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Mon visage de roche – ( RC )

rocher (14)

 

La lumière des cendres,
sourd sous la roche .
C’est mon visage de lave,
où la bouche sèche
s’ouvre sans proférer de son.

S’il y a la terre,
celle-ci s’est fondue
et déformée
sous mon masque
en pierre.

Je ne regarde que le ciel,
et peut-être seulement l’orage sombre
viendra me rafraîchir,
apporter l’antidote ,
réparer les cicatrices.

Jusqu’à présent,
elles palpitent le feu,
et mon visage
parcouru de fissures,
se plisse de souffrance .


RC – juill 2019


Une maison hantée, habitée par soi-même – ( RC )

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L’ombre  garde la maison,
On ne sait si elle est protectrice,
Et si elle est au bout,
D’un labyrinthe,
Dont la sortie reste à trouver .

Une maison de cœur,
Aux hiéroglyphes indéchiffrables
Tapissée d’un épais crépi,
D’où s’enfuir est peut-être,
La seule issue .

S’enfuir, si le corps fait défaut,
S’enfuir de soi-même,
A se rompre ses propres veines,
Vers un ailleurs, toujours ailleurs,
Et qu’on ignore .

Toujours vêtu d’ombre,
Indissociable de l’être,
Comme si l’on transportait
Sa carapace :   une maison hantée,
Habitée par soi-même, et dont on ne sort pas.


RC-  dec 2014


Je parle à mes démons de glace – ( RC )

Image associée

 

Je parle à mes démons de glace :
ils ne me regardent jamais en face :
j’ai dû oublier les fois
où je te tenais contre moi…

Je ne parle qu’à voix basse
avant que ton portrait ne s’efface
avec l’eau teintée de crépuscule,
d’où montent lentement quelques bulles…

Je poursuis ton reflet jauni
sur une vielle photographie :
         c’est un monde révolu ,
auquel je n’appartiens plus .

Je suis pieds et poings liés,
à mes fantômes familiers ,
ils m’ont laissé , solitaire
…. cette obscurité où je me perds .


RC – juin  2018


La lente houle de l’inquiétude – ( RC )

Au-delà du cercle, un peu plus lumineux,
( mais à peine ) ,        de la clairière,           la nuit venue,
c’est comme se poster à la lisière du monde.

Les arbres se confondent entre eux,
ils s’associent, solidaires, blocant l’intrusion
de la plus petite lueur, noirs sur anthracite,
car le ciel se distingue par une neutralité plate,
bouché par les nuages, que même la lune ne peut franchir .

On dirait que la mémoire du monde s’est absentée,
qu’il n’y a rien au-delà des robes d’ombre,
une perte, où seuls les feuillages mêlés,
et les troncs, se rappeleraient du jour lointain.

Va-t-il revenir ? On se le demande.
Faut-il progresser à travers la forêt?
Mais alors ce seraient des murailles
impénétrables au regard si on s’aventurait
en dehors de la clairière.

Il n’y a pas d’autre choix que rester sur place,
et de s’habituer à l’obscurité comme au commencement
d’un autre monde, où finalement on se guiderait aux sons.

Ceux des animaux, les déplacements furtifs dans les herbes hautes,
le balancement des fougères, le frottement des ramures,
les cris ponctuels des chouettes se répondant par-delà les espaces.

Des espaces qu’il ne nous seraient pas donnés de connaître,
nous interdisant d’évaluer les distances, reliés ,de plus
( si malgré tout on pouvait , par hasard, distinguer un peu les formes ),
par des écharpes de brumes, paresseuses.

Inversement, des yeux de braise peuplent les branches,
courent au ras du sol .
On se sent observé, dans l’oscillation de la meute végétale.

On frissonne, – de froid, comme d’effroi –
c’est comme si on vivait pour de vrai, un mauvais rêve,
débarqués à l’improviste dans un pays dont on ne connaît pas le langage.

La tête prise dans les filets de l’humidité,
qui se dépose lentement,
on se sent intrus dans la force obscure de la nuit
dépossédé de l’assurance que donne le jour aux hommes.

Comment s’étonner alors que tout semble receler une menace,
ne serait-ce que , si on risque quelques pas,
se prendre les pieds dans une racine,
se heurter la tête avec une branche basse.

Privés de repères,
il ne reste qu’à espérer le retour des heures,
qui se concrétise par la lueur de l’aube .

L’inquiétude a cours.
Elle se prête alors au retour des légendes et contes de l’enfance .
C’est une lente houle qui nous enveloppe, et déferle, immobile , sur nous.


RC – sept 2016


Mon visage — endormi – ( RC )

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sculpture: Ron Mueck

 

Je suppose ta présence,
où précisément ? … je ne saurais dire,

      car tes yeux ont bu toute lumière,
et les fenêtres ne débouchent que sur l’obscur.

Tu es donc légère, et invisible :
mes yeux ne me servent plus,
comme si tu avais emprunté mon regard
pour te diriger , même dans le noir .

Si les ombres bougent,
tu es sans doute parmi elles,
je patienterai                       jusqu’à percevoir ton souffle
et la caresse de tes mains sur mon visage         – endormi .

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RC – nov 2017


Princesse ordinaire – ( RC )

Sète        Valentine  Schlegel  costume crx.jpg

costume: Valentine  Schlegel

Princesse ordinaire
es tu venue me mettre la tête à l’envers
      faire que l’univers s’allume
           quand tu ôtes ton costume ?

          Celui-ci est assez étrange ;
il s’envole légèrement
   (d’un seul mouvement
tu en perds tes losanges…)

Si c’est celui de la comédie dell’arte,
je te vois ôter celui d’Arlequin
en un tournemain
sans le faire grelotter .

Tu me mets l’eau à la bouche
                     chère Colombine
          aux petits seins prâline
qui s’éveillent quand on les touche

et n’ont pas de repentir
quand mes mains vagabondent
au creux de ta mappemonde,
terre de désir…

RC – août 2019


Comme un orgue, et la lumière d’or – ( RC )

 

Comme un orgue,
où la lumière d’or,
jaillit d’entre les fûts,
        accord souverain,
toccata des sommets,
filtrée des feuillées…
brume aérienne
d’une forêt magique,
haute futaie
sur son tapis de mousse,
prélude et fugue,
j’aurais embrassé ses troncs
pour te retrouver
et parcourir ses sentiers .

 

RC – août 2017


Oublier les éclats – ( RC )

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Blessé dans ses étoiles,
mon reflet se disperse ,
et je ne peux le retenir,
          dans ses éclats …
et si j’en attrape un
avant qu’il ne s’éteigne ,
j’oublierais les autres ,
comme des morceaux de mémoire ,
brisés,             comme le miroir

quand la pierre atteint sa surface .

RC – juin 2017


C’est l’aube, et je ne le sais pas – ( RC )

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peinture : Edward Munch –  mort de la mère, et l’enfant    1898

 

Il y a comme les ailes lourdes du sommeil.
Elles s’abattent sur moi, même les yeux ouverts ,
L’océan gronde ses vagues naissantes.
L’obscurité palpite à mes pieds :
ce sont les doigts de la mort ,
battant comme le ressac.


C’est l’aube et je ne le sais pas .

Mon ombre se confond avec mon corps :

il y a de la nuit dans mon regard ,

qui contemple le soleil,

comme une ombre noire  .


RC – mars 2018

 

(  d’après un texte  de Al Pizarnik : « comme les doigts »  )


J’ai oublié, jusqu’à mon propre nom – ( RC )

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photo  Klavdij Sluban

 

Je me suis vêtu d’habits simples,
pour marcher pendant longtemps,
à travers le désert,
parallèlement au faucon,
qui glisse sur les cieux,
entre air et nuages.

A défaut,            la nuit,
je me guide aux étoiles,
sur un chemin étroit,
entre l’existence et le néant .
Je trouve parfois une petite source
cachée dans un creux

et je bois avec délice,
comme je bois les mystères du silence
presque à portée de main ,
en m’éloignant des villes,
du vacarme et des gens ,
et le vent m’apporte sa chanson.

C’est ainsi que mes sandales
ont foulé le sable,
sans que je ne voie
aucune trace,       aucune route ,
si loin que porte mon regard
jusqu’aux confins de l’horizon .

Je ne m’aperçois même pas,
sous le feu de la lune,
que j’invente à chaque pas
ma propre voie .
Continuant sans me retourner ,
je me suis aperçu que j’ai oublié

jusqu’à mon origine,
et mon propre nom .


RC – nov 2018