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Combats épiques – (RC )

Au pied des tours du fort,

  • ces ciels bas du nord –

    Ce château des destins croisés

A l ‘herbe douce, et arrosée,

Miniatures précises, et aquarelles…

Où l’on plante des échelles,

Collines et arbres deployés,

Sur un fond carroyé,

Et si on tourne les pages,

Du livre aux images,

En passant du livre de prières,

Aux scènes guerrières,

Où la forteresse prise au piège,

Soutient vaillamment le siège .

On a descendu les herses,

Evalué la partie adverse,

Rassemblé les vaillants,

Pour contrer les assaillants.

Alors, l’herbe s’arrose,

D’un coup à forte dose…

Le sang des soldats cascade,

En rouges rasades,

Jaillissant des armures,

Jusqu’à peindre les murs,

Si les assaillants culbutent,

Et s’entraînent dans leur chute,

D’estoc et de taille,

En bruits de bataille,

Lances et piques,

. Et écritures gothiques.

S’écrivent aussi en combats épiques,

Discours et politique,

Ce qu’on voit sur les manuscrits,

Minutieusement décrits

Mariages et mésalliances,

Au pays de France.

Histoires de pouvoir,

– Agrandir un peu son territoire

Jouant aux échecs,

Rois, puissants et évêques,

Partageant le convoitise,

Sous de belles devises.

Accords , et traîtrises,

Bâtisseurs de châteaux et d’églises,

Edits et parchemins,

Sceaux de cire rouge carmin,

Evangéliaires et livres pieux

Les manuscrits précieux,

S’offrent aux regards,

De qui parcourt l’histoire,

En remontant les pages….

> Autant de témoignages,

Du passé,

Et des années amassées.

RC  11 septembre  2013


George Steiner – sur le miracle de la création

 

 

 

peinture Paul Klee –        Laughing Gothic  1915

( extrait d’un entretien  donné pour Télérama  en décembre 2011 )

 

Pouchkine disait : « Merci mon traducteur, merci mon éditeur, merci mon critique, vous portez mes lettres, c’est moi qui les écris. » Moi aussi, je porte le courrier. C’est un très grand privilège, mais qui n’a rien à voir avec le miracle d’un vers qui va chanter pour toujours. Nous comprenons mal les sources intimes de la création. Par exemple, nous sommes à Berne, voilà des années… Des enfants partent en pique-nique avec leur institutrice, qui les met devant un viaduc. Ils dessinent, l’institutrice regarde par-dessus l’épaule d’un bambin ; il a mis des bottes aux piliers ! Tous les viaducs, depuis ce jour-là, sont en marche. Cet enfant s’appelait Paul Klee. La création change tout ce qu’elle contemple, quelques traits suffisent à un créateur pour nous faire voir ce qui était déjà là. Quel mystère déclenche la création ? J’ai écrit Grammaires de la création pour le comprendre. A la fin de ma vie, je ne comprends toujours pas.

Comprendre, serait-ce manquer l’art ?
En un sens, je suis content de ne pas comprendre. Imaginez-vous un monde où la neurochimie nous expliquerait Mozart… C’est concevable, et cela me fait peur. Les machines sont déjà interactives avec le cerveau : l’ordinateur et le genre humain travaillent ensemble. Il se pourrait d’ailleurs qu’un jour les historiens se rendent compte que l’événement le plus important du XXe siècle, ce n’était pas la guerre, ni le krach financier, mais le soir où Kasparov, le joueur d’échecs, a perdu sa partie contre une petite boîte en métal. Et noté : « La machine n’a pas calculé, elle a pensé. » Quand j’ai vu cela, j’ai demandé leur avis à mes collègues de Cambridge qui sont les hauts rois de la science. Ils m’ont dit qu’ils ne savaient pas si la pensée n’était pas un calcul. C’est une réponse effrayante ! La petite boîte pourra-­t-elle un jour composer de la musique ?