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Des tours bien fragiles – ( RC )

peinture: Anselm Kiefer

Tu n’as pas su construire,
avec tes mots, une tour
assez solide pour atteindre,
ne serait-ce que
le plus bas des nuages.

Une échelle demeure
renversée dans les gravats.
C’est aussi que l’orgueil
n’a pas réussi à ouvrir
une seule fenêtre.

Jacob a pris ses rêves pour une réalité
mais les anges gardent leur domaine,
et ont repoussé l’échelle du pied,
détruit la tour,
il est vrai, bien fragile :

la terre promise empiète souvent
sur celle des autres,
et si on prend un dieu à témoin
pour tracer les frontières,
chacun peuple se réserve le droit
de construire des tours plus hautes encore:

l’orgueil suscite des vocations
toujours plus nombreuses,
mais appelées inexorablement
à retourner à la poussière.

Je m’arrête, maintenant,
sous un soleil au regard fixe.
Il sera toujours, hors de portée .

lumière dedans

peinture acrylique  sur toile non tendue…  grand  format  1,50x 1,70m

technique: superposition de couches  de couleurs acryliques  en transparence

scan 30

Le temps n’y est pour rien – ( RC )

image : montage perso

Autres vents :
peut-on se fier autant
à l’ombre des pins
qui confond
une partie du destin
avec ces nuages de plomb ?

On n’en a jamais fini :
remonter le temps,
découper dans la nuit
un peu du rêve pâle
que partagent les amants.

Serais-tu devenue
une de ces cigales pénitente
car tu ne souviens plus
de ce que tu m’as promis ?

Il faut toujours que tu chantes,
mais bientôt tu oublies
tout, le lendemain,
dès que le vent change de direction.

Aucune ombre ne nous dira combien
de paroles ne se gravent pas dans la pierre ;
ni les flammes, ni le feu de la passion,
laissant filtrer leur lumière.

Le temps n’y est pour rien:
aucun chemin n’y aboutit .
Il a sombré corps et biens
dans l’espace infini .

Ce que je sais du poids des heures – ( RC )

sc pierre 02- mus Brest mrn

–photo perso  musée de la marine  – Brest

Si ton existence me sourit de sa profondeur,
les années sont à-côté de toi,
         remplissent de tes heures ,
  ce que je sais du monde…

Les miennes ne me pèsent plus maintenant,
pas davantage que les lourdes cargaisons
des navires, pèsent sur l’immensité de l’océan .

Nous sommes prêts pour un long voyage :
vois-tu,          le temps n’existe plus ….


RC – mars 2020

J’irai où le printemps m’attend – ( RC )

montage perso 2021

Au voyage de l’hiver,
la neige s’accroche partout:
elle recouvre de silence
le pays endormi,
sauf les corbeaux
qui me guettent de là-haut.

J’irai là, où le printemps m’attend
et au bord de l’eau
je les peindrai en blanc :

ce seront des mouettes
qui me feront la fête,
la neige sera un lointain soupir
emporté par le vent
et les corbeaux se sont enfuis
dilués par la nuit .


RC – nov 2019

La rose du bar – ( RC )

La Malène rose de bar 02

photo perso – bar de la Malène – ( 48 )

 

Rose de bar,
   un murmure,
       un soir,
    la nudité du mur,
un convive de pierre,

une médaille de soleil,
dissimulée par le lierre,
petit oeil vermeil,
portant robe de soie :

– rien de commun
avec celle du bégonia –
        habillée d’un parfum
       et parée de lumière,
celle qui la sculpte et la frôle :

Existe-il sur terre
un ange dont l’auréole
reste visible ?
Fi de la pesanteur du noir :
        paisible,        s’exhibe
            ma rose de bar….

 

RC – août  2020

A Sète, la mer attend que le soir se pose – ( RC )

Le cimetière marin de la ville de Sète - YouTube

Tout en haut de la ville de Sète,
la mer attend que le soir se pose,
elle ressemble à un mur qui se dresse .

Il n’y a plus d’ailleurs.
Le soleil se rapproche des vagues,
et ce sont des milliers d’yeux qui clignotent.

Il y a sans doute aussi, de même,
des bouches, des lèvres et des murmures,
qui se prolongent sur le port .

Les ombres des croix
du cimetière marin s’allongent sur le sol .
On dira bientôt que le jour dort.

Mais il n’est jamais mort: chaque jour le matin revient
à peu près à la même heure :
le désir ne meurt pas de sitôt .

RC- nov 2020

Je n’ai pas gravé d’alphabet dans l’argile – ( RC )

 

Afficher l’image source

 

Je n’ai pas gravé d’alphabet dans l’argile,
ma mémoire se croise
avec d’autres langages
et peut-être les pétrit à sa façon.

Mes gestes n’ont pas laissé de trace,
et parfois leur sens m’échappe,
entrecoupés de ceux que j’ai apprivoisés
dont la provenance ne m’est pas connue.

Je ne sais pourquoi, à l’instant,
me revient en pensée la Victoire de
Samothrace: comme une figure de proue;
elle n’a pas de tête mais des ailes immenses.

Traversant les siècles,
elle est pourtant énigmatique,
mais davantage déchiffrable
que les écritures oubliées.

Une vie ne suffirait pas
pour savoir où elle nous conduit,
ni savoir de quoi elle est née.
C’est que celui qui l’a sculptée n’a pas laissé de traces.

Pas davantage que la trace de ses doigts dans l’argile,
ni le reflet des étoiles dans ses yeux.
La puissance créatrice a grandi démesurément
en effaçant le souvenir même,      du créateur.

Après l’insurrection – ( RC )

See the source image

peinture : Maximilien Luce

 

Je suis des yeux,
ces oiseaux fusées
striant la lumière orangée
aux nuances de feu:

c’est un crépuscule
sous la valse du vent
sombrant lentement,
comme le sang coagule
au pied des barricades
de la Commune de Paris :

le jour s’est évanoui
aux derniers échos de la fusillade :

ce sera bientôt le silence
la ville assujettie,
s’apprête à retourner dans la nuit,
dans la somnolence,
où les songes d’espoir
et de liberté
se sont envolés, désertés
pour se faire cauchemars.

Il n’est pas certain,
qu’un jour nouveau se lève
le lendemain ,  sur les rêves
et sur le genre humain .


RC

Comme ces statues de plâtre, de Giacometti – ( RC )

gravure:         le vent : Cl Weisbuch

Des passants progressent;
ils ont relevé leur col
et se pressent
courbés contre le vent.

Ces hommes attachés au sol,
semblent vouloir le combattre
et la sculpture de leurs corps,
a cet aspect des statues de plâtre
de Giacometti.

Peut-être le vent souffle-t-il encore
éternellement.
Le temps s’est arrêté :
je peux le voir figé
sur la photographie.

RC – mars 2020

traces persistantes – ( RC )

Anaelle Vanel  -  expo Mende   passe  rocheuse1.jpg

photo – repro de photo  d’Anaelle Vanel

J’ai gardé de toi quelque chose,
                                  une trace;
quant à savoir si cette trace te correspond,
maintenant avec tant de décalage,
rien n’est sûr, au long cours des années :
c’est comme si je croyais que la photographie
conserve à jamais les choses, ne jaunit pas,
que le matin préservé ne se change jamais en crépuscule.
             A défaut d’oubli, cette trace est en moi,
et je ne peux la recouvrir par aucune autre, plus récente.

Ce sont des réminiscences feutrées qui m’habitent,
d’encres et de fusain, modelant ton image
dans un dessin, qui peut-être, n’a plus grand chose à voir
avec le modèle .
                      Je repense à tout cela comme d’un songe,
                      qui fructifie les routes des rêves,
mais nourri seulement d’imaginaire ,
                     une plante qui jamais ne s’étiole
et ne grandit pas au flux de vents et pluies ruisselantes,
alors que tu es devenu chêne
dans un quelque part ,       restant pour moi inconnu .


RC – juin 2019