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histoire de l’art

Constellations de Miró – ( RC )

Résultat de recherche d'images pour "Personnages dans la nuit guides par les traces phosphorescentes des escargots"

peinture: Joan Miró -Personnages dans la nuit guidés par les traces phosphorescentes des escargots (1940 )

 

J’ai suivi les étoiles,
et l’émerveillement d’un enfant
voyant dans le firmament,
les rêves reportés sur la toile,

les animaux du zodiaque
les femmes oiseaux,
peintes par Miró ,
un chant élégiaque

imprimé dans l’irréel :
Des figures bizarres,
un vocabulaire de chiffres épars,
majuscules et voyelles

où des personnages se bousculent
dans une curieuse constellation,
couleurs joyeuses en éruption :
des yeux, des triangles et des bulles

Il y a quelque chose des Shadocks
rien n’est rectiligne :
ici, on parle la langue des signes :
l’espace est ventriloque,

On peut sauter à l’aise
de planète en planète :
la nébuleuse est stupéfaite
et ouvre ses parenthèses

par l’intermédiaire d’une marelle,
où, dans un silence éternel,
il suffit d’une échelle
pour atteindre la case « ciel »…


RC – nov 2017

 

Image associée

Joan Miró:   Femmes au bord du lac à la surface irisée par le passage d’un cygne


Faire de son image, le deuil – ( RC )

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Tout a un début, tout a une fin :
Je n’apprendrai à personne
Que, commençant par un beau matin
d’été, on se retrouve vite à l’automne…

Tu as beau tourner le miroir
dans tous les sens
Tu te vois entouré de noir :
c’est une présence

où le décor s’engloutit
dans un incendie sans flammes :
c’est peut-être ce qui embellit
une partie du drame ….

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Ce n’est pas ce que tu imagines :
Il ne suffit pas de déchirer les feuilles
du magazine,
pour faire de ton image, le deuil.

Dans cet incendie froid,
cette glace limpide,
que la glace soit à l’envers, à l’endroit,
ton visage reste le même, couvert de rides.

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Ce portrait trompeur
cette peau flasque ,
supportant son poids d’heurs :
c’est un masque

dont jamais tu ne te défais   :
tu ne peux le déchirer :
c’est un auto-portrait
qui ne fait qu’empirer .

Il n’y a pas de camouflage
dans les peintures de Rembrandt,
mais seules ,  les marques de l’âge
– quelque peu discordantes .

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Et un jour la mort,
( qui jouait la patience ),
s’extrait soudain du décor…
– en toute innocence…

Elle, qui restait discrète, enfin
prend toute la place :
Du miroir sans tain,
ton image s’efface…

RC- avr 2016


« Vois-tu », Cécile ?

Illustration d’un article de Antonello Anedda, visible sur  « terres de femmes »

 

 » Vois-tu »,  Cécile,

Ce sont les yeux  d’une  autre,
Dont la vue  s’immisce….
Mais  n’atteint pas  l’iris

– D’une distribution réussie,
Tu partages avec Lucie…
La légende et le martyre

Comme se transmettent les dires  .

Si, même en pleine lumière
Des dieux dont tu parles,
Nous ne voyons que pierres,

Au toucher, et selon toute nécessité

Nourris ta vue,   de tes caresses,
Certains disent  qu’elle baisse
Mais      l’éclat de la sagesse

Remporte le combat, et se nourrit de cécité….

Il n’y a plus de place,
Sur la Sainte Figure…
L’absence  d’expression, sur ce visage pur

Jamais, ne laisse de trace .

Creuses, les orbites
Vides de leur vue…
Pour celle, sans limite

Empruntant un chemin imprévu…

Un court-circuit des sens,
Dans l’assise du jour.
Le supplice de la nuit,

Au fond de la tête,  s’élance.

Les yeux  sont livrés  sur un plateau.
Celui-ci est d’étain,
Leur  trajectoire nous étreint ,

Dépourvus de cils…

Vois-tu bien,   Cécile,
Sur le plat de  métal,       ces îles  ?
Le sang  remplit la coupe…

( Incision et découpe )

Il n’est pas trop tard,
Pour laisser vivre      ce regard  :

Aucun bandeau          ne dissimule
le visage  anonyme.

Les portes fermées à la lumière,
Empruntent les chemins d’un désert.

Ce sont  des oeillères,
Allant par paires.

La vue, malgré l’absence,
S’invite en voyance,…
C’est peut-être une chance

De voir  sans les yeux.

Sur la face,       seulement des creux,
Enfoncent la surface,
Les as-tu eus seulement, un jour,      bleus ?

>     Puisque  tu franchis les ciels,

Comme autant de paupières,
Ouvertes à la lumière
Et son aveuglement de mille feux…

La ferveur supplante la couleur,

Malgré la douleur,     tu ne vois,
Qu’avec les doigts
Et le trajet du coeur…

—  Désormais, aucun obscur
N’efface du réel
Sa distance immatérielle.

L’infini        se traverse comme le futur.

RC – sept 2014

 

Peinture:      F de Zurbaràn:  détail de  « Sainte Lucie »

 

 

 


Le concert des fausses notes – ( RC )

retable d ‘Issenheim : tentation de St Antoine

Les cors essoufflés font avec, les violons langoureux
Un dialogue grisé,        qui éteint le décor.
La symphonie fantastique a mille retours

Gnomes et djinns me soufflent au visage
Une haleine soufrée, des cloches fêlées
Les héros politicards,        vite endormis

Aux matières sournoises, se drapent dans le pourpre
Et s’entourent de mains molles,
D’anciennes affiches pendantes, en clones plats

Le miroir                   n’a plus à raconter l’avenir,
L’humanité pleure, le concert des fausses notes
Les saxophones barbotent en faux airs enjoués,

Le fossoyeur,            jette une tasse brisée
Avec les fleurs passées du retable d’Issenheim,
Les tarots alignés,           montrent bâtons,

Les mères pleurent leurs fils partis
–            Combattre d’autres enfants,
…..L’au delà des frontières, appelle chimères.

Chaque coup marqué par les timbales
– cerne le présent , celui d’ ici –
Les hennissements des trompettes…

Après la “marche au supplice’
>                          Rendez-vous sous l’horloge…
… maintenant avec des chiffres,       elle égare ses aiguilles

Qui défilent, et le progrès qu’on emballe;
Cacophonie ouatée,             cuivres ternis
Les pères ont disparu –    On leur a menti

–                                   La fumée jaunasse des usines
Au dernier mouvement,        noie bientôt l’orchestre…
Et ses ressacs d’un matin.           – insolvables –

RC – 22 septembre 2012

( composé au souvenir d’un panneau du retable d’Issenheim, de Grünewald,             dont la
reproduction illustrait la “symphonie fantastiques ” de Berlioz )

Caricature d’Hector Berlioz          par Etienne Carjat, 1858

Malgré le tumulte – ( RC )

art aborigène

art aborigène

Le coeur en trombone,
S’étire sous les aurores,
Et ulule en coulisses,

Au soleil enfui,
Dérobé par ceux,
Qui font commerce

Des mirages, au profit,
Des étincelles,
Des heurts des planètes,

Egarant quelque part,
Dans les aurores boréales,
Leur limaille de sève,

Leur vapeur d’océans,
Quand l’horizon ondule,
Et la terre se liquéfie.

Alors, protégeant de tes mains,
Ce qui peut échapper à la tempête,
Tu t’abrites ,

Sous les feuilles de bananier,
Avec ce qu’il reste de feu,
Le don de Prométhée,

Pour transmettre à ton tour,
Un peu de lumière,
En gardant ta foi,

Malgré le tumulte.


Au commencement est le geste, à la fin, la douleur ( RC )

Sculpture  Michel-Ange - Pièta  1498

Sculpture Michel-Ange – Pièta 1498

Il y a toujours un commencement, mais nous n’en avons plus mémoire,

Ou c’est celle, animale, de l’embryon que nous fûmes…

Aussi on nous dit la Genèse, le premier jour, la lumière, ( les contes fleuris de la création du monde ),

 ornent les missels, ou occupent les cadres dorés des musées.

 

…Le geste se prolonge à travers tous les corps      ( Bernard  Noël ),

,       et c’est de l’espèce commune,       oui,          de cerner, attentif à notre fonds commun.

 

Le sang circule donc dans les veines, et l’existence tutoie différences et préjugés,

C’est l’intérieur qui parle, ( le flux sanguin, se trouvant de la même couleur chez tout le monde)

Le geste est originel… Pêchant dans l’inconscient collectif.

Il se traduit en images,  parfois elles nous envahissent, car construites à notre semblance…

La Vierge est à ma portée, portant dans ses bras son fils mort, et affaissé.

Son immobilité et sa blancheur ,           sa dureté de marbre, quelle que soit l’habileté de l’artiste,                    lui ôtent sa chaleur.

Juchée sur son piédestal, et faussement accessible, le monde ne recommence pas avec elle,

au contraire, elle se substitue en mythe, aux mères des pays de famine, où toute mère, hurle à la vie enfuie, et qui s’est, au sens propre, arrachée d’elle.

S’il y a une genèse, il y a aussi celle de la douleur…. Il est des Pièta vivantes, ne prêchant pour aucune religion.

RC – 14 octobre  2013

Pogordski

Parodie de Pièta: ( une  de la série photographique  de G PODGORSKY )


Les têtes jaunes – ( RC )

peinture : V Van Gogh

–            peinture : V Van Gogh

Toutes ces têtes jaunes,
Qui ensoleillent,
Les collines,
Et se tournent, ensemble,
Couronnées de leur soleil pétales,
Ondulent ensemble,
Et jettent leurs feux ,
De couleur, sur les champs
Sous la houle de la saison  ;


Et si celle-ci s’avance,
Quel que soit le vent,
Les têtes grainées,
Devenues lourdes,
De tant d’heures de chaleur,
Se plient, et regardent le sol,
Et finissent par se rendre,
Ainsi, dans le vase de Van Gogh,
Les tournesols.

RC – 1er décembre 2013

peinture  Van Gogh

peinture :  Van Gogh


Soumis à métamorphose – (RC )

Art: Scupture de C Brancusi : colonne sans fin

Art:          Sculpture de C Brancusi :                colonne sans fin               ( et l’oiseau)

Nuit, tu m’as portée dans tes mains,

Et provoqué ma faim.

Bercé du sourire vertical,

Allant chercher les  étoiles,

Ou leur reflet au fond du puits,

Aussi loin ….   je te suis.

Sous des pressions  d’atmosphères,

Nous sommes secoués d’éclairs,

–  A parcourir ces feux,

La nuit,  le regard en creux,

Construit son festin,

D’une colonne sans fin.

Un pont jeté dans l’existence,

S’ effacent les distances,…

M’entourant de ses bras,

La nuit a étendu ses draps.

Une faille dans le temps,

Qui me laisse en suspens…

( Une parenthèse, une trève,

M’aspirant dans tes rêves) ,

Nuit de coton,

Chrysalide dans son cocon,

Vois, comme je repose,

Soumis à métamorphose.

 

 

RC- 16 octobre 2013

 

 

peinture: Egon Schiele

peinture: Egon Schiele-        couple             1913


Juan Luis Panero – Miroir noir

peinture: Erich Heckel  1909

peinture: Erich Heckel 1909

Miroir noir
Deux corps qui s’approchent et grandissent
et pénètrent dans la nuit de leur peau et de leur sexe,
deux obscurités enlacées
qui inventent dans l’ombre leur origine et leurs dieux,
qui donnent un nom, un visage à la solitude,
défient la mort car ils se savent morts,
détruisent la vie car ils sont sa présence.
Face à la vie oui, face à la mort,
deux corps imposent de la réalité aux gestes,
aux bras, aux cuisses, à la terre humide,
au vent des flammes, au bassin des cendres.
Face à la vie oui, face à la mort,
deux corps ont conjuré le temps obstinément,
construisent l’éternité qui les nie,
rêvent pour toujours le rêve qui les rêve.
Leur nuit se répète dans un miroir noir.
              Juan Luis Panero

trad  Dominique Boudou

Espejo negro
Dos cuerpos que se acercan y crecen
y penetran en la noche de su piel y su sexo,
dos oscuridades enlazadas
que inventan en la sombra su origen y sus dioses,
que dan nombre, rostro a la soledad,
desafían a la muerte porque se saben muertos,
derrotan a la vida porque son su presencia.
Frente a la vida sí, frente a la muerte,
dos cuerpos imponen realidad a los gestos,
brazos, muslos, húmeda tierra,
viento de llamas, estanque de cenizas.
Frente a la vida sí, frente a la muerte,
dos cuerpos han conjurado tercamente al tiempo,
construyen la eternidad que se les niega,
suen᷉an para siempre el suen᷉o que les suen᷉a.
Su noche se repite en un espejo negro.

Figure des Cyclades ( RC )

art cycladique: British Museum  London

art cycladique:         British Museum                 London

 

La muse des mystères,

N’a pas de visage,

Ou alors,        seulement indiquée,

 

L’arête du nez,

Dépassant du lisse,

mais juste la substance des choses,

 

>             L’essentiel est dit ,

L’expression ne s’accroche

Ni aux lèvres absentes, ni au regard…

 

idole cycladique – Met – Art Mus ( NYC)

Nous laissons le nôtre,

Parcourir l’espace,

 

La pierre debout,

A la stature humaine,

 

Et cette énigme,

Blanche et dure,

 

La courbe même, en tension ,

Fuit,           dans l’harmonie,

 

Les récits parasites,

Venant perturber l’aube de la nuit.

 

La nuit des temps, – dit-on,

Pourtant, ne se fond pas dans l’obscur,

 

Si simplicité fait aussi l’épure,

Polie des mémoires de chair,

Des peuples cycladiques,

Nous sommes, en présence,

De l’infini.

RC – 19 septembre  2013

– en relation avec l’article de Michèle  Dujardin  » Cyclades »


Sous la chemise ( RC )

art: dessin perso

art:            dessin perso   2001

Quand il y a de la place pour un

Y en a pour deux,

Dit-on,

 

Et sous la chemise

Tu es douce

De tous tes rêves,

 

Qui rebondissent,

En deux seins dressés,

Ils appellent mes mains,

 

Avec toi, le seul témoin,

D’amour, ce parcours

> C’est la chemise.

 

Je m’y suis glissé,

Quand il y a de la place pour un

Y en a pour deux,

Dit-on,

 

Tu es petite,

Il y a de l’espace,

Pour moi

Sans y être à l’étroit,

 

Quand je t’enlace

Sous la chemise,

Et ta chaleur ronde,

En pentes.

 

Que nous gardons

A l’abri des courants d’air…

Il n’empêche,

Que tu frissonnes ,

 

Alors si je mets un bras

Dans ta manche,

On est parés pour l’automne,

 

Et, des nuages de coton,

Je sers d’oreiller,

Pour tes hanches,

 

Belles comme celles

Que peint Amedeo..

 

Une chemise n’est pas faite

Pour deux,

Ou alors c’est le chandail,

 

Pour les amoureux

Que chante Juliette,

 

Et qui relâche ses mailles,

Devenu trop grand,

Avec le temps…

 

Au début, elle serrait un peu

Quand je suis venu chez toi,

 

Petit prince ou jeune roi,

Le bienheureux…

 

Notre chemise est un bateau,

Nous en gonflons les voiles,

Restés bien au chaud

Partis en pleine mer,

 

Affronter l’hiver,

En tête à tête,

Echangeant des baisers,

En guise de tempêtes,

 

En comptant les étoiles,

Puisque j’avais soufflé,

Si fort ,                        que le bateau,

Au ciel est parti,   bien loin de l’eau…

Ce texte fait suite à celui d’Astrid Waliszek, « le peignoir »: https://www.facebook.com/notes/astrid-waliszek/le-peignoir/384940408194336

et se réfère à la chanson de Juliette Greco : « le pull-over »

RC-  15 août 2013

peinture: Amedeo Modigliani: nu couché

peinture:           Amedeo Modigliani:      nu couché


Du beau ou du laid- Au choix

du beau et du laid ( au choix)…

Beauté – laideur… voila deux termes que je n’emploie quasiment jamais… c’est complètement hors de propos…

inadapté, voire injurieux envers le travail d’un artiste… car ce qui est beau ou laid, c’est un jugement de valeur, et ce qui est beau pour moi ne le sera pas pour le voisin..

Je préfère le mot être touché par… cette peinture me parle, « elle a une grâce, une lumière, une personnalité qui fait qu’elle me parle. »

..Si on prend Francis Bacon par exemple,

peinture: Francis Bacon, une  des trois  études pour  auto-portrait  1980

peinture: Francis Bacon, une des trois études pour auto-portrait 1980

puisque , il vrai que ce sont des oeuvres fortes qui me touchent personnellement, je vois des merveilles au niveau couleur, technique, expression,

… mais , qui rentrera dedans par une autre porte, n’y verra qu’horreur, mal être, tourment, désespoir, et fuira cette catégorie d’oeuvre au plus vite.

Grosso modo, elle rejettera cette vision car elle l’agresse: le sinistre, le malsain, l’horrible, ne fera pas partie de sa conception de l’art, ou plus simplement, de ce qu’il désire cotoyer . ce qu’on peut comprendre.

On peut comprendre que la vision de mal être , de torture des formes et des corps, – voir les oeuvres  d’Otto Dix- même si quelque part elles représentent la société contemporaine de son temps  ne soit pas accueillie comme un piédestal de la beauté…

peinture: Otto Dix

dont la notion « scientifique »… puisque l’avantage de la science est de présenter des données communes et vérifiables à chaque instant. – ce que ne produit pas le rapport émotif ( variable en fonction de chaque individu, de sa culture, de sa perception) — reste à démontrer

Je me pose des questions personnellement par rapport à l’esthétique tout court, et l’esthétique d’objets dits artistiques qui au départ ne sont pas du tout conçus pour être de l’ordre de l’artistique, de l’agréable, du plaire, du joli ( avec tout ce que peut comporter ce terme suranné)

…par exemple les masques et statuettes provenant d’autres civilisations que la nôtre, ceux d’Indonésie, d’ Afrique…. qui sont chargés symboliquement, c’est sûr, mais que nous ne pouvons pas lire ( n’ayant pas la culture , les codes et les croyances du pays , de l’ethnie, et de l’époque concernée )…

aboart2[1]Art aborigène-  Australie

donc nous en faisons un interprétation esthétique – voir la collection du musée Branly- présentée dans un écrin remarquable d’ailleurs… , qui évidemment nous parle, car l’expression que les artistes de ces ethnies est splendide,

ne serait-ce qu’au niveau du métier, du savoir faire, et de l’expressivité.. ( mais que dire au niveau de l’esthétique ?… rien… donc, ni beau, ni laid).

——————-

Si on prend la série des « women » de de Kooning..

peinture  W De Kooning  -  women

dessin  –  W De Kooning – women

donc quand même une vision de la femme vue comme prédatrice, agressive, déformée – sauf avis contraire- peut on avoir un avis sur le beau et le laid ?

Cet exemple est intéressant parce qu’au cours de mon approche de cet artiste, je suis passé de l’incompréhension, à l’amour inconditionnel de son oeuvre…

c’était donc une ouverture d’esprit, qui m’a fait passer au dessus, de la notion de beau ou de laid…

C’est ce qui nous parle… que nous allons transformer en « beau ». Il n’y a pas de beau, il n’y a pas de laid, il n’y a que des oeuvres qui dialoguent avec nous et que nous lisons ou interprétons…

donc qui nous touchent, parce qu’elles nous renvoient à un écho de nous même. ce qui me fait dire, que le beau ou le laid, c’est une image de nous -même

Voir, en photo, l’univers  très particulier  de  Araki Nobuyoshi

modification,  avec  l’ajout de cette  citation du crépuscule des idoles,  de Nietzsche

Beau et laid. — Rien n’est plus confidentiel, disons plus restreint que notre sens du beau. Celui qui voudrait se le figurer, dégagé de la joie que l’homme cause à l’homme, perdrait pied immédiatement. Le « beau en soi » n’est qu’un mot, ce n’est pas même une idée. Dans le beau l’homme se pose comme mesure de la perfection ; dans des cas choisis il s’y adore. Une espèce ne peut pas du tout faire autrement que de s’affirmer de cette façon. Son instinct le plus bas, celui de la conservation et de l’élargissement de soi, rayonne encore dans de pareilles sublimités. L’homme se figure que c’est le monde lui-même qui est surchargé de beautés, — il s’oublie en tant que cause de ces beautés. Lui seul l’en a comblé, hélas ! d’une beauté très humaine, rien que trop humaine !… En somme, l’homme se reflète dans les choses, tout ce qui lui rejette son image lui semble beau : le jugement « beau » c’est sa vanité de l’espèce… Un peu de méfiance cependant peut glisser cette question à l’oreille du sceptique : le monde est-il vraiment embelli parce que c’est précisément l’homme qui le considère comme beau ? Il l’a représenté sous une forme humaine : voilà tout. Mais rien, absolument rien, ne nous garantit que le modèle de la beauté soit l’homme. Qui sait quel effet il ferait aux yeux d’un juge supérieur du goût ? Peut-être paraîtrait-il osé ? peut-être même réjouissant ? peut-être un peu arbitraire ?… « O Dionysos, divin, pourquoi me tires-tu les oreilles ? » demanda un jour Ariane à son philosophique amant, dans un de ces célèbres dialogues sur l’île de Naxos. « Je trouve quelque chose de plaisant à tes oreilles, Ariane : pourquoi ne sont-elles pas plus longues encore ? »


George Steiner – sur le miracle de la création

 

 

 

peinture Paul Klee –        Laughing Gothic  1915

( extrait d’un entretien  donné pour Télérama  en décembre 2011 )

 

Pouchkine disait : « Merci mon traducteur, merci mon éditeur, merci mon critique, vous portez mes lettres, c’est moi qui les écris. » Moi aussi, je porte le courrier. C’est un très grand privilège, mais qui n’a rien à voir avec le miracle d’un vers qui va chanter pour toujours. Nous comprenons mal les sources intimes de la création. Par exemple, nous sommes à Berne, voilà des années… Des enfants partent en pique-nique avec leur institutrice, qui les met devant un viaduc. Ils dessinent, l’institutrice regarde par-dessus l’épaule d’un bambin ; il a mis des bottes aux piliers ! Tous les viaducs, depuis ce jour-là, sont en marche. Cet enfant s’appelait Paul Klee. La création change tout ce qu’elle contemple, quelques traits suffisent à un créateur pour nous faire voir ce qui était déjà là. Quel mystère déclenche la création ? J’ai écrit Grammaires de la création pour le comprendre. A la fin de ma vie, je ne comprends toujours pas.

Comprendre, serait-ce manquer l’art ?
En un sens, je suis content de ne pas comprendre. Imaginez-vous un monde où la neurochimie nous expliquerait Mozart… C’est concevable, et cela me fait peur. Les machines sont déjà interactives avec le cerveau : l’ordinateur et le genre humain travaillent ensemble. Il se pourrait d’ailleurs qu’un jour les historiens se rendent compte que l’événement le plus important du XXe siècle, ce n’était pas la guerre, ni le krach financier, mais le soir où Kasparov, le joueur d’échecs, a perdu sa partie contre une petite boîte en métal. Et noté : « La machine n’a pas calculé, elle a pensé. » Quand j’ai vu cela, j’ai demandé leur avis à mes collègues de Cambridge qui sont les hauts rois de la science. Ils m’ont dit qu’ils ne savaient pas si la pensée n’était pas un calcul. C’est une réponse effrayante ! La petite boîte pourra-­t-elle un jour composer de la musique ?

 


Jacques Ancet: Pour saluer Antoni Tapies

peniture;; Antoni Tapiès: Torax
1978

Article  visble  (  sans les peintures  chez  JM Maulpoix…)

La galerie Chantal Mélanson à Annecy mène depuis 5 ans un travail militant en faveur de la peinture de la sculpture et de la littérature. Avec peu de moyens mais beaucoup de passion elle défend un certain nombre d’artistes localement, nationalement ou internationalement connus qui, malgré leurs différences, ont incontestablement un air de famille. L’exposition d’estampes, de lithographies et d’oeuvres originales d’Antoni Tàpies, rigoureusement choisies et mises en valeur qu’elle présente du 11 septembre au 13 novembre donne la mesure de l’exigence et de l’ambition dont elle ne cesse de faire preuve.

Même dans une casserole, on peut trouver Dieu.

Thérèse d’Avila

La richesse du travail d’Antoni Tàpies est dans son apparente pauvreté: pauvreté de couleurs, de formes, de matières. Paradoxe qui relève d’un double et indissoluble mouvement de destruction et de création.

On perçoit d’abord, très nettement, dans cette oeuvre qui couvre maintenant plus de cinquante ans, le désir commun à toute une génération d’artistes du milieu du siècle de faire table rase c’est-à-dire de détruire cette image toute faite que nous avons dans les yeux quand nous croyons voir le monde et que nous nommons « réalité ». Image si tôt confondue à notre vision que nous la prenons pour le monde lui-même. Alors qu’elle n’en est qu’une représentation. C’est donc contre cette description apprise — ce mot d’ordre perceptif — que commence par se construire, comme tout art véritable, l’art de Tàpies. Afin, dit-il, de « changer la vision que les gens ont du monde ». D’où la valeur emblématique des râtures, griffonnages, gommages, et autres barbouillages, griffures et grattages. Alors, l’image vacille, sombre, disparaît. Elle cède l’initiative à la surface peinte…

On sait depuis Manet, au moins, que la peinture n’est que peinture et rien de plus. Rien de moins, non plus. Un univers plastique qui s’édifie sur les ruines de l’autre — motif, modèle, référent, réalité comme on voudra — et qui, depuis la fin du XIXè sècle a conscience d’avoir peu à peu conquis sa propre cohérence, comme la poésie à peu près à la même époque. C’est pourquoi Francis Ponge pourra écrire que dans tout art, il y a « quelque chose à obtenir et non quelque chose à exprimer. » Cette visée, c’est l’oeuvre, bien sûr — tableau, poème, sonate, sculpture etc.. Mais à en rester là — le tableau pour le tableau, le texte pour le texte –, le résultat serait bien pauvre. Beaucoup d’épigones, d’ailleurs, s’en sont contentés, pensant y trouver le nec plus ultra de la modernité. Or, l’art de Tàpies est aux antipodes d’un pareil formalisme — de cette abstraction (mot absurde mais consacré) à laquelle on a souvent voulu le réduire sans le comprendre. Il est, au contraire, profondément concret, puisqu’il entretient avec le monde une relation directe, c’est-à-dire non médiatisée par la représentation ou l’image. Ces surfaces maculées, rayées ou, au contraire vacantes; ces gris, ces ocres, ces bruns, ces couleurs sales; ces croix, flèches, lettres ou vagues figures: n’est-ce pas ce qu’à chaque pas nous découvrons autour de nous sur les murs de nos villes, nos trottoirs, nos portes, dans cette décharge de gestes, d’objets, de matières insignifiants qui sont notre quotidien et que cette peinture nous conduit à voir comme pour la première fois.

Car, du même mouvement qu’il oblitère, râture ou gomme la réalité, Tàpies nous offre les balbutiements, les prémices d’un monde à l’état naissant: griffonnages d’enfant, alphabets indéchiffrables, rayures, taches, empreintes de pieds, de mains comme aux origines de la création et, soudain, surgissant de ce chaos vivant, une lettre, une autre, obsessionnellement répétées. La croix du T, d’abord, la lettre de l’unité faite de la rencontre et de l’unification de deux forces contraires. Le A, ensuite, celle du commencement. Valeurs qui, outre leur référence insistante à l’Ars combinatoria de Ramón Lull, savant, sage et mystique catalan du XIIè siècle admiré depuis la jeunesse, viennent s’ajouter à leur statut d’initiales du nom du peintre (Antoni Tàpies), lesquelles réclament nécessairement un support à leur inscription, ce mur que l’artiste trouvera également dans son patronyme, Tàpies signifiant « mur » en catalan. Rare, pour ne pas dire seul cas d’un usage aussi plastique et créateur de son propre nom par un peintre. Un monde est là, en germe, dans cette signature dont Tàpies a toujours défendu le principe, parce qu’elle est non pas le signe d’on ne sait quelle vanité egolâtre, mais un principe d’unité dans une production multiple et apparemment éclatée.

peinture Antoni Tapiès :le chapeau renversé

On a beaucoup commenté le goût de Tàpies pour les matières pauvres, élémentaires où viennent s’incarner et se confondre, dans une unité qui les englobe, celles de la naissance et de la vie (terre,boue, paille, bois…) et celles de la dégradation et de la mort (poussière, détritus, coulures, excréments…). Mais, ces matières ne sont pas statiques, déposées là, telles quelles, dans le hasard de leur rencontre. Elles sont mises en mouvement par un geste et transfigurées par un regard. Si le geste est la présence directe du corps dans les traces qu’il laisse dans la matière — une signature organique, en quelque sorte –, le regard en est la présence différée. Par le travail spéculaire-spéculatif qu’il suppose — un travail de pensée –, il élabore tout un vocabulaire figuratif (pied, bouche, main oeil, crâne, corps) qui ne représente rien mais fait signe, nous interrogeant inlassablement sur nous-mêmes, sur ces objets qui nous entourent (chaise, lit, porte, chaussette…) ou sur les éléments du monde (sable, feuille, herbe, paille…) tous mêlées inextricablement dans une vaste unité.

Oui, au fond, ce que vise l’oeuvre de Tàpies, c’est toujours une rencontre. Et pas seulement celle de son corps et de la matière mais, à travers elle, celle du spectateur De ce spectateur devenu soudain acteur — « Observateur-participant » — et de l’énigme du monde. Cet inconnu à l’état naissant qui n’est pas différent de la réalité mais qui la fonde et la déborde en même temps: le réel.

En ce sens on pourrait dire que Tàpies n’est pas réaliste mais réeliste. Il nous fait entrevoir ce fond sans fond qui n’est, à proprement parler, rien et qui est au fondement de tout. D’où sa proximité avec les mystiques qu’elles soient occidentales ou orientales. Car, ce que son oeuvre entière cherche à nous offrir, c’est, finalement, un espace de méditation. Un fragile support pour un pas qui vacille et s’égare un instant dans le sans chemin.

Jacques ANCET

 

Complété  par cet extrait de texte de la main même  de Tapies:

 » Nous vivons, sur le plan culturel, les mêmes difficultés qu’au siècle dernier, quand certains chefaillons de village tentaient d’empêcher les gens d’apprendre à lire et à écrire, de peur qu’ils deviennent moins faciles à tenir en main. Nous sommes horrifiés d’entendre les classes dominantes encore affirmer, avec une démagogie qui ne nous surprend plus, qu’il faut plutôt offrir au peuple des choses qui lui plaisent que trop d’intellectualité.  »

 

et visible  dans les carnets d’Eucharis