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Un autre acte à la pièce qui se joue – ( RC )

Arpad  Szenes    le  grand  dialogue    1956.jpg

peinture: Arpad  Szenes

 

Tout est remis en cause:

Ainsi les bruits , d’ordinaire secs et tranchants,
tombent d’eux-même, plats,
et ne sachant pas quelle direction prendre.

Un rideau a été tiré, de même, sur la vision :
l’arrière-plan de montagnes s’est tout à coup envolé,
et le ciel touche terre.

C’est sans doute un autre acte
à la pièce qui se joue,
venant de commencer :

l’éblouissement s’est retranché dans sa tanière,
attendant que se déploient des ailes froides,
ou bien il est parti ailleurs,          c’est difficile à dire .

Les jours souffrent autant du retard, :
leurs serres sont ternes ,      n’accueillent plus
la germination des graines, et la prolifération potagère .

Sous la toison de brume
la nature des choses s’absente,
et à l’identique,                mes pensées s’effacent .

On en vient à douter de leur existence .


RC – nov 2017


Le rideau de brume – ( RC )

GUSTAVE+DORE-52.+Rime+of+the+Ancient+Mariner.jpg

 

gravure: Gustave Doré

 


Je me rappelle de la brume :
tu t’es peu à peu fondue dedans,
et elle a fini par t’avaler .

Bien sûr, j’ai espéré que le rideau se déchire,
que la durée retombe : l’espace entre les pointillés ,
–  comme un habit dont on peut se passer ,

pour que le corps s’en dégage,
et rayonne, de sa puissance,
de sa joie, avec sa présence palpable .

Mais il en est comme d’une toile de fond,
où la limite en serait la courbe de la terre,
reculant à mesure que l’on avance.

A quel moment passerait-on à travers cette toile,
qui , justement n’existe que par
notre incapacité à voir derrière ?

Je me rappelle de la brume :
Tu t’es embarquée sur un navire ,
en suivant l’itinéraire inscrit sur les cartes.

Sans doute d’autres ports l’ont accueilli,
toujours plus lointains et improbables ,
mais il a disparu des yeux.

On peut se passer des yeux .
Le rideau de brume peut se percer
avec un appel, une lettre aux timbres exotiques

Mais il retombe, dans les intervalles,
comme un mur de silence, de plus en plus dense,
et la parole se décolore .

Elle se porte, mais uniquement dans le présent.
La lumière t’entoure. Elle éclaire sans doute
d’autres ports qui s’éveillent, encore obscurs .

L’imagination ne suffit pas à trouer l’ombre.
La brume épaisse ne nous permet pas
de savoir où elle commence.

RC – sept 2016


Une faible empreinte sur le sable – ( RC )

 –

 

 

A la vie, à la mort,
C’est le fruit du hasard,
Qui nous mène quelque part,
A bon port.

Qui a décidé de ma naissance,
A me savoir condamné,
A suivre ces années
Avec l’encre des sens ?

Je laisse sur le sable
Une faible empreinte,
Une trace peinte,
Si j’en suis capable…

Avant de m’effacer,
Je dépose à même le sol,
Juste quelques paroles,
Que le vent va chasser .

Si tu me croises un jour,
Lors d’une brise légère,
Toi, fleur primevère,
Tu verras mon contour,

Tracé de quelques mots,
Sur quelques pages,
Une sorte de camouflage ,
Derrière un rideau.

Et si tu le soulèves,
Tu liras peut-être
Quelques signes, une lettre,
Et la part de mes rêves.

Alors tu pourras décider,
D’une reconstruction,
Lancer des suppositions,
Avoir de moi une vague idée ,

Et partager bien sûr,
Une infime part de l’univers,
Cachée dans la lumière solaire ,
Et ses boucles d’écriture.

RC – avril 2014

 


Caché derrière la robe de la nuit – ( RC )

–                                photo :          National Geographic

Chaque soir je vois
Dans le rectangle
De la fenêtre,
Un pendule brillant,
Peut-être un miroir,
Qui lentement oscille …
Fort de ses secrets
Au-dessus des nuages.

Il se cache,
Derrière la robe de la nuit,
Et parcourt le monde,
Vers des destinations inconnues.
certains disent que c’est une princesse
Elle finit par disparaître,
Effacée , comme ma mémoire
Au bout de mon sommeil,

La face cachée d’un être,
Sombre dans l’inconscience …
Personne ne peut dire
Ce qui se passe dans son envers,
Et le pendule des songes
Apparaît lui aussi
A l’autre bout du monde,
Quelques heures après.

Je me demande qui le tient,
Où va celui
Qui se guide ainsi,
En prenant soin
De ne jamais toucher terre.
C’est peut-être
L’oeil unique
D’un cyclope attendri,

Auquel on a confié
D’abaisser et lever,
Chaque jour le rideau
De la nuit.
Il veille toujours
A son déroulementement
Et une fois le travail accompli,
S’efface discrètement.

Derrière le soleil.

RC  – janvier  2014


Pas de soleil ,ce matin ( RC )

exposition  rencontres  d'Arles 2012

exposition rencontres d’Arles 2012

Il n’y a pas de soleil ce matin,
Mais une brume                 qui s’étale,
Et occupe         la vallée de mon âme,
Où mes gestes se plient.

La lumière est ailleurs,
Elle t’accompagne, mais je ne te vois pas,
Derrière ce brouillard,
Où même                   tes paroles se heurtent,

Et les miennes s’enfoncent,
A en oublier la beauté,
La tendresse de tes gestes
Le dessin de tes yeux.

Il faut que derrière ce rideau,
Effaçant ton sourire,
Je refasse de mémoire,
Le contour de ton corps,

Que je découpe dans les nuées,
Avec obstination,         une porte secrète,
Combler de ta présence, la distance,
Pour te sentir auprès de moi, mon amie…

Et le soleil reviendra.

RC – 8 octobre 2013