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Une douceur attentive, au mouvement des pensées. – ( RC )

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Dans ma poche, une feuille de papier pliée en quatre ou peut-être davantage,
Je prévoyais d’envoyer un message, un pont dans le futur,
Que j’écrirai peut-être:        Je m’écrirai à moi-même.
Ce seraient des mots alignés, puis des remords, biffés,
des paragraphes reliés par des flèches, des expressions qui les supportent,
et qu’on déplace comme on le ferait d’une assiette posée sur une table.

Et si j’écris, même si celà ne prend pas la forme d’un poème,
il y aurait là la trace laissée par ma main, qui suit les méandres des idées .
Et , oubliée un temps insoupçonné dans la poche,
la feuille me remémorerait, fidèle, ce que je lui ai confié ,
conservant aussi les plis et la légère courbure de la poche.
C’est bien ça: un message adressé à moi-même :
Mais il faut que je lui « parle », d’abord.

La peau blanche du papier,
toujours d’une douceur attentive
au mouvement des pensées,
reste pour l’instant pliée dans la poche.
Elle a toutes les apparences d’un terrain favorable,
comme celui où il suffit de jeter des graines,
pourqu’il en sorte des pousses vigoureuses.


RC – dec 2015


Dessous, dérivent les idées – ( RC )

–                   image geowiki:  Glacier Briksdal, Norvège

Oui, dessous dérivent les idées,
Elles se déplacent                      lentement,
Emportées         par les courants du temps,
Frottant sur les aspérités,


…Elles finissent par réapparaître, neuves,
D’une cascade,            une cataracte,
On les voit sortir                 intactes
A l’issue de l’épreuve.

Ce sont les mêmes  ,    mais sans faire du sur-place,
Sous une concentration de langages,
(         sous l’empilement des étages                )
Et                      des tonnes de glace.


….Si l’on creuse sous l’antarctique,
Et l’entassement      des neiges,
On trouve          sous ce cortège,
Des broderies fantastiques,

De petites bulles d’air de l’époque,
On peut compter les millénaires,
– à tourner le film à l’envers –
Celui que cotoyaient d’autres phoques.


….Et prisonnier d’éternels hivers,
Au défilé du temps , s’y lit,
Le visage du fils,           qui pâlit
S’il retrouve ainsi          son père.

Comme s’il était à sa place
Mais conservé               plus jeune que lui,
Dans            une longue et blanche nuit,
Lui qui disparut dans une crevasse…


Le piolet à la main…
Quand s’inversent les dimensions,
Et que l’autre génération,
Contemple dans la glace,      son destin.

Ainsi             le carnaval des idées,
Dont les couleurs      sont un défi,
–   Le retour de la philosophie,
>           Ces sagesses vont nous guider,


Celles qu’on n’aurait pas dû quitter,
Et dont les théorèmes,
Côtoient la vie contemporaine,
L’actualité,                      l’antiquité.

RC – novembre 2013

(et voir cette citation de Raymond Abelio, qui va dans le même sens  ):

il m’arrive de penser que la terre où je marche, plus sensible que nous mais voilée à nos yeux par notre poussière, s’est imprégnée dans ses profondeurs, des siècles durant, de ces images ignorées de nous, et qu’un jour peut-être des hommes au regard rénové ou munis d’instruments étranges sauront les lire et se pencheront, pensifs, sur elles. A quelques dizaines de mètres à peine de l’avenue à grand trafic, ces lieux sont tranquilles, presque déserts. Rien n’y bouge, on y respire un air immobile, le même, semble-t-il, depuis des siècles. Mais nos yeux ne savent pas reconnaître les signes enfouis.

  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. I, partie Un faubourg de Toulouse, 1907-1927, p. 131