Textes poétiques et d'actualité -nulle part ailleurs !

Articles tagués “palabres

Chems Nadir – le silence tes savanes, Afrique

photo perso:                           arbre de savane, Burkina Faso             decembre 2011

 » Dans le silence de tes savanes,
Dans la rumeur confuse de tes forêts
Afrique, mon continent d’ambre,
J’entends le bruit mémorable
Du premier arrachement
Quand la frêle créature verticale
S’extirpa du limon originel.
Les séismes succédaient alors aux déluges
Et les dinosaures coulaient,
Vivantes îles chavirées
Dans les eaux de la fonte.

Dans les grottes humides,
Aux blessures couvertes de tes escarpements,
Afrique, mon continent d’ambre
Je lis la geste première transcrite
Ocre et brune, magique
Par les mains inspirées des Fondateurs.

Sous les bras feuillus de tes arbres à palabre
Sur tes pistes poudreuses qu’ébranlent les caravanes
Afrique, mon continent d’ambre,
J’écoute le vent raconter la sagesse dogon
Et que l’homme soit le grain de l’univers !
Que devant sa volonté, s’agenouillent
L’auroch et le mammouth domptés.
Que les fruits de la mer pullulent dans ses nasses.
Que sous ses pas, lèvent, rythme ondoyant, les moissons
Et qu’au bout de ses doigts tendus
Resplendisse la myriade des météores « .

Chems Nadir,  » Le Livre des Célébrations »(extrait)

Publicités

L’art de la palabre en Afrique

Voila  un extrait  d’un article intéressant paru  dans la revue  « the  Ecologist »…

il y  est question  du « conseil des anciens »  qui  débattent  des problèmes  locaux, directement  (sous l’arbre),  et qui s’efforcent  de trouver  des solutions

photo perso: relief à Guénon, Tiébélé -- Burkina Faso du sud

—-

L’art de la palabre

Peut-on bien vivre sans démocratie représentative ? Comment les peuples premiers prennent-ils les décisions collectives ? Serge Latouche présente ici l’art de la palabre en Afrique.

C’est en Afrique noire que j’ai pris conscience des limites du rationnel et de son caractère pathologiquement occidental, tandis qu’une certaine sagesse africaine était à redécouvrir, y compris pour porter remède à nos maux.

Il y a en marge de la déréliction de l’Afrique officielle,à côté de la décrépitude de l’Afrique occidentalisée, une autre Afrique bien vivante sinon bien portante. Cette Afrique des exilés de l’économie mondiale et de la société planétaire, des exclus du sens dominant, n’en persiste pas moins à vivre et à vouloir vivre, même à contresens. Mes recherches sur l’économie et la société informelle en Afrique m’ont fait rencontrer de magnifiques cas de « réussites » de fonctionnements tout à fait aberrants par rapport aux normes de la rationalité économique.

Pour avoir perdu la bataille économique, l’Afrique a-t-elle définitivement perdu la guerre des civilisations ? Une économie officielle a bel et bien été battue ; mais la société a survécu à cette défaite. Cela signifie que les fonctions que nous attribuons aux instances technique et économique (la production de « richesses ») ont été tout de même assumées tant bien que mal par la société.

Les anciens s’assoient sous un grand arbre et discutent jusqu ‘à ce que tous soient du même avis Une explication la plus plausible est donc que l’économie et la technique ont reflué dans le social, ou pour le dire dans les termes de Karl Polanyi, économie et technique ont été réenchâssées. Cela se voit dans le phénomène de l’économie dite informelle, mais aussi, plus généralement, ‘dans la persistance de la solidarité quotidienne, la logique du don et une certaine sagesse démocratique paradoxale. Cette autre Afrique qui n’est pas celle de la rationalité économique, c’est l’Afrique des savanes, des forêts et des villages, l’Afrique des bidonvilles et des banlieues populaires, bref « la société civile », l’Afrique des conférences nationales. Une Afrique bien vivante, capable de s’auto organiser dans la pénurie et d’inventer une vraie joie de vivre. Je n’évoquerai qu’une de ses illustrations : la palabre. Au delà des clichés

La (ou le) palabre africain (e) est à la fois un cliché folklorique et pourtant une réalité assez peu étudiée. On sait que l’Afrique subsaharienne vit, et plus encore vivait, dans des villages et que les problèmes de la communauté, la politique, se réglaient et se règlent encore largement sous l’arbre ou la case à palabre, souvent d’un auvent sommaire. Voyageurs, missionnaires, marchands, militaires et colons, plus peut-être que les ethnologues, ont évoqué et décrit ces délibérations interminables. On a rapproché, non sans raison, le phénomène récent des « conférences nationales » par lequel les « sociétés civiles » africaines ont affirmé l’exigence démocratique et un « ras-le-bol » des dictatures corrompues, de la palabre locale, mode de résolution des conflits de pouvoirs. (1)

La palabre rassemble les anciens, les sages, les nobles, les guerriers, voire la population toute entière, captifs compris, sans en exclure les animaux qui peuvent, le cas échéant, avoir leur rôle à jouer et qui font souvent les frais des litiges en servant d’exutoire sous la forme du bouc émissaire. Ainsi, chez les Bobo du Burkina- Faso, si la faute justifiait la peine de mort, on substituait pour un homme libre, ses animaux en sacrifice.

photo perso : chefferie - Guénon fin 2011 -- voir l'image à la taille réelle cliquer une première fois sur l'image, et une deuxième fois lorsque la taille intermédiaire est affichée

J’ajouterai, contradictoirement,  que cette vision « idéale », du règlement  des conflits,  a aussi des  « accidents »…

Par exemple  lorsque  l’autorité du chef  est remise en question,  ce qui a abouti  début mars de cette  année, à un lynchage collectif  d’une  partie de la population d’une chefferie ( concession): la concession de Guénon,  où j’ai séjourné une nuit  en décembre 2011: de 10 à 12 morts à l’arme blanche…

Voir les  articles  locaux  qui relatent  ces  évènements tragiques…