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Où dorment les saisons – ( RC )

C’est un voyage immobile,
où les saisons dorment.
Les matins tournent sur eux-même,
et remontent l’obscurité,

mais le temps ne parle pas aux plantes,
les fenêtres restent ouvertes,
sur un horizon où les montagnes
ne changent pas de couleur .

J’attends que les choses se bousculent.
Il faut juste un mouvement du poignet,
et forcer parfois sur les crayons,
pour que l’aube se change en jour,
         que l’univers se mette en mouvement.


RC – avr 2017

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Sur la musique au tempo arrêté – ( RC )

photo:              Dersascha

 

Passant             à travers le toit ouvert,
Les chauves-souris,
Agitent leurs parapluies      d’ombres,
Sur la musique                au tempo arrêté .
Le matin s’est posé sur les instruments
Immobilisés
Du concert déserté.

Les chaises             habillées de velours ,
Ecarlates                      face aux pupitres,
Encore au garde-à-vous…
Et les partitions en désordre de feuilles,
A même le sol,
Répandues,         telles ailes de papillons,
Arrachées à leur destin.

Inutiles désormais,
Les portées       froissées,
Grouillant encore       de notes,
Répondaient       aux courants d’air,
Soulevant       les rideaux       aux fenêtres,
Restées ouvertes,
Cravachées par la pluie.

Les cuivres entassés,
Empilés à la hâte,
–        S’ essayant encore à rire
De leurs éclats jaunes,
Certains,              cabossés –     estropiés,
Voisins de formes             sombres,
Pouvant être des housses.

Déjà voilées de poussière,
Servant de repaire,
A une famille de rongeurs,
Qu’on voyait ,          très occupée,
A fureter            dans le vestiaire ;
Des habits en lambeaux,
Oscillant encore aux cintres.

Leur           cliquetis,
Seul,                      répond,
Aux           longues plaintes du vent,
Et de temps à autres,
Aux frissons                 du piano noir,
Lorsque se détachent de la voûte,
Quelques morceaux de plâtre.

RC – février 2014

photo: Emily Hill – sans doute accumulation de Arman, musée de Nice


Michaël Dickman – où nous vivons.

illustration de livre  d'enfant

illustration de livre d’enfant

Michaël Dickman-

Où nous vivons

* J’avais l’habitude de vivre dans une mère maintenant je vis dans un tournesol

Aveuglé par l’argenterie

Aveuglé par le réfrigérateur

Je suis assis sur un trottoir dans le tournesol et  son averse jaune.

La lumière du monde perle sur une feuille verte parfaite

Elle griffonne son nom sur chaque chose vivante

il l’efface ensuite

et ce qui reste n’est plus d’un murmure d’une mère

Ici c’est le printemps

Maintes et maintes et maintes fois

J’avais l’habitude de vivre dans un nuage

maintenant je vis dans un corbeau

Il est minuscule et perclus de là,

mais je ne peux trouver mon chemin

pour la salle de bains dans le noir

quand je dois y aller

Toutes les fenêtres du corbeau sont restées ouvertes

et laissent entrer les nuages .

De retour Ils flottent ,passé mon lit et je n’ai rien à dire

Bonjour , ravi de vous rencontrer!

À partir d’un poteau de téléphone

les langues glissent en chantant bienvenue dans la maison

Bienvenue dans la maison , chantent-ils

-J’avais l’habitude de vivre

dans un arbre

maintenant je vis dans un roi

Il agite ses bras devant lui

et les migrations sans fin d’oiseaux

disparaissent dans son manteau

J’aime m’asseoir à l’intérieur de sa couronne ,

manger des sandwichs et regarder la télévision

Les collines se serrent dans la distance

quand il se mélange les pieds

les inondations quand il claque des doigts

Je m’incline à l’intérieur de son front

et l’après-midi s’étire.

Commandant encore plus de sandwiches

Et vendant des esclaves

et rendant les esclaves libres

et vendant des esclaves.

( Trad  RC ) ———

—– Where we live. I used to live in a mother now I live in a sunflower Blinded by the silverware Blinded by the refrigerator I sit on a sidewalk in the sunflower and its yellow downpour The light of  the world beads up on one perfect green leaf It scribbles its name on every living thing then erases it so what’s left is more of a whisper than a mother Here it’s spring Over and over and over again I used to live in a cloud now I live in a crow It’s tiny and crippled in there but I can find my way to the bathroom in the dark if   I need to All the windows in the crow are left open and let the clouds in Back in They float past my bed and have nothing to say Hello it’s nice to meet you! From a telephone pole tongues slide out singing welcome home Welcome home they sing I used to live in a tree now I live in a king He waves his arms in front of   him and endless migrations of   birds disappear into his coat I like to sit up inside his crown eating sandwiches and watching tv Hills shake in the distance when he shuffles his feet Floods when he snaps his fingers I bow inside his brow and the afternoon stretches out Orders more sandwiches And sells the slaves and sets the slaves free and sells the slave


L’obscure hantise ( RC )

                                       gravure: F Goya:      série des « Caprices »

 

Ont été livrées les fenêtres éteintes,

Fermés les horizons d’un mur végétal,

Entortillé le cordon ombilical …

S’est édifié, pierre à pierre un labyrinthe.

 

Personne n’en a jamais vu la sortie

On ne traverse pas de jardins aux orangers,

Mais une jungle épaisse de tous ses dangers,

Gardée de ronces, barbelés et d’orties.

 

La nuit commence, quand s’éteint la joie,

Les rideaux tombent, rien ne trouve sa place,

Il n’y a de palpable que ce que les années amassent,

Et qu’on chemine seul sur le chemin étroit,

 

Que l’on imagine bordé de précipices,

Sans savoir la direction où nous mène,

Le mystère de la condition humaine,

Quand la peau se ride et se plisse.

 

Et dans la lente course vagabonde,

D’autres sentiers sortent des bois,

Certains portent des lanternes, et d’autres des croix,

Errant au bord de lacs sombres, dont on devine l’onde.

 

Chacun garde cependant un peu d’espoir,

Soit par conviction, soit par prière,

En souhaitant qu’enfin revienne la lumière,

Pour voir changer le cours de l’histoire.

( en pensant à toutes les périodes d’obscurantisme accompagnant les vicissitudes de l’histoire )

 

 

RC  – 20 septembre 2013


Aquis Submersus ( RC )

Max Ernst       aquis submersus         1919

Après,     il y a bien ce temps immobile,
La lune ,     qui reflète une horloge,
L’eau fade    où le plongeur vertical,
Cherche des coquillages improbables,
Dans une piscine étroite,

Soumise au silence,
Au mannequin figé,
Moulage de plomb
Distribuant les mauves portés,
Attentif à la nuit.

Rien n’existe,
Que la part du rêve sur le papier,
Où les ombres se posent en faux,
L’ Aquis submersus
Rejoint ce décor d’opérette.

Censure ouverte,    d’un secret entrevu,
Un espace traversé d’ambiguïtés,
Rappel lointain d’un familier,
–                  Traversé à la hâte,
Mais aux fenêtres murées.

RC – 13 septembre  2013