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Une salle d’attentes – ( RC )

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Comme  la trace  des mains  négatives,
où la couleur cerne la présence,
En creux , le sillon de la mort,
le vide ,tracé,      de l’absence,

Une chambre des échos,
où se perdent les pensées,
celles d’une immobilité
jamais voulue,

cartes postales jaunies,
buée opaque sur la vitre
où apparaissait ton visage,
sans même  songer aux pourquoi,

.. mais juste  ce froid… :
C’est une salle  d’attentes
aux fenêtres jamais ouvertes.
Aucun train ne s’arrête pour moi.


RC – nov 2015

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Les ordures de l’actualité – ( RC )

0incendie Pakistan

 

Debout quelque part,
c’est dire la station verticale,
équilibre instable,
d’un pied sur l’autre;
mais on sait que c’est provisoire.

Des nouvelles à la radio,
on dirait que naturellement
prolifèrent
les incendies, les révoltes
et qu’ils gagnent du terrain.

C’est encore loin,
mais il y a des prémices,
et c’est comme un légume
qui pourrit,
dont les taches brunes s’étendent.

Là bas, on n’est plus debout,
on rampe, on se terre
on s’abrite où on peut,
on mange des rats,
– s’il y en a.

C’est un crépuscule,
les derniers soubresauts
d’une lueur
avant son effondrement .
On ne pourrait plus être …

Et si l’on a été,
cela se conjugue au passé,
maintenant l’ombre
se détache des choses,
et prend le dessus.

Dans quel monde a-t-on vécu ?
Déjà,            on ne s’en souvient plus …
la poussière soulevée
a tout envahi,
même jusque aux souvenirs .

Ou s’il y en a encore,
Il n’est pas sûr qu’au réveil,
il y ait encore un soleil.
Hier est du passé,
C’est comme s’il était mort.

On doit faire avec la peur,
et de drôles d’orages glacés,
sur des terrains arides
où se multiplient les ordures,
de l’actualité .


RC – janv 2016


Etre le fil ( RC )

montage : Ulla Gmeiner - extrait de plateform magazine

montage : Ulla Gmeiner –       extrait de plateform magazine

 

 

 

S’il faut remonter le cours des choses,
enfin, celui qu’indique la pesanteur,
tu ne peux que percer les nuages,
et t’agripper comme tu peux,         aux frottements de l’air.
La chute est inéluctable, et la mort définitive.
Tes ailes se sont détachées, tu étais trop proche du soleil, et la planète exerce sa vengeance, indifférente  .
Le baiser du sol, une farouche attirance.
Mais le sursis d’un câble, auquel tu te suspends,   permet de différer la sentence..
Comme quoi    – dit-on         la vie ne tient qu’à un fil –

Il était temps .

La danse de l’acrobate peut se poursuivre dans les airs,
le papillon voleter de ci, de là, évitant les pièges, presque malgré lui.

Tu rêves d’une image pure où tu serais le dompteur de toi-même, délivré de la pesanteur, et juste rattaché à un fil.
Mais celui-ici ne serait plus celui qui te retient de la chute au dernier moment.
Il serait un cordon ombilical, te reliant à la vie, comme celui qui jadis te reliait à ta mère.
Tu peux te mouvoir dans un univers où tous les repères se dissolvent, la pesanteur abolie, et toi, à la recherche d’une perfection, puisque tes mouvements ne seraient plus entravés.
Seul, le fil te maintient.
Il te maintient en vie, car il t’alimente d’oxygène dans un espace qui en est dépourvu, conjurant l’asphyxie, mais si fragile, car tu pourrais le lâcher, ou le rompre par inadvertance.

Tu as pénétré par effraction dans un univers qui t’était étranger, interdit par ta propre nature, – ainsi le scaphandrier sous la chape épaisse de l’eau – et tout dépend du fil : de ce qui le relie à la surface, au monde connu.

De la même façon l’épée de Damoclès, elle aussi suspendue à un fil, n’est une menace que si celui-ci vient à se briser .

Tu t’approches , amant solitaire de ta propre vie,

saisis des instants que tu prolonges, tant que tu tiens à distance les pouvoirs de la mort.

Tu es toi-même le fil,

celui, qui avant de se rompre,             a différé la chute.

RC –  mai 2015


Une faible empreinte sur le sable – ( RC )

 –

 

 

A la vie, à la mort,
C’est le fruit du hasard,
Qui nous mène quelque part,
A bon port.

Qui a décidé de ma naissance,
A me savoir condamné,
A suivre ces années
Avec l’encre des sens ?

Je laisse sur le sable
Une faible empreinte,
Une trace peinte,
Si j’en suis capable…

Avant de m’effacer,
Je dépose à même le sol,
Juste quelques paroles,
Que le vent va chasser .

Si tu me croises un jour,
Lors d’une brise légère,
Toi, fleur primevère,
Tu verras mon contour,

Tracé de quelques mots,
Sur quelques pages,
Une sorte de camouflage ,
Derrière un rideau.

Et si tu le soulèves,
Tu liras peut-être
Quelques signes, une lettre,
Et la part de mes rêves.

Alors tu pourras décider,
D’une reconstruction,
Lancer des suppositions,
Avoir de moi une vague idée ,

Et partager bien sûr,
Une infime part de l’univers,
Cachée dans la lumière solaire ,
Et ses boucles d’écriture.

RC – avril 2014

 


Tu m’as crû mort – ( RC )

image: Mr  Mrs Macbeth

image: Mr Mrs Macbeth

 

 

Tu m’as cru mort,      car             passe le silence,

S’étire un temps,           qui soulève la poussière,

Et elle, doucement, en suspension,           se dépose sur la mémoire.

 

Mais la  lassitude,         ne vient pas au bout de l’existence,          par un simple assoupissement de la conscience.

J’invente une pluie,                  une vapeur,          une haleine,

des couleurs et une chanson,         que personne n’a jamais vues et entendues, jusqu’à présent  .

 

Elles parlent en mon nom,

Elles forment des signes sur le papier,

Elles n’ont pas besoin que tu regardes …

 

Et d’ailleurs, qu’y verrais tu ?

Il n’y a pas de geste visible,

Et les mouvements de l’âme, se font aussi,

Dans la discrétion.

 

 

RC – avril  2014

 

 


Anne-Marie Kegels – Je t’aimerai sans toi…

peinture: Karel Appel  1958

                     peinture:      Karel Appel 1958

 

 

Je t’aimerai sans toi. ne me fais jamais signe.

Un ajonc peut flamber sur la lande à midi,
solitaire en son mal et seulement nourri
d’argile avaricieuse au bout de sa racine.

Enterre au fond de toi mon nom ensommeillé.
Reste plus ténébreux qu’un buis de cimetière.

Je t’ai volé jadis les neiges de janvier
et j’ai coupé sur toi mes plus hautes javelles.

Va, ressemble à un mort.

Debout dans mon désert
je sens bouger en moi des foisons de semences.

L’amour qui te cherchait dans sa famine immense
t’a dépassé enfin et brûle l’univers.

Anne-Marie Kegels Haute Vigne, 1963