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Il n’y a plus rien à lire – ( RC )

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C’est peut-être encore le vent,
qui arrache les feuilles du carnet,
et la pluie efface aussi
consciencieusement
ce qui est écrit.

Il n’y a plus rien à lire,
et le bonheur s’en envolé,     aussi .
Les éléments se sont donné le mot,
et préfèrent porter les oiseaux
dans leur vol au long cours.

Peut-être ouvrirais-je un jour,
ma fenêtre à un pigeon voyageur ,
avec un message
qui me viendrait de toi
depuis que tu ne réponds plus à mes lettres.

RC – janv 2019


Enfermer les ombres avec la nuit – ( RC )

Tu as fini par enfermer la nuit
dans une petite boîte :
Reste la lumière,
qui ne sait plus trop où s’accrocher.

Elle reste suspendue, indécise,
au-dessus des têtes,
sans même oser descendre,
ne trouvant plus son contraire.

Cela rappelle les jours de neige,
où les sons sont bus
par la blancheur,
ne sachant plus où se heurter .

Tout est immobile.
Les vents se sont apaisés ;
les oiseaux sont des silhouettes,
suspendues dans l’image .

J’ai pensé à nos êtres
distants dans le temps,
restés suspendus aussi ,
et qui ne se sont pas rencontrés .

Comme si j’entendais ta voix d’enfant,
quand tu fis cette peinture:
 » les nuages sont collés au ciel
comme deux âmes qui s’attendent « .

Mais la distance ne peut être comblée
si tu enfermes les ombres avec la nuit
Elle ne peut te rattraper ,
dans un futur d’éternité.

 

RC – juin – 2018


Un cerf volant – ( RC )

Korean Kite Festival:

Tu tiens ton propre destin,
par un fil.
Relié à ta main,
un cerf volant que tu essaies
malgré la brise et les vents de toutes sortes,
de faire s’appuyer sur le ciel.

Un jour celui-ci pourrait t’ emporter,
tellement haut, si tu souhaitais
voyager dans les airs,
côtoyer les oiseaux,
et souhaiter être différent,
de ce que tu es sur terre .

Car le cerf volant serait à ton image ,
…. mais lui, – inversement ,
regarde vers la terre,
En fait… te perdre dans les airs,
si jamais la main lâchait la corde ,

te fait tellement peur,
( on ne sait jamais ):
non pas la crainte de la chute,
mais de s’élever dans la stratosphère,
saturé de lumière,
au point de ne pouvoir respirer.

Que tu restes semblable
à ce que tu es,
et laisse s’envoler les rêves :
un renoncement, à moindre risque,
somme toute – confortable.

RC – mars 2016


Ce qui tremble en moi – ( RC )

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Je n’ai pas conscience de ce qui tremble en moi,

Peut-être une horloge, au balancier d’argent,

Un feu consumerait  lentement l’églantier,

Qui y est planté.

Peut-être que remuent des noyaux de cerise,

Déposés là par des oiseaux de passage, pendant mon sommeil.

Il y a aussi en moi, un enfant,

qui pêche le soleil,     tombé dans une flaque d’eau

pas plus grande que ça,

mais cela suffit à réchauffer le corps :

Je laisse tout çà à l’abri.

Les idées s’y bousculent.

Chacune y trouve sa place, même si le tirage,

Comme au loto, s’y fait dans le désordre.

Il n’y a pas d’endroit très précis ,

Dans lequel je me retrouve ;

Puisqu’ aussi bien en janvier, qu’en juillet ,

Je parcours les nuages, qui traversent ma tête.

RC –  juillet  2015


La pièce blanche – ( RC )

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C’est une pièce blanche ,
Dont je n’ai pas la clef.
Le lit chromé aux bords arrondis,
Le sol aux carreaux blancs,    aussi .

Je ne sais ce qu’on attend de moi.
Rien ne sort d’ici,
Même pas la vue,
Compressée           par de hauts murs .

Les fenêtres qu’on ne peut pas atteindre,
Trop hautes et closes d’opaque,
Fermées aussi sur la mémoire,
Sous des néons blafards .

Les jambes lourdes et fatiguées,
De cent pas                dans l’immobilité,
J’ai laissé des souvenirs se dissoudre,
Dans un placard à pharmacie .

Je pourrais compter,
Pour déjouer         un sommeil vain,
Comme on compte les moutons,
Les voitures qui circulent.

Attachées dans leur mouvement,
Au goudron d’une avenue proche,
Engluées         comme des oiseaux,
Dans la marée noire de leur nuit.

Je ne peux secouer la mienne,
Pour retrouver mon enveloppe,
Et réapprendre mon nom,

 Qu’avec des barreaux blancs.

RC – sept 2014

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Le dessin blanc – texte 2 – Cheval du Wiltshire – ( RC )

Art préhistorique – âge du bronze :           cheval de Cherhill ( Wiltshire, England)

Le dos  tourné  au miroir,
les images  se reconstituent,

Au détour une vallée;
Le train s’obstine,

sur  sa voie  étroite,     à voguer
au sein de paysages paisibles .

L’éprouvante chape  des nuées  ,
se pose toujours
 
sur les collines du Wiltshire .

Sa sombre autorité,
cède parfois au tracé blanc,
>     une découpe  de craie,

Où un cheval s’est posé,
étourdi  du destin  :

La marque imprimée des hommes
Garde le mystère intact,

d’une chose plus ancienne,
que le passage du temps.

s’il fallait suivre les crètes
Observées du ciel,
Comme  le font les oiseaux,

Ce serait le défilé des siècles,
inscrit  dans le mouvement,
Toujours suspendu

Des grands chevaux blancs…

Le train, lui,         vite disparu,
comme s’il n’avait jamais existé.

RC- mars 2015


Mur translucide – ( RC )

 

 

 

photo perso: Alsace  2013

photo perso: Alsace 2013

 

 


et puis l’eau
durcie,
un mur,
translucide,

tu marches
dessus   …
tu crois
que je ne te vois
pas

Ton ombre,
me marche
sur la tête,

je suis figé,
immobile,
dessous,

attendant
un meilleur vent

porteur
de dégel,
et le retour en grâce
des oiseaux .


RC – dec 2014


Oiseaux sans entraves – ( RC )

peinture: Georges Braque  Oiseux  en vol

peinture:           Georges Braque              Oiseaux en vol

 

 

Les oiseaux migrateurs,
N’ont pas besoin d’ordinateur,
Ou de boussole, pour s’orienter.

Nous ne sommes pas des oiseaux,
Et vivons à demeure,
les pieds collés à la terre.

Les mouvements sont pesants,
Les paroles et langages
Ont du mal à franchir les frontières,

Traduire les dialectes,et les écrits
Reste une tâche difficile,
Où les erreurs sont fréquentes.

Pour se comprendre,
Les animaux sur la terre,
Ne se posent pas la question.

Bien sûr des machines
Viennent à notre secours,
Et les flux informatiques,

Parcourent la planète,
Dans tous les sens,
Calculent à notre place,

Nous informent sur la météo ,
Et des évènements aux antipodes,
Modèlent la forme des voitures

Analysent les habitudes des gens,
Et voudraient presque s’y substituer.
C’est un vaste filet,

Presque semblable à une nasse,
Se refermant sur un banc de poissons,
Dont on ne voit pas les mailles.

Une toile d’araignée,
Qui nous emprisonne,
Plutôt qu’elle ne nous libère.

Et le filet se resserre,
Chaque jour un peu plus,
Sur notre quotidien.

Déjà le ciel est rayé,
Parcouru de lignes noires
Des réseaux électriques.

Nous gesticulons dessous
Tandis que les oiseaux,
Libres, volent au-delà,

Sans entraves.

 
RC – avril 2014


Les oiseaux glissent, sans comprendre -(RC )

peinture: Esther Margraf

image:          Esther Margraf


Ce sont des oiseaux,
dont on perçoit le vol,
Grâce à leurs ombres
On ne les voit pas, même s’ils sont enfermés,
Sous le couvercle duveteux des nuées  .

Une lumière tourne, et clignote.
Ou plutôt plusieurs,
Ce seraient des projecteurs artificiels
Projetant les ombres,
Comme déchirant le silence  .

Ou des objets bizarres  aux éclats métalliques,
Car même les fleurs ont des couleurs,
Ne semblant pas à leur place :
…Même si on les coupait,
Elles ne faneraient plus,

Ainsi le monde, prisonnier d’un boule de verre,
De celles que l’on remue,
Pour faire  tomber la neige.
Les oiseaux glissent, sans comprendre,

Ou parfois  s’écrasent
Sur ses parois lisses .
Tous les jours on ramasse des boules de plume,
Le bec figé dans un cri.


RC-  oct  2014

photo :  Arthur Tress         Flying Dream, Queens, NY, 1971


Dans les bras de Morphée – ( RC )

 

Sculpture muse endormie (- Susan McMahon )

 

 

 

Il n’est pas encore l’heure du baiser sonore,
Le jour est debout        et nous nous occupons
A tondre le gazon,      contourner les buissons,
C’est que personne encore, ou presque,  ne dort.

Nous portons       des habits pudiques,
Des robes et des costumes,
Vestons et        chapeaux de plumes,
Comme autrefois,  tuniques.

Chacun vaque à ses occupations,
S’affaire dans son bureau…
Il n’est jamais trop tôt,
Pour faire      ses commissions.

Qu’y a-t-il                derrière la porte du ciel ?
Quand les ouvriers d’en haut se rencontrent ,
Pour régler le monde,   et sa grande montre,
Et pousser tout le monde vers le sommeil…?

Je ne saurais vous dire,
Car ma vie connaît une trêve,
Je m’occupe alors            de mes rêves,
Ceux des autres,         je ne peux les lire.

Ils flottent         comme des bulles,
Et je m’accroche à elles,
Je suis alors             pourvu d’ailes,
Il y a tant d’oiseaux qui me croisent et me bousculent…

J’ai changé de tenue,
Et,                  comme c’est la coutume,
Laissé sur les cintres,        le costume.
Quand il fait chaud,      je suis tout nu.

Mais personne ne le remarque,
Chacun a           autre chose à faire,
A décoller de la terre,
Et de l’Eden,       à visiter son parc.

Il y a plein de choses qui nous traversent,
Les voyages que l’on fait, sans quitter le lit,
La plupart du temps,                     je les oublie,
Tout autant qu’ils me bercent.

Des parcours acrobatiques,
Où tous les possibles, et leurs contraires,
Côtoient, sans en faire mystère,
Les fantasmes érotiques.

Mais comment s’en souvenir,
Quand le matin les chasse,
Et que la plupart         trépassent
Si je m’efforce      de les décrire ?

Plutôt que d’en faire un livre,
Que le lendemain efface,
Il faut que je les suive         à la trace,
–                        Et surtout les vivre.

Le regard    toujours étonné,
Loin          en deçà de l’existence,
Enfin,        celle de la conscience,
Ce que l’on appelle s’abandonner.

Dans les bras de Morphée.

 

RC – avril 2014