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poèmes

Dis-moi si tu l’entends aussi ? – ( RC )

  • sur une incitation poétique  de Susanne  Derève ( dont le texte suit ).

Kiosque à Alger, en Algérie

Tu me parles de musique,
et c’est vrai, il y avait l’orchestre là-bas,
palpitant au loin,
dans ces nuits douces.

Je me rappelle de la dernière,
où nous lancions des roues de lumière,
nous nous rattrapions aux roulements de tambour
il faisait aussi chaud qu’au sortir du four ;

Maintenant je suis un peu égaré.
Le vent court sur les tuiles,
et je n’ai plus ta main agile
pour me guider…

Les temps ont changé,
et si tu tricotes des heures,
j’espère que ce sera un habit de bonheur,
– même enneigé -.

Du côté des faubourgs,
veille une pâle lune,
et l’automne s’étale en brumes
tout alentour.

J’entends bien la fanfare de cuivres
que la nuée délivre,
mais je ne sais pas bien
d’où le son me parvient .

Dis moi si tu l’entends aussi,
de ton côté, sous un rideau de pluie :
M’attendras-tu encore, infante noire,
si nous nous donnons rendez-vous près du square ?

 

Pavane du matin infante claire

un volet bat

C’est le vent glissant sur les toits
de tuiles
le vent courant sur les pierres

Femme de tes doigts agiles
qui lances des roues de lumière
le jour est là
La croûte dorée du jour
comme un pain chaud sortant du four

Et tourne la roue du bonheur
Femme qui tricotes les heures
dis-moi si l’amour m’attendra

Dans les ténèbres un volet bat
La lune pâle des faubourgs
grignote l’ombre sur les toits

Infante noire, nuit de velours
dis-moi s’il me reconnaîtra


Il n’y a plus rien à lire – ( RC )

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C’est peut-être encore le vent,
qui arrache les feuilles du carnet,
et la pluie efface aussi
consciencieusement
ce qui est écrit.

Il n’y a plus rien à lire,
et le bonheur s’en envolé,     aussi .
Les éléments se sont donné le mot,
et préfèrent porter les oiseaux
dans leur vol au long cours.

Peut-être ouvrirais-je un jour,
ma fenêtre à un pigeon voyageur ,
avec un message
qui me viendrait de toi
depuis que tu ne réponds plus à mes lettres.

RC – janv 2019


Aussi la mémoire qui s’enfuit – ( RC )

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Peinture  Elena Baron ( Espagne)

C’est laisser la carapace de l’autre côté ,

ne garder qu’un mince voile pour survivre ,

et habiter sous la neige,

se réfugier dans un nid blanc ,

étanche à la nuit,

qui a perdu ses étoiles,

comme si ces fleurs lumineuses,

s’étaient éteintes,

à la façon d’une guirlande,

dont on aurait coupé le courant .

Ne compter que sur soi ,

laisser filer les heures ,

et les eaux froides,

qui jamais ne reviennent .

Je connais aussi la mémoire

qui s’enfuit,

et ne retient rien :

juste quelques bribes

qui s’effilochent ,

et qu’on ne peut retenir .

Ainsi le temps .

RC – dec 2018


Je parle à mes démons de glace – ( RC )

Image associée

 

Je parle à mes démons de glace :
ils ne me regardent jamais en face :
j’ai dû oublier les fois
où je te tenais contre moi…

Je ne parle qu’à voix basse
avant que ton portrait ne s’efface
avec l’eau teintée de crépuscule,
d’où montent lentement quelques bulles…

Je poursuis ton reflet jauni
sur une vielle photographie :
         c’est un monde révolu ,
auquel je n’appartiens plus .

Je suis pieds et poings liés,
à mes fantômes familiers ,
ils m’ont laissé , solitaire
…. cette obscurité où je me perds .


RC – juin  2018


Enfermer les ombres avec la nuit – ( RC )

Tu as fini par enfermer la nuit
dans une petite boîte :
Reste la lumière,
qui ne sait plus trop où s’accrocher.

Elle reste suspendue, indécise,
au-dessus des têtes,
sans même oser descendre,
ne trouvant plus son contraire.

Cela rappelle les jours de neige,
où les sons sont bus
par la blancheur,
ne sachant plus où se heurter .

Tout est immobile.
Les vents se sont apaisés ;
les oiseaux sont des silhouettes,
suspendues dans l’image .

J’ai pensé à nos êtres
distants dans le temps,
restés suspendus aussi ,
et qui ne se sont pas rencontrés .

Comme si j’entendais ta voix d’enfant,
quand tu fis cette peinture:
 » les nuages sont collés au ciel
comme deux âmes qui s’attendent « .

Mais la distance ne peut être comblée
si tu enfermes les ombres avec la nuit
Elle ne peut te rattraper ,
dans un futur d’éternité.

 

RC – juin – 2018


Une barrière invisible – ( RC )

 

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photo: Mona Kuhn

J’ai regardé la photo   :
elle me faisait face,
l’air songeur ;
j’ai pensé à ce qu’elle regardait
l’instant où son portrait
s’est engouffré dans l’appareil,
comme happé à son insu,

sa bouche entr-ouverte
disant quelque chose
que je n’entendrai jamais,
et le bras tendu en avant,
comme pour me rejoindre.
j’ai aussi tendu le bras vers elle
et touché l’emplacement de ses doigts, :

le papier impeccablement lisse
avec son cadre blanc,
m’a fait comprendre
que j’étais de l’autre côté,
à jamais séparé de sa réalité,
par une barrière redoutable
infranchissable,     car invisible .

RC – janv 2018

 


La lente houle de l’inquiétude – ( RC )

Au-delà du cercle, un peu plus lumineux,
( mais à peine ) ,        de la clairière,           la nuit venue,
c’est comme se poster à la lisière du monde.

Les arbres se confondent entre eux,
ils s’associent, solidaires, blocant l’intrusion
de la plus petite lueur, noirs sur anthracite,
car le ciel se distingue par une neutralité plate,
bouché par les nuages, que même la lune ne peut franchir .

On dirait que la mémoire du monde s’est absentée,
qu’il n’y a rien au-delà des robes d’ombre,
une perte, où seuls les feuillages mêlés,
et les troncs, se rappeleraient du jour lointain.

Va-t-il revenir ? On se le demande.
Faut-il progresser à travers la forêt?
Mais alors ce seraient des murailles
impénétrables au regard si on s’aventurait
en dehors de la clairière.

Il n’y a pas d’autre choix que rester sur place,
et de s’habituer à l’obscurité comme au commencement
d’un autre monde, où finalement on se guiderait aux sons.

Ceux des animaux, les déplacements furtifs dans les herbes hautes,
le balancement des fougères, le frottement des ramures,
les cris ponctuels des chouettes se répondant par-delà les espaces.

Des espaces qu’il ne nous seraient pas donnés de connaître,
nous interdisant d’évaluer les distances, reliés ,de plus
( si malgré tout on pouvait , par hasard, distinguer un peu les formes ),
par des écharpes de brumes, paresseuses.

Inversement, des yeux de braise peuplent les branches,
courent au ras du sol .
On se sent observé, dans l’oscillation de la meute végétale.

On frissonne, – de froid, comme d’effroi –
c’est comme si on vivait pour de vrai, un mauvais rêve,
débarqués à l’improviste dans un pays dont on ne connaît pas le langage.

La tête prise dans les filets de l’humidité,
qui se dépose lentement,
on se sent intrus dans la force obscure de la nuit
dépossédé de l’assurance que donne le jour aux hommes.

Comment s’étonner alors que tout semble receler une menace,
ne serait-ce que , si on risque quelques pas,
se prendre les pieds dans une racine,
se heurter la tête avec une branche basse.

Privés de repères,
il ne reste qu’à espérer le retour des heures,
qui se concrétise par la lueur de l’aube .

L’inquiétude a cours.
Elle se prête alors au retour des légendes et contes de l’enfance .
C’est une lente houle qui nous enveloppe, et déferle, immobile , sur nous.


RC – sept 2016


Dans un morceau d’infini – ( RC )

 

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C’est une barque portée par les flots,
Ainsi,         contre ton cœur,
Il y a la douceur de ton reflet .
      Il embrasse ton visage,
Comme tu le fais de tes vagues,
avec le mien.

Nous sommes portés,
      par une étendue si vaste :
Que la conscience se dissout,
      bien au-delà du regard …
Et j’apprends à me perdre,
              dans un morceau d’infini…


RC – mars 2015


Un autre acte à la pièce qui se joue – ( RC )

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peinture: Arpad  Szenes

 

Tout est remis en cause:

Ainsi les bruits , d’ordinaire secs et tranchants,
tombent d’eux-même, plats,
et ne sachant pas quelle direction prendre.

Un rideau a été tiré, de même, sur la vision :
l’arrière-plan de montagnes s’est tout à coup envolé,
et le ciel touche terre.

C’est sans doute un autre acte
à la pièce qui se joue,
venant de commencer :

l’éblouissement s’est retranché dans sa tanière,
attendant que se déploient des ailes froides,
ou bien il est parti ailleurs,          c’est difficile à dire .

Les jours souffrent autant du retard, :
leurs serres sont ternes ,      n’accueillent plus
la germination des graines, et la prolifération potagère .

Sous la toison de brume
la nature des choses s’absente,
et à l’identique,                mes pensées s’effacent .

On en vient à douter de leur existence .


RC – nov 2017


Les arbres bleus – ( RC )

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Sur terre, il y a des arbres bleus,

Qui se penchent,

Comme les pensées des vieux,

Jouant dans leurs  têtes blanches.

Il y a dans leurs folles branches,

Suffisamment  d’espace ,

Pour que les oiseaux passent,

Se posent  et puis s’élancent.

Sur la colline, il y a une maison

Habitée de bleu,

Assez,    pour y vivre heureux,

Comme dit la chanson.

C’est sous un bol d’azur,

Une bulle  d’air  recyclé,

Qui n’a plus besoin de clé,

Ni de serrures.

Ses portes restent ouvertes,

en signe  de bienvenue    ;

ceux qui naviguent  à vue,

de là-bas, voient la mer verte.

Elle  s’étend si loin,

que les plus gros navires,

partis dans un soupir,

ne sont plus que points…

Ceux qui naviguent à vue ,

ont leurs yeux bus,

jusqu’à la dentelle de leurs cils ,

contournant les îles,

Ils saisissent  dans leurs mains,

des mouettes, les plumes ,

et des  rubans  de brume,

dont ils habilleront  demain…

Et,  au futur  étanche   ,

au balcon des dieux  ,

des anges  gracieux

se cachent en  robes blanches,

Des corbeilles de fruits .

ces champs aux  arbres  bleus,

d’un temps encore frileux,

… où nos rêves  s’essuient.

RC