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Le moment du choix – ( RC )

peinture : Nikolai  Astrup-

 

Ça a été le moment du choix ,
décider de s’enfoncer
doucement dans l’anonymat
de rendre les armes,
une fois avoir mis de l’ordre,
comme on dit, dans ses affaires.

Effectivement les draps repassés
sont bien empilés, à leur place
sur les rayonnages, dans l’armoire.
Ce qui aurait pu être une dot,
mais ce ne sont ses enfants
qui en profiteront.

Le corps a abandonné la lutte,
à force d’ à-quoi-bon,
c’est une victoire à sa façon…
discrète,
de s’abandonner à la nuit,

car, même s’il fait jour dehors,
le regard restera clos,
et les mains croisées sur la poitrine.

Elle aura choisi sa belle robe bleue,
celle qui a un col de dentelle,
et le silence l’a accompagné,
prolongé au delà du raisonnable .
Elle n’aura commis de crime
que sur elle-même.

Personne ne viendra la chercher
au coeur de l’oubli.
Elle a pensé que c’était mieux ainsi.


RC – janv 2016

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Peut-être n’es-tu pas encore née … – ( RC )

Liu-Bolin Toulouse  fondation Ecureuil.jpg

                                       Art:       Liu Bolin –             Toulouse

 

 

 

(suite…)


L’effet multiplicateur – ( RC )

 

peinture  A  Modigliani

peinture A Modigliani

 

 

 

 

 

Du côté espoir,

Il suffit d’un regard
Pour traverser le miroir.

Ainsi les rêves m’apportent
Ton sourire , en quelque sorte,
Ouvrant tout grand d’autres portes.

Je ne saurai dire si c’est le bonheur,
quand s’ouvre sur le cœur,
Son effet multiplicateur ;

Et du miroir, à facettes…
Une atmosphère de fête
se bouscule dans ma tête .


L’imagination complète, tout ce qu’on ne voit pas – ( RC )

photo: John Tucker

En navigant à vue,
Je  devine   –       et c’est pénombre … –
Des traits                   qui se forment,
Des volumes posés dans des drapés

Et les lignes des persiennes,
S’étalant  sur le sol,      le fauteuil,
Courbées par son torse,     ses bras.

Puis l’image change,
Et son corps se déplace,
Jusqu’à se perdre    quelque part,
Au-delà du cadre …

Ce sont des images  fugitives,
Où         l’imagination complète,
Tout ce qu’on ne voit pas  .

On plonge dans l’énigme
Incertaine ,       de formes floues,
Le regard ne sait pas où se poser.

Il vient,        hésite,           et repart  ,
Mais toujours contenu,
par l’espace limité,
–                 du trou de la serrure.

RC – sept  2014


Des étoiles et des hommes – ( RC )

 

 

Ces étoiles qui nous narguent,
repassent  chaque  nuit,
au-dessus  des têtes,
– on peut faire abstraction des arbres
– repousser les nuages
( le cas  échéant )

Certains  rêvent de les atteindre,
ou, même, si ce n’est pas possible,
d’interpréter les signes,
de relier les points,
de dessiner des figures,
restant piquetées dans l’azur profond .

De l’autre  côté  du fleuve,
C’est le pays voisin.
L’étendue  d’eau sert de frontière,
C’est un espace  inconnu   ;
Il n’y a pas  de pont,
permettant de relier les  rives …

Ce sont   des étrangers,
Leur langue est âpre,
Leurs  coutumes ne sont pas les nôtres ,
Mais nous savons, qu’ils ont ,
comme nous , contemplé les  étoiles,
qui reviennent chaque nuit,
leur chuchoter leurs paroles .

Leur ont-elles  confié leurs secrets,
Tracé des lignes  du destin,
différentes de nôtres ?
Sont-elles plus accessibles,
et les planètes plus souriantes ,
ouvertes aux  prédictions ?

On se souvient d’un voyageur téméraire,
qui eut la chance de revenir vivant,
du pays voisin .
– nous étions en guerre -,
(pour des raisons  qui nous paraissent
bien obscures aujourd’hui).

Il nous a raconté, que c’étaient les mêmes  astres,
plantés  au même  endroit, semble-t-il,
et offerts à tous les regards,
présentés dans leur  écrin de ciel.
–   Des diamants laissés hors de portée,
échappant ainsi à la convoitise des hommes.


RC – janv  2015


Ombres confondues – ( RC )

projections lumières sur volume – Seoul

 

L’ombre de ton visage sur le mien,
Ne laisse pas de trace de nuit blanche
A mesure           qu’il se penche
Par-dessus mon destin.

Sa lueur ,           ne s’est pas éteinte;
Elle est quelque part,
Au-delà de mon regard,
Mais laisse son empreinte….

Qui saurait dire, le parcours de l’imagination ?
Il y a           toute ta présence,
pour franchir les distances
Conditionnant de toi, ma vision …

Nos voies étaient égarées….
Chacune ,      errant sur son chemin,
Depuis que je te tiens     la main,
>       Elles ne sont plus séparées,

A ceux qui doutent des anges,
Nous empruntons leur vol,
Et tu verras….          sur le sol,
Comme nos deux ombres se mélangent .

Après,     plus rien ne nous encombre…
Dans la traversée de l’air,
Les silhouettes sont légères,
Même pas               marquées de sombre…

On ne distingue plus ce qui t’appartient,
Adossés à la lumière qui s’élance…
Où est donc               la différence ?
–                        Ce qui est tien ou mien ?


RC – août 2014


« Vois-tu », Cécile ?

Illustration d’un article de Antonello Anedda, visible sur  « terres de femmes »

 

 » Vois-tu »,  Cécile,

Ce sont les yeux  d’une  autre,
Dont la vue  s’immisce….
Mais  n’atteint pas  l’iris

– D’une distribution réussie,
Tu partages avec Lucie…
La légende et le martyre

Comme se transmettent les dires  .

Si, même en pleine lumière
Des dieux dont tu parles,
Nous ne voyons que pierres,

Au toucher, et selon toute nécessité

Nourris ta vue,   de tes caresses,
Certains disent  qu’elle baisse
Mais      l’éclat de la sagesse

Remporte le combat, et se nourrit de cécité….

Il n’y a plus de place,
Sur la Sainte Figure…
L’absence  d’expression, sur ce visage pur

Jamais, ne laisse de trace .

Creuses, les orbites
Vides de leur vue…
Pour celle, sans limite

Empruntant un chemin imprévu…

Un court-circuit des sens,
Dans l’assise du jour.
Le supplice de la nuit,

Au fond de la tête,  s’élance.

Les yeux  sont livrés  sur un plateau.
Celui-ci est d’étain,
Leur  trajectoire nous étreint ,

Dépourvus de cils…

Vois-tu bien,   Cécile,
Sur le plat de  métal,       ces îles  ?
Le sang  remplit la coupe…

( Incision et découpe )

Il n’est pas trop tard,
Pour laisser vivre      ce regard  :

Aucun bandeau          ne dissimule
le visage  anonyme.

Les portes fermées à la lumière,
Empruntent les chemins d’un désert.

Ce sont  des oeillères,
Allant par paires.

La vue, malgré l’absence,
S’invite en voyance,…
C’est peut-être une chance

De voir  sans les yeux.

Sur la face,       seulement des creux,
Enfoncent la surface,
Les as-tu eus seulement, un jour,      bleus ?

>     Puisque  tu franchis les ciels,

Comme autant de paupières,
Ouvertes à la lumière
Et son aveuglement de mille feux…

La ferveur supplante la couleur,

Malgré la douleur,     tu ne vois,
Qu’avec les doigts
Et le trajet du coeur…

—  Désormais, aucun obscur
N’efface du réel
Sa distance immatérielle.

L’infini        se traverse comme le futur.

RC – sept 2014

 

Peinture:      F de Zurbaràn:  détail de  « Sainte Lucie »

 

 

 


Fleurs noires d’écriture, sur papiers translucides.

 

photo:                Bernard Faucon

 

Les pages des recueils se détachent de mon esprit,
emportées par une brise ….         Elle s’est glissée

Par les fenêtres ouvertes de mes yeux
Même sans lumière, posés à l’intérieur.

Si tu veux les lire, comme du papier translucide,
Il faut d’abord les saisir au vol        ,

Leurs     fleurs noires d’écriture,
dansent devant les regards    qui s’approchent.

Elles s’enroulent doucement,
Chuchotant leur parole,

A celui qui les lit,      les consomme
Sans pour autant les consumer.

Ce sont des oiseaux blancs
Echappés           de l’ombre du coeur….

Si tu veux les suivre,
Les pieds décollés du sol,

Et parfois                la tête à l’envers          .
>         C’est s’immerger dans un tourbillon,

Où les repères basculent,
Comme quand tu te donnes,

Au silence d’un baiser,
Oubliant la pesanteur .


RC- août 2014

 


Ne cherche pas l’extinction du soleil derrière ton regard – (RC )

jardin+zen1

Comme, malgré toi,
Tes paupières se ferment,
Pour ouvrir, les portes de la nuit,
Ne lutte pas contre les éléments

Ne cherche pas l’extinction du soleil
Derrière ton regard,
Désormais séparé
De la courbe de la terre

Ecoute plutôt les voix,
L’envers d’un épiderme
Se fondant sans bruit,
Au coeur du firmament.

Voyageant dans le sommeil,
Les oiseaux traversant la mare,
Ne se sont pas égarés ,
Au jardin des pierres .

RC-  février  2014

( inspiré par un court texte  de Sylvaine Diet )

fiction du jardin zen en "nocturne"

fiction du jardin zen en « nocturne »


Sous la frise, la fraise au goût de groseille – ( RC )

photo: Emilio Sommariva. Nu féminin 1941-1942

Il y a une fraise , qui me regarde,

Qui me prend  dans l’étau
Sirupeux,.    —-  c’est un ciel d’été,
Il y fait toujours chaud,
Même si c’est sombre,
– M’aime  –  si je sombre,
Corps  et biens,
Petit soleil carmin,
Corps en étoile,
Joues  vermeilles,
Prolongent l’arche,
Là où te  te caches,
Monts et merveilles,
Dans une peau de velours,
Et sous la frise,
Fraise au goût de groseille,
A la source, je suis le roi,
Et bois
Tant que  je m’enivre,
De ta bouche  exquise,
Plongé dans l’oubli de moi,
Prêt à mourir heureux
Ayant quitté mes rives,
Sous ton regard en creux.
RC- décembre 2013