Textes poétiques et d'actualité -nulle part ailleurs !

actualité

L’erre des glaces ( une occupation pendant l’hiver 1942 ) – ( RC )

image: soldats gelés dans un abri – Finlande – provenance: http://rarehistoricalphotos.com

 

Je ne sais s’il faut le dire,
mais il y a quelque chose
qui pétrit la terre,
entre ses doigts …
et cela s’enfonce
dans une atmosphère
rigide comme le fer:
tout se fige alors
dans l’attente
la température chute
sous l’étau du froid,
verticale.
L’eau s’accroche sur tout,
à la façon de dents,
et l’hiver mord
à plaines vents.
Les couperets de glace
hachent ce qui reste
de la nature d’avant.
Tout est dur
et fragile à la fois,
se brise comme du verre
pour retourner
à l’âge de pierre.
Y a-t-il encore
une chaleur qui couve
en profondeur ?
On dirait que l’épaisseur
du gel est entrée
si loin
dans les failles du sol,
que même le feu
s’est solidifié .
Seul alors,
le rapprochement
avec un astre incertain
semble pouvoir faire que

le poing crispé se desserre.

RC – janv 2016


Les ordures de l’actualité – ( RC )

0incendie Pakistan

 

Debout quelque part,
c’est dire la station verticale,
équilibre instable,
d’un pied sur l’autre;
mais on sait que c’est provisoire.

Des nouvelles à la radio,
on dirait que naturellement
prolifèrent
les incendies, les révoltes
et qu’ils gagnent du terrain.

C’est encore loin,
mais il y a des prémices,
et c’est comme un légume
qui pourrit,
dont les taches brunes s’étendent.

Là bas, on n’est plus debout,
on rampe, on se terre
on s’abrite où on peut,
on mange des rats,
– s’il y en a.

C’est un crépuscule,
les derniers soubresauts
d’une lueur
avant son effondrement .
On ne pourrait plus être …

Et si l’on a été,
cela se conjugue au passé,
maintenant l’ombre
se détache des choses,
et prend le dessus.

Dans quel monde a-t-on vécu ?
Déjà,            on ne s’en souvient plus …
la poussière soulevée
a tout envahi,
même jusque aux souvenirs .

Ou s’il y en a encore,
Il n’est pas sûr qu’au réveil,
il y ait encore un soleil.
Hier est du passé,
C’est comme s’il était mort.

On doit faire avec la peur,
et de drôles d’orages glacés,
sur des terrains arides
où se multiplient les ordures,
de l’actualité .


RC – janv 2016


Oiseaux sans entraves – ( RC )

peinture: Georges Braque  Oiseux  en vol

peinture:           Georges Braque              Oiseaux en vol

 

 

Les oiseaux migrateurs,
N’ont pas besoin d’ordinateur,
Ou de boussole, pour s’orienter.

Nous ne sommes pas des oiseaux,
Et vivons à demeure,
les pieds collés à la terre.

Les mouvements sont pesants,
Les paroles et langages
Ont du mal à franchir les frontières,

Traduire les dialectes,et les écrits
Reste une tâche difficile,
Où les erreurs sont fréquentes.

Pour se comprendre,
Les animaux sur la terre,
Ne se posent pas la question.

Bien sûr des machines
Viennent à notre secours,
Et les flux informatiques,

Parcourent la planète,
Dans tous les sens,
Calculent à notre place,

Nous informent sur la météo ,
Et des évènements aux antipodes,
Modèlent la forme des voitures

Analysent les habitudes des gens,
Et voudraient presque s’y substituer.
C’est un vaste filet,

Presque semblable à une nasse,
Se refermant sur un banc de poissons,
Dont on ne voit pas les mailles.

Une toile d’araignée,
Qui nous emprisonne,
Plutôt qu’elle ne nous libère.

Et le filet se resserre,
Chaque jour un peu plus,
Sur notre quotidien.

Déjà le ciel est rayé,
Parcouru de lignes noires
Des réseaux électriques.

Nous gesticulons dessous
Tandis que les oiseaux,
Libres, volent au-delà,

Sans entraves.

 
RC – avril 2014


Au delà d’une saison repliée – (RC )

photographe non -identifié

photographe   non -identifié    ( printemps de Prague ? )

 

 


Stationnant,                          figé de verticales,
En aspérités sombres,            dressé au ciel,

S’offre                  aux vides d’une saison repliée,
Celle donnée aux froids et à la pluie lancinante,

Comme,         des arbres,           les racines,
Cherchant à s’agripper       à la lumière,

L’écrivain debout,
Contre l’hiver des censeurs,

Sait que                       la vie est ailleurs,
Au-delà des vents noirs,

Poursuivant           sa route longue,
A l’intérieur        de lui-même .

D’autres sont debout,     à proximité,
Et savent,      du retour du printemps,

L’éclosion des fleurs,
Le retour des sourires.

Il n’est plus loin,                     ce temps,
D’où l’oppression             vaincue,

Renaîtront les écrits,
Sans entrave,

Et le retour de la sève,
Portant               de futurs fruits.


RC- février 2014

 


Cavalleria Eroica – ( RC )

sculpture:  Arman  Cavalleria Eroica   2004

sculpture:  Arman                 Cavalleria Eroica 2004

C’est une bataille de grand renom,
Des hommes, contre des canons,

La Grande ou la première,
Aux avancées meurtrières…

Se rue ,            grande cavalcade
Bientôt en dégringolade,

Comme se mène,   la charge furieuse,
Devant de froides mitrailleuses

Et voila notre escadron fauché
…A terre          la grande chevauchée

Dans les branches, les chairs éclatées,
Plantes nourries de membres étalés,

Découpés en lanières,
Boue sanglante, de guerre aventurière,

Jusque aux lèvres des tranchées,
D’une soif de sang jamais épanchée…

C’est une peinture d’histoire, ce tableau,
Sombre,                   aux accents de Waterloo.

RC  – février 2014


Au commencement est le geste, à la fin, la douleur ( RC )

Sculpture  Michel-Ange - Pièta  1498

Sculpture Michel-Ange – Pièta 1498

Il y a toujours un commencement, mais nous n’en avons plus mémoire,

Ou c’est celle, animale, de l’embryon que nous fûmes…

Aussi on nous dit la Genèse, le premier jour, la lumière, ( les contes fleuris de la création du monde ),

 ornent les missels, ou occupent les cadres dorés des musées.

 

…Le geste se prolonge à travers tous les corps      ( Bernard  Noël ),

,       et c’est de l’espèce commune,       oui,          de cerner, attentif à notre fonds commun.

 

Le sang circule donc dans les veines, et l’existence tutoie différences et préjugés,

C’est l’intérieur qui parle, ( le flux sanguin, se trouvant de la même couleur chez tout le monde)

Le geste est originel… Pêchant dans l’inconscient collectif.

Il se traduit en images,  parfois elles nous envahissent, car construites à notre semblance…

La Vierge est à ma portée, portant dans ses bras son fils mort, et affaissé.

Son immobilité et sa blancheur ,           sa dureté de marbre, quelle que soit l’habileté de l’artiste,                    lui ôtent sa chaleur.

Juchée sur son piédestal, et faussement accessible, le monde ne recommence pas avec elle,

au contraire, elle se substitue en mythe, aux mères des pays de famine, où toute mère, hurle à la vie enfuie, et qui s’est, au sens propre, arrachée d’elle.

S’il y a une genèse, il y a aussi celle de la douleur…. Il est des Pièta vivantes, ne prêchant pour aucune religion.

RC – 14 octobre  2013

Pogordski

Parodie de Pièta: ( une  de la série photographique  de G PODGORSKY )


L’esprit ( RC )

peinture: Lyonel Feininger  1936

peinture: Lyonel Feininger 1936

 

 

 

 

Dix huit mètres-cubes de silence,

Tordus sous le poids,

De la raison, des convenances,

Et des lois,

Mais un espace comme bulle d’air

L’ oiseau y vole à son allure,

Est-ce le monde à l’envers,

Où se fond sa nature ?

Dix, ou cent mille ans d’attente *

S’étendent par ici,

Et l’enfer de Dante,

Un temps de pain rassis.

Du marteau à l’enclume,

Gerbes d’étincelles,

L’oiseau lisse ses plumes,

De jeune hirondelle.

La chasse est ouverte,

Les balles sifflent à ses oreilles,

Mais en pure perte;

Déchirent le ciel, et le raye.

Tant d’éclats de fer

Tant de peine et de douleur,

De tristesse et de guerres,

Les discours des dictateurs…

Dans le cube de silence,

N’arrivent pas, injures et cris,

Retombant aussitôt qu’ils s’élancent.

Que peut-on contre un esprit ?

 

* expression venant de Boris Vian «Elle serait là, si lourde« 

« 

RC – 10 octobre 2013


« Dix huit mètres cubes de silence », est un  roman de Geneviève Serreau

 

« 


Leo Hamalian – C’est Arshile Gorky qui vous parle

peinture: Arshile Gorky  et sa mère - 1933

peinture:  (par A Gorky):  Arshile Gorky et sa mère – 1933

LEO HAMALIAN,

Gens de Turquie, c’est Arshile Gorky qui vous parle,

le fils de Sedrak et Shushanik Adoian.

Ecoutez-moi !

Par mon dernier souffle, je vous pardonne .

Je vous pardonne pour avoir conduit Shushanik et ses enfants à travers le désert,

pour avoir ferré mon voisin Sarkis comme un cheval,

pour avoir mangé les bébés arméniens parce que vous aviez faim,

pour avoir brûlé les enfants arméniens qui se défendaient,

pour avoir violé Vartoosh avec votre bites épaisses.

Votre pays était en guerre et ces actes étaient nécessaires.

Maintenant, vous possédez notre maison près d’Aghtamaryou ,

Vous êtes riches et bien établis en Arménie ,

Chaque jour, vous obtenez de plus en plus de voitures, de radios

et de dollars americains.

Vous prenez des vacances au bord de la mer…

Et moi, Arshile Gorky je suis le point de me foutre en l’air…

je vous pardonne pour tout.

Leo Hamalian

 

LABELS: LEO HAMALIAN,

dessin: Arshile Gorky - -study-for-summation

dessin:          Arshile Gorky – -study-for-summation

 

People of Turkey,

this is Arshile Gorky speaking to you,

the son of Sedrak and Shushanik Adoian.

Listen to me !

With my last breath, I forgive you.

I forgive you for driving Shushanik and her children across the desert,

for shoeing neighbor Sarkis like a horse,

for eating Armenian babies because you were hungry,

for burning Armenian children in self-defense,

for violating Vartoosh with your thick cocks.

Your country was at warand these acts were necessary.

Now you have our house near Aghtamaryou are rich with Armenian real-estate and every day you get more and more cars, radios, and American dollars.

You take vacations at the seashore.

And I, Arshile Gorky,about to leap out of this life,forgive you for everything.

 ——————-

This poem has appeared in the Summer 1997

issue of Ararat Quarterly and in the Summer 2004 

 


Larges ombrelles au sol (RC)

Des géants de vie, aux larges ombrelles

il ne reste que le silence après la coupe, un semis de copeaux, éparpillés, encore collants de sève,  un fouillis de  branches  emmêlées de leur parure inutile , et un ensemble de bûches  soigneusement empilées, sans espoir  de printemps  .

Devenue trop étroite  pour que se croisent sans efforts les véhicules, la route aux platanes  ne donnera plus son ombrage au soleil provençal.

L’arrogant décret administratif, un trait de plume , a permis de mordre dans le végétal, au hurlement  têtu des chaînes de tronçonneuses, dans les  vapeurs  d’essence, à défaut de vapeur des sens,

et seule  l’acre odeur des feuilles  et branches, et écorces  arrachées  dans la chute.

 


Crise de l’ordure – Bernard Noël

 

 

Dans la suite  de  « Indignez-vous »,

 

Bernard Noël, connu comme poète, se fait aussi porteur  d’une parole politique forte, qui résume beaucoup de choses – au moment  où s’achève le mandat de Mr Sarkozy…

 

voir  donc  Ban, une nouvelle revue, sous la direction de Julien Blaine, Edith Azam et Bernard Noël…  (téléchargement inter-actif)  dont j’ai extrait ceci

 

Crise de l’ordure

Indignez-vous, et puis quoi ? L’indignation, bien sûr, vaut mieux que  la soumission, mais elle n’y met pas fin. Peut-être même l’apaise-t-elle    comme la colère apaise une tension. L’indignation ressemble à la révolte.

Son énergie est touchante, ses éclats séduisent et souvent rassurent, son     effet est immédiat. Au mieux, c’est une prise de conscience, qui peut    se développer ; au pire, c’est une crise sans lendemain qui a le tort de    donner une bonne conscience à son acteur.

L’organisation actuelle du monde et l’orientation qui la guide sont révoltantes, mais elles ont l’habileté et le pouvoir de nous faire croire     qu’elles sont la seule voie. Socialement, elles ne produisent que de          l’ordure et la qualifient de nécessité raisonnable. Ainsi, graduellement, tout est dénaturé afin de rendre l’aliénation désirable tandis que la perte             de la liberté devient un gage de sécurité. Le travail demeure la base de l’existence mais c’est une valeur sans valeur puisqu’on lui reproche d’être ruineux pour les entreprises et d’un coût fatal pour la compétitivité.

Tous les acquis sociaux sont désormais des obstacles pour l’économie et   ils s’autodétruisent en creusant leur dette. Quant aux services publics, ils   avaient le tort de rendre service à tous alors qu’ils ont à présent l’avantage   de faire payer par tous la richesse de quelques-uns.

La différence entre la réalité et le discours des profiteurs serait      caricaturale si elle ne faisait le malheur de millions de pauvres et de chômeurs : elle est socialement ordurière et humainement meurtrière.

Tout démontre que le patronat et ses serviteurs n’ont jamais accepté

les progrès lentement conquis par les ouvriers et les employés de telle   sorte qu’ils en précipitent la destruction.

Une de leurs armes récentes est la délocalisation : elle a pour prétexte le recours à une main-d’oeuvre  bon marché, mais sa raison principale est de réduire par le chômage la     solidarité des travailleurs afin de les rendre plus dociles.

L’une des plus belles escroqueries de la droite au pouvoir est le slogan : « Travailler plus pour gagner plus » puisqu’il est accompagné de la liquidation de cinq cent mille emplois industriels. Une autre belle performance de ce pouvoir est la subvention des heures supplémentaires qui se situent au-dessus de la durée légale du travail hebdomadaire laquelle est de 35 heures, les fameuses 35 heures socialistes qu’il fallait supprimer d’urgence car coupables d’avoir provoqué un désastre économique ! Pendant cinq ans, le pouvoir a donc dénoncé ce qui l’autorisait à se vanter de millions d’heures au bénéfice des travailleurs alors qu’elles empêchaient de créer des emplois et servaient les entreprises…

Tout cela est trop banal dès qu’énoncé mais prouve que les mesures théoriquement sociales du pouvoir sont la façade d’une immense déchetterie où le code du travail est peu à peu déchiqueté. D’ailleurs qu’est-ce qui règle aujourd’hui le travail, et spécialement dans les services privatisés, c’est le « management ». Et quel est son but principal ? Mettre constamment le travailleur sous la pression de performances destinées à le disqualifier, soit pour qu’il prenne la porte, soit pour qu’il crève à la tâche en augmentant les normes du rendement.

Ce n’est plus la qualité qui, dans ce système, est décisive, mais la quantité. Il s’agit de faire toujours mieux en nombre parce que le nombre s’additionne, se multiplie et se prête aux statistiques tandis que la qualité se dérobe à toute mesure. La conséquence est un nombre record de suicides professionnels et le choix de la rentabilité comme seul critère d’excellence. Choix qui a des effets pervers dans les domaines où l’attente, la patience, la réflexion et le mûrissement étaient déterminants mais la rentabilité n’attend pas : elle est immédiate ou n’est pas. Il en va donc des oeuvres comme des plats, qui doivent être consommés dès leur confection sous peine de finir à la poubelle ou au pilon.

La nouvelle morale nous assure que la chose la plus demandée est évidemment la meilleure. Le nombre est une preuve : la preuve que la majorité est bien la plus représentative et qu’elle mérite d’exercer le pouvoir. Ce principe est indiscutable puisqu’il est la base de la démocratie. On ne saurait s’en prendre ni à la publicité ni à la démagogie ni à l’habileté de celui qui les utilise pour sa promotion puisque son succès démontre qu’il possède justement l’habileté adéquate à la fonction qu’il ambitionne.

Ce spectacle est inévitable : il a remplacé la pensée politique.

Sa minceur passe pour de la transparence. Lui aussi relève d’une sorte de « management » généralisé dont rien ne dénonce l’ordure : une ordure propre, sans bavure visible, sans merde et sans sueur. L’ordure ancienne était matérielle et physique ; l’actuelle est la perversion de toute corporalité qu’elle neutralise et prive d’humanité. Le morcellement des tâches, la privation d’initiative, la perte d’engagement personnel détruisent le sens et le goût du travail. Plus question d’épanouissement mais de cadence et de production. Plus d’interlocuteurs, rien que des voix machinales dès qu’on a besoin d’un renseignement. Au lieu de l’attention naturelle, l’isolement et la solitude.

L’ordre est de déshumaniser les rapports publics dans les commerces, les banques, les bureaux. À quoi bon cette perte de temps qu’est la relation quand seul importe le rendement ? Le téléphone, internet et les robots remplacent efficacement vendeurs et guichetiers. Les emplois manquent sauf pour les machines, qui sont d’ailleurs des employés modèles car, une fois mises en marche, elles obéissent à la perfection , et vont jusqu’à l’épuisement. Le code du travail vient d’être effacé parles accords dans le cadre des entreprises : les travailleurs vont pouvoir diminuer légalement leur salaire pour sauver leur emploi et limiter ainsi les effets de la crise.

L’une des plus belles inventions du Capital est la « crise » : elle sert à semer la panique dans l’imaginaire collectif afin de le préparer aux sacrifices déclarés indispensables et qui, sous le nom de austérité, restaureront la normalité, c’est-à-dire la domination de la finance.

Autres avantages : tant que dure la crise, les banques ont le droit de voler l’État et l’État le devoir de se laisser voler. Mieux encore, grâce à l’Union capitaliste dite Union européenne, un État a l’obligation de réduire son peuple à la misère pour rembourser les banques, et d’abord celles qui l’ont encouragé à dépenser au-delà de ses moyens.

La crise est à la fois un instrument d’oppression et de répression en même temps qu’une bonne manière de conforter le pouvoir quand il a gâché son image par de trop visibles injustices. Elle le déculpabilise en lui permettant d’accuser les circonstances, les fraudeurs sociaux, les immigrés clandestins et, bien entendu, l’irresponsabilité de l’opposition.

La crise fait oublier les promesses non tenues et la corruption en occupant toute la devanture politique où l’on voit l’agitation salutaire du Président, qui sauve l’euro et discipline l’Europe. Il arrive même qu’on y vante les

effets bénéfiques du système d’assurances sociales qu’on est pourtant en train de détruire. La crise enfin désarme d’avance la tentation de la révolte et de l’émeute en fournissant des images fatales pour la résistance

grâce à l’occupation médiatique des têtes.

Cette occupation est d’une efficacité bien rôdée que vient compléter le désastre créé dans l’Éducation nationale. Il faut rationner l’intelligence afin de la réserver à l’élite qui gère le pouvoir, dans le but de lui éviter une contestation également intelligente. On sait que la consommation massive des images visuelles entraîne un vide mental que comble uniquement la récidive de cette consommation. Et que l’ordre repose aujourd’hui sur la fabrication d’un appétit que ranime sans cesse la marchandise faite pour l’exciter en ayant l’air de le satisfaire.

Peut-on métamorphoser la conscience qu’en chacun les conditions générales ont formée ? Tous les liens sociaux traditionnels contribuent à sa soumission : famille, propriété, travail. Il ne faudrait cependant qu’un

peu de réflexion pour s’apercevoir que notre besoin de travailler et de consommer, que ce besoin vital peut devenir un capital individuel en s’arrachant à sa dépendance ordurière du capitalisme qui l’exploite en se flattant de l’entretenir. Le choix serait alors possible de la jouissance contre le Marché.

Ce choix, évidemment, menacerait l’Ordre et il serait en ,  révolution : une révolution non violente faite de rire et de refus. L’erreur et l’échec de toutes les révolutions furent de vouloir s’emparer du pouvoir. Quand l’humain prime et la conscience de la solidarité qu’il exige : il ne s’agit plus de prendre le pouvoir mais de le dégrader à jamais.

 

Bernard Noël


Les chercheurs d’or (RC)

 

photo extraite du site eco-volontaire.com

C’est une vision de l’enfer
Qui prend pour décor une mer
Qui sentirait forge et vapeurs d’essences
Feux, supplices  et tourments des sens

Ainsi se précipitant sur le “matériel “du bonheur
C’est une marée humaine,      – cette ruée sur l’or
Précipitant dans le gouffre toutes ces mains avides
Pour quelques paillettes, mais de soif, pas de liquide

Et quand l’océan n’aura de souvenirs que            vidé
De  sa vie… il faudra sur sa surface sèche, nous guider
Aux poissons, plaques de sel, le musée des ossements
L’amer des ors et cristaux brillants, comme firmament

C’est  ce qu’il nous restera à voir
De la lumière, passée au noir
Des reliques comme pourboire
Et d’eaux polluées — plus rien à boire

RC   – 17 mars 2012

( cette  ruée  vers l’or, bien connue pour un des moments clefs  de la conquète  de l’amérique, est encore  d’actualité, notamment  dans les pays pauvres, par exemple de l’Afrique  sub-Sahélienne, où des dégâts écologiques, suite aux exploitations minières, par exemple l’utilisation du mercure sont d’autant plus marqués, par la pénurie en eau…  voir  sur le même  sujet, le film “Altiplano”, qui se situe au Pérou, et le bel article  de ballinicreation )


Octavio Paz – Utopies

photo B Monginoux - : fond d'écran arbre et phare

… j’ai une profonde répulsion pour les utopies parce que je pense que l’homme est individuel, qu’il est irrégulier, singulier, et que les utopies s’acharnent à en faire quelque chose d’uniforme. Rien n’est plus ennuyeux que les utopies heureuses. Pensez, mettez-vous dans un phalanstère de Fourier, qui était le meilleur, le plus sympathique des utopistes. J’admire et j’aime Fourier, mais vous devenez fou dans l’un de ses phalanstères ! Il n’y a rien de plus semblable aux utopies que les prisons, c’est l’uniformité. Alors que je pense que l’homme est invention, changement. C’est pourquoi je suis un ennemi de tous les systèmes, politiques ou autres.

 

 


L’art de la palabre en Afrique

Voila  un extrait  d’un article intéressant paru  dans la revue  « the  Ecologist »…

il y  est question  du « conseil des anciens »  qui  débattent  des problèmes  locaux, directement  (sous l’arbre),  et qui s’efforcent  de trouver  des solutions

photo perso: relief à Guénon, Tiébélé -- Burkina Faso du sud

—-

L’art de la palabre

Peut-on bien vivre sans démocratie représentative ? Comment les peuples premiers prennent-ils les décisions collectives ? Serge Latouche présente ici l’art de la palabre en Afrique.

C’est en Afrique noire que j’ai pris conscience des limites du rationnel et de son caractère pathologiquement occidental, tandis qu’une certaine sagesse africaine était à redécouvrir, y compris pour porter remède à nos maux.

Il y a en marge de la déréliction de l’Afrique officielle,à côté de la décrépitude de l’Afrique occidentalisée, une autre Afrique bien vivante sinon bien portante. Cette Afrique des exilés de l’économie mondiale et de la société planétaire, des exclus du sens dominant, n’en persiste pas moins à vivre et à vouloir vivre, même à contresens. Mes recherches sur l’économie et la société informelle en Afrique m’ont fait rencontrer de magnifiques cas de « réussites » de fonctionnements tout à fait aberrants par rapport aux normes de la rationalité économique.

Pour avoir perdu la bataille économique, l’Afrique a-t-elle définitivement perdu la guerre des civilisations ? Une économie officielle a bel et bien été battue ; mais la société a survécu à cette défaite. Cela signifie que les fonctions que nous attribuons aux instances technique et économique (la production de « richesses ») ont été tout de même assumées tant bien que mal par la société.

Les anciens s’assoient sous un grand arbre et discutent jusqu ‘à ce que tous soient du même avis Une explication la plus plausible est donc que l’économie et la technique ont reflué dans le social, ou pour le dire dans les termes de Karl Polanyi, économie et technique ont été réenchâssées. Cela se voit dans le phénomène de l’économie dite informelle, mais aussi, plus généralement, ‘dans la persistance de la solidarité quotidienne, la logique du don et une certaine sagesse démocratique paradoxale. Cette autre Afrique qui n’est pas celle de la rationalité économique, c’est l’Afrique des savanes, des forêts et des villages, l’Afrique des bidonvilles et des banlieues populaires, bref « la société civile », l’Afrique des conférences nationales. Une Afrique bien vivante, capable de s’auto organiser dans la pénurie et d’inventer une vraie joie de vivre. Je n’évoquerai qu’une de ses illustrations : la palabre. Au delà des clichés

La (ou le) palabre africain (e) est à la fois un cliché folklorique et pourtant une réalité assez peu étudiée. On sait que l’Afrique subsaharienne vit, et plus encore vivait, dans des villages et que les problèmes de la communauté, la politique, se réglaient et se règlent encore largement sous l’arbre ou la case à palabre, souvent d’un auvent sommaire. Voyageurs, missionnaires, marchands, militaires et colons, plus peut-être que les ethnologues, ont évoqué et décrit ces délibérations interminables. On a rapproché, non sans raison, le phénomène récent des « conférences nationales » par lequel les « sociétés civiles » africaines ont affirmé l’exigence démocratique et un « ras-le-bol » des dictatures corrompues, de la palabre locale, mode de résolution des conflits de pouvoirs. (1)

La palabre rassemble les anciens, les sages, les nobles, les guerriers, voire la population toute entière, captifs compris, sans en exclure les animaux qui peuvent, le cas échéant, avoir leur rôle à jouer et qui font souvent les frais des litiges en servant d’exutoire sous la forme du bouc émissaire. Ainsi, chez les Bobo du Burkina- Faso, si la faute justifiait la peine de mort, on substituait pour un homme libre, ses animaux en sacrifice.

photo perso : chefferie - Guénon fin 2011 -- voir l'image à la taille réelle cliquer une première fois sur l'image, et une deuxième fois lorsque la taille intermédiaire est affichée

J’ajouterai, contradictoirement,  que cette vision « idéale », du règlement  des conflits,  a aussi des  « accidents »…

Par exemple  lorsque  l’autorité du chef  est remise en question,  ce qui a abouti  début mars de cette  année, à un lynchage collectif  d’une  partie de la population d’une chefferie ( concession): la concession de Guénon,  où j’ai séjourné une nuit  en décembre 2011: de 10 à 12 morts à l’arme blanche…

Voir les  articles  locaux  qui relatent  ces  évènements tragiques…


Hannah Arendt : extraits de « La Crise de la culture »

peinture perso: détail de "In a sentimental Mood" d'après la musique de D Ellington

Le site  de blablart, qui  rassemble  beaucoup d’aspects critiques  par  rapport  aux  positions  concernant l’art contemporain,  a  édité  cet article  de la philosophe,  que je fais suivre…

(Citations, L’avant-garde contre la bourgeoisie?)
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« La question de la culture de masse surgit d’abord d’un problème tout autre et plus fondamental, à savoir : le rapport hautement problématique de la société et de la culture. Il n’est besoin que de rappeler dans quelle mesure tout le mouvement de l’art moderne commença par une rébellion véhémente de l’artiste contre la société en tant que telle (et non contre une société de masse encore inconnue) pour comprendre à quel point ce rapport antérieur a dû laisser à désirer, et devenir méfiants à l’égard de la facile nostalgie qu’ont tant de critiques de la culture de masse pour un Age d’or de la bonne société policée. Cette aspiration est beaucoup plus répandue aujourd’hui en Amérique qu’en Europe, pour la simple raison que l’Amérique, quoiqu’elle ne connaisse que trop bien le philistinisme barbare des nouveaux riches, n’a qu’une connaissance incertaine du philistinisme culturel et cultivé, non moins ennuyeux, de la société européenne, où la culture a acquis une valeur de snobisme et où c’est devenu une affaire de position sociale que d’être assez éduqué pour apprécier la culture (…) ».

« La culture concerne les objets et est un phénomène du monde ; le loisir concerne les gens et est un phénomène de la vie. Un objet est culturel selon la durée de sa permanence ; son caractère durable est l’exact opposé du caractère fonctionnel, qualité qui le fait disparaître à nouveau du monde phénoménal par utilisation et par usure (…). La culture se trouve menacée quand tous les objets et choses du monde, produits par le présent ou par le passé, sont traités comme de pures fonctions du processus vital de la société, comme s’ils n’étaient là que pour satisfaire quelque besoin ».

« Seul ce qui dure à travers les siècles peut finalement revendiquer d’être un objet culturel. Sitôt que les ouvrages immortels du passé devinrent objet du raffinement social et individuel, avec position sociale correspondante, ils perdirent leur plus importante et leur plus fondamentale qualité : ravir et émouvoir le lecteur ou le spectateur par-delà les siècles », La Crise de la culture, 1968, trad. fr. 1971.


FrançAfrique : les petits ruisseaux, forment de grands fleuves

On sait que l’information sur un même  évènement, ou groupes  d’évènements  doit être vérifiée, …  aussi ayant fait des études  d’histoire,  j’ai appris à confronter  plusieurs  sources, plusieurs  opinions,fussent-elles  complètement  en opposition, donc  contradictoires,  selon la position « stratégique », géographique, culturelle, et politique à laquelle  nous appartenons, pas  toujours de notre plein gré,  vu que nous sommes  dirigés par des informations  souvent  partielles, partiales,  en tout cas  souvent orientées par des marchands  d’informations, tels les médias  qui nous environnent

En participant à un voyage  équitable au Burkina-Faso, nous avons  été au plus proche de la la population, et avons  donc pu confronter notre vision des évènements ( vus  du côté occidental, Européen), avec le point de vue africain.

L’historique  du pays  n’étant pas  à négliger, nous avons  aussi acquis sur place un journal ( Mutations, °1, de septembre 2011 )  résumant les relations  entre les présidents du Burkina-Faso  avec l’ex dictateur Khadafi, voir  document numérisé:

Toujours est-il  que Khadafi n’est pas perçu dans les pays de l’Afrique  de l’Ouest comme chez nous,  à savoir  qu’il aurait distribué largement des devises issues de l’exploitation du pétrole, pour favoriser  le  développement  de certains pays,  tels le Mali, …  manne financière certes  intéressée, car essentiellement promise, au développement  de l’islam: construction de mosquées, et d’écoles  coraniques.

Ce qui explique  que le Burkina  était prêt à accueillir le  « Guide ».

Toujours  est-il  qu’au-delà de l’épisode  des présidents Burkinabé,  des évènements plus récents ont agité  et agitent encore le continent africain, La Lybie, justement, avec la révolution lybienne…

La Côte d’Ivoire,  avec Laurent Gbagbo,  précédemment le Tchad, comme il est relaté dans l’article…

Et bizarrement, mais  c’est  sans  doute une coïncidence,  à chaque  fois, on y trouve des intérêts français..; particulièrement sous la présidence actuelle

On se rappelle  que M Khadafi a été  reçu en grande pompe  à l’Elysée…  déroulement du tapis rouge, le 11 décembre 2007,  grande  affaire  de contrats…  voir  video Youtube  ,

puis  quand le vent  tourne Khadafi devient indésirable  ( notamment  quand  les proches  de Khadafi menacent  de révéler les sources de financement  de la campagne présidentielle  de Sarkozy )., l’Otan reconnait officiellement  avoir  sa part dans l’élimination de Khadafi

Curieusement  on apprend  aussi au Burkina,  que beaucoup de contrats , auraient été opportunément remportés  par les français à l’arrivée de A Ouattara, après la chute de Gbagbo,  et notamment  –  voir  l’article  par Bouygues  et Bolloré  (  dont on sait que N Sarkozy apprécie le yacht), est une des plus grosses implantations  en matière  agricole en Afrique;  voir  article,  (  et que par exemple  les producteurs  de bananes y sont largement  rémunérés 35Euros mensuels  pour  14h  de travail par jour -), un article  venant opportunément  nous rappeler  le nouvel esclavagisme  au Cameroun

ainsi que la rétention d’information: Un documentaire dénonçant les conditions de travail et l’accaparement des terres par la Société PHP, productrice de bananes au Cameroun, a été interdit de projection à Yaoundé.

photo personnelle: camion à bananes. Ouagadougou – dec 2011

avec tous ces  évènements  concordants… on comprend mieux que les  africains  aient une  vision différente  de la notre des changements politiques,

et non changements en ce qui concerne  leur mode d’exploitation,  que caricaturise avec justesse le chanteur Tiken-Ja-Fakoly… pourfendeur  d’une FrançAfrique  qui perdure.

Tout cela pour dire  qu’avec plusieurs  sources, et pas forcément celles du même pays, les grands  fleuves d’opinion prennent une  couleur différente.

Résumé,

avant de « gober un information « ,  le nuage radioactif  de Tchernobyl, qui s’arrête  évidemment  à la frontière, les armes  de destruction massive de l’Irak, les terroristes supposés tels,  la vache folle, autres pendémies, il faudrait mieux se demander  qui a intérêt à se faire porteur de ces informations, autrement  dit qui a intérêt à propager la rumeur, à fabriquer  de faux  arguments qui passent pour des preuves…


Sophie Ristelhueber, photographe de l’après « Beyrouth »

J’ai été impressionné,  lors  des rencontres  d’Arles  de 2011 par les oeuvres photographiques de Sophie Ristelhueber, qui fait l’objet de cet article  sur l’espace Holbein,

ainsi que  du blog  dont  sont  extraits ces photos  et article ( l’iNstantanée)

 

 

1. Sophie Ristelhueber, Every One #8, 1994, épreuve argentique n&b montée sur plaque de fibre de bois.
2. Sophie Ristelhueber, Every One #14, 1994, épreuve argentique n&b montée sur plaque de fibre de bois.

Parallèlement à l’expo Robert Frank dont je vous ai déjà parlé, les galeries du Jeu de Paume consacrent une toute première rétrospective à la photographe française Sophie Ristelhueber, dont les oeuvres depuis les années 1980 explorent par diverses pistes les notions de mémoire et de trace dans un registre qui n’a de documentaire que l’apparence.

3. Sophie Ristelhueber, Fait #46, 1992, épreuve chromogène.

 

4. Sophie Ristelhueber, Fait #20, 1992, épreuve chromogène.

 

5. Sophie Ristelhueber, Fait, 1992, épreuve chromogène.

 

6. Sophie Ristelhueber, Fait, 1992, épreuve chromogène.

C’est une sorte de préambule à la note d’aujourd’hui que j’ai voulu constituer la semaine dernière en proposant quelques photos de guerre. Pas n’importe quelles photos cependant, puisqu’elles avaient pour trait commun de ne pas présenter la guerre dans sa composante humaine, mais au travers de l’empreinte qu’elle laisse derrière elle dans le paysage. Constructions éphémères d’un côté quand la défense organise tranchées et barricades ; destructions durables de l’autre quand l’assaut fait éclater sols et édifices.

“Sans doute, comme artiste, suis-je moi aussi en guerre.”

C’est cette imagerie que convoque Sophie Ristelhueber, cette photographie d’avant l’instantané que la technique confinait aux sujets quasi immobiles. Impossible d’enregistrer sur la plaque sensible le feu du combat avant les années 1880. Les photographes, tels Fenton ou O’Sullivan par exemple, documentent donc le déroulement des événements dans de saisissants “avant-après” permettant de mesurer l’ampleur des destructions, tant matérielles qu’humaines.

7. Sophie Ristelhueber, WB #7, 2005, tirage argentique sur aluminium.

 

8. Sophie Ristelhueber, WB #98, 2005, photo couleur marouflée sur aluminium.

 

9. Sophie Ristelhueber, WB #48, 2005, photo couleur marouflée sur aluminium.

L’emprise de l’homme sur la terre, les traces qu’il y laisse sont autant de cicatrices que Sophie Ristelhueber enregistre minutieusement, sans affect apparent, sans drame. On pourrait penser qu’il n’y a là qu’un usage du médium pour sa valeur indicielle, un simple relevé topographique de blessures de guerre, un constat, comme une page de plus dans un rapport d’autopsie. Beyrouth post-apocalyptique en 1984 (série Beyrouth – Photographies), l’Irak lors de la première guerre du golfe en 1992 (série Faits), la Cisjordanie en 2003-2004 (série WB), l’Irak à nouveau en 2001… pas de drame non, dans les clichés de Sophie Ristelhueber, mais une sourde inquiétude qui ne laisse pas l’esprit au repos.

10. Sophie Ristelhueber, Beyrouth, 1984, tirage argentique n&b.
11. Sophie Ristelhueber, Beyrouth, 1984, tirage argentique n&b.

Et mieux vaut être vigilant en effet, surtout lorsque l’on aborde une des séries les plus récentes de l’artiste, Eleven Blowups, exposée aux Rencontres d’Arles 2006. Une toute autre dimension est atteinte lorsque l’on découvre que ces cratères, déchirant la terre et l’aspirant, sont certes réels mais issus d’archives, et que ce que nous contemplons est une série de photomontages. Les fragiles frontières entre vrai et faux éclatent et ces images d’un réalisme si parfait qu’il avait d’emblée emporté notre adhésion, viennent faire vaciller nos croyances.

12. Sophie Ristelhueber, Eleven Blowups, #10, 2006, sérigraphie sur verre.
13. Sophie Ristelhueber, Eleven Blowups, #7, 2006, sérigraphie sur verre.
14. Sophie Ristelhueber, Eleven Blowups, #1, 2006, sérigraphie sur verre.

Une même mutation du sens s’opère dans le film Fatigue – réalisé spécialement pour l’exposition – cette fois non pas au sein de l’image mais dans sa mise en scène. La caméra parcourant en plan rapproché la surface des photographies (une procédure que l’on retrouve chez Sarah Moon) ne permet aucune mise en perspective de ce que l’on contemple. Sans recul, le regard glisse sur la surface des images, suivant le mouvement de la caméra qui peu à peu, en s’éloignant, recadre, remet en place le sens de ce qui se trouve sous nos yeux.

C’est encore à Sarah Moon que je pense devant la série Vulaines composée de diptyques rapprochant photos d’un lieu et photos d’enfance. Un jeu sur le sens encore, la mémoire aussi, ici mis en scène par une simple juxtaposition de deux photographies. Comme chez Robert Frank, la narration naît de l’entre-deux, de cet espace menant d’une image à l’autre où s’épanouit la rêverie et où le souvenir s’invente et se réinvente à l’infini.

15. Sophie Ristelhueber, Vulaines IV, 1989, diptyque, tirages argentiques montés sur aluminium avec cadre recouvert de papier peint.

Georges Rousse – à la MEP – et Arles

L’espace Holbein, publie  dernièrement un article  sur l’artiste  » metteur en images »  Georges Rousse-  dont  voici le début…

Maison européenne de la photographie

     Georges Rousse à la Maison Européenne de la Photographie
Tour d’un Monde
  Avec son intervention  pendant les  rencontres  de la photographie, en Arles  en 2006,  je me suis  attaché  à  « déconstruire » la façon dont sont faites les images  de Rousse,  qui privilégie toujours  le point de vue unique En cela je trouve que la démarche de l’artiste, même  si elle  est intéressante  dans l’illusion,  est datée, dans le fait que cela  se rapporte à un seul point de vue, centré sur un spectateur  ( les autres  n’ont  qu’à se pousser)…  et en cela  proche des artistes  de la Renaissance, avec la perspective conique …   

je préfère de beaucoup les points de vue multiples, et aléatoires,  …

 A noter,  toujours  sur l’espace Holbein,  cet article, qui met bien en évidence le procédé de reconstitution « in situ », quand le personnage  spectateur  se place au point idéal… 


en fait ce qui m’intéresse le plus, n’est pas  dans le  résultat « idéal », la reconstitution, mais  de voir des formes  annuler  l’espace,- semblant en suspension…. 

comme  dans les oeuvres  de Felice Varini– qui m’intéressent davantage, car elles  sollicitent moins  de « mise en scène » obligatoire…,

en étant souvent ouvertes  sur l’extérieur, ou des lieux  de passage pas  forcément déclarés artistiques…


Tour d’un monde, c’est le titre d’une  très belle exposition de Georges Rousse,  à la MEP, que l’on pourrait appeler, sans aucune équivoque, une rétrospective. Tout y est montré, jusqu’aux travaux les plus récents.
Pour qui n’aurait pas encore la chance de connaître le travail de cet artiste , il suffit de cliquer sur l’image de gauche* et, comme par enchantement, tout s’expliquera sans aucun recours à la moindre explication…
Rousse est modeste et son Tour d’un monde n’est pas le Tour du monde. Mais le monde est rond, non?  Comme ici.
Article auquel je vais ajouter  mes propres  « vues »  de Georges Rousse,  il s’agissait d’une installation (  en fait, plusieurs), réalisées  au musée réattu d’Arles..