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Faire de son image, le deuil – ( RC )

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Tout a un début, tout a une fin :
Je n’apprendrai à personne
Que, commençant par un beau matin
d’été, on se retrouve vite à l’automne…

Tu as beau tourner le miroir
dans tous les sens
Tu te vois entouré de noir :
c’est une présence

où le décor s’engloutit
dans un incendie sans flammes :
c’est peut-être ce qui embellit
une partie du drame ….

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Ce n’est pas ce que tu imagines :
Il ne suffit pas de déchirer les feuilles
du magazine,
pour faire de ton image, le deuil.

Dans cet incendie froid,
cette glace limpide,
que la glace soit à l’envers, à l’endroit,
ton visage reste le même, couvert de rides.

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Ce portrait trompeur
cette peau flasque ,
supportant son poids d’heurs :
c’est un masque

dont jamais tu ne te défais   :
tu ne peux le déchirer :
c’est un auto-portrait
qui ne fait qu’empirer .

Il n’y a pas de camouflage
dans les peintures de Rembrandt,
mais seules ,  les marques de l’âge
– quelque peu discordantes .

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Et un jour la mort,
( qui jouait la patience ),
s’extrait soudain du décor…
– en toute innocence…

Elle, qui restait discrète, enfin
prend toute la place :
Du miroir sans tain,
ton image s’efface…

RC- avr 2016

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Une rose sans automne – ( RC )

photo: Johann Tiberio

          photo: Johann Tiberio

Ce sont  comme les  feuilles,
Celles  emportées par l’automne,
Quant le vent  habille  de deuil,
Les troncs en rangées monotones…

Mais ici  c’est l’inverse ,
Le vent  n’y est pour rien ,
Je te prends, je te berce,
Au creux  de mes mains…

Y a-t-il du chagrin ?
Je vois plutôt un calice,
La courbe pleine de ses seins,
Lorsque les habits glissent ,

Le long de ses pentes ,
Comme une brume se dépose,
En nuées lentes  .
— voici naître ma rose …

Qui a parlé d’automne ?
C’est plutôt un printemps,
Dont  la vue friponne,
Encourage l’amant.

Si elle a le goût de la pomme,
Et sa saveur  sucrée,
Il faut que  je croque  la môme
( que j’en sache le secret ) .

C’est ainsi que je me penche,
Et  que je m’agenouille,
Ma tête sur ses hanches .
A sa forêt, se brouille,

Enfin, ma vue, obscurcie, tangue,
Comme  elle se presse,
L’ouverte mangue,
Souveraine caresse…

Sous les baisers,
L’ouverture de la plage,
De tous les étés ,
Il y fait chaud,  et j’y nage

Encore,         et si loin,
Que  dans son corps nu,
Je la rejoins…
Et n’en suis pas  revenu…


RC – nov 2014

 


Etourneaux d’Uzès – ( RC )

Les premières pluies sérieuses, ont vidé la place,

Seules les arcades, celles que l’on nomme « couverts »,

Sont encore illuminées ce soir,

Et   les visiteurs sont rares,

Dans les rues d’Uzès.

Dans la grande place aux couverts,

Les platanes sont comme candélabres,

A leur pied, les feuilles roussies,   balbutient,

Un souvenir d’été,

Sous un ciel indigo.

Le voisinage des boulevards,

Se courbe dans une voûte,

Sous la coupole des branches,

Prêts pour un futur ailleurs  .

Des milliers d’étourneaux              tissent,

De leur bruissement,

Une étoffe impalpable,

Suspendue dans les arbres,

Et     au baiser de l’automne.

RC – oct  2013


Filigranes d’un dessein – ( RC )

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Les chuchotements du soir, épèlent avec peine,
Les résonnances du corps.
Le jet fatigué de la fontaine,
Se donne encore sans conviction .
Le sang s’élève avec irrégularité,
Puis retourne tel qu’il est,
A sa tâche monotone .

Il a parcouru tant de fois ma vie,
Qu’il me connaît, tel un croquis,
Toujours recommencé à chaque jour,
Et effacé chaque nuit,
A force de gommures,
Il s’est inscrit en creux ,
Dans ma peau parcheminée .

S’il en est comme l’automne,
Dont les feuilles de rouille ,
Viennent obturer les circuits,
L’existence porte son hiver,
Inscrite en filigrane,
D’une silhouette aux mains tremblantes,
Traversée de ses rides .

Bien sûr , porté par la force de l’âge,
J’ai suivi la voie qui m’était confiée ,
Parsemée de conquètes
Et de défaites,
De joies et puis de peines,
Comme tout un chacun.
…Faut-il en conter l’épopée ?

Une diseuse de bonne aventure,
Aurait lu dans mes mains,
Les lignes du coeur et du destin,
Quelques pièces pour un à- venir,
Sans doute, hors du commun .
Mais aujourd’hui encore,
J’en ignore encore le dessein .

RC- avril 2014


Echo circulaire – ( RC )

photo perso - Chanac -  10 novembre 2013

photo perso – Chanac – 10 novembre 2013

Sous les draps de gris
Combattant la pluie,
Qui va,
En semailles passagères

Occuper quelques heures monotones,
De mémoire oublieuse,
Les ondées d’automne
Nourrissent les herbes grasses.

Cette vallée scellée d’une chape sévère,
De sombres tapis de pins,
Fermant le regard,
Aux détours d’un chemin,

Alors que s’échappe,
Du basculement des nuées,
L’or d’un pinceau,
Bondissant sur les sommets.

Il court à la vitesse du vent
Quand l’horizon se rebelle,
Dénudant ses roches,
D’abrupte lumière .

Son écho circulaire vibre.
Il traverse aussi vallons et prés,
Et jette sur la pénombre,
L’échantillon complet des couleurs.

Avant qu’elles ne se perdent,
Epuisées de leur audace,
Dans la courbe descendante
Du jour qui s’efface à regret.

RC – 11 novembre 2013

photo perso - Chanac -  10 novembre 2013

photo perso –   Chanac – 10 novembre 2013    -(garanti sans manipulation  postérieure d’image)


Lettres flottantes ( RC )

photo:       Anne Addie, inspirée par  Andy Goldsworthy

Je laisse s’écouler, ces étendues sauvages du coeur,
Dont je ne vois pas les tourbillons,
Sous sa surface , étale.

A cette accalmie de l’eau épousant chaque recoin
Qu’on lui offre  ,            Ces bribes de mémoire,
Sont comme des feuilles roussies.

Elles dérivent lentement, marquées d’or
Et posées, comme des lettres d’alphabet,
> Suivant leur destin d’automne,

A former des phrases,
Que je ne pourrai lire,
Seulement avec des yeux qui ne sont pas les miens.

Un message d’un éventail de couleurs,
Retenues, comme ton souffle,
Un instant par un bois bloqué sous une pierre.

–      Mais elles s’enfuient lentement,
Sous la voûte des branches,
Et se bercent de remous, plus loin,vers le pont,

Ecrivant peut-être,
Dans un rai de soleil et de brume,
Une lettre qui me serait adressée…

Je ne sais…
….Un signe de ta part,
Porté par la ronde des saisons.


RC – 12 octobre 2013

Art:           objet « incidental »      Andy Goldsworthy