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Le cahier clos – ( RC )

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Celui chante là quand toute voix se tait
Si c’est le silence, alors

Tu l’a celé,
De ton écriture,
Tels sont les écrits ;
Couchés sur le papier
Dont tu n’ajouteras aucun chapitre ;

Un cahier plein de murmures,
Où je peux relire,
Les lettres de ton souffle :
Tu es tout près,
Cachée derrière les feuilles.

Et le cahier est fermé
pour toujours.
La lumière éteinte,
pourtant, ne cesse de briller.
chaque jour où je l’ouvre.

Un frisson
qui parcourt le dessin de l’écriture,
jusqu’à planer quelque part en moi :
Une voix intérieure me parcourt,
Même si je tais les mots

évadés du champ de la page ,
L’envol d’un invisible oiseau .

RC – juin 2015

 

( la première ligne  est empruntée à un écrit  de Philippe Jaccottet )


Traces de l’oiseau de passage – (RC )

sculpture: C Brancusi

                 sculpture:           C Brancusi

 

 

 

L’oiseau de passage

Flèche les pages

Données au vent.

Il ne laisse trace,

Que l’ombre fugace,

Courant sur le sol,

Et les ruisseaux, les forêts,

Oublient tout de l’image,

Car elle est sans mémoire.

Elle ne s’accroche , qu’au temps,

Celui de l’envol,

Celui de l’instant présent.

Qu’importe le nom des hommes,

S’ils font de leur vie un envol…

Ils s’accomplissent autrement,

Même sans graver leur nom dans l’histoire.

RC- août 2014


Rentré dans l’image, comme par effraction – ( RC )

 

photo: extraite de  » Playtime » J Tati

 

Des grands halls  gris

Où rebondit la lumière,

Comme prisonnière,

Sur les murs de granite polis,

Se détachent, en lettres  régulières,

Ignorant la fantaisie,

Le nom de la société.

 

Dans cet espace distant du monde ,

Prélevé  sur le vivant,

– Une greffe  végétale -,

Un duo de plantes vertes,

( les caoutchoucs sont très  « vendeurs » ),

De part et d’autre de l’ascenseur,

–           Symétriques.

 

Les chiffres lumineux

Affichent  des progressions lentes,

Dans les entrailles de l’immeuble.

Les portes en métal brossé

Ne s’ouvrent jamais ici.

 

Les plantes  s’ennuient.

 

A la réception,

L’homme à la casquette,

Semble posé là,

Comme une partie  du décor,

Rectangulaire.

 

Ainsi le tapis de sol,

Sur le dallage de marbre,

Abandonne, faute de mieux,

Ses odeurs synthétiques,

Sous la vidéo, qui alterne

Les vues du parking.

 

Les bâtiments voisins, revêches,

Masquent en grande partie,

Un ciel sans consistance,

Grillagé de lignes  électriques,

Qu’un élément mobile vient perturber,

Un oiseau rentré dans l’image,

Comme par effraction.

 

 

RC – juin 2014

 

 

 

 


Michaël Dickman – où nous vivons.

illustration de livre  d'enfant

illustration de livre d’enfant

Michaël Dickman-

Où nous vivons

* J’avais l’habitude de vivre dans une mère maintenant je vis dans un tournesol

Aveuglé par l’argenterie

Aveuglé par le réfrigérateur

Je suis assis sur un trottoir dans le tournesol et  son averse jaune.

La lumière du monde perle sur une feuille verte parfaite

Elle griffonne son nom sur chaque chose vivante

il l’efface ensuite

et ce qui reste n’est plus d’un murmure d’une mère

Ici c’est le printemps

Maintes et maintes et maintes fois

J’avais l’habitude de vivre dans un nuage

maintenant je vis dans un corbeau

Il est minuscule et perclus de là,

mais je ne peux trouver mon chemin

pour la salle de bains dans le noir

quand je dois y aller

Toutes les fenêtres du corbeau sont restées ouvertes

et laissent entrer les nuages .

De retour Ils flottent ,passé mon lit et je n’ai rien à dire

Bonjour , ravi de vous rencontrer!

À partir d’un poteau de téléphone

les langues glissent en chantant bienvenue dans la maison

Bienvenue dans la maison , chantent-ils

-J’avais l’habitude de vivre

dans un arbre

maintenant je vis dans un roi

Il agite ses bras devant lui

et les migrations sans fin d’oiseaux

disparaissent dans son manteau

J’aime m’asseoir à l’intérieur de sa couronne ,

manger des sandwichs et regarder la télévision

Les collines se serrent dans la distance

quand il se mélange les pieds

les inondations quand il claque des doigts

Je m’incline à l’intérieur de son front

et l’après-midi s’étire.

Commandant encore plus de sandwiches

Et vendant des esclaves

et rendant les esclaves libres

et vendant des esclaves.

( Trad  RC ) ———

—– Where we live. I used to live in a mother now I live in a sunflower Blinded by the silverware Blinded by the refrigerator I sit on a sidewalk in the sunflower and its yellow downpour The light of  the world beads up on one perfect green leaf It scribbles its name on every living thing then erases it so what’s left is more of a whisper than a mother Here it’s spring Over and over and over again I used to live in a cloud now I live in a crow It’s tiny and crippled in there but I can find my way to the bathroom in the dark if   I need to All the windows in the crow are left open and let the clouds in Back in They float past my bed and have nothing to say Hello it’s nice to meet you! From a telephone pole tongues slide out singing welcome home Welcome home they sing I used to live in a tree now I live in a king He waves his arms in front of   him and endless migrations of   birds disappear into his coat I like to sit up inside his crown eating sandwiches and watching tv Hills shake in the distance when he shuffles his feet Floods when he snaps his fingers I bow inside his brow and the afternoon stretches out Orders more sandwiches And sells the slaves and sets the slaves free and sells the slave