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Pour que résonnent les archipels du silence – ( RC )

Dina%2520Bova%2520-%252020.jpgmontage – \Dina  Bova
.

Ce n’était pas la peine,
de longer les années,
de lire tous ces livres,
d’exercer cette mémoire,
à en perdre le goût du jour,
et la caresse du vent du large,
pour                    ( dira-t-on )
écrire deux ou trois strophes
avec                   si peu de mots .

On en oublie les récits,
les grands succès de librairie,
placés en tête de gondole,
pour se contenter
de quelques lignes,
qui se jouent
de l’épaisseur des pages,
et dialoguent dans les marges,
comme aussi     entre les mots.

Juste ce qu’il faut,
pour que résonnent
les archipels du silence,
la lente croissance des plantes,
la lumière posée sur un mur,
l’ombre de l’absente,
le coeur qui s’aventure
si l’on que l’on fait sienne
l’écriture du poème …

RC – fev 2016

 

 

( en écho à un court texte  de Sylvie Durbec visible ici)

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Rentré dans l’image, comme par effraction – ( RC )

 

photo: extraite de  » Playtime » J Tati

 

Des grands halls  gris

Où rebondit la lumière,

Comme prisonnière,

Sur les murs de granite polis,

Se détachent, en lettres  régulières,

Ignorant la fantaisie,

Le nom de la société.

 

Dans cet espace distant du monde ,

Prélevé  sur le vivant,

– Une greffe  végétale -,

Un duo de plantes vertes,

( les caoutchoucs sont très  « vendeurs » ),

De part et d’autre de l’ascenseur,

–           Symétriques.

 

Les chiffres lumineux

Affichent  des progressions lentes,

Dans les entrailles de l’immeuble.

Les portes en métal brossé

Ne s’ouvrent jamais ici.

 

Les plantes  s’ennuient.

 

A la réception,

L’homme à la casquette,

Semble posé là,

Comme une partie  du décor,

Rectangulaire.

 

Ainsi le tapis de sol,

Sur le dallage de marbre,

Abandonne, faute de mieux,

Ses odeurs synthétiques,

Sous la vidéo, qui alterne

Les vues du parking.

 

Les bâtiments voisins, revêches,

Masquent en grande partie,

Un ciel sans consistance,

Grillagé de lignes  électriques,

Qu’un élément mobile vient perturber,

Un oiseau rentré dans l’image,

Comme par effraction.

 

 

RC – juin 2014

 

 

 

 


Robert Walser – Les bonnes gens

 

peinture: Paul Klee petite pièce, à Venise 1933

 

Les bonnes gens

Ainsi les bonnes gens sont déjà mortes ?
Non, non, ils vivent encore, je le sais
fort bien, mon petit doigt me l’a dit ;
toutefois ils me semblent bien disséminés
comme les fleurs que le vent emporte
et disperse tout alentour
comme des vagues.- Est-ce ainsi ? Je peux bien
me tromper, et comme j’aimerais bien
me tromper. L’un ici, l’autre
là-bas, et chacun solitaire, tous
abandonnés, parce qu’il ne reste plus
aucun lien ? Quel tableau
je peins là qui ne peut me réjouir ni
te revigorer ? Allons ce n’est
certainement pas ainsi, et tous habitent
ensemble, sont unis le plus
amicalement du monde, se donnent la main
et se regardent, et au-dessus d’eux
il y a d’adorables nuages blancs
et flotte un bleu clair et frais,
et les vents les poussent tout autour
des étoiles qui sont conçues et voulues
si magnifiquement, et leurs cœurs
sont calmes, et les âmes nobles
emplies d’une patience
toujours égale, et verte est la contrée, et
sainte l’étoile. Jours et nuits
sont comme frères et sœurs, soleil et lune
comme des amants, et tout, tout
est amitié. Les plantes ont des yeux,
parlent avec les hommes, et ces derniers
sont comparables aux fleurs par la profondeur et
la sereine prospérité. Mais où cela se trouve ?
Comment s’appelle ce pays ? Comment peut-on
le trouver ? Regarde juste devant toi
et tu le vois, car les bonnes gens vivent en fait
partout encore, et celui-là connaît la beauté
qui la porte en lui-même.

 

 

Robert W