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Archives de août, 2015

Comme ces coquilles – ( RC )

 

Apaisés ,  polis par la mer
N’ayant          plus la trace,
Même, de la douleur,
Nous serons déposes
Sur le sable,
Nos os éparpillés,
Comme ces coquilles,
Poussées par le ressac,
Léchées      par l’écume,
Ayant perdu aussi le souvenir,
De nos chairs,
Et de nos pensées.

RC  dec  2014


Etre le fil ( RC )

montage : Ulla Gmeiner - extrait de plateform magazine

montage : Ulla Gmeiner –       extrait de plateform magazine

 

 

 

S’il faut remonter le cours des choses,
enfin, celui qu’indique la pesanteur,
tu ne peux que percer les nuages,
et t’agripper comme tu peux,         aux frottements de l’air.
La chute est inéluctable, et la mort définitive.
Tes ailes se sont détachées, tu étais trop proche du soleil, et la planète exerce sa vengeance, indifférente  .
Le baiser du sol, une farouche attirance.
Mais le sursis d’un câble, auquel tu te suspends,   permet de différer la sentence..
Comme quoi    – dit-on         la vie ne tient qu’à un fil –

Il était temps .

La danse de l’acrobate peut se poursuivre dans les airs,
le papillon voleter de ci, de là, évitant les pièges, presque malgré lui.

Tu rêves d’une image pure où tu serais le dompteur de toi-même, délivré de la pesanteur, et juste rattaché à un fil.
Mais celui-ici ne serait plus celui qui te retient de la chute au dernier moment.
Il serait un cordon ombilical, te reliant à la vie, comme celui qui jadis te reliait à ta mère.
Tu peux te mouvoir dans un univers où tous les repères se dissolvent, la pesanteur abolie, et toi, à la recherche d’une perfection, puisque tes mouvements ne seraient plus entravés.
Seul, le fil te maintient.
Il te maintient en vie, car il t’alimente d’oxygène dans un espace qui en est dépourvu, conjurant l’asphyxie, mais si fragile, car tu pourrais le lâcher, ou le rompre par inadvertance.

Tu as pénétré par effraction dans un univers qui t’était étranger, interdit par ta propre nature, – ainsi le scaphandrier sous la chape épaisse de l’eau – et tout dépend du fil : de ce qui le relie à la surface, au monde connu.

De la même façon l’épée de Damoclès, elle aussi suspendue à un fil, n’est une menace que si celui-ci vient à se briser .

Tu t’approches , amant solitaire de ta propre vie,

saisis des instants que tu prolonges, tant que tu tiens à distance les pouvoirs de la mort.

Tu es toi-même le fil,

celui, qui avant de se rompre,             a différé la chute.

RC –  mai 2015


La voie du puits – ( RC )

( la voix devient la voie )

J’ai entendu la voix du puits,
Je me suis approché de la margelle,
Il y faisait un noir de suie,
C’était sans doute ton appel.

Comme un faible message,
Venant des profondeurs,
Le cercle étroit du naufrage,
De ton ancienne splendeur…

Je me suis penché, mais pas pour boire,
Il y avait au fond, un rond clair,
Perdu dans tout ce noir,
C’est peut-être que tu espères

Que je vienne à toi ,
Que je perde l’équilibre,
Et que je me noie,
Afin te rendre libre …

Ainsi je prendrai ta place,
Pour de bon,
Je regarderai les nuages qui passent,
Par le petit trou rond.

De temps en temps, ton image,
Se penchera sans regret,
Pour évoquer mon visage,
Caché sous les reflets.

Tu descendras le seau,
Qui plongera sous la surface,
Je donnerai ce goût à l’eau ,
Comme si elle venait de la glace.

Tu boiras à ma santé,
En faisant réchauffer mon âme,
Avec un peu de thé ;
Attendre n’est pas un drame .

Tu as patienté des années,
Que revienne le jour,
Personne n’est damné…
A chacun son tour …

RC – mai 2015