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C’est l’aube, et je ne le sais pas – ( RC )

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peinture : Edward Munch –  mort de la mère, et l’enfant    1898

 

Il y a comme les ailes lourdes du sommeil.
Elles s’abattent sur moi, même les yeux ouverts ,
L’océan gronde ses vagues naissantes.
L’obscurité palpite à mes pieds :
ce sont les doigts de la mort ,
battant comme le ressac.


C’est l’aube et je ne le sais pas .

Mon ombre se confond avec mon corps :

il y a de la nuit dans mon regard ,

qui contemple le soleil,

comme une ombre noire  .


RC – mars 2018

 

(  d’après un texte  de Al Pizarnik : « comme les doigts »  )

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J’ai oublié, jusqu’à mon propre nom – ( RC )

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photo  Klavdij Sluban

 

Je me suis vêtu d’habits simples,
pour marcher pendant longtemps,
à travers le désert,
parallèlement au faucon,
qui glisse sur les cieux,
entre air et nuages.

A défaut,            la nuit,
je me guide aux étoiles,
sur un chemin étroit,
entre l’existence et le néant .
Je trouve parfois une petite source
cachée dans un creux

et je bois avec délice,
comme je bois les mystères du silence
presque à portée de main ,
en m’éloignant des villes,
du vacarme et des gens ,
et le vent m’apporte sa chanson.

C’est ainsi que mes sandales
ont foulé le sable,
sans que je ne voie
aucune trace,       aucune route ,
si loin que porte mon regard
jusqu’aux confins de l’horizon .

Je ne m’aperçois même pas,
sous le feu de la lune,
que j’invente à chaque pas
ma propre voie .
Continuant sans me retourner ,
je me suis aperçu que j’ai oublié

jusqu’à mon origine,
et mon propre nom .


RC – nov 2018


Capture des ombres – ( RC )


Tu tires vers toi les lignes du jour,
tout le temps nettes ,           et elles dansent
singeant la forme des êtres ,   leur contour
mais qui n’ont pas de consistance ,
et          sur lesquelles on n’a pas de prise .

Tu voudrais bien en capturer une, la prendre par surprise
l’immobiliser,          la happer au passage,
mais elle est toujours plus leste,
et s’effarouche         au moindre geste …
peut-être en es-tu simplement l’otage ?.

Une des méthodes pour les voir disparaître ,
est d’attendre l’arrivée du soir,
                          jusqu’à ne plus rien voir :
la nuit recouvre tout de son voile noir,
endeuillant tout,     sans rien omettre .

Les ombres auraient-elles disparu pour autant ?
Ou bien au contraire   débordent-elles ,
pour tout occuper,       en s’étendant ,
profitant de l’éclipse du jour :         une brèche
avant son retour :                              le parapluie

de l’étendue de la nuit ,
à la façon d’une chauve-souris :          ses ailes
sont-elles l’ombre , elle-même ?
Ainsi jouant de l’extinction du soleil,    le stratagème,
identique à celui            d’encre noire de sèche .

RC – mai 2017


Constellations de Miró – ( RC )

Résultat de recherche d'images pour "Personnages dans la nuit guides par les traces phosphorescentes des escargots"

peinture: Joan Miró -Personnages dans la nuit guidés par les traces phosphorescentes des escargots (1940 )

 

J’ai suivi les étoiles,
et l’émerveillement d’un enfant
voyant dans le firmament,
les rêves reportés sur la toile,

les animaux du zodiaque
les femmes oiseaux,
peintes par Miró ,
un chant élégiaque

imprimé dans l’irréel :
Des figures bizarres,
un vocabulaire de chiffres épars,
majuscules et voyelles

où des personnages se bousculent
dans une curieuse constellation,
couleurs joyeuses en éruption :
des yeux, des triangles et des bulles

Il y a quelque chose des Shadocks
rien n’est rectiligne :
ici, on parle la langue des signes :
l’espace est ventriloque,

On peut sauter à l’aise
de planète en planète :
la nébuleuse est stupéfaite
et ouvre ses parenthèses

par l’intermédiaire d’une marelle,
où, dans un silence éternel,
il suffit d’une échelle
pour atteindre la case « ciel »…


RC – nov 2017

 

Image associée

Joan Miró:   Femmes au bord du lac à la surface irisée par le passage d’un cygne


Une main sur le mur, puis l’autre, à tâtons – ( RC )

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                                                                     Photo  –  Dorothee Lange  –

Une main sur le mur
et puis l’autre, à tâtons,
je cherche quelque chose
entre les pierres    :
ce sont mes doigts
qui regardent,
et suivent le dessin
d’une faille,          un creux,
une ancienne porte
                          scellée.

Peut-être l’entrée murée,
d’un couloir
qui conduit autre part.
S’il est possible
       de passer à travers
cette muraille,
       de rétrécir
pour se glisser
        dans les fentes,
et gratter,
        avec les ongles,
la poussière incrustée,

Respirer l’air
qui           – depuis des siècles,
    n’a pas connu la lumière –       ,
regarder d’une autre façon,
comme le serait
la vue d’yeux       clos,
dans des pièces
condamnées
          à tout jamais,
comme aussi seraient
ces tombeaux
où pourtant ce qui
a été demeure

Identique         mais figé
>     comme dans la glace,
l’encadrement écaillé
des portes,
le papier peint à motifs,
les crochets
suspendant la trace
pâle d’anciens tableaux
alors
ce serait comme
un espace voisin, d’où
inversement

un jour, quelqu’un
pourrait        avec ses doigts
qui regardent,
suivre le dessin
d’une faille,         un creux,
une ancienne porte
scellée,             et respirer
l’air          du siècle présent,
de la pièce    d’aujourd’hui
restée                 intacte,
identique      mais figée
>        comme dans la glace
.
Et si nos mains
se rencontraient
… à tâtons .


RC – mai 2016


Le moment du choix – ( RC )

peinture : Nikolai  Astrup-

 

Ça a été le moment du choix ,
décider de s’enfoncer
doucement dans l’anonymat
de rendre les armes,
une fois avoir mis de l’ordre,
comme on dit, dans ses affaires.

Effectivement les draps repassés
sont bien empilés, à leur place
sur les rayonnages, dans l’armoire.
Ce qui aurait pu être une dot,
mais ce ne sont ses enfants
qui en profiteront.

Le corps a abandonné la lutte,
à force d’ à-quoi-bon,
c’est une victoire à sa façon…
discrète,
de s’abandonner à la nuit,

car, même s’il fait jour dehors,
le regard restera clos,
et les mains croisées sur la poitrine.

Elle aura choisi sa belle robe bleue,
celle qui a un col de dentelle,
et le silence l’a accompagné,
prolongé au delà du raisonnable .
Elle n’aura commis de crime
que sur elle-même.

Personne ne viendra la chercher
au coeur de l’oubli.
Elle a pensé que c’était mieux ainsi.


RC – janv 2016


Une naissance en peinture – ( RC )

Diebenkorn Coffee

                             peinture:  Richard Diebenkorn

Vêtue d’inachevé,
ce n’est pas ton visage
qui émerge de l’eau,
et ton rire blessant la toile .
Ta peau est fluide,
et personne n’écope,
les éclaboussures
étoilant ta robe .

Tu émerges juste de la couleur :
Il suffirait de presque rien,
pour que tu retournes
dans l’anonymat
….      – te diluant dans les glacis,
      et les coulures ,
dissimulée par les larmes,
de la peinture:

Celle-ci n’est pas sèche ,
et colle encore aux doigts.
Il y a, sur eux
comme une saveur marine…
teintée d’essences :
C’est une apparition :
–       sous les pinceaux,
         j’assiste à ta naissance .

RC – avr 2016


Une mer vide d’éternité – ( RC )

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Assis au bord  du temps,
Il y a devant moi ,
Une mer  d’ éternité ,
Et la mer est vide,
Aucun voilier ne vient ,
Jamais,
En déchirer l’horizontale.

Elle se perpétue ,
Comme le serait la souffrance ,
Vague après vague :
Elle  vient, dans un ressac
Toujours renouvelé ,
Brasser les sables ,
Et le quotidien de l’absence …

Les saisons sont un cycle,
Qui se répète,
Sans aucun printemps ,
Ni mouvement .
Le manque s’installe à demeure .
Un soleil s’est voilé,
Au passage des heures ;

Je connais la surface plate,
D’une mer plongée dans la brume ;
L’amour est parti trop loin,
Pour être encore mien .
Je n’en ai que le souvenir ,
Clos et étanche .

Je l’emporterai avant de mourir  .


RC- nov  2014


La moisson des aubes et des fleurs – ( RC )

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Il y a tes bras tendus,
et la moisson des fruits,
les aubes et les fleurs,
et le ciel, retient son souffle.

La montagne te regarde,
elle pèse derrière mon dos,
de tout son poids
de roche et de neige.

L’éternité est
lourde et froide
et regarde avec indifférence
les jours qui s’allongent:

le lent écoulement
du fleuve des jours,
la valse du soleil,
qui suit obstinément sa courbe.

Je cueille ton sourire,
et le vent peut,
de nouveau, chuchoter,
répandre les graines

que fera éclore le printemps,
comme celui
de la parole vivante :
celle qui me parvient,

quand tu m’appelles
de l’autre bout du champ.


RC – fev 2017


Je suis encore là, mais on ne me voit pas – ( RC )

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art: Liu Bolin

 

Je suis encore là, mais on ne me voit pas.
C’est sans doute que je me confonds avec le mur.
Les portes s’ouvrent et battent sur moi.
La lumière m’évite, je suis scellé dans le silence .
Je pourrais parler, mais cela ne franchit pas ma bouche.
L’air est même un obstacle, d’une épaisseur insoupçonnable
aux yeux des autres.

C’est sans doute ce qui me fait inventer un monde,
creuser des tunnels, découvrir que l’espace existe,
et s’agrandit sans cesse.
Il y a des cathédrales gigantesques et des forêts vierges,
des soleils prolifèrent…

Viens que je t’emmène les explorer :
un seul mot de ta part me fera exister ;
pas besoin de formules et de magie .
Donne moi ta main…


RC – avr 2017