Textes poétiques et d'actualité -nulle part ailleurs !

création écrite perso

La lente houle de l’inquiétude – ( RC )

Au-delà du cercle, un peu plus lumineux,
( mais à peine ) ,        de la clairière,           la nuit venue,
c’est comme se poster à la lisière du monde.

Les arbres se confondent entre eux,
ils s’associent, solidaires, blocant l’intrusion
de la plus petite lueur, noirs sur anthracite,
car le ciel se distingue par une neutralité plate,
bouché par les nuages, que même la lune ne peut franchir .

On dirait que la mémoire du monde s’est absentée,
qu’il n’y a rien au-delà des robes d’ombre,
une perte, où seuls les feuillages mêlés,
et les troncs, se rappeleraient du jour lointain.

Va-t-il revenir ? On se le demande.
Faut-il progresser à travers la forêt?
Mais alors ce seraient des murailles
impénétrables au regard si on s’aventurait
en dehors de la clairière.

Il n’y a pas d’autre choix que rester sur place,
et de s’habituer à l’obscurité comme au commencement
d’un autre monde, où finalement on se guiderait aux sons.

Ceux des animaux, les déplacements furtifs dans les herbes hautes,
le balancement des fougères, le frottement des ramures,
les cris ponctuels des chouettes se répondant par-delà les espaces.

Des espaces qu’il ne nous seraient pas donnés de connaître,
nous interdisant d’évaluer les distances, reliés ,de plus
( si malgré tout on pouvait , par hasard, distinguer un peu les formes ),
par des écharpes de brumes, paresseuses.

Inversement, des yeux de braise peuplent les branches,
courent au ras du sol .
On se sent observé, dans l’oscillation de la meute végétale.

On frissonne, – de froid, comme d’effroi –
c’est comme si on vivait pour de vrai, un mauvais rêve,
débarqués à l’improviste dans un pays dont on ne connaît pas le langage.

La tête prise dans les filets de l’humidité,
qui se dépose lentement,
on se sent intrus dans la force obscure de la nuit
dépossédé de l’assurance que donne le jour aux hommes.

Comment s’étonner alors que tout semble receler une menace,
ne serait-ce que , si on risque quelques pas,
se prendre les pieds dans une racine,
se heurter la tête avec une branche basse.

Privés de repères,
il ne reste qu’à espérer le retour des heures,
qui se concrétise par la lueur de l’aube .

L’inquiétude a cours.
Elle se prête alors au retour des légendes et contes de l’enfance .
C’est une lente houle qui nous enveloppe, et déferle, immobile , sur nous.


RC – sept 2016

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Dans un morceau d’infini – ( RC )

 

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C’est une barque portée par les flots,
Ainsi,         contre ton cœur,
Il y a la douceur de ton reflet .
      Il embrasse ton visage,
Comme tu le fais de tes vagues,
avec le mien.

Nous sommes portés,
      par une étendue si vaste :
Que la conscience se dissout,
      bien au-delà du regard …
Et j’apprends à me perdre,
              dans un morceau d’infini…


RC – mars 2015


Un autre acte à la pièce qui se joue – ( RC )

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peinture: Arpad  Szenes

 

Tout est remis en cause:

Ainsi les bruits , d’ordinaire secs et tranchants,
tombent d’eux-même, plats,
et ne sachant pas quelle direction prendre.

Un rideau a été tiré, de même, sur la vision :
l’arrière-plan de montagnes s’est tout à coup envolé,
et le ciel touche terre.

C’est sans doute un autre acte
à la pièce qui se joue,
venant de commencer :

l’éblouissement s’est retranché dans sa tanière,
attendant que se déploient des ailes froides,
ou bien il est parti ailleurs,          c’est difficile à dire .

Les jours souffrent autant du retard, :
leurs serres sont ternes ,      n’accueillent plus
la germination des graines, et la prolifération potagère .

Sous la toison de brume
la nature des choses s’absente,
et à l’identique,                mes pensées s’effacent .

On en vient à douter de leur existence .


RC – nov 2017


Les arbres bleus – ( RC )

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Sur terre, il y a des arbres bleus,

Qui se penchent,

Comme les pensées des vieux,

Jouant dans leurs  têtes blanches.

Il y a dans leurs folles branches,

Suffisamment  d’espace ,

Pour que les oiseaux passent,

Se posent  et puis s’élancent.

Sur la colline, il y a une maison

Habitée de bleu,

Assez,    pour y vivre heureux,

Comme dit la chanson.

C’est sous un bol d’azur,

Une bulle  d’air  recyclé,

Qui n’a plus besoin de clé,

Ni de serrures.

Ses portes restent ouvertes,

en signe  de bienvenue    ;

ceux qui naviguent  à vue,

de là-bas, voient la mer verte.

Elle  s’étend si loin,

que les plus gros navires,

partis dans un soupir,

ne sont plus que points…

Ceux qui naviguent à vue ,

ont leurs yeux bus,

jusqu’à la dentelle de leurs cils ,

contournant les îles,

Ils saisissent  dans leurs mains,

des mouettes, les plumes ,

et des  rubans  de brume,

dont ils habilleront  demain…

Et,  au futur  étanche   ,

au balcon des dieux  ,

des anges  gracieux

se cachent en  robes blanches,

Des corbeilles de fruits .

ces champs aux  arbres  bleus,

d’un temps encore frileux,

… où nos rêves  s’essuient.

RC

Debout devant la fenêtre – ( RC )

 

 

centre G Pompidou  -  expo cubisme  P Mondrian.JPG

 

peinture:       Piet Mondrian

 

Je vais rester debout
devant la fenêtre,
scotché contre la vitre,
à attendre      je ne sais quoi,
regarder la rue terne,
striée d’obliques pluies .

Des copeaux de lumière
pénètrent encore dans la pièce ,
mais l’ombre gagne du terrain.
L’attente s’allonge de même.
Mon souffle a fait de la buée sur le verre
je pourrais tracer avec mon doigt

quelque chose:         un signe,
une formule magique ,
une jolie fleur ,    un coeur,       ou bien,
simplement,                        ton prénom,
pour que tu reviennes…
( on se sait jamais ) .

Mais le jour a fini par sombrer,
corps et biens,
il ne sert plus à rien
de regarder dehors:
l’horizon s’est bouché .
Tout est indistinct.

Indistinct aussi
ce qui se passe en moi,
–  autant il est difficile de trier
entre colère, tristesse et remords .
C’est pourquoi je reste debout,
à la fenêtre ,           condamné .

— jusqu’à ce que l’amour s’en suive …
( s’enfuie…)


RC – sept 2017


Une voix, la mienne, la tienne…- ( RC )

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Une voix, la mienne, la tienne…

le tout enfermé dans des mots .

Ceux qu’on peut lire, parlent tous seuls
( je ne sais pas avec quel accent ).

Une voix, la tienne, la mienne

le tout enfermé dans des lettres qu’on ne lira pas :
peut-on dire malgré tout qu’ils parlent en silence ?

RC – nov 2017


Le cahier clos – ( RC )

Image associée

Celui chante là quand toute voix se tait
Si c’est le silence, alors

Tu l’a celé,
De ton écriture,
Tels sont les écrits ;
Couchés sur le papier
Dont tu n’ajouteras aucun chapitre ;

Un cahier plein de murmures,
Où je peux relire,
Les lettres de ton souffle :
Tu es tout près,
Cachée derrière les feuilles.

Et le cahier est fermé
pour toujours.
La lumière éteinte,
pourtant, ne cesse de briller.
chaque jour où je l’ouvre.

Un frisson
qui parcourt le dessin de l’écriture,
jusqu’à planer quelque part en moi :
Une voix intérieure me parcourt,
Même si je tais les mots

évadés du champ de la page ,
L’envol d’un invisible oiseau .

RC – juin 2015

 

( la première ligne  est empruntée à un écrit  de Philippe Jaccottet )


Comme un orgue, et la lumière d’or – ( RC )

 

Comme un orgue,
où la lumière d’or,
jaillit d’entre les fûts,
        accord souverain,
toccata des sommets,
filtrée des feuillées…
brume aérienne
d’une forêt magique,
haute futaie
sur son tapis de mousse,
prélude et fugue,
j’aurais embrassé ses troncs
pour te retrouver
et parcourir ses sentiers .

 

RC – août 2017


Oublier les éclats – ( RC )

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Blessé dans ses étoiles,
mon reflet se disperse ,
et je ne peux le retenir,
          dans ses éclats …
et si j’en attrape un
avant qu’il ne s’éteigne ,
j’oublierais les autres ,
comme des morceaux de mémoire ,
brisés,             comme le miroir

quand la pierre atteint sa surface .

RC – juin 2017


Cadenassés – ( RC )

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Photo:           Emmanuelle Gabory

Tu connais beaucoup de gens,
qui se claquemurent , derrière les serrures
et les barreaux.
C’est comme un tombeau
        où ils s’enferment.
On ne sait si ils dorment
sur un matelas d’or .

Mais ils ne t’ouvrent pas leurs portes,
et leur esprit semble,
de même , cadenassé .
On ne sait d’ailleurs , s’ils ont égaré la clef,
ou quel lourd secret       ils gardent .
Ils sont dans un abri bétonné ,
       clos dans leur coquille.

Dans leur ciel, pas d’étoile ,
et dans leur regard,
       rien ne brille .
S’ils prennent la mer :
       pas de brise dans leurs voiles :
Comment découvrir des îles ,
       dans un voyage immobile ?


RC – mai 2017