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Un autre acte à la pièce qui se joue – ( RC )

Arpad  Szenes    le  grand  dialogue    1956.jpg

peinture: Arpad  Szenes

 

Tout est remis en cause:

Ainsi les bruits , d’ordinaire secs et tranchants,
tombent d’eux-même, plats,
et ne sachant pas quelle direction prendre.

Un rideau a été tiré, de même, sur la vision :
l’arrière-plan de montagnes s’est tout à coup envolé,
et le ciel touche terre.

C’est sans doute un autre acte
à la pièce qui se joue,
venant de commencer :

l’éblouissement s’est retranché dans sa tanière,
attendant que se déploient des ailes froides,
ou bien il est parti ailleurs,          c’est difficile à dire .

Les jours souffrent autant du retard, :
leurs serres sont ternes ,      n’accueillent plus
la germination des graines, et la prolifération potagère .

Sous la toison de brume
la nature des choses s’absente,
et à l’identique,                mes pensées s’effacent .

On en vient à douter de leur existence .


RC – nov 2017

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Un sol, que rien n’hérisse – ( RC )

peinture:       Anselm Kiefer

 

Comme  sous  le couteau  du peintre,
Un gris dense plombe  un ciel,
Juste  strié  d’ailes noires,
Envol furtif au coeur du froid ;

Les signes dessinés des branches,
Patientent, immobiles,
Attendant un frémissement  de la terre,

Elle  qui se cache
Sous une  couverture  blanche,
Mate comme sont les bruits,
Vite absorbés par le silence.

Même les voix ne semblent plus oser,
Franchir l’espace immaculé.
De connivence avec le gris ,

Les nuances  sont  de lumière;
Et à part les chemins,
Qui rayent , de lignes fines
Champs et collines

Il semble  que tout soit uni,
Sous la laine  de l’hiver,
Toutes différences  abolies,

Des nuages  diffus traversent
Monts  et vallées
Et sans effort,  glissent,
Au-dessus du sol, que rien n’hérisse.

Les barbelés, délimitant les surfaces,
Ont été  gommés, en une nouvelle  naissance,
Les pentes sont redevenues vierges.

Les couleurs  se sont englouties,
Les pays ne connaissent plus de frontières …
De la terre, la neige  s’est faite  complice
La saison tisse doucement, le manteau lisse.

peinture: Charles Daubigny Neige près de Valmondois


Grande couverture blanche – ( RC )

peinture: Claude Monet                        peinture:            Claude Monet

Arrivée en silence
Au milieu de la nuit,
La grande couverture blanche,
Absorbe tous les bruits.

Douce et moelleuse,
De tendresse,    comme s’ enlace,
Habille,                 en amoureuse,
Tout ce qui dépasse

Elle recouvre les noeuds les plus obscurs,
Les plis de la terre
Les carcasses de voitures,
Ainsi, les cimetières.

Coeur de la nuit phosphore,
Arbres verticaux d’immobilité,
Accrochés au bord,
Pointés dans l’obscurité,

Leur crinière de branches,
Bardée de neige,      qu’on distingue à peine
Sous la nocturne étendue blanche,
Flocons-papillons,  de multitude incertaine,

Se pressent                 dans leur chute lente,
Gommant toutes les limites,
Lointains        et attentes,
Déversés,          en silencieux rite…

Par centaines de milliers,
De cornes d’abondance ……
Modelé ,               le paysage familier,
Redessiné             en confidences.

Monts et montagnes dévalent,
Et , oublient leurs failles
Que la grande couverture avale,
En négligeant les détails.

Des haillons     et des fringues,
Des hêtres,     des pins et ormes,
Bientôt plus rien ne se distingue,
Sous             le nouvel uniforme.

Les pauvres      et les riches,
Recouverts du même manteau,
Les vignobles et les friches,
Voyagent incognito,

Lorsque         le blanc s’invite,
Et gomme les différences….
En métamorphose gratuite,

Quand l’hiver s’avance.


RC- février 2014