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Etre le fil ( RC )

montage : Ulla Gmeiner - extrait de plateform magazine

montage : Ulla Gmeiner –       extrait de plateform magazine

 

 

 

S’il faut remonter le cours des choses,
enfin, celui qu’indique la pesanteur,
tu ne peux que percer les nuages,
et t’agripper comme tu peux,         aux frottements de l’air.
La chute est inéluctable, et la mort définitive.
Tes ailes se sont détachées, tu étais trop proche du soleil, et la planète exerce sa vengeance, indifférente  .
Le baiser du sol, une farouche attirance.
Mais le sursis d’un câble, auquel tu te suspends,   permet de différer la sentence..
Comme quoi    – dit-on         la vie ne tient qu’à un fil –

Il était temps .

La danse de l’acrobate peut se poursuivre dans les airs,
le papillon voleter de ci, de là, évitant les pièges, presque malgré lui.

Tu rêves d’une image pure où tu serais le dompteur de toi-même, délivré de la pesanteur, et juste rattaché à un fil.
Mais celui-ici ne serait plus celui qui te retient de la chute au dernier moment.
Il serait un cordon ombilical, te reliant à la vie, comme celui qui jadis te reliait à ta mère.
Tu peux te mouvoir dans un univers où tous les repères se dissolvent, la pesanteur abolie, et toi, à la recherche d’une perfection, puisque tes mouvements ne seraient plus entravés.
Seul, le fil te maintient.
Il te maintient en vie, car il t’alimente d’oxygène dans un espace qui en est dépourvu, conjurant l’asphyxie, mais si fragile, car tu pourrais le lâcher, ou le rompre par inadvertance.

Tu as pénétré par effraction dans un univers qui t’était étranger, interdit par ta propre nature, – ainsi le scaphandrier sous la chape épaisse de l’eau – et tout dépend du fil : de ce qui le relie à la surface, au monde connu.

De la même façon l’épée de Damoclès, elle aussi suspendue à un fil, n’est une menace que si celui-ci vient à se briser .

Tu t’approches , amant solitaire de ta propre vie,

saisis des instants que tu prolonges, tant que tu tiens à distance les pouvoirs de la mort.

Tu es toi-même le fil,

celui, qui avant de se rompre,             a différé la chute.

RC –  mai 2015


Rentré dans l’image, comme par effraction – ( RC )

 

photo: extraite de  » Playtime » J Tati

 

Des grands halls  gris

Où rebondit la lumière,

Comme prisonnière,

Sur les murs de granite polis,

Se détachent, en lettres  régulières,

Ignorant la fantaisie,

Le nom de la société.

 

Dans cet espace distant du monde ,

Prélevé  sur le vivant,

– Une greffe  végétale -,

Un duo de plantes vertes,

( les caoutchoucs sont très  « vendeurs » ),

De part et d’autre de l’ascenseur,

–           Symétriques.

 

Les chiffres lumineux

Affichent  des progressions lentes,

Dans les entrailles de l’immeuble.

Les portes en métal brossé

Ne s’ouvrent jamais ici.

 

Les plantes  s’ennuient.

 

A la réception,

L’homme à la casquette,

Semble posé là,

Comme une partie  du décor,

Rectangulaire.

 

Ainsi le tapis de sol,

Sur le dallage de marbre,

Abandonne, faute de mieux,

Ses odeurs synthétiques,

Sous la vidéo, qui alterne

Les vues du parking.

 

Les bâtiments voisins, revêches,

Masquent en grande partie,

Un ciel sans consistance,

Grillagé de lignes  électriques,

Qu’un élément mobile vient perturber,

Un oiseau rentré dans l’image,

Comme par effraction.

 

 

RC – juin 2014