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Une toute petite armoire – ( RC )

art- Sophie Calle

 

C’est une armoire un peu bizarre ,
où se cachent plein d’histoires,
des souvenirs d’enfance,
de petits objets
que conservait ma mère
dans sa boîte de couture,
une boucle de cheveux blonds,
dans du papier de soie,
des bandes de papier
avec mon écriture tremblée
décrivant la grille du jardin,
les escargots qui se cachaient
sous le rebord du mur.

Comme on peut le deviner,
un secret reste un secret .
Il y en a de terribles
cadenassés à triple tour,
enfouis au fond de la mémoire,
qu’on s’efforce d’effacer,
mais qui reviennent
tôt ou tard,
à la surface.
Rassurez-vous
ce ne sont les miens .

Il y a , …. il y a
plein de choses encore,
tant qu’on pourrait s’étonner
que cela prenne place
dans cette petite armoire .
– Je ne ferai pas une liste :
– d’ailleurs à quoi bon ? –
elle n’a pas de fond,
car elle s’ouvre sur l’infini
et la course des étoiles .
Si vous l’ouvrez
( car je n’ai pas de clef )
vous n’y verrez rien
de particulier .

Je suis seul à savoir ce qu’il y a dedans…


RC – mai 2017

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Capture des ombres – ( RC )


Tu tires vers toi les lignes du jour,
tout le temps nettes ,           et elles dansent
singeant la forme des êtres ,   leur contour
mais qui n’ont pas de consistance ,
et          sur lesquelles on n’a pas de prise .

Tu voudrais bien en capturer une, la prendre par surprise
l’immobiliser,          la happer au passage,
mais elle est toujours plus leste,
et s’effarouche         au moindre geste …
peut-être en es-tu simplement l’otage ?.

Une des méthodes pour les voir disparaître ,
est d’attendre l’arrivée du soir,
                          jusqu’à ne plus rien voir :
la nuit recouvre tout de son voile noir,
endeuillant tout,     sans rien omettre .

Les ombres auraient-elles disparu pour autant ?
Ou bien au contraire   débordent-elles ,
pour tout occuper,       en s’étendant ,
profitant de l’éclipse du jour :         une brèche
avant son retour :                              le parapluie

de l’étendue de la nuit ,
à la façon d’une chauve-souris :          ses ailes
sont-elles l’ombre , elle-même ?
Ainsi jouant de l’extinction du soleil,    le stratagème,
identique à celui            d’encre noire de sèche .

RC – mai 2017


Enfermé dans un songe – ( RC )

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peinture: Jim Henson

Lové sur moi-même,
enfermé dans un songe :
c’est une voie souterraine,
où j’erre, les yeux fermés,
et pourtant le corps glisse,
dans des paysages,
qui défilent,
peut-être inventés,
dans l’échancrure d’un monde
où des vents me poussent ,
dessinant une esquisse,
que je ne peux saisir :

des carrefours
conduisant à d’autres,
indéfiniment.
Je ne me rappelle que des bribes,
au petit matin :
c’est comme s’il m’avait été donné
d’entr-apercevoir
le mystère des choses,
J’aurai fait corps avec elles,
dans la densité obscure
de leur secret,
attendant de le partager
avec la nuit .


RC –


La maison de verre – ( RC )

maison-de-verre-Le-Cirva-au-Musée-Cantini-Marseille-slide.jpg

sculpture J-Luc Moulène –  » for birds » ( verre moulé et cage  – CIRVA  Marseille)

 

Et ce sera un sortilège,
la maison serait transparente,
donnant sur les prés
les branches qui se balancent ,
au-dessus du toit .
On verrait à travers elle :
de l’autre côté
se continue l’horizon.
Les plus hauts murs
et le fouillis des villes
m’ignorent .
Les pierres sont lourdes et tranchantes ,
le désert est ailleurs.

Le vent se lève et berce les étoiles,
mais je ne m’en aperçois pas .
Je suis dans la maison de verre :
elle voyage, lovée sur elle-même,
n’a que faire des pluies et
des écharpes de brume .
Les tempêtes n’arrivent pas jusqu’à moi.
La maison est close, les portes
ne s’ouvrent pas .
C’est un lieu à l’écart du monde,
une bulle, une fenêtre tout entière,
Malgré qu’elle n’ait pas de barreaux.

Je n’en sortirai pas.

RC – juill 2017


Constellations de Miró – ( RC )

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peinture: Joan Miró -Personnages dans la nuit guidés par les traces phosphorescentes des escargots (1940 )

 

J’ai suivi les étoiles,
et l’émerveillement d’un enfant
voyant dans le firmament,
les rêves reportés sur la toile,

les animaux du zodiaque
les femmes oiseaux,
peintes par Miró ,
un chant élégiaque

imprimé dans l’irréel :
Des figures bizarres,
un vocabulaire de chiffres épars,
majuscules et voyelles

où des personnages se bousculent
dans une curieuse constellation,
couleurs joyeuses en éruption :
des yeux, des triangles et des bulles

Il y a quelque chose des Shadocks
rien n’est rectiligne :
ici, on parle la langue des signes :
l’espace est ventriloque,

On peut sauter à l’aise
de planète en planète :
la nébuleuse est stupéfaite
et ouvre ses parenthèses

par l’intermédiaire d’une marelle,
où, dans un silence éternel,
il suffit d’une échelle
pour atteindre la case « ciel »…


RC – nov 2017

 

Image associée

Joan Miró:   Femmes au bord du lac à la surface irisée par le passage d’un cygne


Un peu de mémoire emportée – ( RC )

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peinture: Maurice Denis

Les ombres des frênes
laissent leur ombre de givre,
sur l’herbe, où le temps se fige.

Les échos s’assourdissent,
mais le vent laisse libre cours
au passage des nuages.
C’est un peu de mémoire emportée
arrachée de mon coeur ,
lui qui reste gravé
sur le tronc, avec nos initiales,
bientôt illisible.

Ce frêne dont la blessure a saigné,
et qui se referme,
lentement recouverte de lichens.


RC – janv 2017


Reines de France – Scarabées – ( RC )

Anselm Kiefer

sculpture –  Anselm Kiefer ( dans la suite de sa série  « les reines de France » )


Le quadrillage régulier des salles du palais
s’enlumine         de celui des fenêtres hautes.
           Le pied emprisonné sous la bottine
risque un déplacement prudent
sous le manteau noir
ceint d’hermine  .
          La robe de plomb
sertie d’opales et rubis,
ne protège pas du froid .

Cuirassée  d’ élytres.

Il faut déplacer
         cette pesanteur rigide
sur le carrelage muet
à la façon d’un automate
bien que le corps
         ambitionne
l’audace du soleil
ses rayons enveloppant
ta  blanche jambe de rousse .

Un bourdon dans sa cage.

( On ne court pas ,        légère
dans les allées du parc
          en habits de coton
après avoir laissé
au vestiaire
         l’habit d’apparat ) .
Le protocole impose
le maintien,       la tête haute .
Les gardes sont en armure.

Scarabées.

Le domaine est clos
les arbres étendent leurs ombres,
bouchent l’horizon,
            les murailles hautes .
On n’attend plus le prince charmant .
Une chambre étroite dans la tour nord,
            un sombre plafond à caissons .
Une lourde bible pèse sur la tête .
On ne la voit plus .

On a trouvé un insecte  séché  dans une  boîte  d’allumettes .


RC – sept 2016


Dieu écoute la confession du vent – ( RC )

photographe  non identifié,  doc  extrait du site urbexground

 

Un ciel étoilé
s’est affaissé dans l’église .
Des morceaux de plâtre,
sont venus blanchir les dalles,
et les chaises renversées .
                            Les colonnes s’ennuient.

La lumière , pourtant, persiste,
à traverser les voiles blanches
des toiles d’araignées .
Elles tentent de colmater,
     comme elles le peuvent,
             les vitraux ébréchés.

Une pluie d’éclats de couleurs,
participe au silence
de la journée qui s’étire :
                    elle se pose sur les statues de saints,
désaffectées,        attendant des jours meilleurs,
les yeux au ciel.

L’édifice est vide dans son ombre,
le soleil et peut-être Dieu aussi,
patientant dehors ,
   dans un autre décor
   que celui des hommes,
>       écoutant la confession du vent.


RC – mai 2016


la pièce vide – ( RC )

Je suis revenu dans la maison vide.
J’y ai vécu il y a longtemps,
et mes chaussures , dans la grande pièce,
poussent des graviers venus d’on ne sait où,
des corps d’insectes morts s’effritent sous mes pas .

Je suis peut-être à la recherche de quelque chose,
une atmosphère, perdue, ou dissoute,
et que j’essaie de restituer,
– question de couleurs ,
où le grain des murs s’est fané – ,
( sans doute des yeux dissimulés derrière,
attendent mon retour ),

comme ceux de portraits d’ancêtres,
enlevés, partis vers d’autres univers,
mais dont les cadres ont laissé
leur empreinte pâle.

Leurs fantômes ont fui le soleil,
et ont saturé l’atmosphère ,
dispersés à la manière de bulles de savon,
invisibles, légeres,
Ils essaient de me dire quelque chose,

mais n’ont plus la parole,

juste un souffle qui dévie la lumière.


RC – avr 2017


Une main sur le mur, puis l’autre, à tâtons – ( RC )

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                                                                     Photo  –  Dorothee Lange  –

Une main sur le mur
et puis l’autre, à tâtons,
je cherche quelque chose
entre les pierres    :
ce sont mes doigts
qui regardent,
et suivent le dessin
d’une faille,          un creux,
une ancienne porte
                          scellée.

Peut-être l’entrée murée,
d’un couloir
qui conduit autre part.
S’il est possible
       de passer à travers
cette muraille,
       de rétrécir
pour se glisser
        dans les fentes,
et gratter,
        avec les ongles,
la poussière incrustée,

Respirer l’air
qui           – depuis des siècles,
    n’a pas connu la lumière –       ,
regarder d’une autre façon,
comme le serait
la vue d’yeux       clos,
dans des pièces
condamnées
          à tout jamais,
comme aussi seraient
ces tombeaux
où pourtant ce qui
a été demeure

Identique         mais figé
>     comme dans la glace,
l’encadrement écaillé
des portes,
le papier peint à motifs,
les crochets
suspendant la trace
pâle d’anciens tableaux
alors
ce serait comme
un espace voisin, d’où
inversement

un jour, quelqu’un
pourrait        avec ses doigts
qui regardent,
suivre le dessin
d’une faille,         un creux,
une ancienne porte
scellée,             et respirer
l’air          du siècle présent,
de la pièce    d’aujourd’hui
restée                 intacte,
identique      mais figée
>        comme dans la glace
.
Et si nos mains
se rencontraient
… à tâtons .


RC – mai 2016