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Capture des ombres – ( RC )


Tu tires vers toi les lignes du jour,
tout le temps nettes ,           et elles dansent
singeant la forme des êtres ,   leur contour
mais qui n’ont pas de consistance ,
et          sur lesquelles on n’a pas de prise .

Tu voudrais bien en capturer une, la prendre par surprise
l’immobiliser,          la happer au passage,
mais elle est toujours plus leste,
et s’effarouche         au moindre geste …
peut-être en es-tu simplement l’otage ?.

Une des méthodes pour les voir disparaître ,
est d’attendre l’arrivée du soir,
                          jusqu’à ne plus rien voir :
la nuit recouvre tout de son voile noir,
endeuillant tout,     sans rien omettre .

Les ombres auraient-elles disparu pour autant ?
Ou bien au contraire   débordent-elles ,
pour tout occuper,       en s’étendant ,
profitant de l’éclipse du jour :         une brèche
avant son retour :                              le parapluie

de l’étendue de la nuit ,
à la façon d’une chauve-souris :          ses ailes
sont-elles l’ombre , elle-même ?
Ainsi jouant de l’extinction du soleil,    le stratagème,
identique à celui            d’encre noire de sèche .

RC – mai 2017

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Je ne perçois plus rien du passé – ( RC )

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photo perso    juill  2016             Aubrac-  Lozère

Si je ne perçois plus rien du passé,
Je ne sais plus la distance
qui me sépare de ma conscience.

Une période fixée – trépassée

J’ai oublié le langage.
Aucun écho ne revient en partage.

Car les lèvres sont scellées,
Et la parole s’est gelée.

Le sable ne s’écoule plus,

Le temps a entamé son reflux,
En repliant ses ailes .

Si tu étais immortelle,
Il se peut que le coeur désespère,
Dans la traversée du désert,

A former des mots ou des lettres,
Si je ne peux te reconnaître …

J’ai oublié d’où je viens,
Egaré tous mes biens,
Quelque part dans le noir :

L’ombre de la mémoire,
Ponctué d’éclairs
Désincarne même la chair ;

Je me tiens droit,
Entre les silhouettes, un jour livide,
Mais rien entre les doigts

Le présent décharné, et l’esprit vide .


RC – oct 2014


le dessin blanc – texte 1 – Je ne peux plus rien dire – ( RC )



Il n’y a plus de veines  bleues,
Le sang  s’est échappé: il a figé
Tout autour de mes  cheveux, et sur le sol,
Et sur les brindilles …le tout mêlé..

C’est un tableau qui en principe,
Ne s’encadre pas.
Le rouge virant au brun,
puis au presque noir

Ou si on le fait, on pourra ajouter
La trace de mon corps,
quand il s’est  écroulé,
Souligné  d’un épais  trait blanc .

Il y a juste sa trace en négatif.
On ne pouvait le laisser tel quel,
Ou le punaiser
comme un papillon,

Sur les murs du musée :
On n’a pas encore prévu de dispositif
Assez performant pour le conserver
Sous les lumières des projecteurs .

A l’emplacement  du visage,
Une mauvaise photo d’identité
Pourra  faire l’affaire,
Et pour rappeler le contexte

Ou l’inventer,  –   selon .
Ce sera quelques  feuilles,
de la mousse,
Ou un mégot  écrasé.

Pour faire un peu plus vrai,
On n’oubliera pas quelques indices,
Des photos explicatives
( si possible : des gros plans )

Assortis de flèches,
et entourées de rouge ;
Les rapports de police,
Et ceux de l’autopsie seront fournis.

Le jeu consiste
A deviner l’arme du crime.
On ne l’a pas encore retrouvée.
Peut-être un des visiteurs l’aura-t-il sur lui…

Je suis  désolé ;
Je ne peux pas vous aider.
Ç’aurait été avec plaisir,
Mais vous avez compris…

Je ne peux plus rien dire.


RC- mars  2015

pour rappel, un autre  texte  avec le titre  « le dessin blanc » existe  sur le site, mais  dans un tout autre contexte


Tu as devancé le jour. . . – ( RC )

photo- montage  perso - mars 2014

–                                           photo- montage perso – mars 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

Je collecte une à une            tes fleurs de page
Et même si je ne connais pas encore ton visage
En te lisant ,                 je vais l’imaginer….
Si tes phrases dansent ,   elles vont te dessiner.
 –
Ainsi se rassemblent les grains de soleil,
Il ne s’est pas encore lancé dans le ciel.
Il fait encore nuit…           Et je me lève…
Qui pourrait dire qu’elle était brève.  ?
 –
Se révèlent les nuances et couleurs des émaux
À parcourir                   les lignes de tes mots.
 –
Ils aident à repousser  quelque part le noir,
Coulent de source…         Je vais les boire.
Même,    peut-être les manger,   les digérer
Tes lettres s’alignent            en rangs serrés…
 –
Au cœur du silence,          je vais te lire.
Ta lettre à traversé la nuit,
Et s’est déposée                 sans bruit…
C’est comme si je t’entendais rire…
 –
Et peu importe si je suis sourd…
Pour voyager dans ce que tu écris
Cela repousse toujours          le gris…
…..        Tu as devancé le jour. . .
dédié à D M
RC – aout 2014

Lent cheminement dans le jour livide – ( RC )

photo:  Michael Kenna

                                                         photo:             Michael Kenna

 


Suspendu au-dessus du sol,
Et qu’on prend pour boussole
L’astre émerge de la brume du fleuve.
Des haies denses, pour épreuve

Lui, on ne le voit pas,
On le devine,
Et, portant mes pas,
Feutrés de sourdine

Ceux qui s’éloignent,
Sont ces traces en creux,
Qui témoignent,
Deux à deux,

Du lent cheminement,
Dans le jour livide,
Une marche en avant,
Prenant la lumière pour guide.

Il faut que je pousuive,
Ce mouvement, suspendu,
A de futures perspectives,
Mais l’horizon s’est perdu…

Et comme tous les repères,
Evaporés en route,
Enfouis, sous la terre,
( sous le manteau de neige, sa croûte ).

Font, qu’ils disparaissent ….
Je ne sais si je progresse,
Dans cette région curieusement déserte
Etendue et ouverte.

La marche serait ainsi, fictive
Malgré mes mouvements
Issue d’une lente dérive,
Où seul , se déplacerait le temps,

J’ai découvert des traces,
Presque gommées par le vent,
Avant que tout s’efface…
Les regarder attentivement…

Je reconnais mes empreintes,
Déjà comblées de neige .
– Leur vue me désappointe…
Tournant comme dans un manège…

A faire du sur-place,
Je reproduis un cercle dessiné,
Celui de l’astre qui cadenasse,
L’air de rien, ma destinée…

Au cheminement hivernal,
Dans le jour livide,
Je vais prendre une diagonale,
Quitte à enjamber le vide…

Ce monde reclus,
Il faut que je le quitte
De ce jour qui n’en finit plus,
Je veux en sentir les limites.

Quitte à plonger dans le noir,
Pour quitter l’enfermement,
D’un morne territoire,
Uniformément blanc.

RC – février 2014


Juan Luis Panero – Miroir noir

peinture: Erich Heckel  1909

peinture: Erich Heckel 1909

Miroir noir
Deux corps qui s’approchent et grandissent
et pénètrent dans la nuit de leur peau et de leur sexe,
deux obscurités enlacées
qui inventent dans l’ombre leur origine et leurs dieux,
qui donnent un nom, un visage à la solitude,
défient la mort car ils se savent morts,
détruisent la vie car ils sont sa présence.
Face à la vie oui, face à la mort,
deux corps imposent de la réalité aux gestes,
aux bras, aux cuisses, à la terre humide,
au vent des flammes, au bassin des cendres.
Face à la vie oui, face à la mort,
deux corps ont conjuré le temps obstinément,
construisent l’éternité qui les nie,
rêvent pour toujours le rêve qui les rêve.
Leur nuit se répète dans un miroir noir.
              Juan Luis Panero

trad  Dominique Boudou

Espejo negro
Dos cuerpos que se acercan y crecen
y penetran en la noche de su piel y su sexo,
dos oscuridades enlazadas
que inventan en la sombra su origen y sus dioses,
que dan nombre, rostro a la soledad,
desafían a la muerte porque se saben muertos,
derrotan a la vida porque son su presencia.
Frente a la vida sí, frente a la muerte,
dos cuerpos imponen realidad a los gestos,
brazos, muslos, húmeda tierra,
viento de llamas, estanque de cenizas.
Frente a la vida sí, frente a la muerte,
dos cuerpos han conjurado tercamente al tiempo,
construyen la eternidad que se les niega,
suen᷉an para siempre el suen᷉o que les suen᷉a.
Su noche se repite en un espejo negro.