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Ce qui tremble en moi – ( RC )

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Je n’ai pas conscience de ce qui tremble en moi,

Peut-être une horloge, au balancier d’argent,

Un feu consumerait  lentement l’églantier,

Qui y est planté.

Peut-être que remuent des noyaux de cerise,

Déposés là par des oiseaux de passage, pendant mon sommeil.

Il y a aussi en moi, un enfant,

qui pêche le soleil,     tombé dans une flaque d’eau

pas plus grande que ça,

mais cela suffit à réchauffer le corps :

Je laisse tout çà à l’abri.

Les idées s’y bousculent.

Chacune y trouve sa place, même si le tirage,

Comme au loto, s’y fait dans le désordre.

Il n’y a pas d’endroit très précis ,

Dans lequel je me retrouve ;

Puisqu’ aussi bien en janvier, qu’en juillet ,

Je parcours les nuages, qui traversent ma tête.

RC –  juillet  2015

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L’imagination complète, tout ce qu’on ne voit pas – ( RC )

photo: John Tucker

En navigant à vue,
Je  devine   –       et c’est pénombre … –
Des traits                   qui se forment,
Des volumes posés dans des drapés

Et les lignes des persiennes,
S’étalant  sur le sol,      le fauteuil,
Courbées par son torse,     ses bras.

Puis l’image change,
Et son corps se déplace,
Jusqu’à se perdre    quelque part,
Au-delà du cadre …

Ce sont des images  fugitives,
Où         l’imagination complète,
Tout ce qu’on ne voit pas  .

On plonge dans l’énigme
Incertaine ,       de formes floues,
Le regard ne sait pas où se poser.

Il vient,        hésite,           et repart  ,
Mais toujours contenu,
par l’espace limité,
–                 du trou de la serrure.

RC – sept  2014


Juan Luis Panero – Miroir noir

peinture: Erich Heckel  1909

peinture: Erich Heckel 1909

Miroir noir
Deux corps qui s’approchent et grandissent
et pénètrent dans la nuit de leur peau et de leur sexe,
deux obscurités enlacées
qui inventent dans l’ombre leur origine et leurs dieux,
qui donnent un nom, un visage à la solitude,
défient la mort car ils se savent morts,
détruisent la vie car ils sont sa présence.
Face à la vie oui, face à la mort,
deux corps imposent de la réalité aux gestes,
aux bras, aux cuisses, à la terre humide,
au vent des flammes, au bassin des cendres.
Face à la vie oui, face à la mort,
deux corps ont conjuré le temps obstinément,
construisent l’éternité qui les nie,
rêvent pour toujours le rêve qui les rêve.
Leur nuit se répète dans un miroir noir.
              Juan Luis Panero

trad  Dominique Boudou

Espejo negro
Dos cuerpos que se acercan y crecen
y penetran en la noche de su piel y su sexo,
dos oscuridades enlazadas
que inventan en la sombra su origen y sus dioses,
que dan nombre, rostro a la soledad,
desafían a la muerte porque se saben muertos,
derrotan a la vida porque son su presencia.
Frente a la vida sí, frente a la muerte,
dos cuerpos imponen realidad a los gestos,
brazos, muslos, húmeda tierra,
viento de llamas, estanque de cenizas.
Frente a la vida sí, frente a la muerte,
dos cuerpos han conjurado tercamente al tiempo,
construyen la eternidad que se les niega,
suen᷉an para siempre el suen᷉o que les suen᷉a.
Su noche se repite en un espejo negro.

Retour dans un jardin d’eden ( RC )

dessin:  Hans Bellmer

 

C’est le retour dans un jardin d’eden
A l’écart des buissons, j’y ramasse des fleurs
Dont je ne vois rien,            sinon leur odeur
Me glissant sous une porte, capitonnée de laine.

Au voyage de l’obscur            … je n’y vois goutte
Il faudrait que je m’éclaire d’une bougie,
Te tenant par la main, toi,             aux joues rougies,
Quelques allers-retours, pour demander ma route…

C’est bien le chemin, je peux continuer,
Mais ne peux m’accrocher, tant les murs sont lisses…
En allant à tâtons – attention, ça glisse ! – ,
Les paroles n’ont plus cours, je vais rester muet.

Prisonnier de toi, je progresse encore
Dans un ciel, qui reste toujours obscurci,
Je me sens à l’étroit – peut-être ai-je grossi…
Je te dirai plus tard tout l’or de ton corps,

La chaleur que l’incendie parfume
La course des chevaux, que l’on monte à cru
Quand tu me presses ,          et que je rue,
Et l’océan,       de tout son poids d’écume..

Tout ce que j’ai ressenti d’un noir décor,
Eclatant d’étincelles,   bercé de tes soupirs,
Nous n’étions qu’un, lancés dans notre offrir,
A nous ruer, palpitants … en petite mort.

RC – 13 septembre 2012