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Une voix, la mienne, la tienne…- ( RC )

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Une voix, la mienne, la tienne…

le tout enfermé dans des mots .

Ceux qu’on peut lire, parlent tous seuls
( je ne sais pas avec quel accent ).

Une voix, la tienne, la mienne

le tout enfermé dans des lettres qu’on ne lira pas :
peut-on dire malgré tout qu’ils parlent en silence ?

RC – nov 2017


Le cahier clos – ( RC )

Image associée

Celui chante là quand toute voix se tait
Si c’est le silence, alors

Tu l’a celé,
De ton écriture,
Tels sont les écrits ;
Couchés sur le papier
Dont tu n’ajouteras aucun chapitre ;

Un cahier plein de murmures,
Où je peux relire,
Les lettres de ton souffle :
Tu es tout près,
Cachée derrière les feuilles.

Et le cahier est fermé
pour toujours.
La lumière éteinte,
pourtant, ne cesse de briller.
chaque jour où je l’ouvre.

Un frisson
qui parcourt le dessin de l’écriture,
jusqu’à planer quelque part en moi :
Une voix intérieure me parcourt,
Même si je tais les mots

évadés du champ de la page ,
L’envol d’un invisible oiseau .

RC – juin 2015

 

( la première ligne  est empruntée à un écrit  de Philippe Jaccottet )


Constellations de Miró – ( RC )

Résultat de recherche d'images pour "Personnages dans la nuit guides par les traces phosphorescentes des escargots"

peinture: Joan Miró -Personnages dans la nuit guidés par les traces phosphorescentes des escargots (1940 )

 

J’ai suivi les étoiles,
et l’émerveillement d’un enfant
voyant dans le firmament,
les rêves reportés sur la toile,

les animaux du zodiaque
les femmes oiseaux,
peintes par Miró ,
un chant élégiaque

imprimé dans l’irréel :
Des figures bizarres,
un vocabulaire de chiffres épars,
majuscules et voyelles

où des personnages se bousculent
dans une curieuse constellation,
couleurs joyeuses en éruption :
des yeux, des triangles et des bulles

Il y a quelque chose des Shadocks
rien n’est rectiligne :
ici, on parle la langue des signes :
l’espace est ventriloque,

On peut sauter à l’aise
de planète en planète :
la nébuleuse est stupéfaite
et ouvre ses parenthèses

par l’intermédiaire d’une marelle,
où, dans un silence éternel,
il suffit d’une échelle
pour atteindre la case « ciel »…


RC – nov 2017

 

Image associée

Joan Miró:   Femmes au bord du lac à la surface irisée par le passage d’un cygne


Le rideau de brume – ( RC )

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gravure: Gustave Doré

 


Je me rappelle de la brume :
tu t’es peu à peu fondue dedans,
et elle a fini par t’avaler .

Bien sûr, j’ai espéré que le rideau se déchire,
que la durée retombe : l’espace entre les pointillés ,
–  comme un habit dont on peut se passer ,

pour que le corps s’en dégage,
et rayonne, de sa puissance,
de sa joie, avec sa présence palpable .

Mais il en est comme d’une toile de fond,
où la limite en serait la courbe de la terre,
reculant à mesure que l’on avance.

A quel moment passerait-on à travers cette toile,
qui , justement n’existe que par
notre incapacité à voir derrière ?

Je me rappelle de la brume :
Tu t’es embarquée sur un navire ,
en suivant l’itinéraire inscrit sur les cartes.

Sans doute d’autres ports l’ont accueilli,
toujours plus lointains et improbables ,
mais il a disparu des yeux.

On peut se passer des yeux .
Le rideau de brume peut se percer
avec un appel, une lettre aux timbres exotiques

Mais il retombe, dans les intervalles,
comme un mur de silence, de plus en plus dense,
et la parole se décolore .

Elle se porte, mais uniquement dans le présent.
La lumière t’entoure. Elle éclaire sans doute
d’autres ports qui s’éveillent, encore obscurs .

L’imagination ne suffit pas à trouer l’ombre.
La brume épaisse ne nous permet pas
de savoir où elle commence.

RC – sept 2016


Tirer un fil en travers du chemin – ( RC )

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dessin perso           d’après une  statuette de la Grèce Antique

J’ai tiré un fil
en travers du chemin .
Je l’ai attaché aux arbres  :
je comptais arrêter le ciel bas,
comme le font les araignées,

et, comme elles, j’aurais attendu,
        que la lumière
se dissolve dans les flaques,

       que l’écriture me propulse,
tel le vent dans les feuilles,
bien au-delà d’où portait mon esprit.

Et s’il faut attendre longtemps,
je la sentirai peut-être secouer mes cheveux,
– s’il en reste – et même,     qu’ils soient blancs.

Je ne compte pas suivre la foule des gens,
qui ne croient plus en la parole,
même la leur, et poussent leur valise,      le dos courbé,
à la façon du rocher de Sisyphe,                  obstinés,
mais pas étonnés de faire chaque fois le même parcours.

J’ai tiré un fil en travers du chemin,
et l’espace s’est dénoué .
Je l’ai saisi ,         ou bien quelque chose
a guidé ma main, pour traduire en mots
ce dont je n’avais aucune idée          l’instant d’avant :

une sorte de funambule          mesurant la distance
         entre les nuages,
et le fracas assourdissant du silence…


RC – mai 2016


Pour que résonnent les archipels du silence – ( RC )

Dina%2520Bova%2520-%252020.jpgmontage – \Dina  Bova
.

Ce n’était pas la peine,
de longer les années,
de lire tous ces livres,
d’exercer cette mémoire,
à en perdre le goût du jour,
et la caresse du vent du large,
pour                    ( dira-t-on )
écrire deux ou trois strophes
avec                   si peu de mots .

On en oublie les récits,
les grands succès de librairie,
placés en tête de gondole,
pour se contenter
de quelques lignes,
qui se jouent
de l’épaisseur des pages,
et dialoguent dans les marges,
comme aussi     entre les mots.

Juste ce qu’il faut,
pour que résonnent
les archipels du silence,
la lente croissance des plantes,
la lumière posée sur un mur,
l’ombre de l’absente,
le coeur qui s’aventure
si l’on que l’on fait sienne
l’écriture du poème …

RC – fev 2016

 

 

( en écho à un court texte  de Sylvie Durbec visible ici)


Peut-être n’es-tu pas encore née … – ( RC )

Liu-Bolin Toulouse  fondation Ecureuil.jpg

                                       Art:       Liu Bolin –             Toulouse

 

 

 

(suite…)


Un sol, que rien n’hérisse – ( RC )

peinture:       Anselm Kiefer

 

Comme  sous  le couteau  du peintre,
Un gris dense plombe  un ciel,
Juste  strié  d’ailes noires,
Envol furtif au coeur du froid ;

Les signes dessinés des branches,
Patientent, immobiles,
Attendant un frémissement  de la terre,

Elle  qui se cache
Sous une  couverture  blanche,
Mate comme sont les bruits,
Vite absorbés par le silence.

Même les voix ne semblent plus oser,
Franchir l’espace immaculé.
De connivence avec le gris ,

Les nuances  sont  de lumière;
Et à part les chemins,
Qui rayent , de lignes fines
Champs et collines

Il semble  que tout soit uni,
Sous la laine  de l’hiver,
Toutes différences  abolies,

Des nuages  diffus traversent
Monts  et vallées
Et sans effort,  glissent,
Au-dessus du sol, que rien n’hérisse.

Les barbelés, délimitant les surfaces,
Ont été  gommés, en une nouvelle  naissance,
Les pentes sont redevenues vierges.

Les couleurs  se sont englouties,
Les pays ne connaissent plus de frontières …
De la terre, la neige  s’est faite  complice
La saison tisse doucement, le manteau lisse.

peinture: Charles Daubigny Neige près de Valmondois


Du silence à la mélodie du bonheur – ( RC )

photo: Joakim Eskildsen

photo: Joakim Eskildsen

 

Laisse  quelques mesures  s’avancer,
Une partition blanche,
Un peu de silence,
Puis, quand  tu rouvres les yeux,
Ce sont les trilles des violons,
L’envol des clarinettes,
Et l’éclat des trompettes.

Tu pensais ne plus vouloir, ne plus entendre,
Installant un barrage, en haute montagne,
Sourde à la vie permanente…

Mais l’eau a fini par déborder,
Et tu t’es faite emporter,
Par le flot de la musique,
Pour te mêler, à celle de la symphonie.
Et des instruments, leurs  couleurs,
Il y a bien quelque part,
La mélodie  du bonheur …

RC – déc 2014

 

( réponse à lavieilledame indigne)


Passer à travers la muraille – ( RC )

photo Glbert Garcin: la continuité

photo Gilbert Garcin: la continuité

 

Si c’est un jour  où, là-devant,
S’étend un  grand mur blanc,
Qui fige tout devenir,
Et celui du sourire,
Toi, toute lasse  et de glace,
Donne-moi la main, …que l’on passe,
Tous deux à travers la muraille !
Nous  trouverons bien la faille,
En dessinant sur le mur,
Une  fenêtre  sur  le futur,
Dont le contour,
Aura la forme  de l’amour.
On y verrait un pont,
Permettant de mieux  sauter,
De l’autre  côté,
Quand la glace fond
Et que le coeur  s’élance:
Le mur s’est le premier  lassé,
Et s’est soudain  effacé,
Quand tu t’extrais, de ton silence.

 

RC – juin 2015

 

ceci est une variation « réponse », sur une publication de Alice Gauguin.

J’ai pensé  aussi  au livret de la « Bohême » de Puccini  ( que cette main est froide… laissez-moi la  réchauffer )…


Réminiscences de fleurs d’ailleurs – ( RC )

Badaire  Jean-Gilles   expo Marvejols   fl -  22

peinture Jean-Gilles Badaire – photo perso


C’est une coque vide,
Aux murs carrelés de blanc, jusqu’au plafond.

Les meuglements des animaux,
La vapeur  qui s’échappait  de leur  corps,
Tout à coup arrachés  à l’étable,
Aux pentes  douces, et leur pâture humide…

Leur chaleur, et l’odeur  animale
S’est perdue dans le silence ;
Leur masse suspendue à de solides crochets,
Se comptait en poids de viande.

Le lieu est devenu incongru, et froid.
Même les  aérateurs,
Les conduits immobilisés,
Rouillent  lentement sur place .

Le sol de ciment  bien sec, proprement  nettoyé,
Permet qu’on le traverse, sans qu’on y glisse,
Sur des excréments,
Ou une  flaque  de sang  :

L’abattoir municipal
est devenu un lieu  d’arts.

Des oeuvres sombres
Aux  fleurs  brunes  et violines,
Parfois  aux  accents métalliques,
Font comme de vénéneux  prolongements,

Aux plantes  privées de lumières  ;
Elles s’étalent  sur les  toiles noires,
Engluées de pourpre mat,
Et de vermillon terne.

Comme les animaux  de jadis,
Extraites de leur terre,
Le souffle coupé,

Suspendues à un reste  de couleur .
Ce qui a existé, des réminiscences…

Quelque part , d’ailleurs…

On sait que les  fleurs mortes,
Diffusent encore un peu de parfum .

RC – avril 2015


Tout s’efface dans le blanc – ( RC )

nuage cone sur cone enneigé Jap cloud exped Helene.

 

 

 

 

Le blanc, est quelque part,       une  absence
Et si dans  ses possibles ,     je me lance…

Je sors de ma coquille, et, le pourrais-je
En  ne salissant pas         sa neige,

Le pied le plus discret la blesse,
Même celui , léger,        d’un déesse,

Une trace, une simple éraflure,
Dessine sa signature.

Elle fait vibrer la page blanche,
Quand l’écriture se penche  .

Les mots s’y impriment         et s’attachent,
Mettent du sens   – plutôt qu’ils ne gâchent.

On pourrait dire  que le blanc  n’est plus,
Qu’il disparaît dans de pauvres  résidus

Et qu’aussi,          il s’enfuit,
Il s’agace  aussi, de trop de bruit.

Mais         il suffit  d’un autre dimanche,
Pour que le blanc tienne  sa revanche  .

Il utilise les voies aériennes,
Pour  que la blancheur  revienne

Que  des flocons  s’amassent,
Partout où la plume s’enlace,

Les pensées recouvertes,        se cachent.
Au coeur même du blanc – plus de taches.

Tout est tu,             tout  s’efface,
Qu’y a-t-il, à la place ?

Quand  plus  rien n’émerge,
Du paysage  , retourné à l’état vierge.

Te souviens-tu  d’avant,
Avant que ne souffle le vent ?

Que la neige     ne se couche,
Et recouvre aussi ta bouche

–         Sur la vallée immense,
Règne maintenant le silence…

Ai-je  écrit en vain,
Espérant d’autres lendemains ?

Ceux qui , laissés-pour-compte,
Attendent, des glaces,  la fonte.

La neige  est un vaste manteau,
Qui  garde  pourtant au chaud,

Sous son blanc velours,
Toutes mes lettres  d’amour.


Tu as devancé le jour. . . – ( RC )

photo- montage  perso - mars 2014

–                                           photo- montage perso – mars 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

Je collecte une à une            tes fleurs de page
Et même si je ne connais pas encore ton visage
En te lisant ,                 je vais l’imaginer….
Si tes phrases dansent ,   elles vont te dessiner.
 –
Ainsi se rassemblent les grains de soleil,
Il ne s’est pas encore lancé dans le ciel.
Il fait encore nuit…           Et je me lève…
Qui pourrait dire qu’elle était brève.  ?
 –
Se révèlent les nuances et couleurs des émaux
À parcourir                   les lignes de tes mots.
 –
Ils aident à repousser  quelque part le noir,
Coulent de source…         Je vais les boire.
Même,    peut-être les manger,   les digérer
Tes lettres s’alignent            en rangs serrés…
 –
Au cœur du silence,          je vais te lire.
Ta lettre à traversé la nuit,
Et s’est déposée                 sans bruit…
C’est comme si je t’entendais rire…
 –
Et peu importe si je suis sourd…
Pour voyager dans ce que tu écris
Cela repousse toujours          le gris…
…..        Tu as devancé le jour. . .
dédié à D M
RC – aout 2014

Les oiseaux glissent, sans comprendre -(RC )

peinture: Esther Margraf

image:          Esther Margraf


Ce sont des oiseaux,
dont on perçoit le vol,
Grâce à leurs ombres
On ne les voit pas, même s’ils sont enfermés,
Sous le couvercle duveteux des nuées  .

Une lumière tourne, et clignote.
Ou plutôt plusieurs,
Ce seraient des projecteurs artificiels
Projetant les ombres,
Comme déchirant le silence  .

Ou des objets bizarres  aux éclats métalliques,
Car même les fleurs ont des couleurs,
Ne semblant pas à leur place :
…Même si on les coupait,
Elles ne faneraient plus,

Ainsi le monde, prisonnier d’un boule de verre,
De celles que l’on remue,
Pour faire  tomber la neige.
Les oiseaux glissent, sans comprendre,

Ou parfois  s’écrasent
Sur ses parois lisses .
Tous les jours on ramasse des boules de plume,
Le bec figé dans un cri.


RC-  oct  2014

photo :  Arthur Tress         Flying Dream, Queens, NY, 1971


Des instants, enrobés de l’épaisseur inconnue de la nuit – ( RC )

sculpture perso:  "le petit dormi"...  relief  inclus  dans un façade. (pierre)

–         sculpture perso:           « le petit dormi »… relief inclus dans un façade. (pierre)

 
Il y a des cloches qui tintent à la volée,
Elles résonnent en silence,
Répondent aux instants,
Enrobés de l’épaisseur inconnue de la nuit,
Quand nous marchons tous deux
Dans la voie mystérieuse du sommeil .

Ce qu’il reste d’une fête qu’on ignore …
Des regards plongés dans une profondeur,
Dont on ne sait plus rien,
Tournés à l’intérieur de notre être,
Fenêtre discrète du coeur.

Nous portons l’oubli dans notre esprit,
Et la beauté de la neige immaculée,
Que l’on découvre au matin,
Accordée à la musique de ta voix,
Quand je me réveille,
A tes côtés.


RC – sept 2014


Tu m’as crû mort – ( RC )

image: Mr  Mrs Macbeth

image: Mr Mrs Macbeth

 

 

Tu m’as cru mort,      car             passe le silence,

S’étire un temps,           qui soulève la poussière,

Et elle, doucement, en suspension,           se dépose sur la mémoire.

 

Mais la  lassitude,         ne vient pas au bout de l’existence,          par un simple assoupissement de la conscience.

J’invente une pluie,                  une vapeur,          une haleine,

des couleurs et une chanson,         que personne n’a jamais vues et entendues, jusqu’à présent  .

 

Elles parlent en mon nom,

Elles forment des signes sur le papier,

Elles n’ont pas besoin que tu regardes …

 

Et d’ailleurs, qu’y verrais tu ?

Il n’y a pas de geste visible,

Et les mouvements de l’âme, se font aussi,

Dans la discrétion.

 

 

RC – avril  2014

 

 


Juste un fil – ( RC )

photographe non identifié

photographe non identifié

Comme des crépuscules

comme en plein jour,

Juste un fil,

Clair dessine un contour,

Je te vois à contre-jour

Et tu éclipses,

Le poids de la lune

Dans le corps mis à la blancheur,

Mais à sa face cachée…

Et les courbes se croisent,

Je ne les vois,

Qu’avec les doigts,

Et la peau tendue en est l’écho,

Jusqu’à la soie brune,

Juste devinée…

Au-dessus, se penchent les arbres,

En dentelle, dans l’indigo,

Le silence, juste parcouru,

Par ton souffle.

RC  –   janvier 2014

en liaison avec le texte  de Lambert Savigneux dans  « le regard d’Orion » 


Edmond Hameau – L’Auditoire

peinture: Enrico Baj

peinture/ collage  :                             Enrico Baj

 
Combien sont hautainement tristes
Dans ce rouge lointain
Les navires pansus — dromadaires pensifs
Voici cachés par leurs crinières
Les lions valeureux
Aux gorges cloutées de fleurs
Une souris
Même la plus besogneuse
Ne grignote point le silence
Consciente de l’instant grave
Les renards la contemplent de leurs grands yeux bleus
Avec une malice de lumière dans leur œil

De fille rousse
Et voici une vache puissante

en posture de veuve fanée
Avec le même relâchement des bajoues
Ira faune sévère se lamentant
Dépasse en majesté
Le jugement des Ecclésiastes
Des Cyclopes
Et des trompettes
Qu’il est long
D’un insoutenable jaune
Dans sa tristesse souveraine
Cet auditoire vache-et-baleine
Planté de face
Bardé de couteaux
De ferrailles
Résonnant d’hystériques tambours
Lorsque vers l’abîme

Nous nous précipitons
Les jambes écartées

(Edmond Hameau)


Masque – ( RC )

masque  Baoulé de     Côte d’Ivoire

La magie du masque,
Ne dit rien que son visage noir,
Le bois creusé, que l’on dirait
Moulé sur un corps,

Un abri, derrière lequel
Il se réfugie,           –
–    … Je suis en compagnie,
D’un esprit.

L’ombre d’une face,
L’épreuve du silence,
Laissant sa trace,
Au-delà des gestes  ;

Ceux de la danse,
Le lien vers un peut-être,
Sévère et magnifique,
De traduction magique

C’est une patine offerte,
Repoussant la lumière,
Happée vers l’intérieur,
Vers des mots d’une autre langue

Et qu’on protège  des regards,
Du commun des humains.
Les lignes de ses formes fondent sa force,
Son action saluée , bénéfique,

Quand le masque  est de sortie,
Chassant en conviction,
Les mauvais esprits,
Les mauvaises récoltes

Viens demain,
Sans lui, en habit de paille,
Remise-le dans l’ombre,
Les yeux fermés

La bouche ouverte,  …
Le masque sacré
Veille même sur la nuit
Et aussi notre destin.

RC – décembre 2013

masque africain- Afrique centrale

masque africain- Afrique centrale


Saisi par le reflet – ( RC )

photo:         Mary Crandall

C’est ainsi que le regard s’égare,

C’est peut-être trop tard,

Mais y a , ces images,

Aux fenêtres du train,

Qui reflètent les nuages,

Comme une vitre sans tain.

Je distingue à peine ton visage,

Proche et pourtant lointain,

Comme déjà en voyage,

Diluant ton être,

Derrière de futurs kilomètres,

Avalé par le flux.

L’ensemble, saisi par le reflet,

Déjà nous sépare,

Je ne te vois plus…

De ton départ, je ne suis pas prêt ;

Et je reste hagard,

Sur le quai de la gare .

– Derrière la paroi de verre,

Ma bouche, porte un sourire amer

Tu fais des signes – il me semble

D’adieu,—– en gardant l’air digne .

Appuyé, sur ma main,          elle tremble.

Je te réponds par signes….

Quand doucement, le train glisse…

Puis      lentement             s’élance

Je le suis, un temps,

>          Quelques pas en avant, —          

  »    au revoir, mon fils… ! »

Et puis,                            c’est le silence.

RC   –  novembre  2013 –


La neige nue n’est jamais venue – ( RC )

La neige nue

N’est jamais venue,

Je n’ai pu y retrouver,

L’empreinte de tes pas gravée,

Le givre dessine aux fenêtres ,

Ce que tu pourrais être,

Je pourrais toucher du doigt,

Cette fantaisie du froid,

Le coucher sur du papier,

Et le recopier,

D’un crayon qui crisse,

Avant qu’elle ne s’évanouisse.

Car mon imaginaire

Au milieu d’un désert,

Vide et lisse,

Dessinerait un oasis.

Je sais que tu es transparente,

Mais aussi que tu chantes,

Ou murmure à voix basse,

Toi qui passes

Des minutes trop brèves,

A travers les rêves,

De ceux qui dérivent,

Et puis me poursuivent…

J’ai rêvé de la neige nue,

Elle n’est jamais venue,

Faire quelque détour,

A ce carrefour

Entourer tes pas,

Vertige d’un au-delà …

C’aurait été la revanche

D’une silhouette blanche,

Se détachant en blanc,

Très délicatement, :

L’inaccessible amour,

Que peut-être un jour,

Je verrai passer,

Un blanc léger caressé,

Un rayon de soleil,

Au sortir du sommeil,

Qu’aucun songe n’encombre…

Juste une légère ombre,

Un contour des sens,

Marquant ta présence.

Je saurai me taire,

Sur le chemin solitaire,

Et garder le secret,

Quand je te reconnaîtrai

Lèvres ouvertes, tu te penches… :

Le baiser du silence,

Sur mon cœur réverbère…

Confident de ta lumière.

RC  – décembre  2013


Azurs des ciels infusés ( RC )

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Aux azurs des ciels infusés,
L’horizon se déplace,
Et, ce que les silences amassent,
Le temps lourd, les années usées,

Les cris que tu fais tiens,
La marque des cicatrices,
Qui toujours te hérissent,
A tes tourments anciens…

Le souffle retenu,
Vois donc , de nouveaux matins,
Basculer vers demain,
Pour la joie,        revenue…

RC 11-oct 2013   variation sur….

Une histoire  simple  ( Carine Delsol )

 


L’esprit ( RC )

peinture: Lyonel Feininger  1936

peinture: Lyonel Feininger 1936

 

 

 

 

Dix huit mètres-cubes de silence,

Tordus sous le poids,

De la raison, des convenances,

Et des lois,

Mais un espace comme bulle d’air

L’ oiseau y vole à son allure,

Est-ce le monde à l’envers,

Où se fond sa nature ?

Dix, ou cent mille ans d’attente *

S’étendent par ici,

Et l’enfer de Dante,

Un temps de pain rassis.

Du marteau à l’enclume,

Gerbes d’étincelles,

L’oiseau lisse ses plumes,

De jeune hirondelle.

La chasse est ouverte,

Les balles sifflent à ses oreilles,

Mais en pure perte;

Déchirent le ciel, et le raye.

Tant d’éclats de fer

Tant de peine et de douleur,

De tristesse et de guerres,

Les discours des dictateurs…

Dans le cube de silence,

N’arrivent pas, injures et cris,

Retombant aussitôt qu’ils s’élancent.

Que peut-on contre un esprit ?

 

* expression venant de Boris Vian «Elle serait là, si lourde« 

« 

RC – 10 octobre 2013


« Dix huit mètres cubes de silence », est un  roman de Geneviève Serreau

 

« 


Portrait en coutures d’encres ( RC )

peinture: Gordon Cook: figure sans visage

peinture: Gordon Cook: figure sans visage

 

 

 

 

Trait pour trait, se dessine ton portrait
A la couture d’encre,
Que je parcours à tâtons,
Fin négatif dans l’obscur,
Où je perçois ton contour,
En léger creux

Ton cachet de cire.

Je n’en comprends pas forcément toutes les paroles,
Car il me faut aussi interpréter le silence,
L’espace entre les cailloux déposés,
Sous le flux de la rivière.

Mais à passer les doigts,
Sur les coutures, – et dessous,
J’ai ma petite idée
d’un volume, révélant l’espace,
D’où tu t’es dissimulée,
– l’encre sympathique –

en relation avec le texte  de  Anna Jouy  « secrètes images »

RC  – 6 octobre 2013