Textes poétiques et d'actualité -nulle part ailleurs !

Archives de décembre, 2013

La neige a quitté l’hiver … – ( RC )

dessin perso: nu - Bordeaux  2012

dessin perso:            nu –                 Bordeaux 2012

Il faut laisser les rêves et les cauchemars s’en aller tout seuls,

Ou bien plonger au dedans

Le temps d’un oubli,

D’un désir d’oubli,

Ou d’un désir tout court,

Je vais recouvrir tes orteils,

La couverture a glissé,

Les petits monstres sont partis,

Ils ont eu peur de l ‘aube.

Je vais me lever préparer le café.

Puis je reviendrai arranger les coussins,

Finalement, je me glisse au chaud,

Au creux de tes mouvements lents,

Personne n’a coupé tes mains,

>                Tu t’aimes….

Et je caresse avec toi tes songes,

Ils ont une douceur de mousse

Blanche,

…. La neige a quitté l’hiver,

Pour t’habiller de tiède.

RC   –  décembre  2013

en réponse à un  texte  de Geneviève L’Heureux


Le poids du ciel et des nuages – ( RC )

019

 

La musique se répand,
C’est sur le sol comme une partition,
Une peinture où se multiplient les touches,
Les notes et les couleurs,

Où se mêlent la dentelle du hêtre,
Et les plumes blanches,
La chevelure de la neige,
Et les branches élevant leur chant,

Jusque vers les nuages,
Courbées d’air pur,
Ces nuées,dessinant , selon les vents,
De curieuses géographies, et

Au sol autant de tableaux,
Filtrés de lumière,
Doigts voyageurs à travers les stations,
Distribuées à l’en vie,

Une main ouverte
Aux quatre directions,
Où le regard se perdrait
A suivre la migration,

Vers un au-delà inconnu,
De générations d’oiseaux,
Interprétant à leur tour,
Le langage des saisons,

S’appuyant sur le ciel,
Dominant la terre,
De tout son poids d’air,
Traversé de la courbe solaire.

RC –  décembre 2013

( réponse à un texte écrit par Hélène Cassagnes ).


La neige nue n’est jamais venue – ( RC )

La neige nue

N’est jamais venue,

Je n’ai pu y retrouver,

L’empreinte de tes pas gravée,

Le givre dessine aux fenêtres ,

Ce que tu pourrais être,

Je pourrais toucher du doigt,

Cette fantaisie du froid,

Le coucher sur du papier,

Et le recopier,

D’un crayon qui crisse,

Avant qu’elle ne s’évanouisse.

Car mon imaginaire

Au milieu d’un désert,

Vide et lisse,

Dessinerait un oasis.

Je sais que tu es transparente,

Mais aussi que tu chantes,

Ou murmure à voix basse,

Toi qui passes

Des minutes trop brèves,

A travers les rêves,

De ceux qui dérivent,

Et puis me poursuivent…

J’ai rêvé de la neige nue,

Elle n’est jamais venue,

Faire quelque détour,

A ce carrefour

Entourer tes pas,

Vertige d’un au-delà …

C’aurait été la revanche

D’une silhouette blanche,

Se détachant en blanc,

Très délicatement, :

L’inaccessible amour,

Que peut-être un jour,

Je verrai passer,

Un blanc léger caressé,

Un rayon de soleil,

Au sortir du sommeil,

Qu’aucun songe n’encombre…

Juste une légère ombre,

Un contour des sens,

Marquant ta présence.

Je saurai me taire,

Sur le chemin solitaire,

Et garder le secret,

Quand je te reconnaîtrai

Lèvres ouvertes, tu te penches… :

Le baiser du silence,

Sur mon cœur réverbère…

Confident de ta lumière.

RC  – décembre  2013


Ben Magid Rabinovitch

Avec les belles photos à l’ancienne proposées par DantéBéa–

DantéBéa

 

Voir l’article original


Mots en partance, aussi – ( RC )

Caponigro27

 

             

Un jour, allongé de tout mon poids,

Sur la roche rude, je n’aurai d’idées poétiques,

Que celles , rebondissant sur le gravier .

Elles correspondront à mon champ de vision,

Rétréci,

Et mon corps me sera un poids..

Incapable de me relever,

Les chiens me flaireront,

Ils ont la pensée vierge,

Et ignorent les livres ,

Sauf à les rapporter à leur maître,

Comment ils le font avec les pantoufles.

J’aurais pu te confier mes secrets,

Partager encore des images,

Elles, qui se cristallisent,

En confidences et écriture,

J’aurais été redressé sur un banc,

Encore mouillé de ses embruns marins.

Traînant encore mes vers,

Balbutiant ma langue morte,

Habitant encore, despotique,

Ma bouche, ma blessure ouverte,

— Pour enrober de détails inutiles,

Mon corps mourant.

Il n’y a plus de secret,

Et tu peux rire de moi,

La conversation est finie,

Le dernier chapitre s’est clos,

Je ne suis qu’un vagabond,

Allongé sur le rocher.

Sous un manteau gris et froissé,

A  sentir le froid me saisir….,

Les mots m’ont abandonné ;

Et j’entends tes pas crisser sur le gravier,

Puis diminuer, ….. – tu t’en es allé.

Je peux fermer les yeux.

RC – 18 novembre 2013


Traces du futur en plans lointains – ( RC )

 

photo: le viaduc de Garabit ( Cantal )

Si la forêt semble s’épaissir, le sentier s’étrécir
Au détour du trajet, les lieux semblent s’évanouir
La certitude tremble, et fait place  aux suppositions
Les repères ,effacés par les ans, autant de questions

Qui émergent, et traquent,           ce pas et le suivant
Au point de nous laisser ,                  refrain obsédant
Une saveur trépassée,    d’un mouvement sur place
Que                              des rubans  de brume, enlacent

A la mesure du temps,     aux promesses du futur
La suite des collines,    semble nous offrir un mur
De perspectives basculées en escalades indécises
Qu’il faudrait                qu’un grand-œuvre précise

Et nous guide, comme Ariane, sur l’étroit chemin
Ou le petit Poucet,              des cailloux de sa main
Pour accomplir le destin,    encore à concevoir
Qu’en partant,                 on n’a fait qu’entre-voir.

En parvenant malgré tout au premier sommet
Le paysage  s’étale en tapis d’autres forêts
Espaces,      lacs,  dunes,     et précipices
Se faisant suite,                sans artifices

Le sommet,           une  colline bien basse
Au regard des horizons  qu’on embrasse
Portant sur des distances insoupçonnées
Montagnes       et plateaux moutonnés

Seront les futures étapes    à franchir
Et peut-être laisser,        pour l’avenir
Au delà d’autres monts,          l’espace
Garder, provisoirement une légère trace.

RC 14- 01-2012

 

 

texte de R. L. Stevenson à Will H.Low…

R. L. Stevenson étant l’auteur, justement  dans le contexte  du voyage, de Voyage avec un âne dans les Cévennes

—–

A titre  d’information   » Ce pas  et le suivant »  est le titre d’un roman superbe, ne serait-ce que par sa science des mots  et des phrases,  de Pierre Bergounioux,  cité  deux  fois  dans mes  publications précédentes.  Livre  au souffle fort,  édité  chez Gallimard.

—-

photo:  vue de Turquie – Capadocce,  sous la neige ,         photo Picasa

Juste avant la falaise – ( RC )

peinture  Claude Monet…  falaise dans le pays de Caux (  Dieppe )

Ce sont toujours les mêmes,

Ou bien les semblables,

Ces vagues qui viennent

Au pied de la falaise, insaisissables.

 

Ces vagues dont le choc palpite,

Résonnent au pied de la maison,

Celle que nous avons construite,

Ouverte sur l’horizon.

 

Te souviens -tu , amie

De la couleur, des murs

Que nous avions choisie,

Azur , comme celle d’un temps pur ?

 

De celle de la côte anglaise

Et le pré suspendu avant de chuter,

Juste avant la falaise,

Sous laquelle nous aimions nous promener ?

 

Mais le sourire s’en est allé,

Les couleurs ont perdu leur fard,

Avec l’arrivée de nuages, blafards ;

Et le gris s’est installé.

 

En couvrant de tristesse,

La maison où je vis seul,

Aux fenêtres, les rideaux linceul,

Que les vents pressent.

 

Cette maison au regard livide,

Vit maintenant sans tes caresses,

Quand, à l’envol des promesses,

Répondent les pièces vides…

 

Les volets battent sur la façade,

Les herbes se courbent sous un vent rude,

Les arbres, – d’abandon et de solitude,

Toutes les teintes sont devenues fades.

 

Face à la mer immense,

C’est comme un défi inutile,

Notre maison est comme une île,

Livrée à l’assaut des flots, sans défense.

 

Chacune des vagues pèse,

Ainsi, la côte recule,

Ainsi, mon cœur . Il bascule,

Et sera emporté aussi, au pied de la falaise.

 

Il suffit d’un jour de tempête,

D’un ouragan de rage,

Emportant tout sur son passage,

Et même les peines secrètes.

 

Je vis en terrain instable,

La mer peut bien venir,

Et tout recouvrir,

Comme un fragile château de sable.

 

RC – 8 décembre 2013


Au commencement est le geste, à la fin, la douleur ( RC )

Sculpture  Michel-Ange - Pièta  1498

Sculpture Michel-Ange – Pièta 1498

Il y a toujours un commencement, mais nous n’en avons plus mémoire,

Ou c’est celle, animale, de l’embryon que nous fûmes…

Aussi on nous dit la Genèse, le premier jour, la lumière, ( les contes fleuris de la création du monde ),

 ornent les missels, ou occupent les cadres dorés des musées.

 

…Le geste se prolonge à travers tous les corps      ( Bernard  Noël ),

,       et c’est de l’espèce commune,       oui,          de cerner, attentif à notre fonds commun.

 

Le sang circule donc dans les veines, et l’existence tutoie différences et préjugés,

C’est l’intérieur qui parle, ( le flux sanguin, se trouvant de la même couleur chez tout le monde)

Le geste est originel… Pêchant dans l’inconscient collectif.

Il se traduit en images,  parfois elles nous envahissent, car construites à notre semblance…

La Vierge est à ma portée, portant dans ses bras son fils mort, et affaissé.

Son immobilité et sa blancheur ,           sa dureté de marbre, quelle que soit l’habileté de l’artiste,                    lui ôtent sa chaleur.

Juchée sur son piédestal, et faussement accessible, le monde ne recommence pas avec elle,

au contraire, elle se substitue en mythe, aux mères des pays de famine, où toute mère, hurle à la vie enfuie, et qui s’est, au sens propre, arrachée d’elle.

S’il y a une genèse, il y a aussi celle de la douleur…. Il est des Pièta vivantes, ne prêchant pour aucune religion.

RC – 14 octobre  2013

Pogordski

Parodie de Pièta: ( une  de la série photographique  de G PODGORSKY )


Le moulin – ( RC )

peinture:       Pierre Mondrian

Au grand frottis du ciel,
S’égarent des écharpes grises,
Courant, sous la poussée du monde,
Soulever les écumes.

Mais en attendant qu’il se dénude,
Aux grands vents du mistral,
Ce sont les bras des moulins;
Ils offrent de grands cercles,

Et leurs ombres s’affolent,
Sur le sol, alors que se tendent,
Comme de grands papillons blancs,
Leurs toiles, sous la brise nue.

Le mouvement circulaire,
Se donne en moyeux et engrenages,
Il poursuit sa ronde à l’intérieur,
En poussant sa meule lisse.

Les jointures de bois, gémissent,
La récolte blonde
Se disperse en pluie d’ors,
Sous le parcours de la pierre,

Les sacs bruns se remplissent,
D’une farine si fine,
Qu’une partie s’en échappe,
Matière impalpable

Jouant dans les rais du soleil,
Et se déposant lentement ,
Sur tous les reliefs,
De la muraille de pierres.

Même le meunier et son assistant,
Ont la tête de l’emploi,
Recouverts de blanc,
Comme tout l’intérieur du moulin.

Ces sentinelles du vent,
S’ouvrent alors aux convois des ânes,
Revenant, lourdement chargés,
De la nourriture des hommes.

Pour la livrer de village, en village,
De fournil en fournil,
Où l’on suivra son sillage,
Rien qu’au parfum du pain cuit .

 

RC 16 novembre 2013

photo:                 moulins à vent plateau de Lassithi – Crète


Accords des souffles – ( RC )

photo:    Yusef Lateef, Cannonball Adderley

 

 

In a mellow tone,
Et la lune se pose,
Elle en est projecteur,
Sur le crâne luisant
Du trompettiste chauve.

In a sentimental mood,
Porte des espaces infinis,
Et peut-être la porte ouverte
Aux illusions,
Comme est la brillance du sax au noir.

Les bras  du bassiste,
Enserrent la silhouette de bois de
 » la grand-mère  »
Glissant sur les rails tendus,
Des cordes épaisses.

Il y a des rencontres,
Qui effacent en musique,
Le tangage des paroles,
Les rancoeurs des langages
Mal traduits.

Ici, les sons parlent
Aux silences,
Et le jazz se presse,
– pulsations cardiaques –
Sur notre coeur même.

La couleur des musiciens,
Importe peu.
Un miracle permanent,
Leur permet d’accorder
Leurs souffles.

Même dans le désespoir.

RC – 3 décembre 2013

 


L’horizon est celui de ta peau – (écho à un texte de Bernard Noël) – ( RC )

photos  Man Ray

photos Man Ray

 

C’est une houle douce, ou mer démontée,
Je ne sais plus des vagues,
Que leur poids d’écume,

La beauté est sous mes mains,
Et frissonne,
Sous l’indulgence des étoiles,

Je ne sais si mes mains sont aveugles,
Et toi sirène, venue m’emporter
Au creux d’une mer émeraude,

Mais cette nuit,  d’aplomb
Brille de mille yeux,
Dans mes mains,

De ta tiédeur. je voyage au creux
>    Et ne regarde plus ainsi,
Que par le toucher,

L’horizon est celui de ta peau.

—-

voyante et refermée
sirène en songe
offerte à quelle mer

l’étoile est d’aplomb
le hasard flotte

sirène à nulle fin vouée
ta beauté gèle dans mes yeux
et mes mains
toutes mes mains de maintenant
sont aussi aveugles que des mots

( B Noël:  extrait de  « l’oiseau de craie » )


Michaël Dickman – où nous vivons.

illustration de livre  d'enfant

illustration de livre d’enfant

Michaël Dickman-

Où nous vivons

* J’avais l’habitude de vivre dans une mère maintenant je vis dans un tournesol

Aveuglé par l’argenterie

Aveuglé par le réfrigérateur

Je suis assis sur un trottoir dans le tournesol et  son averse jaune.

La lumière du monde perle sur une feuille verte parfaite

Elle griffonne son nom sur chaque chose vivante

il l’efface ensuite

et ce qui reste n’est plus d’un murmure d’une mère

Ici c’est le printemps

Maintes et maintes et maintes fois

J’avais l’habitude de vivre dans un nuage

maintenant je vis dans un corbeau

Il est minuscule et perclus de là,

mais je ne peux trouver mon chemin

pour la salle de bains dans le noir

quand je dois y aller

Toutes les fenêtres du corbeau sont restées ouvertes

et laissent entrer les nuages .

De retour Ils flottent ,passé mon lit et je n’ai rien à dire

Bonjour , ravi de vous rencontrer!

À partir d’un poteau de téléphone

les langues glissent en chantant bienvenue dans la maison

Bienvenue dans la maison , chantent-ils

-J’avais l’habitude de vivre

dans un arbre

maintenant je vis dans un roi

Il agite ses bras devant lui

et les migrations sans fin d’oiseaux

disparaissent dans son manteau

J’aime m’asseoir à l’intérieur de sa couronne ,

manger des sandwichs et regarder la télévision

Les collines se serrent dans la distance

quand il se mélange les pieds

les inondations quand il claque des doigts

Je m’incline à l’intérieur de son front

et l’après-midi s’étire.

Commandant encore plus de sandwiches

Et vendant des esclaves

et rendant les esclaves libres

et vendant des esclaves.

( Trad  RC ) ———

—– Where we live. I used to live in a mother now I live in a sunflower Blinded by the silverware Blinded by the refrigerator I sit on a sidewalk in the sunflower and its yellow downpour The light of  the world beads up on one perfect green leaf It scribbles its name on every living thing then erases it so what’s left is more of a whisper than a mother Here it’s spring Over and over and over again I used to live in a cloud now I live in a crow It’s tiny and crippled in there but I can find my way to the bathroom in the dark if   I need to All the windows in the crow are left open and let the clouds in Back in They float past my bed and have nothing to say Hello it’s nice to meet you! From a telephone pole tongues slide out singing welcome home Welcome home they sing I used to live in a tree now I live in a king He waves his arms in front of   him and endless migrations of   birds disappear into his coat I like to sit up inside his crown eating sandwiches and watching tv Hills shake in the distance when he shuffles his feet Floods when he snaps his fingers I bow inside his brow and the afternoon stretches out Orders more sandwiches And sells the slaves and sets the slaves free and sells the slave


Les têtes jaunes – ( RC )

peinture : V Van Gogh

–            peinture : V Van Gogh

Toutes ces têtes jaunes,
Qui ensoleillent,
Les collines,
Et se tournent, ensemble,
Couronnées de leur soleil pétales,
Ondulent ensemble,
Et jettent leurs feux ,
De couleur, sur les champs
Sous la houle de la saison  ;


Et si celle-ci s’avance,
Quel que soit le vent,
Les têtes grainées,
Devenues lourdes,
De tant d’heures de chaleur,
Se plient, et regardent le sol,
Et finissent par se rendre,
Ainsi, dans le vase de Van Gogh,
Les tournesols.

RC – 1er décembre 2013

peinture  Van Gogh

peinture :  Van Gogh


Dessous, dérivent les idées – ( RC )

–                   image geowiki:  Glacier Briksdal, Norvège

Oui, dessous dérivent les idées,
Elles se déplacent                      lentement,
Emportées         par les courants du temps,
Frottant sur les aspérités,


…Elles finissent par réapparaître, neuves,
D’une cascade,            une cataracte,
On les voit sortir                 intactes
A l’issue de l’épreuve.

Ce sont les mêmes  ,    mais sans faire du sur-place,
Sous une concentration de langages,
(         sous l’empilement des étages                )
Et                      des tonnes de glace.


….Si l’on creuse sous l’antarctique,
Et l’entassement      des neiges,
On trouve          sous ce cortège,
Des broderies fantastiques,

De petites bulles d’air de l’époque,
On peut compter les millénaires,
– à tourner le film à l’envers –
Celui que cotoyaient d’autres phoques.


….Et prisonnier d’éternels hivers,
Au défilé du temps , s’y lit,
Le visage du fils,           qui pâlit
S’il retrouve ainsi          son père.

Comme s’il était à sa place
Mais conservé               plus jeune que lui,
Dans            une longue et blanche nuit,
Lui qui disparut dans une crevasse…


Le piolet à la main…
Quand s’inversent les dimensions,
Et que l’autre génération,
Contemple dans la glace,      son destin.

Ainsi             le carnaval des idées,
Dont les couleurs      sont un défi,
–   Le retour de la philosophie,
>           Ces sagesses vont nous guider,


Celles qu’on n’aurait pas dû quitter,
Et dont les théorèmes,
Côtoient la vie contemporaine,
L’actualité,                      l’antiquité.

RC – novembre 2013

(et voir cette citation de Raymond Abelio, qui va dans le même sens  ):

il m’arrive de penser que la terre où je marche, plus sensible que nous mais voilée à nos yeux par notre poussière, s’est imprégnée dans ses profondeurs, des siècles durant, de ces images ignorées de nous, et qu’un jour peut-être des hommes au regard rénové ou munis d’instruments étranges sauront les lire et se pencheront, pensifs, sur elles. A quelques dizaines de mètres à peine de l’avenue à grand trafic, ces lieux sont tranquilles, presque déserts. Rien n’y bouge, on y respire un air immobile, le même, semble-t-il, depuis des siècles. Mais nos yeux ne savent pas reconnaître les signes enfouis.

  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. I, partie Un faubourg de Toulouse, 1907-1927, p. 131

Denis Scheubel – La vie est colorée de jambes de femmes

photo- cinema : Rita Hayworth

photo- cinema : Rita Hayworth

La vie est colorée

De jambes de femmes

Il disait

De noeuds à défaire

La vie est colorée

De jambes de femmes

Qui injectent à l’asphalte

Des rythmes affolants

Alors boire et danser

Il disait

Boire et danser

La vie est martelée

De jambes de femmes

De bas qui crissent

De bateaux qui grincent

De voix d’enfants

Qui pincent

Le coeur.

La vie est un bateau

Où tanguent les jambes de femmes

Qui grincent

Il disait

De boucles bouclées

Qui tintent à leurs oreilles

Quand elles martèlent l’asphalte

Pendant qu’on boit.

Denis Scheubl    dans   » Sex and Cities »


Je ne te reconnais pas – ( RC )

photo perso: port de Roja -

photo perso:       port de Roja –

Il y a tant de distance, jusqu’au phare du port…
Je compte les pas qui m’y emportent,
Je sais, pendant ce temps,
Que se déplace lentement,
La grande aiguille sur les chiffres de l’horloge,
Avec son « clong » rythmant les minutes.

Et je rêve d’émotions partagées ;
Je me rappelle le bar de la gare,
Il y avait dans ma poche un vieux carnet ridé,
Quelques vers attendaient qu’on s’occupe d’eux,
Ton visage débordait à peine d’une écharpe,
Et tu avais froid.

Et maintenant, à pas mesurés,
Je dessine un chemin sur la jetée,
Presque une longue marelle,       – et au bout
>              Ce serait l’enfer ou le paradis ?
J’évite avec précaution les trous,
Où achèvent de pourrir les fers rouillés.

Dans les flaques salées, vertes,
Comme, je me souviens, étaient tes yeux…..
….Tant d’années ont passé,
Sur les pierres et ton rire enfumé,
Qu’en voyant ta silhouette,
Et ta robe sombre fouettée par le vent.

Je ne te reconnais pas.


RC – 21 novembre 2013


Je peine à fermer le cercle de la nuit – ( RC )

Peinture perso:   tri-color  ( (huile sur carton )

                                 Peinture perso:                     tri-color ( (huile sur carton )

 

Je peine à fermer le cercle,
Celui de la nuit.

Traversé par les éclairs,
C’est dire l’insomnie,
Et les rêves qui parcourent,
Les heures déchirées,
Alors que les animaux,
Confiants,     viennent au plus près,
Me humer,      moi,
>          L’être saugrenu,
Débarqué ce soir,
A la belle étoile,
Comme tombé des astres…

Ma bouche ne dit plus rien,
Emmêlée du sommeil de la lumière,
Attendant que se lève,
( Et c’est toujours un « peut-être »,
…..La frange des cheveux,
Du jour ),
Qui se fait attendre,                   et c’est
Comme progresser vers un inconnu,
Un futur dont je ne sais rien
Mais                        vers lequel je vais
Porté à mon tour …

RC – 4 décembre 2013

En écho à la « Berceuse pour l’insomnie » de Jerzy Ficowski


Demande à la nuit – ( RC )

-Demande à la nuit, ce que tu voudras,

Elle cache dans ses bras longs,

Jusqu’à l’aurore

Le langage des couleurs,

Qui s’éteignent, fatiguées du jour,

De la chaleur et du bruit,

En cherchant un peu de fraîcheur,

Dans la face cachée de la planète.

Demande à la nuit, ce qu’il te plaira,

Le ciel nocturne, au-dessus des nuages,

Ne cache rien, de la pluie de lumières,

Qui scintillent dans le noir,

Et envoient des messages,

Que le jour ne peut voir,

Tournant le dos aux astres,

Et aux galaxies.

Demande à la nuit ses secrets ;

Elle garde le silence,

Sur sa naissance,

Et celle des planètes.

Les étoiles s’y tutoient,

A coups d’années lumière,

Elles, qui chuchotent,

A travers l’infini.

Demande à la nuit, où va le monde,

Dans sa course folle,

Il semble              immobile,

Sur son orbite,

Accrochée à son astre

Une poussière du temps.

>   Si le soleil s’éteignait,           il se nourrirait,

Justement,                                     de cette nuit.

 

RC – 11 octobre 2013

(une réponse à Marianghjula Antonetti-Orsoni ( nuit obscure)


Art en abondance et dîner aux chandelles – ( RC )

peinture: Le Caravage  - Méduse

peinture: Le Caravage – Méduse

C’est le dîner aux chandelles,
Je me doute que les saveurs les plus rares,
Sont au menu ce soir …
Et les peintures sont bien plus belles,

Lorsque je sors du four,
Pommes de terre, et légumes pêle-mêle,
Avec de belles chanterelles,
Réparties tout- autour.

Les ciels du Greco bruissent de l’orage,
Je pourrais comme ses saints, lever les yeux au ciel,
Mais il faut que je déguste avant, la sauce au miel,
Les deux surprennent par leur éclairage..

Les chefs d’oeuvre des musées,
Ne s’accompagnent pas d’eau,
Aux fresques de Michel-Angelo,
… Ils se bousculent dans ma tête,    médusée.

C’est peut-être que ces mets fins,
Me montent à la tête,
Et que les couleurs sortent, en fête,
Avec, mon troisième verre de vin.

Attendez que je goûte,
Avec le rôti, ce jus orangé,
Tandis que sans danger,
Les angelots baroques dialoguent sous les voûtes…

Il faut bien que mon âme se repaisse,
Aussi,     des peintures du Caravage,
Ca facilite la digestion et le voyage
Si aussi, mes babines, je pourlèche.

Il vaut mieux , avec cette abondance …
Avoir les yeux de Méduse, qui brillent
– ( j’entame le dessert à la vanille ),
C’est comme si j’allais aux Offices, à Florence…


RC  – 21 novembre 2013

peinture: Taddeo Gaddi: Annonciation

peinture: Taddeo Gaddi: Annonciation