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Constellations de Miró – ( RC )

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peinture: Joan Miró -Personnages dans la nuit guidés par les traces phosphorescentes des escargots (1940 )

 

J’ai suivi les étoiles,
et l’émerveillement d’un enfant
voyant dans le firmament,
les rêves reportés sur la toile,

les animaux du zodiaque
les femmes oiseaux,
peintes par Miró ,
un chant élégiaque

imprimé dans l’irréel :
Des figures bizarres,
un vocabulaire de chiffres épars,
majuscules et voyelles

où des personnages se bousculent
dans une curieuse constellation,
couleurs joyeuses en éruption :
des yeux, des triangles et des bulles

Il y a quelque chose des Shadocks
rien n’est rectiligne :
ici, on parle la langue des signes :
l’espace est ventriloque,

On peut sauter à l’aise
de planète en planète :
la nébuleuse est stupéfaite
et ouvre ses parenthèses

par l’intermédiaire d’une marelle,
où, dans un silence éternel,
il suffit d’une échelle
pour atteindre la case « ciel »…


RC – nov 2017

 

Image associée

Joan Miró:   Femmes au bord du lac à la surface irisée par le passage d’un cygne

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Une main sur le mur, puis l’autre, à tâtons – ( RC )

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                                                                     Photo  –  Dorothee Lange  –

Une main sur le mur
et puis l’autre, à tâtons,
je cherche quelque chose
entre les pierres    :
ce sont mes doigts
qui regardent,
et suivent le dessin
d’une faille,          un creux,
une ancienne porte
                          scellée.

Peut-être l’entrée murée,
d’un couloir
qui conduit autre part.
S’il est possible
       de passer à travers
cette muraille,
       de rétrécir
pour se glisser
        dans les fentes,
et gratter,
        avec les ongles,
la poussière incrustée,

Respirer l’air
qui           – depuis des siècles,
    n’a pas connu la lumière –       ,
regarder d’une autre façon,
comme le serait
la vue d’yeux       clos,
dans des pièces
condamnées
          à tout jamais,
comme aussi seraient
ces tombeaux
où pourtant ce qui
a été demeure

Identique         mais figé
>     comme dans la glace,
l’encadrement écaillé
des portes,
le papier peint à motifs,
les crochets
suspendant la trace
pâle d’anciens tableaux
alors
ce serait comme
un espace voisin, d’où
inversement

un jour, quelqu’un
pourrait        avec ses doigts
qui regardent,
suivre le dessin
d’une faille,         un creux,
une ancienne porte
scellée,             et respirer
l’air          du siècle présent,
de la pièce    d’aujourd’hui
restée                 intacte,
identique      mais figée
>        comme dans la glace
.
Et si nos mains
se rencontraient
… à tâtons .


RC – mai 2016


Le moment du choix – ( RC )

peinture : Nikolai  Astrup-

 

Ça a été le moment du choix ,
décider de s’enfoncer
doucement dans l’anonymat
de rendre les armes,
une fois avoir mis de l’ordre,
comme on dit, dans ses affaires.

Effectivement les draps repassés
sont bien empilés, à leur place
sur les rayonnages, dans l’armoire.
Ce qui aurait pu être une dot,
mais ce ne sont ses enfants
qui en profiteront.

Le corps a abandonné la lutte,
à force d’ à-quoi-bon,
c’est une victoire à sa façon…
discrète,
de s’abandonner à la nuit,

car, même s’il fait jour dehors,
le regard restera clos,
et les mains croisées sur la poitrine.

Elle aura choisi sa belle robe bleue,
celle qui a un col de dentelle,
et le silence l’a accompagné,
prolongé au delà du raisonnable .
Elle n’aura commis de crime
que sur elle-même.

Personne ne viendra la chercher
au coeur de l’oubli.
Elle a pensé que c’était mieux ainsi.


RC – janv 2016


Une naissance en peinture – ( RC )

Diebenkorn Coffee

                             peinture:  Richard Diebenkorn

Vêtue d’inachevé,
ce n’est pas ton visage
qui émerge de l’eau,
et ton rire blessant la toile .
Ta peau est fluide,
et personne n’écope,
les éclaboussures
étoilant ta robe .

Tu émerges juste de la couleur :
Il suffirait de presque rien,
pour que tu retournes
dans l’anonymat
….      – te diluant dans les glacis,
      et les coulures ,
dissimulée par les larmes,
de la peinture:

Celle-ci n’est pas sèche ,
et colle encore aux doigts.
Il y a, sur eux
comme une saveur marine…
teintée d’essences :
C’est une apparition :
–       sous les pinceaux,
         j’assiste à ta naissance .

RC – avr 2016


Une mer vide d’éternité – ( RC )

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Assis au bord  du temps,
Il y a devant moi ,
Une mer  d’ éternité ,
Et la mer est vide,
Aucun voilier ne vient ,
Jamais,
En déchirer l’horizontale.

Elle se perpétue ,
Comme le serait la souffrance ,
Vague après vague :
Elle  vient, dans un ressac
Toujours renouvelé ,
Brasser les sables ,
Et le quotidien de l’absence …

Les saisons sont un cycle,
Qui se répète,
Sans aucun printemps ,
Ni mouvement .
Le manque s’installe à demeure .
Un soleil s’est voilé,
Au passage des heures ;

Je connais la surface plate,
D’une mer plongée dans la brume ;
L’amour est parti trop loin,
Pour être encore mien .
Je n’en ai que le souvenir ,
Clos et étanche .

Je l’emporterai avant de mourir  .


RC- nov  2014


La moisson des aubes et des fleurs – ( RC )

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Il y a tes bras tendus,
et la moisson des fruits,
les aubes et les fleurs,
et le ciel, retient son souffle.

La montagne te regarde,
elle pèse derrière mon dos,
de tout son poids
de roche et de neige.

L’éternité est
lourde et froide
et regarde avec indifférence
les jours qui s’allongent:

le lent écoulement
du fleuve des jours,
la valse du soleil,
qui suit obstinément sa courbe.

Je cueille ton sourire,
et le vent peut,
de nouveau, chuchoter,
répandre les graines

que fera éclore le printemps,
comme celui
de la parole vivante :
celle qui me parvient,

quand tu m’appelles
de l’autre bout du champ.


RC – fev 2017


Je suis encore là, mais on ne me voit pas – ( RC )

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art: Liu Bolin

 

Je suis encore là, mais on ne me voit pas.
C’est sans doute que je me confonds avec le mur.
Les portes s’ouvrent et battent sur moi.
La lumière m’évite, je suis scellé dans le silence .
Je pourrais parler, mais cela ne franchit pas ma bouche.
L’air est même un obstacle, d’une épaisseur insoupçonnable
aux yeux des autres.

C’est sans doute ce qui me fait inventer un monde,
creuser des tunnels, découvrir que l’espace existe,
et s’agrandit sans cesse.
Il y a des cathédrales gigantesques et des forêts vierges,
des soleils prolifèrent…

Viens que je t’emmène les explorer :
un seul mot de ta part me fera exister ;
pas besoin de formules et de magie .
Donne moi ta main…


RC – avr 2017


Leçons de ténèbres – ( RC )

la_tour      Madeleine  repentante.jpg

( d’après Madeleine  de Georges de la Tour )

 

Avec la course du soleil,

les couleurs changent,

et   ce sont bientôt

des ombres horizontales,

           sur la terre rouge,

avant qu’elle ne vire à la nuit

J’écoute les            « leçons des ténèbres »

où les voix s’entrecroisent

sous les voûtes de la chapelle :

                      Il y a les quinze flammes

que l’on éteint une à une
,
alors,          après complète extinction

l’ombre et le froid fusionnent.

Le chant résonne encore dans le silence.
 
                   Il attend sa résurrection


Si comme en Islande, la glace s’étend ,

on sait bien que les gisants peuvent se dresser :

Il y a bien des volcans sous la banquise.

 


RC – mai 2017

 

ce texte  a été  écrit pendant l’écoute des « leçons des ténèbres  » de F Couperin,  dont voici le lien pour  l’écoute, ( cette version – de Montserrat Figueras & Maria Cristina Kiehr – est précisément celle  qui a été utilisée dans le film « tous les matins du monde ), Alfred Deller, et Gérard Lesne en présentent  des versions  très différentes, mais aussi émouvantes…


Rebelle à la poussière – ( RC )

Poézique-zique, tique et pique- mots et grammes

photo: Drozner

Rebelle à la lumière,
La poussière recouvre tout,
Elle laisse en gris, tout ce qui existe,
Même tes violences,
Même ma douceur,
De sa fadeur uniforme,
A en oublier la beauté.

Je n’ai même plus, idée de la distance,
Où portent mes pieds,
Où s’ouvre la porte d’un ciel,
Dont on peut douter de la présence.
Une pluie de particules,
S’empare même en tourbillons,
De la tendresse.

Mais si, dans la tourmente,
Lumière bue,
Le fade s’infiltre partout,
Il y aura toujours un vent,
Pour laisser passer un sourire,
Et que la graine,cachée sous la poussière,
Un jour, germe.


RC – 8 octobre 2013

( variation sur « Poussière » de Astrid Waliszek ).

A W  est l’auteur, entre autre du roman « Topolina »  paru chez Grasset

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La camp vide – ( RC )

Cernés par une horde d’oiseaux noirs,
et , naturellement , des chiens,
tout un peuple, attend,
debout, en hardes, dans le froid,
et, même s’ils n’ont pas la place de se remuer,
ne peuvent réchauffer, ni leur esprit,
ni leur corps,
juste coupables d’être.

Du camp, gardé par les barbelés,
et de solides barrières de bois,
parvenaient dans la rue voisine,
psalmodies , lamentations,
et l’odeur putride
que répand la peur.
Elle étend ses tentacules,
et règne, misérable, et flasque.

Du camp, gardé par les barbelés,
et de solides barrières de bois,
ne parvient aujourd’hui, que le silence.
Un peu de vent, des papiers sales,
qui volètent ça et là .
Il n’y a plus personne,
et la porte de bois bat,
dans l’air humide et froid .

Les empreintes des pneus des camions,
et celles des bottes
incrustées dans la boue.
Quelques loques abandonnées
épousent le forme des pavés.
Parmi elles, on distingue vaguement,
encore, souillé,

un motif à fleurs…

RC – avr 2016


écrit issu du visionnement du film  » Certificat de
naissance », de Stanislaw Rozewicz-
http://www.cinebaseinternational.com/ensavoirplus56/c
ertificat.