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Paroles ténues – ( RC )

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peinture: Mary Cassatt

 

J’ai tenu tes paroles ,

Comme l’on cueille

une eau précieuse ;

De peur qu’elle s’évapore .

J’ai refermé les doigts sur elles…,

C’était peu de chose

Ces quelques lignes dansantes

Et pourtant ouvrant grand

L’espace de douceur…

Je les ai tenues,

Entre le pouce et l’index .

Une feuille légère,

palpitant dans le vent,

Et à la promesse de l’aube.

RC – fev 2015

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Des paroles que je n’ai peut-être même pas prononcées. – ( RC )

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Il est des temps
où la mémoire s’enfouit :
les pas sur le sable
s’effacent avec les vagues,
et c’est comme si,
de la parole des choses,
peu de traces demeurent.

Le pot de terre
à peine visible sous les herbes,
et la jungle végétale        ;
le temple bâti pour l’éternité,
dont les pierres sont englouties
par les racines,
et mes paroles, aussi
parties au gré du vent.

Qui sait s’il me les rendra.
Je ne les ai peut-être
même pas prononcées.
D’autres les recouvrent.

Le soleil est soluble
dans un verre d’eau,
et les années, bien peu de chose
en regard de l’éternité.
L’immobilité tourne les pages :
rien ne la trouble.
Rien n’a jamais existé.


RC – juill 2016


La lumière en reddition – ( RC )

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                     photo:  Moreaki Boulders – New Zealand –  photographe  non identifié

J’étais allongé,
j’ai senti ton ombre.
Une ombre qui se mettait
en travers du soleil,
et son visage de bronze.

J’avais le corps posé sur le sol,
pas loin du rivage,
et tu as commencé à déposer
sur ma peau
des poignées de sable ,
par petits tas blonds et secs
qui dévalaient les reliefs.

Petit à petit tu m’as recouvert,
et c’est à peine
si on voyait encore
dépasser mes orteils,
mes genoux, puis ma poitrine,
le tout petit à petit
fondu avec le décor.

Ma respiration un peu plus lourde,
mes oreilles percevant des cris lointains,
des enfants, des mouettes,
et des paroles incompréhensibles,
emportées par le vent ,
mon regard pointé vers l’azur
et les formes incertaines
des nuages .

Je n’ai plus pu bouger,
sous le couvercle de matière
d’une modeste indifférence.
Finalement il y a eu mon livre
posé sur mon visage.

Puis la lumière a décliné,
encore perceptible sous les pages.

Tu n’étais plus là,
et c’est comme si
je m’étais fondu dans le sol,

plus à même de penser,

plus à même de bouger,
minéralisé,
voisin de coquilles vides,
d’où la vie
s’était retirée.

Alors, gardant les dents serrées,
et du même coup mes paroles idiotes,
j’ai attendu sans impatience
que la marée monte
et me recouvre.

La lumière portant aussi
sa reddition.


RC – juin 2016


Se cogner dans le soleil – ( RC )

photo : Li Hui

photo : Li Hui

Si tu te cognes  ,
A ton réveil,
Sur coin de soleil,
Si celui-ci t’éborgne

Il te reste  un creux ,
Laissé dans  l’ombre,
Celui des yeux ,
Dans lequel je sombre  ;

Une bouche ouverte,
A la parole  brève,
Qui mène à sa perte,
Le matin, et ses lèvres.

… Profite du baiser
De la lumière  :
–  Il va falloir oser,
L’affronter,  et se taire.

Il n’est pas  besoin de paroles,
Pour embrasser le jour  …
Les  doigts autour des aréoles,

A faire  danser l’amour.

RC


Des étoiles et des hommes – ( RC )

 

 

Ces étoiles qui nous narguent,
repassent  chaque  nuit,
au-dessus  des têtes,
– on peut faire abstraction des arbres
– repousser les nuages
( le cas  échéant )

Certains  rêvent de les atteindre,
ou, même, si ce n’est pas possible,
d’interpréter les signes,
de relier les points,
de dessiner des figures,
restant piquetées dans l’azur profond .

De l’autre  côté  du fleuve,
C’est le pays voisin.
L’étendue  d’eau sert de frontière,
C’est un espace  inconnu   ;
Il n’y a pas  de pont,
permettant de relier les  rives …

Ce sont   des étrangers,
Leur langue est âpre,
Leurs  coutumes ne sont pas les nôtres ,
Mais nous savons, qu’ils ont ,
comme nous , contemplé les  étoiles,
qui reviennent chaque nuit,
leur chuchoter leurs paroles .

Leur ont-elles  confié leurs secrets,
Tracé des lignes  du destin,
différentes de nôtres ?
Sont-elles plus accessibles,
et les planètes plus souriantes ,
ouvertes aux  prédictions ?

On se souvient d’un voyageur téméraire,
qui eut la chance de revenir vivant,
du pays voisin .
– nous étions en guerre -,
(pour des raisons  qui nous paraissent
bien obscures aujourd’hui).

Il nous a raconté, que c’étaient les mêmes  astres,
plantés  au même  endroit, semble-t-il,
et offerts à tous les regards,
présentés dans leur  écrin de ciel.
–   Des diamants laissés hors de portée,
échappant ainsi à la convoitise des hommes.


RC – janv  2015


Une faible empreinte sur le sable – ( RC )

 –

 

 

A la vie, à la mort,
C’est le fruit du hasard,
Qui nous mène quelque part,
A bon port.

Qui a décidé de ma naissance,
A me savoir condamné,
A suivre ces années
Avec l’encre des sens ?

Je laisse sur le sable
Une faible empreinte,
Une trace peinte,
Si j’en suis capable…

Avant de m’effacer,
Je dépose à même le sol,
Juste quelques paroles,
Que le vent va chasser .

Si tu me croises un jour,
Lors d’une brise légère,
Toi, fleur primevère,
Tu verras mon contour,

Tracé de quelques mots,
Sur quelques pages,
Une sorte de camouflage ,
Derrière un rideau.

Et si tu le soulèves,
Tu liras peut-être
Quelques signes, une lettre,
Et la part de mes rêves.

Alors tu pourras décider,
D’une reconstruction,
Lancer des suppositions,
Avoir de moi une vague idée ,

Et partager bien sûr,
Une infime part de l’univers,
Cachée dans la lumière solaire ,
Et ses boucles d’écriture.

RC – avril 2014

 


Accords des souffles – ( RC )

photo:    Yusef Lateef, Cannonball Adderley

 

 

In a mellow tone,
Et la lune se pose,
Elle en est projecteur,
Sur le crâne luisant
Du trompettiste chauve.

In a sentimental mood,
Porte des espaces infinis,
Et peut-être la porte ouverte
Aux illusions,
Comme est la brillance du sax au noir.

Les bras  du bassiste,
Enserrent la silhouette de bois de
 » la grand-mère  »
Glissant sur les rails tendus,
Des cordes épaisses.

Il y a des rencontres,
Qui effacent en musique,
Le tangage des paroles,
Les rancoeurs des langages
Mal traduits.

Ici, les sons parlent
Aux silences,
Et le jazz se presse,
– pulsations cardiaques –
Sur notre coeur même.

La couleur des musiciens,
Importe peu.
Un miracle permanent,
Leur permet d’accorder
Leurs souffles.

Même dans le désespoir.

RC – 3 décembre 2013