

Te souviens-tu  d’avant,
Avant que ne souffle le vent ?

Que la neige     ne se couche,
Et recouvre aussi ta bouche

–         Sur la vallée immense,
Règne maintenant le silence…

Ai-je  écrit en vain,
Espérant d’autres lendemains ?

Ceux qui , laissés-pour-compte,
Attendent, des glaces,  la fonte.

La neige  est un vaste manteau,
Qui  garde  pourtant au chaud,

Sous son blanc velours,
Toutes mes lettres  d’amour.


Tu as devancé le jour. . . – ( RC )

photo- montage  perso - mars 2014

–                                           photo- montage perso – mars 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

Je collecte une à une            tes fleurs de page
Et même si je ne connais pas encore ton visage
En te lisant ,                 je vais l’imaginer….
Si tes phrases dansent ,   elles vont te dessiner.
 –
Ainsi se rassemblent les grains de soleil,
Il ne s’est pas encore lancé dans le ciel.
Il fait encore nuit…           Et je me lève…
Qui pourrait dire qu’elle était brève.  ?
 –
Se révèlent les nuances et couleurs des émaux
À parcourir                   les lignes de tes mots.
 –
Ils aident à repousser  quelque part le noir,
Coulent de source…         Je vais les boire.
Même,    peut-être les manger,   les digérer
Tes lettres s’alignent            en rangs serrés…
 –
Au cœur du silence,          je vais te lire.
Ta lettre à traversé la nuit,
Et s’est déposée                 sans bruit…
C’est comme si je t’entendais rire…
 –
Et peu importe si je suis sourd…
Pour voyager dans ce que tu écris
Cela repousse toujours          le gris…
…..        Tu as devancé le jour. . .
dédié à D M
RC – aout 2014

Les oiseaux glissent, sans comprendre -(RC )

peinture: Esther Margraf

image:          Esther Margraf


Ce sont des oiseaux,
dont on perçoit le vol,
Grâce à leurs ombres
On ne les voit pas, même s’ils sont enfermés,
Sous le couvercle duveteux des nuées  .

Une lumière tourne, et clignote.
Ou plutôt plusieurs,
Ce seraient des projecteurs artificiels
Projetant les ombres,
Comme déchirant le silence  .

Ou des objets bizarres  aux éclats métalliques,
Car même les fleurs ont des couleurs,
Ne semblant pas à leur place :
…Même si on les coupait,
Elles ne faneraient plus,

Ainsi le monde, prisonnier d’un boule de verre,
De celles que l’on remue,
Pour faire  tomber la neige.
Les oiseaux glissent, sans comprendre,

Ou parfois  s’écrasent
Sur ses parois lisses .
Tous les jours on ramasse des boules de plume,
Le bec figé dans un cri.


RC-  oct  2014

photo :  Arthur Tress         Flying Dream, Queens, NY, 1971