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Un sol, que rien n’hérisse – ( RC )

peinture:       Anselm Kiefer

 

Comme  sous  le couteau  du peintre,
Un gris dense plombe  un ciel,
Juste  strié  d’ailes noires,
Envol furtif au coeur du froid ;

Les signes dessinés des branches,
Patientent, immobiles,
Attendant un frémissement  de la terre,

Elle  qui se cache
Sous une  couverture  blanche,
Mate comme sont les bruits,
Vite absorbés par le silence.

Même les voix ne semblent plus oser,
Franchir l’espace immaculé.
De connivence avec le gris ,

Les nuances  sont  de lumière;
Et à part les chemins,
Qui rayent , de lignes fines
Champs et collines

Il semble  que tout soit uni,
Sous la laine  de l’hiver,
Toutes différences  abolies,

Des nuages  diffus traversent
Monts  et vallées
Et sans effort,  glissent,
Au-dessus du sol, que rien n’hérisse.

Les barbelés, délimitant les surfaces,
Ont été  gommés, en une nouvelle  naissance,
Les pentes sont redevenues vierges.

Les couleurs  se sont englouties,
Les pays ne connaissent plus de frontières …
De la terre, la neige  s’est faite  complice
La saison tisse doucement, le manteau lisse.

peinture: Charles Daubigny Neige près de Valmondois


Etre le fil ( RC )

montage : Ulla Gmeiner - extrait de plateform magazine

montage : Ulla Gmeiner –       extrait de plateform magazine

 

 

 

S’il faut remonter le cours des choses,
enfin, celui qu’indique la pesanteur,
tu ne peux que percer les nuages,
et t’agripper comme tu peux,         aux frottements de l’air.
La chute est inéluctable, et la mort définitive.
Tes ailes se sont détachées, tu étais trop proche du soleil, et la planète exerce sa vengeance, indifférente  .
Le baiser du sol, une farouche attirance.
Mais le sursis d’un câble, auquel tu te suspends,   permet de différer la sentence..
Comme quoi    – dit-on         la vie ne tient qu’à un fil –

Il était temps .

La danse de l’acrobate peut se poursuivre dans les airs,
le papillon voleter de ci, de là, évitant les pièges, presque malgré lui.

Tu rêves d’une image pure où tu serais le dompteur de toi-même, délivré de la pesanteur, et juste rattaché à un fil.
Mais celui-ici ne serait plus celui qui te retient de la chute au dernier moment.
Il serait un cordon ombilical, te reliant à la vie, comme celui qui jadis te reliait à ta mère.
Tu peux te mouvoir dans un univers où tous les repères se dissolvent, la pesanteur abolie, et toi, à la recherche d’une perfection, puisque tes mouvements ne seraient plus entravés.
Seul, le fil te maintient.
Il te maintient en vie, car il t’alimente d’oxygène dans un espace qui en est dépourvu, conjurant l’asphyxie, mais si fragile, car tu pourrais le lâcher, ou le rompre par inadvertance.

Tu as pénétré par effraction dans un univers qui t’était étranger, interdit par ta propre nature, – ainsi le scaphandrier sous la chape épaisse de l’eau – et tout dépend du fil : de ce qui le relie à la surface, au monde connu.

De la même façon l’épée de Damoclès, elle aussi suspendue à un fil, n’est une menace que si celui-ci vient à se briser .

Tu t’approches , amant solitaire de ta propre vie,

saisis des instants que tu prolonges, tant que tu tiens à distance les pouvoirs de la mort.

Tu es toi-même le fil,

celui, qui avant de se rompre,             a différé la chute.

RC –  mai 2015


Stature d’oppresseur – ( RC )

 

homme tete de fumée

 

 
Debout encore, le visage mangé
Par un rideau de fumée,
Où vas-tu te dissimuler,
Sans qu’on ait à te chercher ?

Au fond des failles, les creux
De ceux qu’on allume,
Même au sein de la brume,
… Pas de fumée sans feu…

Celui-ci, lentement se consume,
Même si dehors, il gèle,
Que des oiseaux, des ailes,
Volètent encore des plumes,

Ou que le feu morde,
Serpente et s’insinue,
Le long des fibres ténues,
Que plus rien ne raccorde.

Es-tu encore quelque part,
Ou rongé du dedans ?
– détruit ou renaissant,
A l’intérieur de tes remparts …

Un corps assiégé et putride,
Vaine stature d’oppresseur,
N’ayant plus d’épaisseur,
Et n’entourant que du vide.

RC – mars 2014

 

image Euronews


Else Laske-Schüler – écoute — suivi de ma variation « l’origine du monde »

 

 

 

 

ÉCOUTE

 

 

Je vole dans la nuit

Les roses de ta bouche,

Pour qu’aucune femme n’y trouve à boire.

 

Celle que j’embrasse

M’enlève mes frissons,

Que j’ai peints autour de tes membres.

 

Je suis ton bord de chemin.

Celle qui te frôle,

Bascule.

 

Sens-tu ma soif de vivre

Partout

Comme une lisière lointaine ?

 

Else Lasker-Schüler

Traduction de Catherine RÉAULT-CROSNIER     ( Else L S, est une grande poétesse allemande, contemporaine  et amie  de R Maria Rilke )

 

____

L’origine du monde

 

 

Il n’y a pas de contours lointains

Mais, juste, imprimés au matin

Sans les draps, le creux de tes seins

Dans la coupe ouverte de mes mains

 

J’étreins une chaleur tiède, et lisse

L’ambre de ta peau, qui tisse

L’ocre de la carnation

Décorée du picotis des frissons.

 

Je suis au bord de ton chemin,

Celui qui m’emmène au loin,

Empruntant aux anges, leurs ailes

Et le corps offert de mon modèle.

 

Des bois profonds, ta prière

M’en fait quitter la lisière

Pour les torrents qui grondent

….A l’origine du monde

 

RC – 3 octobre 2012

 

(  l’origine du monde         , renvoit,          bien sûr ,  au tableau de Courbet , du même nom)