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La larme de tes yeux enneigés – ( RC )

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Cette larme quitte tes yeux enneigés,

D’un léger vent,             balayée,

Egarée au creux de l’oreiller,

…. Et l’air qui veille,                 si léger.

 

Qu’il pourrait au fond,

Tout dissimuler,   cacher … faire semblant

Broyer , comme   d’autres, font au   noir ;     du blanc,

Sous la multitude  des flocons

 

Le temps long,        chavire, sur ce qui s’étire,

Et les pleurs compressent ton espace,

( Une neige avant de fondre,       muée en glace  ) .

La perle blanche alors,   partie s’évanouir –

 

Au milieu des cristaux,

Quitte son poids de plume,

Et se jette dans l’écume,

  •        De ton propre ruisseau.

 

 

RC-  avril 2014

 

 

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Paroles ténues – ( RC )

Image associée

peinture: Mary Cassatt

 

J’ai tenu tes paroles ,

Comme l’on cueille

une eau précieuse ;

De peur qu’elle s’évapore .

J’ai refermé les doigts sur elles…,

C’était peu de chose

Ces quelques lignes dansantes

Et pourtant ouvrant grand

L’espace de douceur…

Je les ai tenues,

Entre le pouce et l’index .

Une feuille légère,

palpitant dans le vent,

Et à la promesse de l’aube.

RC – fev 2015


Les nouvelles du sel et du vent – ( RC )

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peinture:         Emil Nolde    effet de lumière  sur la mer  1901

L’horizon est lisse
       Aucune voile ne vient
       Aucun bateau ne glisse
>   Et je me souviens
Que tu t’embarquas, joyeuse
pour ce lointain pays
Où tu serais heureuse
d’après ce que l’on dit -.

Car je n’ai de nouvelles
que celles du sel
          et aussi du vent
qui arrivent,  dorénavant  .
Je guette l’immensité liquide,
tout au long du jour,
mais la mer reste vide ,
–        et l’absence est son contour.

RC – avr 2016


Pour que résonnent les archipels du silence – ( RC )

Dina%2520Bova%2520-%252020.jpgmontage – \Dina  Bova
.

Ce n’était pas la peine,
de longer les années,
de lire tous ces livres,
d’exercer cette mémoire,
à en perdre le goût du jour,
et la caresse du vent du large,
pour                    ( dira-t-on )
écrire deux ou trois strophes
avec                   si peu de mots .

On en oublie les récits,
les grands succès de librairie,
placés en tête de gondole,
pour se contenter
de quelques lignes,
qui se jouent
de l’épaisseur des pages,
et dialoguent dans les marges,
comme aussi     entre les mots.

Juste ce qu’il faut,
pour que résonnent
les archipels du silence,
la lente croissance des plantes,
la lumière posée sur un mur,
l’ombre de l’absente,
le coeur qui s’aventure
si l’on que l’on fait sienne
l’écriture du poème …

RC – fev 2016

 

 

( en écho à un court texte  de Sylvie Durbec visible ici)


Le vent est jaloux – ( RC )

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                                                 photo : Richard  Avedon

 

 

En plantant mon regard dans les fils d’invisible,
         dénoncés par les pointillés blancs de gris,
j’aurais voulu attraper le vent,
ou, à défaut, quelques flocons.

Un vent qui se cognait à tout ce qu’il rencontrait,
les chemises claquant comme des voiles,
sur l’étendage,              la valse des volets
sur la façade .

Un vent en rafales se heurtant
au ciel,    – évidemment -,
sous le regard sévère des gargouilles.

Et puis encore         juste quelques doigts furtifs,
toujours invisibles,   qui secouaient tes cheveux.
–             Le vent est jaloux de moi.


RC – fev 2016


Tout s’efface dans le blanc – ( RC )

nuage cone sur cone enneigé Jap cloud exped Helene.

 

 

 

 

Le blanc, est quelque part,       une  absence
Et si dans  ses possibles ,     je me lance…

Je sors de ma coquille, et, le pourrais-je
En  ne salissant pas         sa neige,

Le pied le plus discret la blesse,
Même celui , léger,        d’un déesse,

Une trace, une simple éraflure,
Dessine sa signature.

Elle fait vibrer la page blanche,
Quand l’écriture se penche  .

Les mots s’y impriment         et s’attachent,
Mettent du sens   – plutôt qu’ils ne gâchent.

On pourrait dire  que le blanc  n’est plus,
Qu’il disparaît dans de pauvres  résidus

Et qu’aussi,          il s’enfuit,
Il s’agace  aussi, de trop de bruit.

Mais         il suffit  d’un autre dimanche,
Pour que le blanc tienne  sa revanche  .

Il utilise les voies aériennes,
Pour  que la blancheur  revienne

Que  des flocons  s’amassent,
Partout où la plume s’enlace,

Les pensées recouvertes,        se cachent.
Au coeur même du blanc – plus de taches.

Tout est tu,             tout  s’efface,
Qu’y a-t-il, à la place ?

Quand  plus  rien n’émerge,
Du paysage  , retourné à l’état vierge.

Te souviens-tu  d’avant,
Avant que ne souffle le vent ?

Que la neige     ne se couche,
Et recouvre aussi ta bouche

–         Sur la vallée immense,
Règne maintenant le silence…

Ai-je  écrit en vain,
Espérant d’autres lendemains ?

Ceux qui , laissés-pour-compte,
Attendent, des glaces,  la fonte.

La neige  est un vaste manteau,
Qui  garde  pourtant au chaud,

Sous son blanc velours,
Toutes mes lettres  d’amour.


Des yeux vagues, une page vide – ( RC )

image: montage  perso 2013

                              image: montage perso 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est  d’une  autre année que je parle.
On y entendait           une musique;
On y voyait des accords de couleur.
Tout y composait un tableau,
Ses ambiances  et ses lumières.

Je ne pourrais  dire         s’il était beau.
Ce serait plutôt à toi       de le  décrire;
Mais      …  je ne suis pas dans tes yeux,
Dans ce que tu percevais    de l’orchestre,
Et des frémissements du coeur,

Avant que la brise
N’agite les rubans,
Et que s’envolent les chapeaux.
Tu descendais le vallon,
Parmi les herbes hautes  et les  fleurs.

C’était alors un printemps  avancé,
Et pourtant des nuages serrés pointaient à l’horizon.

Je te vois maintenant,
Immobile                 et indifférente,
Et il semble  que ta mémoire     se heurte,
Aux murs clos d’une chambre,
Les rideaux            fermés à la lumière.

De tes yeux vagues,   tu contemples,
Ce qui semble             une page vide,
Et les gestes sont  difficiles.
Ils ne se referment même pas
Sur ton passé.

La musique         y est inaudible ….
Ou alors ,           a-t-elle été aussi,
Emportée               par le vent  ?

RC –  sept  2014

 

 


Champ du blanc – ( RC )

 

 

 

photo:       Cristina García Rodero

CristinaGarciaRodero -silh  au drap susp

Egaré dans un champ vertical,
Tendu sur un fil,
Découpé en une forme,
Accrochée aux plis humides …

Le soleil se déplace et m’éblouit,
… Je serai bientôt bu par le blanc ,
Effacé aux yeux de tous,

Déjà ondulant,    et poussé par le vent,
Jusqu’à sortir de la toile,
Et perdant ainsi mon ombre.

RC – avril 2014


Sur la musique au tempo arrêté – ( RC )

photo:              Dersascha

 

Passant             à travers le toit ouvert,
Les chauves-souris,
Agitent leurs parapluies      d’ombres,
Sur la musique                au tempo arrêté .
Le matin s’est posé sur les instruments
Immobilisés
Du concert déserté.

Les chaises             habillées de velours ,
Ecarlates                      face aux pupitres,
Encore au garde-à-vous…
Et les partitions en désordre de feuilles,
A même le sol,
Répandues,         telles ailes de papillons,
Arrachées à leur destin.

Inutiles désormais,
Les portées       froissées,
Grouillant encore       de notes,
Répondaient       aux courants d’air,
Soulevant       les rideaux       aux fenêtres,
Restées ouvertes,
Cravachées par la pluie.

Les cuivres entassés,
Empilés à la hâte,
–        S’ essayant encore à rire
De leurs éclats jaunes,
Certains,              cabossés –     estropiés,
Voisins de formes             sombres,
Pouvant être des housses.

Déjà voilées de poussière,
Servant de repaire,
A une famille de rongeurs,
Qu’on voyait ,          très occupée,
A fureter            dans le vestiaire ;
Des habits en lambeaux,
Oscillant encore aux cintres.

Leur           cliquetis,
Seul,                      répond,
Aux           longues plaintes du vent,
Et de temps à autres,
Aux frissons                 du piano noir,
Lorsque se détachent de la voûte,
Quelques morceaux de plâtre.

RC – février 2014

photo: Emily Hill – sans doute accumulation de Arman, musée de Nice


Je te savais capable, d’élever des murailles – ( RC )

photo  Gwen Coyne

photo:          Gwen Coyne

Juste au bord des éléments,
Ta voix déviée par le vent,
Plongeant dans l’entaille

Je te savais capable,
D’élever des murailles,
A dériver longtemps,

Au creux du firmament,
Des châteaux se sable,
Ceux d’une enfance,

Arc-boutés en résistance
Se prolongent chaque matin,
Accompagnées de tes rires,

A refaire et à re-construire
En un tournemain,
Ce que la mer a détruit,

Elevant des remparts,
Contre la puissance des flots…
>             Un orgueil inutile ?

A dresser une île,
Toujours provisoire,
Survolée des oiseaux.

Et tes gestes recommencés,
Nourris de mots bus,
Etaient comme des notes,

Que l’on voit danser,
Dans l’obscurité d’une grotte,
Où l’on est pieds nus,

Fragile devant l’immensité,
Devant le fracas et le bruit,
Et l’épaisseur de la nuit.

Nous faisons cercle autour d’un feu,
Encerclés des ombres des rochers,
Et des vagues prédatrices,

Bien sûr il ne restera rien du château, ou très peu,
Pas une trace, pas une cicatrice,
Mais nous viendrons recommencer…

RC – Novembre  2013