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Archives de juin, 2012

Y EN A QUI ONT DES TROMPINETTES (Boris Vian)

et toujours à consulter avec plaisir le beau blog poétique de arbrealettres

Arbrealettres



Y EN A QUI ONT DES TROMPINETTES

Y en a qui ont des trompinettes
Et des bugles
Et des serpents
Y en a qui ont des clarinettes
Et des ophicléides géants
Y en a qu’ont des gros tambours
Bourre Bourre Bourre
Et ran plan plan
Mais moi j’ai qu’un mirliton
Et je mirlitonne
Du soir au matin
Moi je n’ai qu’un mirliton
Mais ça m’est égal si j’en joue bien.

Oui mais voilà, est-ce que j’en joue bien ?

(Boris Vian)

Illustration: Henri de Toulouse-Lautrec

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Robot de plage ( RC )

robot14.jpg

Quel est donc ce robot
Un intérieur habité par une miss,
Dans lequel elle  se glisse
Et va, sur la plage, regarder les eaux ?

Elle  est de nymphes entourée
Comme  d’une  nuée  d’abeilles
Dans ce solide appareil
A danser la bourrée…

Sous cet habit d’airain
qui la protège avec bonheur
C’est conserver la blancheur
Même de ses petits seins

Qui lui permet d’avancer
Le tout au pas cadencé
Certes un peu moins  légère
Que ses congénères

Car de son habit, elle est l’otage
Des parures de la plage
Ne sachant mettre un pied dans l’eau
—sans  hélas, couler  aussitôt…

C’est bien –  mésaventure
Que de garder son armure,
Vacances, et le soleil qui pique
En voyage sous les tropiques…

Certes ce n’est pas  très pratique
Cet habit trop hermétique
Je conseille un autre usage
Qui serait moins sage

A découvrir ses épaules
D’abord à l’ombre d’un saule
Il n’est jamais trop tôt
Pour enlever le haut.

Démonter quelques boulons
Appuyer  sur  des boutons
Afin que lumière passe
Dedans la carapace…

Enlever le bas
C’est un autre débat
Démonter les pièces
Et voir un bout de fesse

Car bronzer, fait encore fantasme
Mais lutte assez bien, contre le marasme
Un petit peu de nudisme
Et laisser de côté, tous ces mécanismes…

RC – 27 juin 2012


George Steiner – sur le miracle de la création

 

 

 

peinture Paul Klee –        Laughing Gothic  1915

( extrait d’un entretien  donné pour Télérama  en décembre 2011 )

 

Pouchkine disait : « Merci mon traducteur, merci mon éditeur, merci mon critique, vous portez mes lettres, c’est moi qui les écris. » Moi aussi, je porte le courrier. C’est un très grand privilège, mais qui n’a rien à voir avec le miracle d’un vers qui va chanter pour toujours. Nous comprenons mal les sources intimes de la création. Par exemple, nous sommes à Berne, voilà des années… Des enfants partent en pique-nique avec leur institutrice, qui les met devant un viaduc. Ils dessinent, l’institutrice regarde par-dessus l’épaule d’un bambin ; il a mis des bottes aux piliers ! Tous les viaducs, depuis ce jour-là, sont en marche. Cet enfant s’appelait Paul Klee. La création change tout ce qu’elle contemple, quelques traits suffisent à un créateur pour nous faire voir ce qui était déjà là. Quel mystère déclenche la création ? J’ai écrit Grammaires de la création pour le comprendre. A la fin de ma vie, je ne comprends toujours pas.

Comprendre, serait-ce manquer l’art ?
En un sens, je suis content de ne pas comprendre. Imaginez-vous un monde où la neurochimie nous expliquerait Mozart… C’est concevable, et cela me fait peur. Les machines sont déjà interactives avec le cerveau : l’ordinateur et le genre humain travaillent ensemble. Il se pourrait d’ailleurs qu’un jour les historiens se rendent compte que l’événement le plus important du XXe siècle, ce n’était pas la guerre, ni le krach financier, mais le soir où Kasparov, le joueur d’échecs, a perdu sa partie contre une petite boîte en métal. Et noté : « La machine n’a pas calculé, elle a pensé. » Quand j’ai vu cela, j’ai demandé leur avis à mes collègues de Cambridge qui sont les hauts rois de la science. Ils m’ont dit qu’ils ne savaient pas si la pensée n’était pas un calcul. C’est une réponse effrayante ! La petite boîte pourra-­t-elle un jour composer de la musique ?

 


Jacques Ancet: Pour saluer Antoni Tapies

peniture;; Antoni Tapiès: Torax
1978

Article  visble  (  sans les peintures  chez  JM Maulpoix…)

La galerie Chantal Mélanson à Annecy mène depuis 5 ans un travail militant en faveur de la peinture de la sculpture et de la littérature. Avec peu de moyens mais beaucoup de passion elle défend un certain nombre d’artistes localement, nationalement ou internationalement connus qui, malgré leurs différences, ont incontestablement un air de famille. L’exposition d’estampes, de lithographies et d’oeuvres originales d’Antoni Tàpies, rigoureusement choisies et mises en valeur qu’elle présente du 11 septembre au 13 novembre donne la mesure de l’exigence et de l’ambition dont elle ne cesse de faire preuve.

Même dans une casserole, on peut trouver Dieu.

Thérèse d’Avila

La richesse du travail d’Antoni Tàpies est dans son apparente pauvreté: pauvreté de couleurs, de formes, de matières. Paradoxe qui relève d’un double et indissoluble mouvement de destruction et de création.

On perçoit d’abord, très nettement, dans cette oeuvre qui couvre maintenant plus de cinquante ans, le désir commun à toute une génération d’artistes du milieu du siècle de faire table rase c’est-à-dire de détruire cette image toute faite que nous avons dans les yeux quand nous croyons voir le monde et que nous nommons « réalité ». Image si tôt confondue à notre vision que nous la prenons pour le monde lui-même. Alors qu’elle n’en est qu’une représentation. C’est donc contre cette description apprise — ce mot d’ordre perceptif — que commence par se construire, comme tout art véritable, l’art de Tàpies. Afin, dit-il, de « changer la vision que les gens ont du monde ». D’où la valeur emblématique des râtures, griffonnages, gommages, et autres barbouillages, griffures et grattages. Alors, l’image vacille, sombre, disparaît. Elle cède l’initiative à la surface peinte…

On sait depuis Manet, au moins, que la peinture n’est que peinture et rien de plus. Rien de moins, non plus. Un univers plastique qui s’édifie sur les ruines de l’autre — motif, modèle, référent, réalité comme on voudra — et qui, depuis la fin du XIXè sècle a conscience d’avoir peu à peu conquis sa propre cohérence, comme la poésie à peu près à la même époque. C’est pourquoi Francis Ponge pourra écrire que dans tout art, il y a « quelque chose à obtenir et non quelque chose à exprimer. » Cette visée, c’est l’oeuvre, bien sûr — tableau, poème, sonate, sculpture etc.. Mais à en rester là — le tableau pour le tableau, le texte pour le texte –, le résultat serait bien pauvre. Beaucoup d’épigones, d’ailleurs, s’en sont contentés, pensant y trouver le nec plus ultra de la modernité. Or, l’art de Tàpies est aux antipodes d’un pareil formalisme — de cette abstraction (mot absurde mais consacré) à laquelle on a souvent voulu le réduire sans le comprendre. Il est, au contraire, profondément concret, puisqu’il entretient avec le monde une relation directe, c’est-à-dire non médiatisée par la représentation ou l’image. Ces surfaces maculées, rayées ou, au contraire vacantes; ces gris, ces ocres, ces bruns, ces couleurs sales; ces croix, flèches, lettres ou vagues figures: n’est-ce pas ce qu’à chaque pas nous découvrons autour de nous sur les murs de nos villes, nos trottoirs, nos portes, dans cette décharge de gestes, d’objets, de matières insignifiants qui sont notre quotidien et que cette peinture nous conduit à voir comme pour la première fois.

Car, du même mouvement qu’il oblitère, râture ou gomme la réalité, Tàpies nous offre les balbutiements, les prémices d’un monde à l’état naissant: griffonnages d’enfant, alphabets indéchiffrables, rayures, taches, empreintes de pieds, de mains comme aux origines de la création et, soudain, surgissant de ce chaos vivant, une lettre, une autre, obsessionnellement répétées. La croix du T, d’abord, la lettre de l’unité faite de la rencontre et de l’unification de deux forces contraires. Le A, ensuite, celle du commencement. Valeurs qui, outre leur référence insistante à l’Ars combinatoria de Ramón Lull, savant, sage et mystique catalan du XIIè siècle admiré depuis la jeunesse, viennent s’ajouter à leur statut d’initiales du nom du peintre (Antoni Tàpies), lesquelles réclament nécessairement un support à leur inscription, ce mur que l’artiste trouvera également dans son patronyme, Tàpies signifiant « mur » en catalan. Rare, pour ne pas dire seul cas d’un usage aussi plastique et créateur de son propre nom par un peintre. Un monde est là, en germe, dans cette signature dont Tàpies a toujours défendu le principe, parce qu’elle est non pas le signe d’on ne sait quelle vanité egolâtre, mais un principe d’unité dans une production multiple et apparemment éclatée.

peinture Antoni Tapiès :le chapeau renversé

On a beaucoup commenté le goût de Tàpies pour les matières pauvres, élémentaires où viennent s’incarner et se confondre, dans une unité qui les englobe, celles de la naissance et de la vie (terre,boue, paille, bois…) et celles de la dégradation et de la mort (poussière, détritus, coulures, excréments…). Mais, ces matières ne sont pas statiques, déposées là, telles quelles, dans le hasard de leur rencontre. Elles sont mises en mouvement par un geste et transfigurées par un regard. Si le geste est la présence directe du corps dans les traces qu’il laisse dans la matière — une signature organique, en quelque sorte –, le regard en est la présence différée. Par le travail spéculaire-spéculatif qu’il suppose — un travail de pensée –, il élabore tout un vocabulaire figuratif (pied, bouche, main oeil, crâne, corps) qui ne représente rien mais fait signe, nous interrogeant inlassablement sur nous-mêmes, sur ces objets qui nous entourent (chaise, lit, porte, chaussette…) ou sur les éléments du monde (sable, feuille, herbe, paille…) tous mêlées inextricablement dans une vaste unité.

Oui, au fond, ce que vise l’oeuvre de Tàpies, c’est toujours une rencontre. Et pas seulement celle de son corps et de la matière mais, à travers elle, celle du spectateur De ce spectateur devenu soudain acteur — « Observateur-participant » — et de l’énigme du monde. Cet inconnu à l’état naissant qui n’est pas différent de la réalité mais qui la fonde et la déborde en même temps: le réel.

En ce sens on pourrait dire que Tàpies n’est pas réaliste mais réeliste. Il nous fait entrevoir ce fond sans fond qui n’est, à proprement parler, rien et qui est au fondement de tout. D’où sa proximité avec les mystiques qu’elles soient occidentales ou orientales. Car, ce que son oeuvre entière cherche à nous offrir, c’est, finalement, un espace de méditation. Un fragile support pour un pas qui vacille et s’égare un instant dans le sans chemin.

Jacques ANCET

 

Complété  par cet extrait de texte de la main même  de Tapies:

 » Nous vivons, sur le plan culturel, les mêmes difficultés qu’au siècle dernier, quand certains chefaillons de village tentaient d’empêcher les gens d’apprendre à lire et à écrire, de peur qu’ils deviennent moins faciles à tenir en main. Nous sommes horrifiés d’entendre les classes dominantes encore affirmer, avec une démagogie qui ne nous surprend plus, qu’il faut plutôt offrir au peuple des choses qui lui plaisent que trop d’intellectualité.  »

 

et visible  dans les carnets d’Eucharis

 

 


Phototemps

le blog  de photo-temps, nous parle  avec des textes  en décalages,  et  des montages dont la juxtaposition, crée  l’impertinence…

A Genève (et ailleurs), les Réformateurs regardent sévèrement le Peuple

 

 

Ta justice est semblable aux hautes montagnes; tes jugements sont un grand abîme.
Parce que tu en as noyé d’autres, te voilà noyé, et puisqu’ils t’ont noyé, ils seront noyés
. Talmud

et  le même  sujet  traité plus bas  chez  AnneV

 

 

 


Poudre tiède, et braises (RC)

Egon Schiele
« Jeune Femme demi nue allongée « 
1911

J’ai fouillé dans les  cendres
Et senti la poudre tiède de douceur
Accompagnée des morsures des braises » Ren

M, a sélectionné ces trois vers en provenance de « j’ai cherché le feu », en y faisant  écho avec :

A Ren, je réponds:

Tu m’as enflammée l’espace d’un souffle -étreinte.
Comme tu as pris ton temps pour m’éteindre!
Ah! mais tiens je suis encore de braise!

 —

ce qui a généré ———>

 

 Ta parole est en moi, et tes yeux de braise

J’ai bien senti sur ma peau, tes dialogues  ardents

Qui délaissent le tiède et le prudent

Si brûlants tes souvenirs, que je baise,

 

Souvenirs palpables qui reviennent me guider

Qui a dit que je voulais  t’éteindre ?

C’est toi que je voudrais  étreindre

Tout entière, et ton corps  et tes  idées

 

Le dialogue enchanté des amants

Va remuer les  cendres

Ce n’est plus  l’hiver, ni décembre

Mais le renouveau attendu, du printemps…

RC    – 3 juin 2012