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Etoiles et éblouissements – ( RC )

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Dessin perso, par rapport  à deux oiseaux  gravés  sur un vase grec

( exposition la femme  dans la Grèce Antique   – vieille Charité,  Marseille )  –

 


J’ai vu tant de choses
au long de mon voyage
que je garde en mémoire
l’éblouissement .

Ce sont les harmonies
d’une symphonie,
les sculptures torsadées
dans les chapiteaux romans .

Ce sont ces artistes
qui ont donné leur âme,
à l’humanité
et semé des étoiles.

Pourtant,en suivant leur route ,
beaucoup gardent la vue
rivée sur le sol,
et cherchent une voie qu’ils ne trouvent pas .

La route que choisit l’oiseau
s’appuie sur le ciel,
beaucoup moins entravée .
Son horizon est plus élargi.

Sans prétendre être un oiseau,
et dominer le monde,
on gagnerait sans doute,
pour guider son chemin

à mieux regarder les étoiles.

RC – dec 2016


Des paroles que je n’ai peut-être même pas prononcées. – ( RC )

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Il est des temps
où la mémoire s’enfouit :
les pas sur le sable
s’effacent avec les vagues,
et c’est comme si,
de la parole des choses,
peu de traces demeurent.

Le pot de terre
à peine visible sous les herbes,
et la jungle végétale        ;
le temple bâti pour l’éternité,
dont les pierres sont englouties
par les racines,
et mes paroles, aussi
parties au gré du vent.

Qui sait s’il me les rendra.
Je ne les ai peut-être
même pas prononcées.
D’autres les recouvrent.

Le soleil est soluble
dans un verre d’eau,
et les années, bien peu de chose
en regard de l’éternité.
L’immobilité tourne les pages :
rien ne la trouble.
Rien n’a jamais existé.


RC – juill 2016


Pour que résonnent les archipels du silence – ( RC )

Dina%2520Bova%2520-%252020.jpgmontage – \Dina  Bova
.

Ce n’était pas la peine,
de longer les années,
de lire tous ces livres,
d’exercer cette mémoire,
à en perdre le goût du jour,
et la caresse du vent du large,
pour                    ( dira-t-on )
écrire deux ou trois strophes
avec                   si peu de mots .

On en oublie les récits,
les grands succès de librairie,
placés en tête de gondole,
pour se contenter
de quelques lignes,
qui se jouent
de l’épaisseur des pages,
et dialoguent dans les marges,
comme aussi     entre les mots.

Juste ce qu’il faut,
pour que résonnent
les archipels du silence,
la lente croissance des plantes,
la lumière posée sur un mur,
l’ombre de l’absente,
le coeur qui s’aventure
si l’on que l’on fait sienne
l’écriture du poème …

RC – fev 2016

 

 

( en écho à un court texte  de Sylvie Durbec visible ici)


Je ne perçois plus rien du passé – ( RC )

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photo perso    juill  2016             Aubrac-  Lozère

Si je ne perçois plus rien du passé,
Je ne sais plus la distance
qui me sépare de ma conscience.

Une période fixée – trépassée

J’ai oublié le langage.
Aucun écho ne revient en partage.

Car les lèvres sont scellées,
Et la parole s’est gelée.

Le sable ne s’écoule plus,

Le temps a entamé son reflux,
En repliant ses ailes .

Si tu étais immortelle,
Il se peut que le coeur désespère,
Dans la traversée du désert,

A former des mots ou des lettres,
Si je ne peux te reconnaître …

J’ai oublié d’où je viens,
Egaré tous mes biens,
Quelque part dans le noir :

L’ombre de la mémoire,
Ponctué d’éclairs
Désincarne même la chair ;

Je me tiens droit,
Entre les silhouettes, un jour livide,
Mais rien entre les doigts

Le présent décharné, et l’esprit vide .


RC – oct 2014


La pièce blanche – ( RC )

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C’est une pièce blanche ,
Dont je n’ai pas la clef.
Le lit chromé aux bords arrondis,
Le sol aux carreaux blancs,    aussi .

Je ne sais ce qu’on attend de moi.
Rien ne sort d’ici,
Même pas la vue,
Compressée           par de hauts murs .

Les fenêtres qu’on ne peut pas atteindre,
Trop hautes et closes d’opaque,
Fermées aussi sur la mémoire,
Sous des néons blafards .

Les jambes lourdes et fatiguées,
De cent pas                dans l’immobilité,
J’ai laissé des souvenirs se dissoudre,
Dans un placard à pharmacie .

Je pourrais compter,
Pour déjouer         un sommeil vain,
Comme on compte les moutons,
Les voitures qui circulent.

Attachées dans leur mouvement,
Au goudron d’une avenue proche,
Engluées         comme des oiseaux,
Dans la marée noire de leur nuit.

Je ne peux secouer la mienne,
Pour retrouver mon enveloppe,
Et réapprendre mon nom,

 Qu’avec des barreaux blancs.

RC – sept 2014

photo  transformation perso

photo transformation perso


Porté sur la face claire des nuits – ( RC )

Peinture: Odilon Redon

Pastel   : Odilon Redon

 

Je revois  sur une  toile  , ce visage
Le regard  lointain, comme  détaché  du monde,
Essayant derrière  moi, de déchiffrer les ombres,
Les équilibres  instables  du vent, et la face ignorée des jours…

Ou peut-être simplement,
Un regard qui ne voit pas,
Mais qui en est , à reconstruire,
L’écheveau des rêves :
L’ailleurs porté sur la face claire des nuits,
Où on traverse des instants
Si loin ,   du poids  du corps ,

Qu’on pourrait apercevoir
Au milieu de la lumière noire,
Des éclats  de couleur ,
Engendrés par les effluves d’une terre
Qui se repose de la fatigue du jour,
Et laisse une mémoire ,
Libérée de son carcan .

C’est un envol vers d’autres  contrées ;
Les explorer se fait sans peine .
Il n’y a pas de limites,
Et aucune frontière ne la retient prisonnière.


I see on a canvas, this face
The distant look, as detached from the world,
Behind me ,trying to decipher shadows
The unstable condition of the wind, and the ignored face of the days …

Or maybe just,
A look that does not see,
But who is to rebuild,
The web of dreams:
Other places focused on the face of clear nights,
Where we cross moments
So far, of the body weight,

We could see
Amid the black light,
Color bursts,
Caused by the smell of an earth
That sits of the tiredness of the day,
And let a memory,
Freed from its shackles.

It is a flight to other countries;
Explore them ,is done easily.
There are no limits,
And no border holds it prisoner.


Celui qui vole, détaché du monde – ( RC )

photo David Maisel

                         photo          David Maisel

 

Pour celui qui vole,

L’esprit détaché du monde,

La terre est un jardin,

Aux champs bien peignés,

Les rivières dessinent,

Des méandres sympathiques,

Les autoroutes, s’amusent

avec des échangeurs en boucles,

Les voitures sont des puces,

progressant péniblement…

On ne distingue plus les détails,

Ont-ils une importance,

Au regard de la distance ?

 

C’est peut-être aussi la brume,

Ou les fumées des usines,

Une carte se déroule,

Une vue du ciel aplanit tout  :

Le soleil pourchasse les reliefs,

Et pourtant souligne les formes,

Mais mélange les ombres,

Je ne vois plus très bien ….

C’est peut-être que la vue faiblit,

Je devrais commander une paire de lunettes,

Pour y voir davantage.

 

Mais là n’est pas ma passion,

Les satellites espionnent bien mieux que moi,

Je préfère m’occuper d’autres planètes,

Elles aiment me confier leurs secrets,

Leurs couleurs et leurs paysages,

Et guider mes pensées.

 

Un jour je débarquerai,

Sur une planète vierge

De la mémoire lourde des hommes ,

Où tout sera à construire.

Alors, je rangerai mes ailes …

Mais il me faudra un certain temps encore.

Les chemins de l’univers présentent

bien des détours

et des surprises,  encore.

RC-  fev 2015

 


Traces de l’oiseau de passage – (RC )

sculpture: C Brancusi

                 sculpture:           C Brancusi

 

 

 

L’oiseau de passage

Flèche les pages

Données au vent.

Il ne laisse trace,

Que l’ombre fugace,

Courant sur le sol,

Et les ruisseaux, les forêts,

Oublient tout de l’image,

Car elle est sans mémoire.

Elle ne s’accroche , qu’au temps,

Celui de l’envol,

Celui de l’instant présent.

Qu’importe le nom des hommes,

S’ils font de leur vie un envol…

Ils s’accomplissent autrement,

Même sans graver leur nom dans l’histoire.

RC- août 2014


Des yeux vagues, une page vide – ( RC )

image: montage  perso 2013

                              image: montage perso 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est  d’une  autre année que je parle.
On y entendait           une musique;
On y voyait des accords de couleur.
Tout y composait un tableau,
Ses ambiances  et ses lumières.

Je ne pourrais  dire         s’il était beau.
Ce serait plutôt à toi       de le  décrire;
Mais      …  je ne suis pas dans tes yeux,
Dans ce que tu percevais    de l’orchestre,
Et des frémissements du coeur,

Avant que la brise
N’agite les rubans,
Et que s’envolent les chapeaux.
Tu descendais le vallon,
Parmi les herbes hautes  et les  fleurs.

C’était alors un printemps  avancé,
Et pourtant des nuages serrés pointaient à l’horizon.

Je te vois maintenant,
Immobile                 et indifférente,
Et il semble  que ta mémoire     se heurte,
Aux murs clos d’une chambre,
Les rideaux            fermés à la lumière.

De tes yeux vagues,   tu contemples,
Ce qui semble             une page vide,
Et les gestes sont  difficiles.
Ils ne se referment même pas
Sur ton passé.

La musique         y est inaudible ….
Ou alors ,           a-t-elle été aussi,
Emportée               par le vent  ?

RC –  sept  2014

 

 


Une terre gelée au sang des veines rompues – ( RC )

 

Une terre froide, souvent couverte de blanc,

Noire,           dessous.

Des femmes et des hommes emmitouflés,

Les habits sombres.

 

Forêts denses de pins serrés,     convoquant l’obscurité,

Les traits légers des bouleaux,                         bardés de blanc,

En contrastes accentués,                                 dessinent un arc,

Autour de la ville morte.

 

Elle a été.

Et de ses murs éclatés,            tombés sous les bombes,

Aux noires traces                                   de l’incendie,

La neige a tout recouvert.

 

On n’y distingue plus ,   avec ces monticules,

Défaisant son visage,

–                         Plongé dans le sol.

Une terre grasse,  mais gelée au sang des veines          rompues .

 

S’est ensevelie peut-être aussi       la mémoire,

Les fenêtres du jour couchées dans la brume,

Et celle des enfants morts…

Leurs chemins se dérobent en une incantation….

–    Ils n’auront        plus jamais de souvenirs.

 

Aux heures anciennes ,            demain sera encore hier.

Comment oublier ce qui n’a pas eu lieu ?

 

– RC- février 2014

( ce texte prend  pour base,  celui de Dominique Boudou, visible sur son site ) –