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Le rideau de brume – ( RC )

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gravure: Gustave Doré

 


Je me rappelle de la brume :
tu t’es peu à peu fondue dedans,
et elle a fini par t’avaler .

Bien sûr, j’ai espéré que le rideau se déchire,
que la durée retombe : l’espace entre les pointillés ,
–  comme un habit dont on peut se passer ,

pour que le corps s’en dégage,
et rayonne, de sa puissance,
de sa joie, avec sa présence palpable .

Mais il en est comme d’une toile de fond,
où la limite en serait la courbe de la terre,
reculant à mesure que l’on avance.

A quel moment passerait-on à travers cette toile,
qui , justement n’existe que par
notre incapacité à voir derrière ?

Je me rappelle de la brume :
Tu t’es embarquée sur un navire ,
en suivant l’itinéraire inscrit sur les cartes.

Sans doute d’autres ports l’ont accueilli,
toujours plus lointains et improbables ,
mais il a disparu des yeux.

On peut se passer des yeux .
Le rideau de brume peut se percer
avec un appel, une lettre aux timbres exotiques

Mais il retombe, dans les intervalles,
comme un mur de silence, de plus en plus dense,
et la parole se décolore .

Elle se porte, mais uniquement dans le présent.
La lumière t’entoure. Elle éclaire sans doute
d’autres ports qui s’éveillent, encore obscurs .

L’imagination ne suffit pas à trouer l’ombre.
La brume épaisse ne nous permet pas
de savoir où elle commence.

RC – sept 2016

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Tirer un fil en travers du chemin – ( RC )

statuette  ss tête  au geste.jpg

dessin perso           d’après une  statuette de la Grèce Antique

J’ai tiré un fil
en travers du chemin .
Je l’ai attaché aux arbres  :
je comptais arrêter le ciel bas,
comme le font les araignées,

et, comme elles, j’aurais attendu,
        que la lumière
se dissolve dans les flaques,

       que l’écriture me propulse,
tel le vent dans les feuilles,
bien au-delà d’où portait mon esprit.

Et s’il faut attendre longtemps,
je la sentirai peut-être secouer mes cheveux,
– s’il en reste – et même,     qu’ils soient blancs.

Je ne compte pas suivre la foule des gens,
qui ne croient plus en la parole,
même la leur, et poussent leur valise,      le dos courbé,
à la façon du rocher de Sisyphe,                  obstinés,
mais pas étonnés de faire chaque fois le même parcours.

J’ai tiré un fil en travers du chemin,
et l’espace s’est dénoué .
Je l’ai saisi ,         ou bien quelque chose
a guidé ma main, pour traduire en mots
ce dont je n’avais aucune idée          l’instant d’avant :

une sorte de funambule          mesurant la distance
         entre les nuages,
et le fracas assourdissant du silence…


RC – mai 2016


Une enveloppe invisible au jour – ( RC )

maison  bois  mauvais état  _Peaceful.jpg

Imagine la chambre close sur ton sommeil:
Tu serais sous paroi épaisse
et une histoire sans fin
qui s’enroule avec ta mémoire
et agite les soubresauts du passé .
Les pensées en seraient prisonnières .
C’est comme un sac en plastique,.
Il aurait la couleur des nuits,
et même celle des nuits blanches.
Des cauchemars ne pouvant s’en échapper.

C’est une enveloppe étanche
et pourtant invisible au jour,
dans laquelle tu te démènes,
sans en trouver l’issue.
Seul, le rêve du présent
peut t’ouvrir les yeux.
C’est comme si celui-ci
de la fente des paupières,
pouvait pénétrer dans la conscience,
et chasser les ombres.

D’un rêve éveillé tu vivras au présent,
et ceux de la nuit, découpés en morceaux,
flasques témoins d’une parole emmurée,
que tu arrives à dépasser.

RC – août 2016

 

 

( réponse à un texte  de Marlène Tissot ):En attendant la fin de l’histoire sans fin )