Textes poétiques et d'actualité -nulle part ailleurs !

actualité

L’erre des glaces ( une occupation pendant l’hiver 1942 ) – ( RC )

image: soldats gelés dans un abri – Finlande – provenance: http://rarehistoricalphotos.com

 

Je ne sais s’il faut le dire,
mais il y a quelque chose
qui pétrit la terre,
entre ses doigts …
et cela s’enfonce
dans une atmosphère
rigide comme le fer:
tout se fige alors
dans l’attente
la température chute
sous l’étau du froid,
verticale.
L’eau s’accroche sur tout,
à la façon de dents,
et l’hiver mord
à plaines vents.
Les couperets de glace
hachent ce qui reste
de la nature d’avant.
Tout est dur
et fragile à la fois,
se brise comme du verre
pour retourner
à l’âge de pierre.
Y a-t-il encore
une chaleur qui couve
en profondeur ?
On dirait que l’épaisseur
du gel est entrée
si loin
dans les failles du sol,
que même le feu
s’est solidifié .
Seul alors,
le rapprochement
avec un astre incertain
semble pouvoir faire que

le poing crispé se desserre.

RC – janv 2016


Les ordures de l’actualité – ( RC )

0incendie Pakistan

 

Debout quelque part,
c’est dire la station verticale,
équilibre instable,
d’un pied sur l’autre;
mais on sait que c’est provisoire.

Des nouvelles à la radio,
on dirait que naturellement
prolifèrent
les incendies, les révoltes
et qu’ils gagnent du terrain.

C’est encore loin,
mais il y a des prémices,
et c’est comme un légume
qui pourrit,
dont les taches brunes s’étendent.

Là bas, on n’est plus debout,
on rampe, on se terre
on s’abrite où on peut,
on mange des rats,
– s’il y en a.

C’est un crépuscule,
les derniers soubresauts
d’une lueur
avant son effondrement .
On ne pourrait plus être …

Et si l’on a été,
cela se conjugue au passé,
maintenant l’ombre
se détache des choses,
et prend le dessus.

Dans quel monde a-t-on vécu ?
Déjà,            on ne s’en souvient plus …
la poussière soulevée
a tout envahi,
même jusque aux souvenirs .

Ou s’il y en a encore,
Il n’est pas sûr qu’au réveil,
il y ait encore un soleil.
Hier est du passé,
C’est comme s’il était mort.

On doit faire avec la peur,
et de drôles d’orages glacés,
sur des terrains arides
où se multiplient les ordures,
de l’actualité .


RC – janv 2016


Oiseaux sans entraves – ( RC )

peinture: Georges Braque  Oiseux  en vol

peinture:           Georges Braque              Oiseaux en vol

 

 

Les oiseaux migrateurs,
N’ont pas besoin d’ordinateur,
Ou de boussole, pour s’orienter.

Nous ne sommes pas des oiseaux,
Et vivons à demeure,
les pieds collés à la terre.

Les mouvements sont pesants,
Les paroles et langages
Ont du mal à franchir les frontières,

Traduire les dialectes,et les écrits
Reste une tâche difficile,
Où les erreurs sont fréquentes.

Pour se comprendre,
Les animaux sur la terre,
Ne se posent pas la question.

Bien sûr des machines
Viennent à notre secours,
Et les flux informatiques,

Parcourent la planète,
Dans tous les sens,
Calculent à notre place,

Nous informent sur la météo ,
Et des évènements aux antipodes,
Modèlent la forme des voitures

Analysent les habitudes des gens,
Et voudraient presque s’y substituer.
C’est un vaste filet,

Presque semblable à une nasse,
Se refermant sur un banc de poissons,
Dont on ne voit pas les mailles.

Une toile d’araignée,
Qui nous emprisonne,
Plutôt qu’elle ne nous libère.

Et le filet se resserre,
Chaque jour un peu plus,
Sur notre quotidien.

Déjà le ciel est rayé,
Parcouru de lignes noires
Des réseaux électriques.

Nous gesticulons dessous
Tandis que les oiseaux,
Libres, volent au-delà,

Sans entraves.

 
RC – avril 2014


Au delà d’une saison repliée – (RC )

photographe non -identifié

photographe   non -identifié    ( printemps de Prague ? )

 

 


Stationnant,                          figé de verticales,
En aspérités sombres,            dressé au ciel,

S’offre                  aux vides d’une saison repliée,
Celle donnée aux froids et à la pluie lancinante,

Comme,         des arbres,           les racines,
Cherchant à s’agripper       à la lumière,

L’écrivain debout,
Contre l’hiver des censeurs,

Sait que                       la vie est ailleurs,
Au-delà des vents noirs,

Poursuivant           sa route longue,
A l’intérieur        de lui-même .

D’autres sont debout,     à proximité,
Et savent,      du retour du printemps,

L’éclosion des fleurs,
Le retour des sourires.

Il n’est plus loin,                     ce temps,
D’où l’oppression             vaincue,

Renaîtront les écrits,
Sans entrave,

Et le retour de la sève,
Portant               de futurs fruits.


RC- février 2014

 


Cavalleria Eroica – ( RC )

sculpture:  Arman  Cavalleria Eroica   2004

sculpture:  Arman                 Cavalleria Eroica 2004

C’est une bataille de grand renom,
Des hommes, contre des canons,

La Grande ou la première,
Aux avancées meurtrières…

Se rue ,            grande cavalcade
Bientôt en dégringolade,

Comme se mène,   la charge furieuse,
Devant de froides mitrailleuses

Et voila notre escadron fauché
…A terre          la grande chevauchée

Dans les branches, les chairs éclatées,
Plantes nourries de membres étalés,

Découpés en lanières,
Boue sanglante, de guerre aventurière,

Jusque aux lèvres des tranchées,
D’une soif de sang jamais épanchée…

C’est une peinture d’histoire, ce tableau,
Sombre,                   aux accents de Waterloo.

RC  – février 2014


Au commencement est le geste, à la fin, la douleur ( RC )

Sculpture  Michel-Ange - Pièta  1498

Sculpture Michel-Ange – Pièta 1498

Il y a toujours un commencement, mais nous n’en avons plus mémoire,

Ou c’est celle, animale, de l’embryon que nous fûmes…

Aussi on nous dit la Genèse, le premier jour, la lumière, ( les contes fleuris de la création du monde ),

 ornent les missels, ou occupent les cadres dorés des musées.

 

…Le geste se prolonge à travers tous les corps      ( Bernard  Noël ),

,       et c’est de l’espèce commune,       oui,          de cerner, attentif à notre fonds commun.

 

Le sang circule donc dans les veines, et l’existence tutoie différences et préjugés,

C’est l’intérieur qui parle, ( le flux sanguin, se trouvant de la même couleur chez tout le monde)

Le geste est originel… Pêchant dans l’inconscient collectif.

Il se traduit en images,  parfois elles nous envahissent, car construites à notre semblance…

La Vierge est à ma portée, portant dans ses bras son fils mort, et affaissé.

Son immobilité et sa blancheur ,           sa dureté de marbre, quelle que soit l’habileté de l’artiste,                    lui ôtent sa chaleur.

Juchée sur son piédestal, et faussement accessible, le monde ne recommence pas avec elle,

au contraire, elle se substitue en mythe, aux mères des pays de famine, où toute mère, hurle à la vie enfuie, et qui s’est, au sens propre, arrachée d’elle.

S’il y a une genèse, il y a aussi celle de la douleur…. Il est des Pièta vivantes, ne prêchant pour aucune religion.

RC – 14 octobre  2013

Pogordski

Parodie de Pièta: ( une  de la série photographique  de G PODGORSKY )


L’esprit ( RC )

peinture: Lyonel Feininger  1936

peinture: Lyonel Feininger 1936

 

 

 

 

Dix huit mètres-cubes de silence,

Tordus sous le poids,

De la raison, des convenances,

Et des lois,

Mais un espace comme bulle d’air

L’ oiseau y vole à son allure,

Est-ce le monde à l’envers,

Où se fond sa nature ?

Dix, ou cent mille ans d’attente *

S’étendent par ici,

Et l’enfer de Dante,

Un temps de pain rassis.

Du marteau à l’enclume,

Gerbes d’étincelles,

L’oiseau lisse ses plumes,

De jeune hirondelle.

La chasse est ouverte,

Les balles sifflent à ses oreilles,

Mais en pure perte;

Déchirent le ciel, et le raye.

Tant d’éclats de fer

Tant de peine et de douleur,

De tristesse et de guerres,

Les discours des dictateurs…

Dans le cube de silence,

N’arrivent pas, injures et cris,

Retombant aussitôt qu’ils s’élancent.

Que peut-on contre un esprit ?

 

* expression venant de Boris Vian «Elle serait là, si lourde« 

« 

RC – 10 octobre 2013


« Dix huit mètres cubes de silence », est un  roman de Geneviève Serreau

 

« 


Leo Hamalian – C’est Arshile Gorky qui vous parle

peinture: Arshile Gorky  et sa mère - 1933

peinture:  (par A Gorky):  Arshile Gorky et sa mère – 1933

LEO HAMALIAN,

Gens de Turquie, c’est Arshile Gorky qui vous parle,

le fils de Sedrak et Shushanik Adoian.

Ecoutez-moi !

Par mon dernier souffle, je vous pardonne .

Je vous pardonne pour avoir conduit Shushanik et ses enfants à travers le désert,

pour avoir ferré mon voisin Sarkis comme un cheval,

pour avoir mangé les bébés arméniens parce que vous aviez faim,

pour avoir brûlé les enfants arméniens qui se défendaient,

pour avoir violé Vartoosh avec votre bites épaisses.

Votre pays était en guerre et ces actes étaient nécessaires.

Maintenant, vous possédez notre maison près d’Aghtamaryou ,

Vous êtes riches et bien établis en Arménie ,

Chaque jour, vous obtenez de plus en plus de voitures, de radios

et de dollars americains.

Vous prenez des vacances au bord de la mer…

Et moi, Arshile Gorky je suis le point de me foutre en l’air…

je vous pardonne pour tout.

Leo Hamalian

 

LABELS: LEO HAMALIAN,

dessin: Arshile Gorky - -study-for-summation

dessin:          Arshile Gorky – -study-for-summation

 

People of Turkey,

this is Arshile Gorky speaking to you,

the son of Sedrak and Shushanik Adoian.

Listen to me !

With my last breath, I forgive you.

I forgive you for driving Shushanik and her children across the desert,

for shoeing neighbor Sarkis like a horse,

for eating Armenian babies because you were hungry,

for burning Armenian children in self-defense,

for violating Vartoosh with your thick cocks.

Your country was at warand these acts were necessary.

Now you have our house near Aghtamaryou are rich with Armenian real-estate and every day you get more and more cars, radios, and American dollars.

You take vacations at the seashore.

And I, Arshile Gorky,about to leap out of this life,forgive you for everything.

 ——————-

This poem has appeared in the Summer 1997

issue of Ararat Quarterly and in the Summer 2004 

 


Larges ombrelles au sol (RC)

Des géants de vie, aux larges ombrelles

il ne reste que le silence après la coupe, un semis de copeaux, éparpillés, encore collants de sève,  un fouillis de  branches  emmêlées de leur parure inutile , et un ensemble de bûches  soigneusement empilées, sans espoir  de printemps  .

Devenue trop étroite  pour que se croisent sans efforts les véhicules, la route aux platanes  ne donnera plus son ombrage au soleil provençal.

L’arrogant décret administratif, un trait de plume , a permis de mordre dans le végétal, au hurlement  têtu des chaînes de tronçonneuses, dans les  vapeurs  d’essence, à défaut de vapeur des sens,

et seule  l’acre odeur des feuilles  et branches, et écorces  arrachées  dans la chute.

 


Crise de l’ordure – Bernard Noël

 

 

Dans la suite  de  « Indignez-vous »,

 

Bernard Noël, connu comme poète, se fait aussi porteur  d’une parole politique forte, qui résume beaucoup de choses – au moment  où s’achève le mandat de Mr Sarkozy…

 

voir  donc  Ban, une nouvelle revue, sous la direction de Julien Blaine, Edith Azam et Bernard Noël…  (téléchargement inter-actif)  dont j’ai extrait ceci

 

Crise de l’ordure

Indignez-vous, et puis quoi ? L’indignation, bien sûr, vaut mieux que  la soumission, mais elle n’y met pas fin. Peut-être même l’apaise-t-elle    comme la colère apaise une tension. L’indignation ressemble à la révolte.

Son énergie est touchante, ses éclats séduisent et souvent rassurent, son     effet est immédiat. Au mieux, c’est une prise de conscience, qui peut    se développer ; au pire, c’est une crise sans lendemain qui a le tort de    donner une bonne conscience à son acteur.

L’organisation actuelle du monde et l’orientation qui la guide sont révoltantes, mais elles ont l’habileté et le pouvoir de nous faire croire     qu’elles sont la seule voie. Socialement, elles ne produisent que de          l’ordure et la qualifient de nécessité raisonnable. Ainsi, graduellement, tout est dénaturé afin de rendre l’aliénation désirable tandis que la perte             de la liberté devient un gage de sécurité. Le travail demeure la base de l’existence mais c’est une valeur sans valeur puisqu’on lui reproche d’être ruineux pour les entreprises et d’un coût fatal pour la compétitivité.

Tous les acquis sociaux sont désormais des obstacles pour l’économie et   ils s’autodétruisent en creusant leur dette. Quant aux services publics, ils   avaient le tort de rendre service à tous alors qu’ils ont à présent l’avantage   de faire payer par tous la richesse de quelques-uns.

La différence entre la réalité et le discours des profiteurs serait      caricaturale si elle ne faisait le malheur de millions de pauvres et de chômeurs : elle est socialement ordurière et humainement meurtrière.

Tout démontre que le patronat et ses serviteurs n’ont jamais accepté

les progrès lentement conquis par les ouvriers et les employés de telle   sorte qu’ils en précipitent la destruction.

Une de leurs armes récentes est la délocalisation : elle a pour prétexte le recours à une main-d’oeuvre  bon marché, mais sa raison principale est de réduire par le chômage la     solidarité des travailleurs afin de les rendre plus dociles.

L’une des plus belles escroqueries de la droite au pouvoir est le slogan : « Travailler plus pour gagner plus » puisqu’il est accompagné de la liquidation de cinq cent mille emplois industriels. Une autre belle performance de ce pouvoir est la subvention des heures supplémentaires qui se situent au-dessus de la durée légale du travail hebdomadaire laquelle est de 35 heures, les fameuses 35 heures socialistes qu’il fallait supprimer d’urgence car coupables d’avoir provoqué un désastre économique ! Pendant cinq ans, le pouvoir a donc dénoncé ce qui l’autorisait à se vanter de millions d’heures au bénéfice des travailleurs alors qu’elles empêchaient de créer des emplois et servaient les entreprises…

Tout cela est trop banal dès qu’énoncé mais prouve que les mesures théoriquement sociales du pouvoir sont la façade d’une immense déchetterie où le code du travail est peu à peu déchiqueté. D’ailleurs qu’est-ce qui règle aujourd’hui le travail, et spécialement dans les services privatisés, c’est le « management ». Et quel est son but principal ? Mettre constamment le travailleur sous la pression de performances destinées à le disqualifier, soit pour qu’il prenne la porte, soit pour qu’il crève à la tâche en augmentant les normes du rendement.

Ce n’est plus la qualité qui, dans ce système, est décisive, mais la quantité. Il s’agit de faire toujours mieux en nombre parce que le nombre s’additionne, se multiplie et se prête aux statistiques tandis que la qualité se dérobe à toute mesure. La conséquence est un nombre record de suicides professionnels et le choix de la rentabilité comme seul critère d’excellence. Choix qui a des effets pervers dans les domaines où l’attente, la patience, la réflexion et le mûrissement étaient déterminants mais la rentabilité n’attend pas : elle est immédiate ou n’est pas. Il en va donc des oeuvres comme des plats, qui doivent être consommés dès leur confection sous peine de finir à la poubelle ou au pilon.

La nouvelle morale nous assure que la chose la plus demandée est évidemment la meilleure. Le nombre est une preuve : la preuve que la majorité est bien la plus représentative et qu’elle mérite d’exercer le pouvoir. Ce principe est indiscutable puisqu’il est la base de la démocratie. On ne saurait s’en prendre ni à la publicité ni à la démagogie ni à l’habileté de celui qui les utilise pour sa promotion puisque son succès démontre qu’il possède justement l’habileté adéquate à la fonction qu’il ambitionne.

Ce spectacle est inévitable : il a remplacé la pensée politique.

Sa minceur passe pour de la transparence. Lui aussi relève d’une sorte de « management » généralisé dont rien ne dénonce l’ordure : une ordure propre, sans bavure visible, sans merde et sans sueur. L’ordure ancienne était matérielle et physique ; l’actuelle est la perversion de toute corporalité qu’elle neutralise et prive d’humanité. Le morcellement des tâches, la privation d’initiative, la perte d’engagement personnel détruisent le sens et le goût du travail. Plus question d’épanouissement mais de cadence et de production. Plus d’interlocuteurs, rien que des voix machinales dès qu’on a besoin d’un renseignement. Au lieu de l’attention naturelle, l’isolement et la solitude.

L’ordre est de déshumaniser les rapports publics dans les commerces, les banques, les bureaux. À quoi bon cette perte de temps qu’est la relation quand seul importe le rendement ? Le téléphone, internet et les robots remplacent efficacement vendeurs et guichetiers. Les emplois manquent sauf pour les machines, qui sont d’ailleurs des employés modèles car, une fois mises en marche, elles obéissent à la perfection , et vont jusqu’à l’épuisement. Le code du travail vient d’être effacé parles accords dans le cadre des entreprises : les travailleurs vont pouvoir diminuer légalement leur salaire pour sauver leur emploi et limiter ainsi les effets de la crise.

L’une des plus belles inventions du Capital est la « crise » : elle sert à semer la panique dans l’imaginaire collectif afin de le préparer aux sacrifices déclarés indispensables et qui, sous le nom de austérité, restaureront la normalité, c’est-à-dire la domination de la finance.

Autres avantages : tant que dure la crise, les banques ont le droit de voler l’État et l’État le devoir de se laisser voler. Mieux encore, grâce à l’Union capitaliste dite Union européenne, un État a l’obligation de réduire son peuple à la misère pour rembourser les banques, et d’abord celles qui l’ont encouragé à dépenser au-delà de ses moyens.

La crise est à la fois un instrument d’oppression et de répression en même temps qu’une bonne manière de conforter le pouvoir quand il a gâché son image par de trop visibles injustices. Elle le déculpabilise en lui permettant d’accuser les circonstances, les fraudeurs sociaux, les immigrés clandestins et, bien entendu, l’irresponsabilité de l’opposition.

La crise fait oublier les promesses non tenues et la corruption en occupant toute la devanture politique où l’on voit l’agitation salutaire du Président, qui sauve l’euro et discipline l’Europe. Il arrive même qu’on y vante les

effets bénéfiques du système d’assurances sociales qu’on est pourtant en train de détruire. La crise enfin désarme d’avance la tentation de la révolte et de l’émeute en fournissant des images fatales pour la résistance

grâce à l’occupation médiatique des têtes.

Cette occupation est d’une efficacité bien rôdée que vient compléter le désastre créé dans l’Éducation nationale. Il faut rationner l’intelligence afin de la réserver à l’élite qui gère le pouvoir, dans le but de lui éviter une contestation également intelligente. On sait que la consommation massive des images visuelles entraîne un vide mental que comble uniquement la récidive de cette consommation. Et que l’ordre repose aujourd’hui sur la fabrication d’un appétit que ranime sans cesse la marchandise faite pour l’exciter en ayant l’air de le satisfaire.

Peut-on métamorphoser la conscience qu’en chacun les conditions générales ont formée ? Tous les liens sociaux traditionnels contribuent à sa soumission : famille, propriété, travail. Il ne faudrait cependant qu’un

peu de réflexion pour s’apercevoir que notre besoin de travailler et de consommer, que ce besoin vital peut devenir un capital individuel en s’arrachant à sa dépendance ordurière du capitalisme qui l’exploite en se flattant de l’entretenir. Le choix serait alors possible de la jouissance contre le Marché.

Ce choix, évidemment, menacerait l’Ordre et il serait en ,  révolution : une révolution non violente faite de rire et de refus. L’erreur et l’échec de toutes les révolutions furent de vouloir s’emparer du pouvoir. Quand l’humain prime et la conscience de la solidarité qu’il exige : il ne s’agit plus de prendre le pouvoir mais de le dégrader à jamais.

 

Bernard Noël