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Sur la musique au tempo arrêté – ( RC )

photo:              Dersascha

 

Passant             à travers le toit ouvert,
Les chauves-souris,
Agitent leurs parapluies      d’ombres,
Sur la musique                au tempo arrêté .
Le matin s’est posé sur les instruments
Immobilisés
Du concert déserté.

Les chaises             habillées de velours ,
Ecarlates                      face aux pupitres,
Encore au garde-à-vous…
Et les partitions en désordre de feuilles,
A même le sol,
Répandues,         telles ailes de papillons,
Arrachées à leur destin.

Inutiles désormais,
Les portées       froissées,
Grouillant encore       de notes,
Répondaient       aux courants d’air,
Soulevant       les rideaux       aux fenêtres,
Restées ouvertes,
Cravachées par la pluie.

Les cuivres entassés,
Empilés à la hâte,
–        S’ essayant encore à rire
De leurs éclats jaunes,
Certains,              cabossés –     estropiés,
Voisins de formes             sombres,
Pouvant être des housses.

Déjà voilées de poussière,
Servant de repaire,
A une famille de rongeurs,
Qu’on voyait ,          très occupée,
A fureter            dans le vestiaire ;
Des habits en lambeaux,
Oscillant encore aux cintres.

Leur           cliquetis,
Seul,                      répond,
Aux           longues plaintes du vent,
Et de temps à autres,
Aux frissons                 du piano noir,
Lorsque se détachent de la voûte,
Quelques morceaux de plâtre.

RC – février 2014

photo: Emily Hill – sans doute accumulation de Arman, musée de Nice


Derrière les vitrines ( RC )

   photo:            lenouvelliste.ch

Les échantillons se succèdent,
Derrière les vitrines,
Il y a des pierres, il y a des ors,
Et de ces espèces précieuses,
Difficiles à trouver,
Extraites des profondeurs,
Comme ce diamant,
Jetant de ses facettes les feux.

Tenez-vous devant lui,
Imaginez sur votre chemisier,
Ce bijou hors de prix

Si facile à perdre,
Et objet de tant de convoitise…
Le concentré d’un travail obscur,
Dans les profondeurs de la terre,
Pour un cristal deluxe.
Les vitrines d’exposition,

Sont aussi celles d’animaux exotiques,
Ce seraient celles d’un poussiéreux musée
D’histoire naturelle…
s’il est naturel aussi
D’aligner les plus beaux papillons,
Cloués sur une planche,
Et les reptiles habitant les bocaux,
Flottant dans un liquide jaunâtre…

Les animaux du bout du monde,
Maintenus autoritairement,
Dans les parcs zoologiques,
Restent prisonniers à vie,
De cages étroites où se penche,
Un palmier en plastique,victimes
De leur condition d’espèce rare,
Dans quelques mètres carrés.

L’orang-outang passe de longues journées,
Désoeuvré, et attend à heures fixes sa pitance.
Les crotales s’enroulent autour de branches mortes,
Les oiseaux au plumage de feu, traversent
Leur espace au minimum vital,
Et progressent de grillage en grillage -allers-retours.
L’ours brun ne prend même plus la peine de se lever,
Et son voisin éléphant prend des rides de tristesse.

Le musée ainsi se fait pieuvre,
Qu’il ait l’aspect d’un zoo,
Ou d’une exposition temporaire.
Les objets rares et même les vivants,
Rendus toujours inaccessibles,
Par leur rareté, et souvent la valeur qu’ils symbolisent
Derrière des vitres blindées,
Ont l’apparence des reflets de mythe.

Mis en conserve, aseptisés,
Et coupés de leur milieu,
Le climat, l’effort qui les a révélés,
La vie – dont ils sont issus – ;
Ce sont bien des échantillons,
Mais d’espèces disparues, ou tout comme,
Plongés dans un bain artificiel,
Une dérive de l’esprit, une réalité…

Dont le filigrane a tout de la fausse monnaie.

RC  –  décembre 2013   et février  2014


Le moulin – ( RC )

peinture:       Pierre Mondrian

Au grand frottis du ciel,
S’égarent des écharpes grises,
Courant, sous la poussée du monde,
Soulever les écumes.

Mais en attendant qu’il se dénude,
Aux grands vents du mistral,
Ce sont les bras des moulins;
Ils offrent de grands cercles,

Et leurs ombres s’affolent,
Sur le sol, alors que se tendent,
Comme de grands papillons blancs,
Leurs toiles, sous la brise nue.

Le mouvement circulaire,
Se donne en moyeux et engrenages,
Il poursuit sa ronde à l’intérieur,
En poussant sa meule lisse.

Les jointures de bois, gémissent,
La récolte blonde
Se disperse en pluie d’ors,
Sous le parcours de la pierre,

Les sacs bruns se remplissent,
D’une farine si fine,
Qu’une partie s’en échappe,
Matière impalpable

Jouant dans les rais du soleil,
Et se déposant lentement ,
Sur tous les reliefs,
De la muraille de pierres.

Même le meunier et son assistant,
Ont la tête de l’emploi,
Recouverts de blanc,
Comme tout l’intérieur du moulin.

Ces sentinelles du vent,
S’ouvrent alors aux convois des ânes,
Revenant, lourdement chargés,
De la nourriture des hommes.

Pour la livrer de village, en village,
De fournil en fournil,
Où l’on suivra son sillage,
Rien qu’au parfum du pain cuit .

 

RC 16 novembre 2013

photo:                 moulins à vent plateau de Lassithi – Crète