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Le ballet des convenus – ( RC )

collage - Elsa von Freytag-Loringhoven - Portrait "dada" de Berenice Abbott

collage – Elsa von Freytag-Loringhoven – Portrait « dada » de Berenice Abbott

 

Nos soleils meurent dans la brume,
Comme plongés dans la mine ;
La servilité se répand et enfume
La conscience se fige et s’abîme,
Agenouillée  sur l’autel de l’ officiel:
L’expression , sur tout  sujet  ,reste muette,
et se contente d’ouvrir son missel
( – « Restez en rang, je ne  veux voir  qu’une  tête  !  » – )

On se demande s’il existe encore une pensée
Avec le convenu, les convenances
progressant  – si on peut dire ! – au pas cadencé,
Si le conforme est l’évidence…
A aller tous dans la même  direction,
Saluons la putain respectueuse…
L’inverse est un délit  d’opinion…
Alors,  Vive les pensées  creuses  !

Secouons l’encensoir
des paroles vertueuses…
L’anti-conformisme mène à l’abattoir.
La société  y conduit ses brebis  galeuses  .
Pour celles  qui ont eu le malheur
de s’écarter  de la raison,
et du règlement intérieur,
On leur indique la prison ;
L’échantillon des peines
mis à leur  disposition,
L’épaisseur  des chaînes,
la mise en condition  :
Les joies des goulags ou bien celles de l’exil…
En commençant à faire un tri
Avec les hautes murs  de l’asile,
Et un verdict de psychiatrie…

Qui parle  de révolution ?
( séparer le bon grain de l’ivraie:
Il n’y a que ça  de vrai ):
C’est toujours la solution,
Pour corriger nos erreurs,
A coups de trique   :
Nos chers dictateurs,
Préparent  notre auto-critique…

RC – avril 2015


Réminiscences de fleurs d’ailleurs – ( RC )

Badaire  Jean-Gilles   expo Marvejols   fl -  22

peinture Jean-Gilles Badaire – photo perso


C’est une coque vide,
Aux murs carrelés de blanc, jusqu’au plafond.

Les meuglements des animaux,
La vapeur  qui s’échappait  de leur  corps,
Tout à coup arrachés  à l’étable,
Aux pentes  douces, et leur pâture humide…

Leur chaleur, et l’odeur  animale
S’est perdue dans le silence ;
Leur masse suspendue à de solides crochets,
Se comptait en poids de viande.

Le lieu est devenu incongru, et froid.
Même les  aérateurs,
Les conduits immobilisés,
Rouillent  lentement sur place .

Le sol de ciment  bien sec, proprement  nettoyé,
Permet qu’on le traverse, sans qu’on y glisse,
Sur des excréments,
Ou une  flaque  de sang  :

L’abattoir municipal
est devenu un lieu  d’arts.

Des oeuvres sombres
Aux  fleurs  brunes  et violines,
Parfois  aux  accents métalliques,
Font comme de vénéneux  prolongements,

Aux plantes  privées de lumières  ;
Elles s’étalent  sur les  toiles noires,
Engluées de pourpre mat,
Et de vermillon terne.

Comme les animaux  de jadis,
Extraites de leur terre,
Le souffle coupé,

Suspendues à un reste  de couleur .
Ce qui a existé, des réminiscences…

Quelque part , d’ailleurs…

On sait que les  fleurs mortes,
Diffusent encore un peu de parfum .

RC – avril 2015