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Etre le fil ( RC )

montage : Ulla Gmeiner - extrait de plateform magazine

montage : Ulla Gmeiner –       extrait de plateform magazine

 

 

 

S’il faut remonter le cours des choses,
enfin, celui qu’indique la pesanteur,
tu ne peux que percer les nuages,
et t’agripper comme tu peux,         aux frottements de l’air.
La chute est inéluctable, et la mort définitive.
Tes ailes se sont détachées, tu étais trop proche du soleil, et la planète exerce sa vengeance, indifférente  .
Le baiser du sol, une farouche attirance.
Mais le sursis d’un câble, auquel tu te suspends,   permet de différer la sentence..
Comme quoi    – dit-on         la vie ne tient qu’à un fil –

Il était temps .

La danse de l’acrobate peut se poursuivre dans les airs,
le papillon voleter de ci, de là, évitant les pièges, presque malgré lui.

Tu rêves d’une image pure où tu serais le dompteur de toi-même, délivré de la pesanteur, et juste rattaché à un fil.
Mais celui-ici ne serait plus celui qui te retient de la chute au dernier moment.
Il serait un cordon ombilical, te reliant à la vie, comme celui qui jadis te reliait à ta mère.
Tu peux te mouvoir dans un univers où tous les repères se dissolvent, la pesanteur abolie, et toi, à la recherche d’une perfection, puisque tes mouvements ne seraient plus entravés.
Seul, le fil te maintient.
Il te maintient en vie, car il t’alimente d’oxygène dans un espace qui en est dépourvu, conjurant l’asphyxie, mais si fragile, car tu pourrais le lâcher, ou le rompre par inadvertance.

Tu as pénétré par effraction dans un univers qui t’était étranger, interdit par ta propre nature, – ainsi le scaphandrier sous la chape épaisse de l’eau – et tout dépend du fil : de ce qui le relie à la surface, au monde connu.

De la même façon l’épée de Damoclès, elle aussi suspendue à un fil, n’est une menace que si celui-ci vient à se briser .

Tu t’approches , amant solitaire de ta propre vie,

saisis des instants que tu prolonges, tant que tu tiens à distance les pouvoirs de la mort.

Tu es toi-même le fil,

celui, qui avant de se rompre,             a différé la chute.

RC –  mai 2015

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Une rose sans automne – ( RC )

photo: Johann Tiberio

          photo: Johann Tiberio

Ce sont  comme les  feuilles,
Celles  emportées par l’automne,
Quant le vent  habille  de deuil,
Les troncs en rangées monotones…

Mais ici  c’est l’inverse ,
Le vent  n’y est pour rien ,
Je te prends, je te berce,
Au creux  de mes mains…

Y a-t-il du chagrin ?
Je vois plutôt un calice,
La courbe pleine de ses seins,
Lorsque les habits glissent ,

Le long de ses pentes ,
Comme une brume se dépose,
En nuées lentes  .
— voici naître ma rose …

Qui a parlé d’automne ?
C’est plutôt un printemps,
Dont  la vue friponne,
Encourage l’amant.

Si elle a le goût de la pomme,
Et sa saveur  sucrée,
Il faut que  je croque  la môme
( que j’en sache le secret ) .

C’est ainsi que je me penche,
Et  que je m’agenouille,
Ma tête sur ses hanches .
A sa forêt, se brouille,

Enfin, ma vue, obscurcie, tangue,
Comme  elle se presse,
L’ouverte mangue,
Souveraine caresse…

Sous les baisers,
L’ouverture de la plage,
De tous les étés ,
Il y fait chaud,  et j’y nage

Encore,         et si loin,
Que  dans son corps nu,
Je la rejoins…
Et n’en suis pas  revenu…


RC – nov 2014

 


Se cogner dans le soleil – ( RC )

photo : Li Hui

photo : Li Hui

Si tu te cognes  ,
A ton réveil,
Sur coin de soleil,
Si celui-ci t’éborgne

Il te reste  un creux ,
Laissé dans  l’ombre,
Celui des yeux ,
Dans lequel je sombre  ;

Une bouche ouverte,
A la parole  brève,
Qui mène à sa perte,
Le matin, et ses lèvres.

… Profite du baiser
De la lumière  :
–  Il va falloir oser,
L’affronter,  et se taire.

Il n’est pas  besoin de paroles,
Pour embrasser le jour  …
Les  doigts autour des aréoles,

A faire  danser l’amour.

RC


Etourneaux d’Uzès – ( RC )

Les premières pluies sérieuses, ont vidé la place,

Seules les arcades, celles que l’on nomme « couverts »,

Sont encore illuminées ce soir,

Et   les visiteurs sont rares,

Dans les rues d’Uzès.

Dans la grande place aux couverts,

Les platanes sont comme candélabres,

A leur pied, les feuilles roussies,   balbutient,

Un souvenir d’été,

Sous un ciel indigo.

Le voisinage des boulevards,

Se courbe dans une voûte,

Sous la coupole des branches,

Prêts pour un futur ailleurs  .

Des milliers d’étourneaux              tissent,

De leur bruissement,

Une étoffe impalpable,

Suspendue dans les arbres,

Et     au baiser de l’automne.

RC – oct  2013


Fleurs noires d’écriture, sur papiers translucides.

 

photo:                Bernard Faucon

 

Les pages des recueils se détachent de mon esprit,
emportées par une brise ….         Elle s’est glissée

Par les fenêtres ouvertes de mes yeux
Même sans lumière, posés à l’intérieur.

Si tu veux les lire, comme du papier translucide,
Il faut d’abord les saisir au vol        ,

Leurs     fleurs noires d’écriture,
dansent devant les regards    qui s’approchent.

Elles s’enroulent doucement,
Chuchotant leur parole,

A celui qui les lit,      les consomme
Sans pour autant les consumer.

Ce sont des oiseaux blancs
Echappés           de l’ombre du coeur….

Si tu veux les suivre,
Les pieds décollés du sol,

Et parfois                la tête à l’envers          .
>         C’est s’immerger dans un tourbillon,

Où les repères basculent,
Comme quand tu te donnes,

Au silence d’un baiser,
Oubliant la pesanteur .


RC- août 2014

 


Dans les bras de Morphée – ( RC )

 

Sculpture muse endormie (- Susan McMahon )

 

 

 

Il n’est pas encore l’heure du baiser sonore,
Le jour est debout        et nous nous occupons
A tondre le gazon,      contourner les buissons,
C’est que personne encore, ou presque,  ne dort.

Nous portons       des habits pudiques,
Des robes et des costumes,
Vestons et        chapeaux de plumes,
Comme autrefois,  tuniques.

Chacun vaque à ses occupations,
S’affaire dans son bureau…
Il n’est jamais trop tôt,
Pour faire      ses commissions.

Qu’y a-t-il                derrière la porte du ciel ?
Quand les ouvriers d’en haut se rencontrent ,
Pour régler le monde,   et sa grande montre,
Et pousser tout le monde vers le sommeil…?

Je ne saurais vous dire,
Car ma vie connaît une trêve,
Je m’occupe alors            de mes rêves,
Ceux des autres,         je ne peux les lire.

Ils flottent         comme des bulles,
Et je m’accroche à elles,
Je suis alors             pourvu d’ailes,
Il y a tant d’oiseaux qui me croisent et me bousculent…

J’ai changé de tenue,
Et,                  comme c’est la coutume,
Laissé sur les cintres,        le costume.
Quand il fait chaud,      je suis tout nu.

Mais personne ne le remarque,
Chacun a           autre chose à faire,
A décoller de la terre,
Et de l’Eden,       à visiter son parc.

Il y a plein de choses qui nous traversent,
Les voyages que l’on fait, sans quitter le lit,
La plupart du temps,                     je les oublie,
Tout autant qu’ils me bercent.

Des parcours acrobatiques,
Où tous les possibles, et leurs contraires,
Côtoient, sans en faire mystère,
Les fantasmes érotiques.

Mais comment s’en souvenir,
Quand le matin les chasse,
Et que la plupart         trépassent
Si je m’efforce      de les décrire ?

Plutôt que d’en faire un livre,
Que le lendemain efface,
Il faut que je les suive         à la trace,
–                        Et surtout les vivre.

Le regard    toujours étonné,
Loin          en deçà de l’existence,
Enfin,        celle de la conscience,
Ce que l’on appelle s’abandonner.

Dans les bras de Morphée.

 

RC – avril 2014