Textes poétiques et d'actualité -nulle part ailleurs !

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Les têtes jaunes – ( RC )

peinture : V Van Gogh

–            peinture : V Van Gogh

Toutes ces têtes jaunes,
Qui ensoleillent,
Les collines,
Et se tournent, ensemble,
Couronnées de leur soleil pétales,
Ondulent ensemble,
Et jettent leurs feux ,
De couleur, sur les champs
Sous la houle de la saison  ;


Et si celle-ci s’avance,
Quel que soit le vent,
Les têtes grainées,
Devenues lourdes,
De tant d’heures de chaleur,
Se plient, et regardent le sol,
Et finissent par se rendre,
Ainsi, dans le vase de Van Gogh,
Les tournesols.

RC – 1er décembre 2013

peinture  Van Gogh

peinture :  Van Gogh

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Je peine à fermer le cercle de la nuit – ( RC )

Peinture perso:   tri-color  ( (huile sur carton )

                                 Peinture perso:                     tri-color ( (huile sur carton )

 

Je peine à fermer le cercle,
Celui de la nuit.

Traversé par les éclairs,
C’est dire l’insomnie,
Et les rêves qui parcourent,
Les heures déchirées,
Alors que les animaux,
Confiants,     viennent au plus près,
Me humer,      moi,
>          L’être saugrenu,
Débarqué ce soir,
A la belle étoile,
Comme tombé des astres…

Ma bouche ne dit plus rien,
Emmêlée du sommeil de la lumière,
Attendant que se lève,
( Et c’est toujours un « peut-être »,
…..La frange des cheveux,
Du jour ),
Qui se fait attendre,                   et c’est
Comme progresser vers un inconnu,
Un futur dont je ne sais rien
Mais                        vers lequel je vais
Porté à mon tour …

RC – 4 décembre 2013

En écho à la « Berceuse pour l’insomnie » de Jerzy Ficowski


Jacques Ancet: Pour saluer Antoni Tapies

peniture;; Antoni Tapiès: Torax
1978

Article  visble  (  sans les peintures  chez  JM Maulpoix…)

La galerie Chantal Mélanson à Annecy mène depuis 5 ans un travail militant en faveur de la peinture de la sculpture et de la littérature. Avec peu de moyens mais beaucoup de passion elle défend un certain nombre d’artistes localement, nationalement ou internationalement connus qui, malgré leurs différences, ont incontestablement un air de famille. L’exposition d’estampes, de lithographies et d’oeuvres originales d’Antoni Tàpies, rigoureusement choisies et mises en valeur qu’elle présente du 11 septembre au 13 novembre donne la mesure de l’exigence et de l’ambition dont elle ne cesse de faire preuve.

Même dans une casserole, on peut trouver Dieu.

Thérèse d’Avila

La richesse du travail d’Antoni Tàpies est dans son apparente pauvreté: pauvreté de couleurs, de formes, de matières. Paradoxe qui relève d’un double et indissoluble mouvement de destruction et de création.

On perçoit d’abord, très nettement, dans cette oeuvre qui couvre maintenant plus de cinquante ans, le désir commun à toute une génération d’artistes du milieu du siècle de faire table rase c’est-à-dire de détruire cette image toute faite que nous avons dans les yeux quand nous croyons voir le monde et que nous nommons « réalité ». Image si tôt confondue à notre vision que nous la prenons pour le monde lui-même. Alors qu’elle n’en est qu’une représentation. C’est donc contre cette description apprise — ce mot d’ordre perceptif — que commence par se construire, comme tout art véritable, l’art de Tàpies. Afin, dit-il, de « changer la vision que les gens ont du monde ». D’où la valeur emblématique des râtures, griffonnages, gommages, et autres barbouillages, griffures et grattages. Alors, l’image vacille, sombre, disparaît. Elle cède l’initiative à la surface peinte…

On sait depuis Manet, au moins, que la peinture n’est que peinture et rien de plus. Rien de moins, non plus. Un univers plastique qui s’édifie sur les ruines de l’autre — motif, modèle, référent, réalité comme on voudra — et qui, depuis la fin du XIXè sècle a conscience d’avoir peu à peu conquis sa propre cohérence, comme la poésie à peu près à la même époque. C’est pourquoi Francis Ponge pourra écrire que dans tout art, il y a « quelque chose à obtenir et non quelque chose à exprimer. » Cette visée, c’est l’oeuvre, bien sûr — tableau, poème, sonate, sculpture etc.. Mais à en rester là — le tableau pour le tableau, le texte pour le texte –, le résultat serait bien pauvre. Beaucoup d’épigones, d’ailleurs, s’en sont contentés, pensant y trouver le nec plus ultra de la modernité. Or, l’art de Tàpies est aux antipodes d’un pareil formalisme — de cette abstraction (mot absurde mais consacré) à laquelle on a souvent voulu le réduire sans le comprendre. Il est, au contraire, profondément concret, puisqu’il entretient avec le monde une relation directe, c’est-à-dire non médiatisée par la représentation ou l’image. Ces surfaces maculées, rayées ou, au contraire vacantes; ces gris, ces ocres, ces bruns, ces couleurs sales; ces croix, flèches, lettres ou vagues figures: n’est-ce pas ce qu’à chaque pas nous découvrons autour de nous sur les murs de nos villes, nos trottoirs, nos portes, dans cette décharge de gestes, d’objets, de matières insignifiants qui sont notre quotidien et que cette peinture nous conduit à voir comme pour la première fois.

Car, du même mouvement qu’il oblitère, râture ou gomme la réalité, Tàpies nous offre les balbutiements, les prémices d’un monde à l’état naissant: griffonnages d’enfant, alphabets indéchiffrables, rayures, taches, empreintes de pieds, de mains comme aux origines de la création et, soudain, surgissant de ce chaos vivant, une lettre, une autre, obsessionnellement répétées. La croix du T, d’abord, la lettre de l’unité faite de la rencontre et de l’unification de deux forces contraires. Le A, ensuite, celle du commencement. Valeurs qui, outre leur référence insistante à l’Ars combinatoria de Ramón Lull, savant, sage et mystique catalan du XIIè siècle admiré depuis la jeunesse, viennent s’ajouter à leur statut d’initiales du nom du peintre (Antoni Tàpies), lesquelles réclament nécessairement un support à leur inscription, ce mur que l’artiste trouvera également dans son patronyme, Tàpies signifiant « mur » en catalan. Rare, pour ne pas dire seul cas d’un usage aussi plastique et créateur de son propre nom par un peintre. Un monde est là, en germe, dans cette signature dont Tàpies a toujours défendu le principe, parce qu’elle est non pas le signe d’on ne sait quelle vanité egolâtre, mais un principe d’unité dans une production multiple et apparemment éclatée.

peinture Antoni Tapiès :le chapeau renversé

On a beaucoup commenté le goût de Tàpies pour les matières pauvres, élémentaires où viennent s’incarner et se confondre, dans une unité qui les englobe, celles de la naissance et de la vie (terre,boue, paille, bois…) et celles de la dégradation et de la mort (poussière, détritus, coulures, excréments…). Mais, ces matières ne sont pas statiques, déposées là, telles quelles, dans le hasard de leur rencontre. Elles sont mises en mouvement par un geste et transfigurées par un regard. Si le geste est la présence directe du corps dans les traces qu’il laisse dans la matière — une signature organique, en quelque sorte –, le regard en est la présence différée. Par le travail spéculaire-spéculatif qu’il suppose — un travail de pensée –, il élabore tout un vocabulaire figuratif (pied, bouche, main oeil, crâne, corps) qui ne représente rien mais fait signe, nous interrogeant inlassablement sur nous-mêmes, sur ces objets qui nous entourent (chaise, lit, porte, chaussette…) ou sur les éléments du monde (sable, feuille, herbe, paille…) tous mêlées inextricablement dans une vaste unité.

Oui, au fond, ce que vise l’oeuvre de Tàpies, c’est toujours une rencontre. Et pas seulement celle de son corps et de la matière mais, à travers elle, celle du spectateur De ce spectateur devenu soudain acteur — « Observateur-participant » — et de l’énigme du monde. Cet inconnu à l’état naissant qui n’est pas différent de la réalité mais qui la fonde et la déborde en même temps: le réel.

En ce sens on pourrait dire que Tàpies n’est pas réaliste mais réeliste. Il nous fait entrevoir ce fond sans fond qui n’est, à proprement parler, rien et qui est au fondement de tout. D’où sa proximité avec les mystiques qu’elles soient occidentales ou orientales. Car, ce que son oeuvre entière cherche à nous offrir, c’est, finalement, un espace de méditation. Un fragile support pour un pas qui vacille et s’égare un instant dans le sans chemin.

Jacques ANCET

 

Complété  par cet extrait de texte de la main même  de Tapies:

 » Nous vivons, sur le plan culturel, les mêmes difficultés qu’au siècle dernier, quand certains chefaillons de village tentaient d’empêcher les gens d’apprendre à lire et à écrire, de peur qu’ils deviennent moins faciles à tenir en main. Nous sommes horrifiés d’entendre les classes dominantes encore affirmer, avec une démagogie qui ne nous surprend plus, qu’il faut plutôt offrir au peuple des choses qui lui plaisent que trop d’intellectualité.  »

 

et visible  dans les carnets d’Eucharis

 

 


Marquis de Sade – propos sur le droit de propriété

 

Max Ernst: illustration sur des poèmes d’Eluard

 

Dans un pamphlet de 1795, le marquis de Sade s’adresse aux représentants du peuple qui viennent d’inscrire le droit de propriété (articles 2 et 17) dans la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789)…

A Dieu ne plaise que je veuille attaquer ou détruire ici le serment du respect des propriétés, que vient de prononcer la nation : mais me permettra-t-on quelques idées sur l’injustice de ce serment ? Quel est l’esprit d’un serment prononcé par tous les individus d’une nation ? N’est-il pas de maintenir une parfaite égalité parmi les citoyens, de les soumettre tous également à la loi protectrice des propriétés de tous ?

Or, je vous demande maintenant si elle est bien juste, la loi qui ordonne à celui qui n’a rien de respecte celui qui a tout.

Quels sont les éléments du pacte social ? Ne consiste-t-il pas à céder un peu de sa liberté et de ses propriétés pour assurer et maintenir ce que l’on conserve de l’un et de l’autre ?

Toutes les lois sont assises sur ces bases ; elles sont les motifs des punitions
infligées à celui qui abuse de sa liberté. Elles autorisent de même les impositions ; ce qui fait qu’un citoyen ne se récrie pas lorsqu’on les exige de lui, c’est qu’il sait qu’au moyen de ce qu’il donne, on lui conserve ce qui lui reste ; mais, encore une fois, de quel droit celui qui n’a rien s’enchaînera-t-il sous un pacte qui ne protège que celui qui a tout ?
Si vous faites un acte d’équité en conservant, par votre serment, les propriétés du riche, ne faites-vous pas une injustice en exigeant ce serment du « conservateur » qui n’a rien ? Quel intérêt celui-ci a-t-il à votre serment ? Et pourquoi voulez-vous qu’il promette  une chose uniquement favorable à celui qui diffère autant de lui par ses richesses : un serment doit avoir un effet égal sur tous les individus qui le prononcent ; il est impossible qu’il puisse enchaîner celui qui n’a aucun intérêt à son maintien, parce qu’il ne serait plus alors le pacte d’un peuple libre : il serait l’arme du fort sur le faible, contre lequel celui-ci devrait se révolter sans cesse ; or c’est ce qui arrive dans le serment du respect des propriétés que vient d’exiger la nation ; le riche seul y enchaîne le pauvre, le riche seul a l’intérêt au serment que prononce le pauvre avec tant d’inconsidération qu’il ne voit pas qu’au moyen de ce serment, extorqué à sa bonne foi, il s’engage à faire une choses qu’on ne peut pas faire vis-à-vis de lui.

 

Max Ernst – Un portrait robot de Sade

 

 


Madame Redon, par Odilon

Mme Redon

En  hommage  à Odilon Redon,

et en relation avec l’article  sur  les  souvenirs  évoqués  par Marcel Proust

Sans les larmes, les yeux  pleins, au regard immobile, le vertige des chevaux peints, passent en demain les belles  ors de Redon, dansent, ma neige, en cercle aériens, tourbillon vertical aux ailes enlacées, la terre se soulève  aux équidés embrassés , point de quotidien qui finit, l’aventure de l’Arc en ciel, recommence à chaque mouvement des nuées, la terre a sa chaleur d’été, les ombres sont en fumées, dissoutes dans un bleu inventé, le goût des heures demeure au temps immobile des plaisirs et des jours..

RC      mai 2011


Jackson Pollock – l’alternative verticale – horizontale

le film de « Pollock » donne bien justement ce lien qui manque lorsqu’on ne voit que ses peintures éparpillées dans les grands musées… ou alors il faut voir une exposition qui lui est consacrée qui réunit beaucoup de ses oeuvres…

de fait l’essentiel de la pratique du peintre est en relation avec un impératif technique: une peinture fluide, jetée, qui ne peut être « immobilisée », que parce qu’elle est confrontée à un support « inerte », à savoir une surface horizontale qui, de par sa position, n’entraîne pas par la pesanteur la peinture « ailleurs », comme ce serait le cas dans une toile disposée verticalement (coulures).

Jackson Pollock : Mural 1943

Et de cette pratique, s’ensuit tout une autre conception de la peinture;
Mondrian c’est la verticale et l’horizontale, donc selon ses propres écrits toujours une représentation figurative ( la verticale de l’homme debout, et le sol ),

Pollock, c’est la toile posée au sol, donc tourner autour, et donc, plus du tout ce rapport au tableau dressé ( donc plus d’horizontale et par conséquent beaucoup moins de relations à un espace figuratif sous-jacent )

ce qui est un changement complet de « point de vue » (celui du peintre, et celui de l’observateur…

Déjà Kandinsky avec ses formes flottantes se rapprochait de ça.– et ce qui déstabilise le spectateur, souvent, avec la peinture non figurative, est le fait de ne plus avoir de repères tels que la verticale et l’horizontale.

Jackson Pollock, Full Fathom Five (1947)

Cet « abandon » étant propice pour les artistes , à beaucoup plus de liberté, par exemple celle que conquiert Miro ou Klee dans leurs oeuvres aux formes flottantes

The film « Pollock »just give a very fine link ,which is missing when wa look after his paintings scattered across the great museums … or we need to see an exhibition devoted to him,  that brings many of his works …

in fact most of the painter’s practice is in relation with  a technical imperative: a painting medium, liquid, which can not be « immobilized », because she is confronted with a support « inert », I mean, an horizontal surface ,;

by its position, does not  brings the gravity of painting « elsewhere », as would be the case with an arranged vertically canvas (streaks).

And this practice, follows a definitive different conception of painting;
Mondrian is vertically and horizontally, practice… so in his own writings still a figurative representation (the vertical upright man, and soil),

Pollock is the canvas  on the ground, then he turns around, and therefore, nothing to compare with a vertical canvas painted ( no more vertical & horizontal references, and therefore much less  relationships to the underlying representational space)

This is a complete change of « perspective » (the painter, and that of the observer …  (complete  change of mind)

Already Kandinsky with its floating forms approached it. – And destabilizing the viewer, often with non-figurative painting, is the fact of not having  marks anymore, such as the vertical and horizontal.

This « abandonment » is beneficial for artists, with much more freedom, for example Miro or Klee with their works , with floating forms.

Joan Miro - The Beautiful Bird Revealing the Unknown to a Pair of Lovers

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Disposant sur ma toile, des couleurs habitées (RC)

Disposant sur ma toile, des couleurs habitées (RC)

A fait l’objet d’une  variation poétique  de Jean-Jacques Dorio,dans  ses  « correspondances« ,

et d’un article  de Libellus dans  « sa  vue de la fenêtre dans la nuit ».,

J’ai fait mon propre  écho poétique  à celui  de Jean-Jacques, avec le texte ci-dessous, en me rappelant la région des Pouilles,  et particulièrement Polignano-a Mare  ( au sud  de Bari)

La fenêtre s’ouvre sur nos voyages secrets

Buées du vacarme salin des rafles sur l’espace

Ce qui nous tient éveillés, et rend sagaces

Sous cet après-midi luxueusement malaxés,

 

L’ajout et le reflux, matières minières

À laisser la mer nous envahir d’hier :

Le petit carré d’ocre résiste sans pensées

Mais en couleurs seulement dépensées

 

Sans paroles, et sans la moiteur intruse des terres d’été

En cet instant unique, à l’ombre évasive des oliviers,

Témoins millénaires de l’Italie proche de Sicile,

Du monde en regard mythologique, et en îles…

 

Immobile encore, sous les saccades du vent

Témoin de notre passage et notre instant

Sans pour autant me risquer à convier l’éternité

Disposant sur ma toile, des couleurs habitées…

en tentant une  traduction ;toute interprétation ( meilleure, ou différente ) sera bienvenue…

The window opens on our secret travels

Mist of saline uproar raids on the space

What keeps us awake and makes us sagacious

Under this afternoon luxuriously blended,

The addition and ebb, mineral materials

To leave the sea , invade us of yesterday:

The small square of ocher resists , without thoughts

But in colors, only expended

Without words, without wetness intruse of summer lands

Evasive shade of olive trees, in this unique moment,

Witnesses of thousand years, of Italy close to Sicily

A look,put in mythological world, and islands …

 

Still yet, under the wind jerks

Witness of our way,  and our instant

Without risking me to invite eternity

Arranging on my canvas, colors inhabited ….

NB: pour  ceux  qui apprécient Nicolas de Staël,  bien que ma peinture ne se situe  pas dans le même  état  d’esprit,   j’ai retenu sa citation,  qui me semble  chez lui, résumer  beaucoup de choses, ainsi que  chez un grand nombre d’artistes  utilisant la peinture…:

L’espace pictural est un mur, tous les oiseaux du monde y volent librement, à toutes profondeurs.

Nicolas de Staël, Lettre à Pierre Lecuire, 1949

NB: pour  ceux  qui apprécient Nicolas de Staël,  bien que ma peinture ne se situe  pas dans le même  état  d’esprit,   j’ai retenu sa citation,  qui me semble  chez lui, résumer  beaucoup de choses, ainsi que  chez un grand nombre d’artistes  utilisant la peinture…:

L’espace pictural est un mur, tous les oiseaux du monde y volent librement, à toutes profondeurs.

Nicolas de Staël, Lettre à Pierre Lecuire, 1949


Hannah Arendt : extraits de « La Crise de la culture »

peinture perso: détail de "In a sentimental Mood" d'après la musique de D Ellington

Le site  de blablart, qui  rassemble  beaucoup d’aspects critiques  par  rapport  aux  positions  concernant l’art contemporain,  a  édité  cet article  de la philosophe,  que je fais suivre…

(Citations, L’avant-garde contre la bourgeoisie?)
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« La question de la culture de masse surgit d’abord d’un problème tout autre et plus fondamental, à savoir : le rapport hautement problématique de la société et de la culture. Il n’est besoin que de rappeler dans quelle mesure tout le mouvement de l’art moderne commença par une rébellion véhémente de l’artiste contre la société en tant que telle (et non contre une société de masse encore inconnue) pour comprendre à quel point ce rapport antérieur a dû laisser à désirer, et devenir méfiants à l’égard de la facile nostalgie qu’ont tant de critiques de la culture de masse pour un Age d’or de la bonne société policée. Cette aspiration est beaucoup plus répandue aujourd’hui en Amérique qu’en Europe, pour la simple raison que l’Amérique, quoiqu’elle ne connaisse que trop bien le philistinisme barbare des nouveaux riches, n’a qu’une connaissance incertaine du philistinisme culturel et cultivé, non moins ennuyeux, de la société européenne, où la culture a acquis une valeur de snobisme et où c’est devenu une affaire de position sociale que d’être assez éduqué pour apprécier la culture (…) ».

« La culture concerne les objets et est un phénomène du monde ; le loisir concerne les gens et est un phénomène de la vie. Un objet est culturel selon la durée de sa permanence ; son caractère durable est l’exact opposé du caractère fonctionnel, qualité qui le fait disparaître à nouveau du monde phénoménal par utilisation et par usure (…). La culture se trouve menacée quand tous les objets et choses du monde, produits par le présent ou par le passé, sont traités comme de pures fonctions du processus vital de la société, comme s’ils n’étaient là que pour satisfaire quelque besoin ».

« Seul ce qui dure à travers les siècles peut finalement revendiquer d’être un objet culturel. Sitôt que les ouvrages immortels du passé devinrent objet du raffinement social et individuel, avec position sociale correspondante, ils perdirent leur plus importante et leur plus fondamentale qualité : ravir et émouvoir le lecteur ou le spectateur par-delà les siècles », La Crise de la culture, 1968, trad. fr. 1971.


Claude Minière – sur Anne Slacik

Claude Minière,  dont je  citais un extrait justement  en rapport  avec la peinture dans Art et tique et pique…, a aussi  écrit  quelques passages  où il parle  de la  reproduction  (mécanisée), par rapport aux oeuvres  d’art…
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« Dans les tableaux d’Anne Slacik, la porosité que j’évoque tient aux couleurs (« la tonalité bleu/vert ») et à la légère granulation de l’ouvrage. Ce n’est pas un dispositif iconographique, mais une nature d’instabilité de la matière même, et une dérive des continents de couleur qui animent de temps la toile, de passage du temps. C’est ce que permet la recherche « abstraite » : le premier plan de l’artiste se trouve imprégné de passage du temps.

La peinture, la peinture en secret et de manière unique résister à la reproductibilité technique. Elle le fait encore  »

peinture de Anne Slacik

aujourd’hui, au sein du XXIeme siècle, au moment où la reproduction technique des individus, sans doute bientôt ouverte, effectuée au grand jour, en masse, nous promet d’autres horreurs, hors de toute contemplation, quand l’action laborantine ne connaîtra plus de « temps morts ».

( texte  visible sur le site d’Anne Slacik)