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Des paroles que je n’ai peut-être même pas prononcées. – ( RC )

sables  l'Espencier01.JPG

Il est des temps
où la mémoire s’enfouit :
les pas sur le sable
s’effacent avec les vagues,
et c’est comme si,
de la parole des choses,
peu de traces demeurent.

Le pot de terre
à peine visible sous les herbes,
et la jungle végétale        ;
le temple bâti pour l’éternité,
dont les pierres sont englouties
par les racines,
et mes paroles, aussi
parties au gré du vent.

Qui sait s’il me les rendra.
Je ne les ai peut-être
même pas prononcées.
D’autres les recouvrent.

Le soleil est soluble
dans un verre d’eau,
et les années, bien peu de chose
en regard de l’éternité.
L’immobilité tourne les pages :
rien ne la trouble.
Rien n’a jamais existé.


RC – juill 2016


Fragments de marbre de Gortyne – ( RC )

734k5 Gortyne, olivier âgé de 1600 ans et colonne

photo  Thierry Jamart photo  Thierry Jamart  ( Gortyne –  Crète )

Je suis encore trop loin
pour entendre le fracas des étoiles .

D’autres, par delà les siècles l’ont-il perçu ?
Des volcans se sont réveillés,
ont tout balayé sur leur passage.

Des gestes sont restés suspendus,
Des temples se sont écroulés.

On se dit que les temps sont morts,
la vie ayant déserté les villes.

On trouve encore fréquemment
des tronçons de colonnes dans les champs.

Les oliviers, eux, se souviennent,
des tragédies grecques , du voyage d’Ulysse.

Certains sont millénaires.
Ils tiennent dans leurs racines
des morceaux de statues de marbre.

Les regards sereins, enfouis sous la terre
ont tout le temps de capter les récits des héros,
et de surprendre l’éternité :

celle qui reste sous l’empliement des strates.

L’aubier de la jeunesse de ces arbres,
contient peut-être encore
la trace de l’incendie,

se nourrit aussi des cendres
et les vénèrent ainsi.


RC – juin 2016

 

( Gortyne est un site très ancien au centre-sud de la Crète, célèbre notamment  par  son « code de Gortyne », grande inscription encore visible…

voir  aussi  l’extrait  du texte  de Lambert Savigneux,  visible ici:

 » le regard et sourire amasse le fracas des étoiles que je sens dans tes gestes quand tu t’actives dans nul autre but que de prendre le temps de vitesse et surprendre la mort enfermée dans les troncs que tu dessines »


Il y a , il y aura ( RC )

Il y a , il y aura…


Il y a ,  il y aura

Sur cette butte
Proche de chez toi
Les jumeaux
Qui attendent.
Ces deux ombres vertes,
Ces deux arbres qui     ,    ensemble
Avec leurs racines
Partagent leur terre,
Partagent la terre entière.

Philémon et Baucis,
selon la légende,
Changés en arbres,
Grandissent depuis longtemps,
Disputant les éléments contraires,
S’aimant    se repoussant,
Et mêlant leurs bras,
Leur espace diminuant avec
La croissance des branches.

Il ne seront plus qu’un,
Bientôt peut-être loin,
Ne mourant encore ensemble
Qu’en saveur d’éternité.
Il y a, il y aura
Ces amants végétaux
Gardiens du silence
Et de l’amour

Près de chez  toi.

———–

Here It is, here it will  be

There  is, there will be,
Up on this hillock
Near your home,
The  twins, which
Are waiting.
These  two green shadows,
These two trees, which, together,
With their roots,
Share their  earth,
Share  the  entire earth.

Philemon and Baucis,
so , the legend says
Changed  in trees,
Are growing from a long time
Stand up agains  adverse elements
Loving and repulsing
Mixing their  arms,
Their space growing shorter with
Branche’s growth

They will  be  just one,
Soon, perhaps far away,
Dying together
Just with eternity flavour

There is, there  will be,
These plant lovers,
Silence and love keepers

Close from  your home

—-
Es gibt sie,
es wird sie immer geben
Auf dieser Anhöhe
Nah bei dir
Die wartenden Zwillinge
zwei grüne Schatten
diese Bäume
die mit ihrem Wurzelwerk
ihre Erde Teilen
sich die ganze Erde teilen.

Philemon und Baucis
verwandelt
nach der Legende
in zwei Bäume
gedeihen seit langer Zeit
sich streitend über die
Gegensätzlichkeit der Elemente.

Philemon und Baucis
sich liebend , sich zrückweisend,
die Ranken sich untermischend,
umgrenzen sie mit dem
Wachstum ihrer Äste
den Raum

Ganz eins werdend
Früher oder später
nicht zusammen sterbend
ohne den Geschmack der Ewigkeit

Es gibt sie
es wird sie immer geben
diese pflanzlichen  Liebhaber
Wächter der Stille und der Liebe
nah bei dir.

 

 


Disposant sur ma toile, des couleurs habitées (RC)

Disposant sur ma toile, des couleurs habitées (RC)

A fait l’objet d’une  variation poétique  de Jean-Jacques Dorio,dans  ses  « correspondances« ,

et d’un article  de Libellus dans  « sa  vue de la fenêtre dans la nuit ».,

J’ai fait mon propre  écho poétique  à celui  de Jean-Jacques, avec le texte ci-dessous, en me rappelant la région des Pouilles,  et particulièrement Polignano-a Mare  ( au sud  de Bari)

La fenêtre s’ouvre sur nos voyages secrets

Buées du vacarme salin des rafles sur l’espace

Ce qui nous tient éveillés, et rend sagaces

Sous cet après-midi luxueusement malaxés,

 

L’ajout et le reflux, matières minières

À laisser la mer nous envahir d’hier :

Le petit carré d’ocre résiste sans pensées

Mais en couleurs seulement dépensées

 

Sans paroles, et sans la moiteur intruse des terres d’été

En cet instant unique, à l’ombre évasive des oliviers,

Témoins millénaires de l’Italie proche de Sicile,

Du monde en regard mythologique, et en îles…

 

Immobile encore, sous les saccades du vent

Témoin de notre passage et notre instant

Sans pour autant me risquer à convier l’éternité

Disposant sur ma toile, des couleurs habitées…

en tentant une  traduction ;toute interprétation ( meilleure, ou différente ) sera bienvenue…

The window opens on our secret travels

Mist of saline uproar raids on the space

What keeps us awake and makes us sagacious

Under this afternoon luxuriously blended,

The addition and ebb, mineral materials

To leave the sea , invade us of yesterday:

The small square of ocher resists , without thoughts

But in colors, only expended

Without words, without wetness intruse of summer lands

Evasive shade of olive trees, in this unique moment,

Witnesses of thousand years, of Italy close to Sicily

A look,put in mythological world, and islands …

 

Still yet, under the wind jerks

Witness of our way,  and our instant

Without risking me to invite eternity

Arranging on my canvas, colors inhabited ….

NB: pour  ceux  qui apprécient Nicolas de Staël,  bien que ma peinture ne se situe  pas dans le même  état  d’esprit,   j’ai retenu sa citation,  qui me semble  chez lui, résumer  beaucoup de choses, ainsi que  chez un grand nombre d’artistes  utilisant la peinture…:

L’espace pictural est un mur, tous les oiseaux du monde y volent librement, à toutes profondeurs.

Nicolas de Staël, Lettre à Pierre Lecuire, 1949

NB: pour  ceux  qui apprécient Nicolas de Staël,  bien que ma peinture ne se situe  pas dans le même  état  d’esprit,   j’ai retenu sa citation,  qui me semble  chez lui, résumer  beaucoup de choses, ainsi que  chez un grand nombre d’artistes  utilisant la peinture…:

L’espace pictural est un mur, tous les oiseaux du monde y volent librement, à toutes profondeurs.

Nicolas de Staël, Lettre à Pierre Lecuire, 1949