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Je ne perçois plus rien du passé – ( RC )

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photo perso    juill  2016             Aubrac-  Lozère

Si je ne perçois plus rien du passé,
Je ne sais plus la distance
qui me sépare de ma conscience.

Une période fixée – trépassée

J’ai oublié le langage.
Aucun écho ne revient en partage.

Car les lèvres sont scellées,
Et la parole s’est gelée.

Le sable ne s’écoule plus,

Le temps a entamé son reflux,
En repliant ses ailes .

Si tu étais immortelle,
Il se peut que le coeur désespère,
Dans la traversée du désert,

A former des mots ou des lettres,
Si je ne peux te reconnaître …

J’ai oublié d’où je viens,
Egaré tous mes biens,
Quelque part dans le noir :

L’ombre de la mémoire,
Ponctué d’éclairs
Désincarne même la chair ;

Je me tiens droit,
Entre les silhouettes, un jour livide,
Mais rien entre les doigts

Le présent décharné, et l’esprit vide .


RC – oct 2014

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Par ma bouche, j’embrasse l’atmosphère – ( RC )

image  » paper moon »

L’écrit sort  de l’esprit,
Des replis  du cerveau,
Une subtile alchimie
Au destin fait de mots

Ainsi, ce que donne la voix ,
A travers les  airs
Laisse vibrer l’émoi,
Au delà des vers …

Il faut donner la parole,
A celui qui lit,
Rentrer dans le  rôle,
Du texte,    par le cri

A la fin de cet envoi,
… Je touche,
Et j’écris pour toi,
Par ma bouche …

C’est un baiser léger,
Qui embrasse l’atmosphère …
( J’ai toujours rêvé
De prêcher dans le désert ).

Mais , au fil des heures lentes,
Au long chemin de ma route,
>  Contre  toute  attente,
Si quelqu’un  écoute …

Et si,       avec ce poème
Un jour se croisent  ;
Des mots que je sème ,
Il se pourrait que s’apprivoise ,

Un peu ton oreille,
Pour que les sons,
–    Comme bourdonne l’abeille
écrivent leur chanson .

RC – déc  2014


La fleur insolente d’une résistance – ( RC )

peinture:  auteur  non identifié

peinture: auteur non identifié

 

 

Il y a un espace blanc   ;
Il semble  que plus  rien  ne l’habite,
Sauf cet arbre,
isolé au milieu.

Au milieu d’un néant stérile,
Surgi des goudrons  et graisses,
Hérissé de son tronc,
Comme au milieu  de la haine.

Une haine qui a tout calciné,
réduit en cendres,
le passé trompé,
Là où vivre encore ne semble plus possible.

L’amour, pourtant, s’est fait geste  ,
et a tiré de la zone indistincte  ,
De quoi fleurir encore une fois  :
Une plante vivace au milieu d’un désert    .

Elle  s’offre  sous l’aride   ,
Un mirage sous le réel    ,
Un rêve oublié qui s’affirme ,
Avec la fleur insolente de la  résistance .

RC- avril 2015


« Vois-tu », Cécile ?

Illustration d’un article de Antonello Anedda, visible sur  « terres de femmes »

 

 » Vois-tu »,  Cécile,

Ce sont les yeux  d’une  autre,
Dont la vue  s’immisce….
Mais  n’atteint pas  l’iris

– D’une distribution réussie,
Tu partages avec Lucie…
La légende et le martyre

Comme se transmettent les dires  .

Si, même en pleine lumière
Des dieux dont tu parles,
Nous ne voyons que pierres,

Au toucher, et selon toute nécessité

Nourris ta vue,   de tes caresses,
Certains disent  qu’elle baisse
Mais      l’éclat de la sagesse

Remporte le combat, et se nourrit de cécité….

Il n’y a plus de place,
Sur la Sainte Figure…
L’absence  d’expression, sur ce visage pur

Jamais, ne laisse de trace .

Creuses, les orbites
Vides de leur vue…
Pour celle, sans limite

Empruntant un chemin imprévu…

Un court-circuit des sens,
Dans l’assise du jour.
Le supplice de la nuit,

Au fond de la tête,  s’élance.

Les yeux  sont livrés  sur un plateau.
Celui-ci est d’étain,
Leur  trajectoire nous étreint ,

Dépourvus de cils…

Vois-tu bien,   Cécile,
Sur le plat de  métal,       ces îles  ?
Le sang  remplit la coupe…

( Incision et découpe )

Il n’est pas trop tard,
Pour laisser vivre      ce regard  :

Aucun bandeau          ne dissimule
le visage  anonyme.

Les portes fermées à la lumière,
Empruntent les chemins d’un désert.

Ce sont  des oeillères,
Allant par paires.

La vue, malgré l’absence,
S’invite en voyance,…
C’est peut-être une chance

De voir  sans les yeux.

Sur la face,       seulement des creux,
Enfoncent la surface,
Les as-tu eus seulement, un jour,      bleus ?

>     Puisque  tu franchis les ciels,

Comme autant de paupières,
Ouvertes à la lumière
Et son aveuglement de mille feux…

La ferveur supplante la couleur,

Malgré la douleur,     tu ne vois,
Qu’avec les doigts
Et le trajet du coeur…

—  Désormais, aucun obscur
N’efface du réel
Sa distance immatérielle.

L’infini        se traverse comme le futur.

RC – sept 2014

 

Peinture:      F de Zurbaràn:  détail de  « Sainte Lucie »

 

 

 


La neige nue n’est jamais venue – ( RC )

La neige nue

N’est jamais venue,

Je n’ai pu y retrouver,

L’empreinte de tes pas gravée,

Le givre dessine aux fenêtres ,

Ce que tu pourrais être,

Je pourrais toucher du doigt,

Cette fantaisie du froid,

Le coucher sur du papier,

Et le recopier,

D’un crayon qui crisse,

Avant qu’elle ne s’évanouisse.

Car mon imaginaire

Au milieu d’un désert,

Vide et lisse,

Dessinerait un oasis.

Je sais que tu es transparente,

Mais aussi que tu chantes,

Ou murmure à voix basse,

Toi qui passes

Des minutes trop brèves,

A travers les rêves,

De ceux qui dérivent,

Et puis me poursuivent…

J’ai rêvé de la neige nue,

Elle n’est jamais venue,

Faire quelque détour,

A ce carrefour

Entourer tes pas,

Vertige d’un au-delà …

C’aurait été la revanche

D’une silhouette blanche,

Se détachant en blanc,

Très délicatement, :

L’inaccessible amour,

Que peut-être un jour,

Je verrai passer,

Un blanc léger caressé,

Un rayon de soleil,

Au sortir du sommeil,

Qu’aucun songe n’encombre…

Juste une légère ombre,

Un contour des sens,

Marquant ta présence.

Je saurai me taire,

Sur le chemin solitaire,

Et garder le secret,

Quand je te reconnaîtrai

Lèvres ouvertes, tu te penches… :

Le baiser du silence,

Sur mon cœur réverbère…

Confident de ta lumière.

RC  – décembre  2013


Aigle d’Atlas – ( RC )

 

photo Mike Heller

 

 

Oiseau au-dessus de l’Atlas,

Vois sa découpe…  Elle se prélasse

Et franchit sans ponts, ni viaducs, les vallées,

Puis se précipite dans les creux  – avalée…

Les pentes se bousculent en étendues brunes,

A cette distance, on dirait que se succèdent des dunes…

Avec peine, progresse le fil d’argent d’une rivière

Au milieu de terres altières….

Elles retiennent leur souffle,    agacées,

Et concèdent à regret un peu d’eau, lâchée,

Courant dans le pays, marqué ,

Comme  du papier froissé,

Cette eau précieuse, dont le soleil crée sa perte,

Miroite par endroit de  petites zones vertes…

 

—- Sois cet oiseau aux ailes de vent,

Appuyé sur l’air,  en s’élevant

A distance de son ombre,

Suivi par la lumière, avant qu’elle ne sombre,

Et passe derrière le couvercle,

Obstacle au jour perdu dans un cercle…

Il porte ailleurs sa cible,

Bien au-delà du visible,

Se confondent alors les blés et les seigles,

Saut à l’oeil aiguisé de l’aigle,

Et ses ailes ouvertes  tout grand,

En larges volutes  s’enivrant,

De larges espaces parcourus,

A nos propres sensations     celles de l’inconnu.

Bordant les infinis du désert,

Et l’Atlas, support de la terre…

RC – 22 et 31 octobre 2013


Leo Hamalian – C’est Arshile Gorky qui vous parle

peinture: Arshile Gorky  et sa mère - 1933

peinture:  (par A Gorky):  Arshile Gorky et sa mère – 1933

LEO HAMALIAN,

Gens de Turquie, c’est Arshile Gorky qui vous parle,

le fils de Sedrak et Shushanik Adoian.

Ecoutez-moi !

Par mon dernier souffle, je vous pardonne .

Je vous pardonne pour avoir conduit Shushanik et ses enfants à travers le désert,

pour avoir ferré mon voisin Sarkis comme un cheval,

pour avoir mangé les bébés arméniens parce que vous aviez faim,

pour avoir brûlé les enfants arméniens qui se défendaient,

pour avoir violé Vartoosh avec votre bites épaisses.

Votre pays était en guerre et ces actes étaient nécessaires.

Maintenant, vous possédez notre maison près d’Aghtamaryou ,

Vous êtes riches et bien établis en Arménie ,

Chaque jour, vous obtenez de plus en plus de voitures, de radios

et de dollars americains.

Vous prenez des vacances au bord de la mer…

Et moi, Arshile Gorky je suis le point de me foutre en l’air…

je vous pardonne pour tout.

Leo Hamalian

 

LABELS: LEO HAMALIAN,

dessin: Arshile Gorky - -study-for-summation

dessin:          Arshile Gorky – -study-for-summation

 

People of Turkey,

this is Arshile Gorky speaking to you,

the son of Sedrak and Shushanik Adoian.

Listen to me !

With my last breath, I forgive you.

I forgive you for driving Shushanik and her children across the desert,

for shoeing neighbor Sarkis like a horse,

for eating Armenian babies because you were hungry,

for burning Armenian children in self-defense,

for violating Vartoosh with your thick cocks.

Your country was at warand these acts were necessary.

Now you have our house near Aghtamaryou are rich with Armenian real-estate and every day you get more and more cars, radios, and American dollars.

You take vacations at the seashore.

And I, Arshile Gorky,about to leap out of this life,forgive you for everything.

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This poem has appeared in the Summer 1997

issue of Ararat Quarterly and in the Summer 2004