Textes poétiques et d'actualité -nulle part ailleurs !

poèmes

Une naissance en peinture – ( RC )

Diebenkorn Coffee

                             peinture:  Richard Diebenkorn

Vêtue d’inachevé,
ce n’est pas ton visage
qui émerge de l’eau,
et ton rire blessant la toile .
Ta peau est fluide,
et personne n’écope,
les éclaboussures
étoilant ta robe .

Tu émerges juste de la couleur :
Il suffirait de presque rien,
pour que tu retournes
dans l’anonymat
….      – te diluant dans les glacis,
      et les coulures ,
dissimulée par les larmes,
de la peinture:

Celle-ci n’est pas sèche ,
et colle encore aux doigts.
Il y a, sur eux
comme une saveur marine…
teintée d’essences :
C’est une apparition :
–       sous les pinceaux,
         j’assiste à ta naissance .

RC – avr 2016

Publicités

Le rideau de brume – ( RC )

GUSTAVE+DORE-52.+Rime+of+the+Ancient+Mariner.jpg

 

gravure: Gustave Doré

 


Je me rappelle de la brume :
tu t’es peu à peu fondue dedans,
et elle a fini par t’avaler .

Bien sûr, j’ai espéré que le rideau se déchire,
que la durée retombe : l’espace entre les pointillés ,
–  comme un habit dont on peut se passer ,

pour que le corps s’en dégage,
et rayonne, de sa puissance,
de sa joie, avec sa présence palpable .

Mais il en est comme d’une toile de fond,
où la limite en serait la courbe de la terre,
reculant à mesure que l’on avance.

A quel moment passerait-on à travers cette toile,
qui , justement n’existe que par
notre incapacité à voir derrière ?

Je me rappelle de la brume :
Tu t’es embarquée sur un navire ,
en suivant l’itinéraire inscrit sur les cartes.

Sans doute d’autres ports l’ont accueilli,
toujours plus lointains et improbables ,
mais il a disparu des yeux.

On peut se passer des yeux .
Le rideau de brume peut se percer
avec un appel, une lettre aux timbres exotiques

Mais il retombe, dans les intervalles,
comme un mur de silence, de plus en plus dense,
et la parole se décolore .

Elle se porte, mais uniquement dans le présent.
La lumière t’entoure. Elle éclaire sans doute
d’autres ports qui s’éveillent, encore obscurs .

L’imagination ne suffit pas à trouer l’ombre.
La brume épaisse ne nous permet pas
de savoir où elle commence.

RC – sept 2016


La larme de tes yeux enneigés – ( RC )

4587572504_306351b981 Sans titre _ Flickr - Partage de photos _O.jpg

 

Cette larme quitte tes yeux enneigés,

D’un léger vent,             balayée,

Egarée au creux de l’oreiller,

…. Et l’air qui veille,                 si léger.

 

Qu’il pourrait au fond,

Tout dissimuler,   cacher … faire semblant

Broyer , comme   d’autres, font au   noir ;     du blanc,

Sous la multitude  des flocons

 

Le temps long,        chavire, sur ce qui s’étire,

Et les pleurs compressent ton espace,

( Une neige avant de fondre,       muée en glace  ) .

La perle blanche alors,   partie s’évanouir –

 

Au milieu des cristaux,

Quitte son poids de plume,

Et se jette dans l’écume,

  •        De ton propre ruisseau.

 

 

RC-  avril 2014

 

 


Une douceur attentive, au mouvement des pensées. – ( RC )

Résultat de recherche d'images pour "lettre pliée"

Dans ma poche, une feuille de papier pliée en quatre ou peut-être davantage,
Je prévoyais d’envoyer un message, un pont dans le futur,
Que j’écrirai peut-être:        Je m’écrirai à moi-même.
Ce seraient des mots alignés, puis des remords, biffés,
des paragraphes reliés par des flèches, des expressions qui les supportent,
et qu’on déplace comme on le ferait d’une assiette posée sur une table.

Et si j’écris, même si celà ne prend pas la forme d’un poème,
il y aurait là la trace laissée par ma main, qui suit les méandres des idées .
Et , oubliée un temps insoupçonné dans la poche,
la feuille me remémorerait, fidèle, ce que je lui ai confié ,
conservant aussi les plis et la légère courbure de la poche.
C’est bien ça: un message adressé à moi-même :
Mais il faut que je lui « parle », d’abord.

La peau blanche du papier,
toujours d’une douceur attentive
au mouvement des pensées,
reste pour l’instant pliée dans la poche.
Elle a toutes les apparences d’un terrain favorable,
comme celui où il suffit de jeter des graines,
pourqu’il en sorte des pousses vigoureuses.


RC – dec 2015


Paroles ténues – ( RC )

Image associée

peinture: Mary Cassatt

 

J’ai tenu tes paroles ,

Comme l’on cueille

une eau précieuse ;

De peur qu’elle s’évapore .

J’ai refermé les doigts sur elles…,

C’était peu de chose

Ces quelques lignes dansantes

Et pourtant ouvrant grand

L’espace de douceur…

Je les ai tenues,

Entre le pouce et l’index .

Une feuille légère,

palpitant dans le vent,

Et à la promesse de l’aube.

RC – fev 2015


Une enveloppe invisible au jour – ( RC )

maison  bois  mauvais état  _Peaceful.jpg

Imagine la chambre close sur ton sommeil:
Tu serais sous paroi épaisse
et une histoire sans fin
qui s’enroule avec ta mémoire
et agite les soubresauts du passé .
Les pensées en seraient prisonnières .
C’est comme un sac en plastique,.
Il aurait la couleur des nuits,
et même celle des nuits blanches.
Des cauchemars ne pouvant s’en échapper.

C’est une enveloppe étanche
et pourtant invisible au jour,
dans laquelle tu te démènes,
sans en trouver l’issue.
Seul, le rêve du présent
peut t’ouvrir les yeux.
C’est comme si celui-ci
de la fente des paupières,
pouvait pénétrer dans la conscience,
et chasser les ombres.

D’un rêve éveillé tu vivras au présent,
et ceux de la nuit, découpés en morceaux,
flasques témoins d’une parole emmurée,
que tu arrives à dépasser.

RC – août 2016

 

 

( réponse à un texte  de Marlène Tissot ):En attendant la fin de l’histoire sans fin )


Sol immobile d’hiver – ( RC )

escarg 01.png

dessin perso –  fev 2017

 

Au delà des bosquets,
De la mousse sur les murs,
des escargots réfugiés sous la bordure,
quelques pas sur les allées

et le sol immobile  d’hiver,
je crois te voir, à portée de mains,
–  même  s’il n’y a personne dans ce jardin.
Pousseras-tu un jour la grille  de fer  ?

Car dans mon esprit  tu vas  survivre,
Je patienterai, avec le retour des feuilles,
Tu mettras de nouvelles couleurs à mon deuil,

J’ouvrirai une  nouvelle page  du livre.
Un chapitre en sera le témoin :
le temps  d’une  saison,      je te rejoins .

 

 

RC – mars 2016

en écho à un texte  de Béatrice  Douvre  « le jardin »


Fragments de marbre de Gortyne – ( RC )

734k5 Gortyne, olivier âgé de 1600 ans et colonne

photo  Thierry Jamart photo  Thierry Jamart  ( Gortyne –  Crète )

Je suis encore trop loin
pour entendre le fracas des étoiles .

D’autres, par delà les siècles l’ont-il perçu ?
Des volcans se sont réveillés,
ont tout balayé sur leur passage.

Des gestes sont restés suspendus,
Des temples se sont écroulés.

On se dit que les temps sont morts,
la vie ayant déserté les villes.

On trouve encore fréquemment
des tronçons de colonnes dans les champs.

Les oliviers, eux, se souviennent,
des tragédies grecques , du voyage d’Ulysse.

Certains sont millénaires.
Ils tiennent dans leurs racines
des morceaux de statues de marbre.

Les regards sereins, enfouis sous la terre
ont tout le temps de capter les récits des héros,
et de surprendre l’éternité :

celle qui reste sous l’empliement des strates.

L’aubier de la jeunesse de ces arbres,
contient peut-être encore
la trace de l’incendie,

se nourrit aussi des cendres
et les vénèrent ainsi.


RC – juin 2016

 

( Gortyne est un site très ancien au centre-sud de la Crète, célèbre notamment  par  son « code de Gortyne », grande inscription encore visible…

voir  aussi  l’extrait  du texte  de Lambert Savigneux,  visible ici:

 » le regard et sourire amasse le fracas des étoiles que je sens dans tes gestes quand tu t’actives dans nul autre but que de prendre le temps de vitesse et surprendre la mort enfermée dans les troncs que tu dessines »


Sculpteur d’un sourire – ( RC )

Afficher l'image d'origine

Art:  Sculpture IFE  ( Nigeria )

 

Si tu dors encore,
je caresse le dessin de tes lèvres,
elles me chuchotent un sourire .
        Il est venu des profondeurs    :
de celles du sommeil et de la terre.
Je pétris l’argile humide,  à ton image.

Je peux te toucher:
il y manque  juste  ton souffle,
et mes yeux  sont une caresse :
     bientôt,    tu vas m’offrir  ton ombre .
Je vais l’enserrer et m’y fondre,
et    devenir glaise à mon tour .

RC  – nov 2016


La solitude du pin – ( RC )

Afficher l'image d'origine

 

peinture :  Marc Pfund

 

Secoué de mistral

Sans remords.

Il l’avale 

Lourd de bruissements, 

Et du soleil d’ors

Se tait, sous serment,

Dressant juste ses épines

Aux senteurs de thym…

Je n’en connais pas l’origine  .

Tout tourne autour du ventre,

Certains diront          « le nombril du monde »

<          Mais où est donc le centre 

Que le vent  sonde ?

Dans la tradition congolaise

L’humanité commence par le nombril,

C’est peut-être, dans le création,     une île

Au milieu de l’océan, sa genèse …

Et le monde, … 

Commence-t-il par le temps…. ?

Une goutte  de sang ?

Qu’est-ce qui le fonde ?

L’horloge du soleil, 

Indique ,       opposée au ciel,

L’étendue des ombres …

Ou bien le regard, celui de l’enfant   …

Même le plus sombre

Que l’on porte ,

Comme  à nos premières années,

L’ouverture d’une porte

Avec la mère, présente

Dans l’humanité, …. nous en sommes  nés.

Elle en est Origine,

Comme le pin,              aussi

Gardien de la terre bienveillante,

Accroché  à ses racines.

Se tient toujours ici…

RC – août , sept 2014

( nouvelle  version  « retravaillée » )   de ce texte  de juin  2013