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Le cahier clos – ( RC )

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Celui chante là quand toute voix se tait
Si c’est le silence, alors

Tu l’a celé,
De ton écriture,
Tels sont les écrits ;
Couchés sur le papier
Dont tu n’ajouteras aucun chapitre ;

Un cahier plein de murmures,
Où je peux relire,
Les lettres de ton souffle :
Tu es tout près,
Cachée derrière les feuilles.

Et le cahier est fermé
pour toujours.
La lumière éteinte,
pourtant, ne cesse de briller.
chaque jour où je l’ouvre.

Un frisson
qui parcourt le dessin de l’écriture,
jusqu’à planer quelque part en moi :
Une voix intérieure me parcourt,
Même si je tais les mots

évadés du champ de la page ,
L’envol d’un invisible oiseau .

RC – juin 2015

 

( la première ligne  est empruntée à un écrit  de Philippe Jaccottet )

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Avril aura les doigts agiles – ( RC )

 

Tout ce qu’il faut pour façonner,

L’ambre de ta peau frissonnée…,

Si tu te découvres  d’un fil,

Avril aura les doigts agiles…

 

Je ne vois plus ton regard qui brille,

Mais juste tes bas résille,

Qui forment un dessin,

Jusqu’à la pointe de tes seins.

 

Si de l’ombre  tu es prisonnière,

Je vais défaire tes lanières,

Et te donner toute entière,

A la grâce de la lumière ….

 

 

mars 2014  –

 

 

(  variation sur une  photo de TKKim )


Dieu écoute la confession du vent – ( RC )

photographe  non identifié,  doc  extrait du site urbexground

 

Un ciel étoilé
s’est affaissé dans l’église .
Des morceaux de plâtre,
sont venus blanchir les dalles,
et les chaises renversées .
                            Les colonnes s’ennuient.

La lumière , pourtant, persiste,
à traverser les voiles blanches
des toiles d’araignées .
Elles tentent de colmater,
     comme elles le peuvent,
             les vitraux ébréchés.

Une pluie d’éclats de couleurs,
participe au silence
de la journée qui s’étire :
                    elle se pose sur les statues de saints,
désaffectées,        attendant des jours meilleurs,
les yeux au ciel.

L’édifice est vide dans son ombre,
le soleil et peut-être Dieu aussi,
patientant dehors ,
   dans un autre décor
   que celui des hommes,
>       écoutant la confession du vent.


RC – mai 2016


la pièce vide – ( RC )

Je suis revenu dans la maison vide.
J’y ai vécu il y a longtemps,
et mes chaussures , dans la grande pièce,
poussent des graviers venus d’on ne sait où,
des corps d’insectes morts s’effritent sous mes pas .

Je suis peut-être à la recherche de quelque chose,
une atmosphère, perdue, ou dissoute,
et que j’essaie de restituer,
– question de couleurs ,
où le grain des murs s’est fané – ,
( sans doute des yeux dissimulés derrière,
attendent mon retour ),

comme ceux de portraits d’ancêtres,
enlevés, partis vers d’autres univers,
mais dont les cadres ont laissé
leur empreinte pâle.

Leurs fantômes ont fui le soleil,
et ont saturé l’atmosphère ,
dispersés à la manière de bulles de savon,
invisibles, légeres,
Ils essaient de me dire quelque chose,

mais n’ont plus la parole,

juste un souffle qui dévie la lumière.


RC – avr 2017


Alchimie patiente des mots – ( RC )

-parapluie

Peinture en duo avec J Hemery 1998

 

Assis au bord de son âme,

C’est une plongée dans le pourpre,

L’ombre, le sang

L’ âpreté des non-retours   ;

 

S’il faut chercher dans la succession des saisons,

De quoi fondre le secret des paroles,

Celles qui            quelques instants avant,

étaient tues…

>        Alors, de quelques pierres lourdes,

Et papiers froissés :

Faire naître les ors…

Alchimie patiente des mots ;

Ils se tissent les uns aux autres,

Restituent comme une naissance du jour,

Doigts de lumière posés sur le monde.

RC – juill  2015


L’autre côté de l’ombre – ( RC )

Image associée

 

Il y a le  feu  .
Peu à peu ,    il s’essouffle,
Et le creux de l’âtre  palpite,
D’ oranges  aux  bruns et rouges .

J’ai écrit  sur la lumière,
Et là, je vais le faire ,
Sur les ombres …
–   Petit à petit,
Elles vont  s’allonger  au plafond,
Les meubles s’y confondre  .

Les couleurs  s’épuisent  .
>  C’est une  chambre noire,
Comme celle  au fond
D’un appareil photo,

Et mes pupilles  dilatées,
Perçoivent le peu,
Les lueurs fugitives,
Parcourant l’âge de la nuit,
Ou,   une nuit sans  âge ;
Où tout s’immobilise  .

Tout,          sauf la pensée,
Restée  éveillée…
Quelque temps encore  …
L’occasion d’apercevoir,

Lové dans le creux  du lit ,
Le corps          de l’aimée,
Emergeant à peine du gris .
Un petit pinceau,
Dessine ,         en lisière de lumière ,
La colline        de son épaule ,

Découverte à la tiédeur,
Parallèle au souffle     de ses rêves .
Je lui tiens sa main ,
Et celle-ci me conduit sans peine,

De l’autre côté.

RC-  nov  2014


Nous étions les mêmes, mais le jour et la nuit – ( RC )

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J’ai aimé les jours,                    j’ai aimé la nuit.
J’ai brassé la matière, je me suis nourri du vent .

J’ai découpé l’ombre avec le couteau de lumière,
Celui-ci m’a perforé les paupières.

Et de leur fente,                   l’or dépensé
D’une nuée ardente,     alors je t’ai vue.

Tu embrassais la nuit, tu étais l’âme des jours .
Tu as pénétré la mienne,    suspendu le temps.

Nous avons chevauché       la peine et le sang
Et aussi les rayons du soleil.

Nous étions les mêmes,  mais le jour    et la nuit,
Ceux que tout oppose           mais se répondent,

Comme l’ombre à la lumière ,
justement .

RC – fev 2016


une sorte  de   » réponse », au texte de   Sophie Brassart     De peine et de sang

Un seul rayon de soleil /étrange sur les paupières
Sur le goudron fondu on marchait
On cherchait les fruits sur la mousse fine et
Tout l’or des pensées
Nuée ardente elle chantait
Elle hante
Feu sur la matière et feu sur le temps
apidaire
Elle goutte/ une phrase visqueuse de peine et de sang.


Un cerf volant – ( RC )

Korean Kite Festival:

Tu tiens ton propre destin,
par un fil.
Relié à ta main,
un cerf volant que tu essaies
malgré la brise et les vents de toutes sortes,
de faire s’appuyer sur le ciel.

Un jour celui-ci pourrait t’ emporter,
tellement haut, si tu souhaitais
voyager dans les airs,
côtoyer les oiseaux,
et souhaiter être différent,
de ce que tu es sur terre .

Car le cerf volant serait à ton image ,
…. mais lui, – inversement ,
regarde vers la terre,
En fait… te perdre dans les airs,
si jamais la main lâchait la corde ,

te fait tellement peur,
( on ne sait jamais ):
non pas la crainte de la chute,
mais de s’élever dans la stratosphère,
saturé de lumière,
au point de ne pouvoir respirer.

Que tu restes semblable
à ce que tu es,
et laisse s’envoler les rêves :
un renoncement, à moindre risque,
somme toute – confortable.

RC – mars 2016


La lumière en reddition – ( RC )

MoerakiBoulders_EN-US730735999.jpg

                     photo:  Moreaki Boulders – New Zealand –  photographe  non identifié

J’étais allongé,
j’ai senti ton ombre.
Une ombre qui se mettait
en travers du soleil,
et son visage de bronze.

J’avais le corps posé sur le sol,
pas loin du rivage,
et tu as commencé à déposer
sur ma peau
des poignées de sable ,
par petits tas blonds et secs
qui dévalaient les reliefs.

Petit à petit tu m’as recouvert,
et c’est à peine
si on voyait encore
dépasser mes orteils,
mes genoux, puis ma poitrine,
le tout petit à petit
fondu avec le décor.

Ma respiration un peu plus lourde,
mes oreilles percevant des cris lointains,
des enfants, des mouettes,
et des paroles incompréhensibles,
emportées par le vent ,
mon regard pointé vers l’azur
et les formes incertaines
des nuages .

Je n’ai plus pu bouger,
sous le couvercle de matière
d’une modeste indifférence.
Finalement il y a eu mon livre
posé sur mon visage.

Puis la lumière a décliné,
encore perceptible sous les pages.

Tu n’étais plus là,
et c’est comme si
je m’étais fondu dans le sol,

plus à même de penser,

plus à même de bouger,
minéralisé,
voisin de coquilles vides,
d’où la vie
s’était retirée.

Alors, gardant les dents serrées,
et du même coup mes paroles idiotes,
j’ai attendu sans impatience
que la marée monte
et me recouvre.

La lumière portant aussi
sa reddition.


RC – juin 2016


cacher quelque part ,la chair pâle, l’habit sombre – ( RC )

photo: Ekaterina Grigorieva

Vois-tu à travers les  feuilles ?
Comme dans un verre grossissant ?
Une envolée de l’être,
Qui se dresse au milieu des fougères,
Au point de se                       confondre,
Avec la végétation.
Dans les sous-bois humides.

La salsepareille progresse,
Et ses larges coupelles,
Sont autant d’occasions,
Pour cacher       quelque part,
La chair pâle,
L’habit sombre,
Et peut-être            les abandonner      …

Comme  si l’humain s’enracinait,     de même
Dans le limon du sol,
A rester  debout,
Attentif au mouvement des saisons,
Aussi discrètement         que le peuvent,
Les plantes,
Allant  chercher  la lumière.


RC- avr  2015

 

(texte  directement créé à partir de la photo jointe )