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Fragments de marbre de Gortyne – ( RC )

734k5 Gortyne, olivier âgé de 1600 ans et colonne

photo  Thierry Jamart photo  Thierry Jamart  ( Gortyne –  Crète )

Je suis encore trop loin
pour entendre le fracas des étoiles .

D’autres, par delà les siècles l’ont-il perçu ?
Des volcans se sont réveillés,
ont tout balayé sur leur passage.

Des gestes sont restés suspendus,
Des temples se sont écroulés.

On se dit que les temps sont morts,
la vie ayant déserté les villes.

On trouve encore fréquemment
des tronçons de colonnes dans les champs.

Les oliviers, eux, se souviennent,
des tragédies grecques , du voyage d’Ulysse.

Certains sont millénaires.
Ils tiennent dans leurs racines
des morceaux de statues de marbre.

Les regards sereins, enfouis sous la terre
ont tout le temps de capter les récits des héros,
et de surprendre l’éternité :

celle qui reste sous l’empliement des strates.

L’aubier de la jeunesse de ces arbres,
contient peut-être encore
la trace de l’incendie,

se nourrit aussi des cendres
et les vénèrent ainsi.


RC – juin 2016

 

( Gortyne est un site très ancien au centre-sud de la Crète, célèbre notamment  par  son « code de Gortyne », grande inscription encore visible…

voir  aussi  l’extrait  du texte  de Lambert Savigneux,  visible ici:

 » le regard et sourire amasse le fracas des étoiles que je sens dans tes gestes quand tu t’actives dans nul autre but que de prendre le temps de vitesse et surprendre la mort enfermée dans les troncs que tu dessines »

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Au contre-jour des flammes – ( RC )

peinture: Jorge Castillo

peinture:   Jorge Castillo

 

Il y a une ombre.
Elle  danse,
Transcende
les formes,
selon le caprice du feu.

Des dents  s’en élancent,
illuminent l’âtre…
Une  coque ardente,
s’échappe des cendres.
On ne peut la saisir,
sans se brûler
les doigts.

Et aussi ton ombre,
insaisissable,
projetée sur les meubles,
agrandie  au mur,
mouvante.

Mais tu es là,
Au contre-jour
des flammes,
A portée de mains,
tiède, ondulante,
sculptée  de lumière
orange.

La joie y danse,
J’en suis les courbes,
les dessine avec mes mains,
sans me brûler …

…  quoi que   !

 

RC


La fleur insolente d’une résistance – ( RC )

peinture:  auteur  non identifié

peinture: auteur non identifié

 

 

Il y a un espace blanc   ;
Il semble  que plus  rien  ne l’habite,
Sauf cet arbre,
isolé au milieu.

Au milieu d’un néant stérile,
Surgi des goudrons  et graisses,
Hérissé de son tronc,
Comme au milieu  de la haine.

Une haine qui a tout calciné,
réduit en cendres,
le passé trompé,
Là où vivre encore ne semble plus possible.

L’amour, pourtant, s’est fait geste  ,
et a tiré de la zone indistincte  ,
De quoi fleurir encore une fois  :
Une plante vivace au milieu d’un désert    .

Elle  s’offre  sous l’aride   ,
Un mirage sous le réel    ,
Un rêve oublié qui s’affirme ,
Avec la fleur insolente de la  résistance .

RC- avril 2015


Juan Luis Panero – Miroir noir

peinture: Erich Heckel  1909

peinture: Erich Heckel 1909

Miroir noir
Deux corps qui s’approchent et grandissent
et pénètrent dans la nuit de leur peau et de leur sexe,
deux obscurités enlacées
qui inventent dans l’ombre leur origine et leurs dieux,
qui donnent un nom, un visage à la solitude,
défient la mort car ils se savent morts,
détruisent la vie car ils sont sa présence.
Face à la vie oui, face à la mort,
deux corps imposent de la réalité aux gestes,
aux bras, aux cuisses, à la terre humide,
au vent des flammes, au bassin des cendres.
Face à la vie oui, face à la mort,
deux corps ont conjuré le temps obstinément,
construisent l’éternité qui les nie,
rêvent pour toujours le rêve qui les rêve.
Leur nuit se répète dans un miroir noir.
              Juan Luis Panero

trad  Dominique Boudou

Espejo negro
Dos cuerpos que se acercan y crecen
y penetran en la noche de su piel y su sexo,
dos oscuridades enlazadas
que inventan en la sombra su origen y sus dioses,
que dan nombre, rostro a la soledad,
desafían a la muerte porque se saben muertos,
derrotan a la vida porque son su presencia.
Frente a la vida sí, frente a la muerte,
dos cuerpos imponen realidad a los gestos,
brazos, muslos, húmeda tierra,
viento de llamas, estanque de cenizas.
Frente a la vida sí, frente a la muerte,
dos cuerpos han conjurado tercamente al tiempo,
construyen la eternidad que se les niega,
suen᷉an para siempre el suen᷉o que les suen᷉a.
Su noche se repite en un espejo negro.

Poudre tiède, et braises (RC)

Egon Schiele
« Jeune Femme demi nue allongée « 
1911

J’ai fouillé dans les  cendres
Et senti la poudre tiède de douceur
Accompagnée des morsures des braises » Ren

M, a sélectionné ces trois vers en provenance de « j’ai cherché le feu », en y faisant  écho avec :

A Ren, je réponds:

Tu m’as enflammée l’espace d’un souffle -étreinte.
Comme tu as pris ton temps pour m’éteindre!
Ah! mais tiens je suis encore de braise!

 —

ce qui a généré ———>

 

 Ta parole est en moi, et tes yeux de braise

J’ai bien senti sur ma peau, tes dialogues  ardents

Qui délaissent le tiède et le prudent

Si brûlants tes souvenirs, que je baise,

 

Souvenirs palpables qui reviennent me guider

Qui a dit que je voulais  t’éteindre ?

C’est toi que je voudrais  étreindre

Tout entière, et ton corps  et tes  idées

 

Le dialogue enchanté des amants

Va remuer les  cendres

Ce n’est plus  l’hiver, ni décembre

Mais le renouveau attendu, du printemps…

RC    – 3 juin 2012