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La lente houle de l’inquiétude – ( RC )

Au-delà du cercle, un peu plus lumineux,
( mais à peine ) ,        de la clairière,           la nuit venue,
c’est comme se poster à la lisière du monde.

Les arbres se confondent entre eux,
ils s’associent, solidaires, blocant l’intrusion
de la plus petite lueur, noirs sur anthracite,
car le ciel se distingue par une neutralité plate,
bouché par les nuages, que même la lune ne peut franchir .

On dirait que la mémoire du monde s’est absentée,
qu’il n’y a rien au-delà des robes d’ombre,
une perte, où seuls les feuillages mêlés,
et les troncs, se rappeleraient du jour lointain.

Va-t-il revenir ? On se le demande.
Faut-il progresser à travers la forêt?
Mais alors ce seraient des murailles
impénétrables au regard si on s’aventurait
en dehors de la clairière.

Il n’y a pas d’autre choix que rester sur place,
et de s’habituer à l’obscurité comme au commencement
d’un autre monde, où finalement on se guiderait aux sons.

Ceux des animaux, les déplacements furtifs dans les herbes hautes,
le balancement des fougères, le frottement des ramures,
les cris ponctuels des chouettes se répondant par-delà les espaces.

Des espaces qu’il ne nous seraient pas donnés de connaître,
nous interdisant d’évaluer les distances, reliés ,de plus
( si malgré tout on pouvait , par hasard, distinguer un peu les formes ),
par des écharpes de brumes, paresseuses.

Inversement, des yeux de braise peuplent les branches,
courent au ras du sol .
On se sent observé, dans l’oscillation de la meute végétale.

On frissonne, – de froid, comme d’effroi –
c’est comme si on vivait pour de vrai, un mauvais rêve,
débarqués à l’improviste dans un pays dont on ne connaît pas le langage.

La tête prise dans les filets de l’humidité,
qui se dépose lentement,
on se sent intrus dans la force obscure de la nuit
dépossédé de l’assurance que donne le jour aux hommes.

Comment s’étonner alors que tout semble receler une menace,
ne serait-ce que , si on risque quelques pas,
se prendre les pieds dans une racine,
se heurter la tête avec une branche basse.

Privés de repères,
il ne reste qu’à espérer le retour des heures,
qui se concrétise par la lueur de l’aube .

L’inquiétude a cours.
Elle se prête alors au retour des légendes et contes de l’enfance .
C’est une lente houle qui nous enveloppe, et déferle, immobile , sur nous.


RC – sept 2016

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Un autre acte à la pièce qui se joue – ( RC )

Arpad  Szenes    le  grand  dialogue    1956.jpg

peinture: Arpad  Szenes

 

Tout est remis en cause:

Ainsi les bruits , d’ordinaire secs et tranchants,
tombent d’eux-même, plats,
et ne sachant pas quelle direction prendre.

Un rideau a été tiré, de même, sur la vision :
l’arrière-plan de montagnes s’est tout à coup envolé,
et le ciel touche terre.

C’est sans doute un autre acte
à la pièce qui se joue,
venant de commencer :

l’éblouissement s’est retranché dans sa tanière,
attendant que se déploient des ailes froides,
ou bien il est parti ailleurs,          c’est difficile à dire .

Les jours souffrent autant du retard, :
leurs serres sont ternes ,      n’accueillent plus
la germination des graines, et la prolifération potagère .

Sous la toison de brume
la nature des choses s’absente,
et à l’identique,                mes pensées s’effacent .

On en vient à douter de leur existence .


RC – nov 2017


Une mer vide d’éternité – ( RC )

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Assis au bord  du temps,
Il y a devant moi ,
Une mer  d’ éternité ,
Et la mer est vide,
Aucun voilier ne vient ,
Jamais,
En déchirer l’horizontale.

Elle se perpétue ,
Comme le serait la souffrance ,
Vague après vague :
Elle  vient, dans un ressac
Toujours renouvelé ,
Brasser les sables ,
Et le quotidien de l’absence …

Les saisons sont un cycle,
Qui se répète,
Sans aucun printemps ,
Ni mouvement .
Le manque s’installe à demeure .
Un soleil s’est voilé,
Au passage des heures ;

Je connais la surface plate,
D’une mer plongée dans la brume ;
L’amour est parti trop loin,
Pour être encore mien .
Je n’en ai que le souvenir ,
Clos et étanche .

Je l’emporterai avant de mourir  .


RC- nov  2014


Le rideau de brume – ( RC )

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gravure: Gustave Doré

 


Je me rappelle de la brume :
tu t’es peu à peu fondue dedans,
et elle a fini par t’avaler .

Bien sûr, j’ai espéré que le rideau se déchire,
que la durée retombe : l’espace entre les pointillés ,
–  comme un habit dont on peut se passer ,

pour que le corps s’en dégage,
et rayonne, de sa puissance,
de sa joie, avec sa présence palpable .

Mais il en est comme d’une toile de fond,
où la limite en serait la courbe de la terre,
reculant à mesure que l’on avance.

A quel moment passerait-on à travers cette toile,
qui , justement n’existe que par
notre incapacité à voir derrière ?

Je me rappelle de la brume :
Tu t’es embarquée sur un navire ,
en suivant l’itinéraire inscrit sur les cartes.

Sans doute d’autres ports l’ont accueilli,
toujours plus lointains et improbables ,
mais il a disparu des yeux.

On peut se passer des yeux .
Le rideau de brume peut se percer
avec un appel, une lettre aux timbres exotiques

Mais il retombe, dans les intervalles,
comme un mur de silence, de plus en plus dense,
et la parole se décolore .

Elle se porte, mais uniquement dans le présent.
La lumière t’entoure. Elle éclaire sans doute
d’autres ports qui s’éveillent, encore obscurs .

L’imagination ne suffit pas à trouer l’ombre.
La brume épaisse ne nous permet pas
de savoir où elle commence.

RC – sept 2016


Celui qui vole, détaché du monde – ( RC )

photo David Maisel

                         photo          David Maisel

 

Pour celui qui vole,

L’esprit détaché du monde,

La terre est un jardin,

Aux champs bien peignés,

Les rivières dessinent,

Des méandres sympathiques,

Les autoroutes, s’amusent

avec des échangeurs en boucles,

Les voitures sont des puces,

progressant péniblement…

On ne distingue plus les détails,

Ont-ils une importance,

Au regard de la distance ?

 

C’est peut-être aussi la brume,

Ou les fumées des usines,

Une carte se déroule,

Une vue du ciel aplanit tout  :

Le soleil pourchasse les reliefs,

Et pourtant souligne les formes,

Mais mélange les ombres,

Je ne vois plus très bien ….

C’est peut-être que la vue faiblit,

Je devrais commander une paire de lunettes,

Pour y voir davantage.

 

Mais là n’est pas ma passion,

Les satellites espionnent bien mieux que moi,

Je préfère m’occuper d’autres planètes,

Elles aiment me confier leurs secrets,

Leurs couleurs et leurs paysages,

Et guider mes pensées.

 

Un jour je débarquerai,

Sur une planète vierge

De la mémoire lourde des hommes ,

Où tout sera à construire.

Alors, je rangerai mes ailes …

Mais il me faudra un certain temps encore.

Les chemins de l’univers présentent

bien des détours

et des surprises,  encore.

RC-  fev 2015