Textes poétiques et d'actualité -nulle part ailleurs !

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Où es-tu ? – ( RC )

Falkenstein Claire  Gate  pour  le palais Venier 1963 Boston mus .JPG

Art: Falkenstein Claire  Gate  pour  le palais Venier 1963

Tu vois,   j’ai poursuivi un amour
comme  l’aurait fait un pêcheur,
à travers      les eaux  du silence .
Je n’avais pas de filet,
juste mes mains  nues,
et un corps qui dérive
au fil du courant.

Et c’est une  évanescence,
un éclat argenté,
la fulgurance  d’un instant
qui m’a approché.
Mais, comme on ne saisit pas les couleurs,
toi,      la femme-poisson
a filé d’entre mes doigts.

C’est un songe d’ eaux profondes ,
Une  sirène y habite,
le chant d’un printemps,
s’y est éternisé,
mais j’avais besoin de terre ferme ;
j’ai dû y retourner,
et quitter le rivage.

Les vagues lointaines
se poursuivent,
en étendues changeantes,
des glaces jusqu’aux tropiques;
Leur immensité
forme une  énigme ,
qu’interroge surtout la solitude .

RC – avr 2016

Henri Chabrière – l’azur du papillon

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Un papillon me chuchota
de venir avec moi jusqu’à la rivière
Les azurs sont bleus par ici
chanta la belle musique du passereau.

Le papillon m’ a suivi
jusqu’au bord du ruisseau
butinant maintenant des lys,
que je rassemble alors dans un élan

et en très peu de temps
j’obtins un magnifique bouquet
tandis qu’un rossignol lançait des trilles
harmonieux sur sa branche

Mon amie rosissant des joues
acceptant mes azurs
de ces yeux bleus si étranges
l’amour , lui-même, a hoché sa tête .

 

 

 

J’ai  retrouvé  dans les  archives  de mon père,

ce texte écrit originellement  en espéranto,

dont  je livre ici mon interprétation.

Sculpteur d’un sourire – ( RC )

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Art:  Sculpture IFE  ( Nigeria )

 

Si tu dors encore,
je caresse le dessin de tes lèvres,
elles me chuchotent un sourire .
        Il est venu des profondeurs    :
de celles du sommeil et de la terre.
Je pétris l’argile humide,  à ton image.

Je peux te toucher:
il y manque  juste  ton souffle,
et mes yeux  sont une caresse :
     bientôt,    tu vas m’offrir  ton ombre .
Je vais l’enserrer et m’y fondre,
et    devenir glaise à mon tour .

RC  – nov 2016

La lumière en reddition – ( RC )

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                     photo:  Moreaki Boulders – New Zealand –  photographe  non identifié

J’étais allongé,
j’ai senti ton ombre.
Une ombre qui se mettait
en travers du soleil,
et son visage de bronze.

J’avais le corps posé sur le sol,
pas loin du rivage,
et tu as commencé à déposer
sur ma peau
des poignées de sable ,
par petits tas blonds et secs
qui dévalaient les reliefs.

Petit à petit tu m’as recouvert,
et c’est à peine
si on voyait encore
dépasser mes orteils,
mes genoux, puis ma poitrine,
le tout petit à petit
fondu avec le décor.

Ma respiration un peu plus lourde,
mes oreilles percevant des cris lointains,
des enfants, des mouettes,
et des paroles incompréhensibles,
emportées par le vent ,
mon regard pointé vers l’azur
et les formes incertaines
des nuages .

Je n’ai plus pu bouger,
sous le couvercle de matière
d’une modeste indifférence.
Finalement il y a eu mon livre
posé sur mon visage.

Puis la lumière a décliné,
encore perceptible sous les pages.

Tu n’étais plus là,
et c’est comme si
je m’étais fondu dans le sol,

plus à même de penser,

plus à même de bouger,
minéralisé,
voisin de coquilles vides,
d’où la vie
s’était retirée.

Alors, gardant les dents serrées,
et du même coup mes paroles idiotes,
j’ai attendu sans impatience
que la marée monte
et me recouvre.

La lumière portant aussi
sa reddition.


RC – juin 2016

Les nouvelles du sel et du vent – ( RC )

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peinture:         Emil Nolde    effet de lumière  sur la mer  1901

L’horizon est lisse
       Aucune voile ne vient
       Aucun bateau ne glisse
>   Et je me souviens
Que tu t’embarquas, joyeuse
pour ce lointain pays
Où tu serais heureuse
d’après ce que l’on dit -.

Car je n’ai de nouvelles
que celles du sel
          et aussi du vent
qui arrivent,  dorénavant  .
Je guette l’immensité liquide,
tout au long du jour,
mais la mer reste vide ,
–        et l’absence est son contour.

RC – avr 2016

La solitude du pin – ( RC )

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peinture :  Marc Pfund

 

Secoué de mistral

Sans remords.

Il l’avale 

Lourd de bruissements, 

Et du soleil d’ors

Se tait, sous serment,

Dressant juste ses épines

Aux senteurs de thym…

Je n’en connais pas l’origine  .

Tout tourne autour du ventre,

Certains diront          « le nombril du monde »

<          Mais où est donc le centre 

Que le vent  sonde ?

Dans la tradition congolaise

L’humanité commence par le nombril,

C’est peut-être, dans le création,     une île

Au milieu de l’océan, sa genèse …

Et le monde, … 

Commence-t-il par le temps…. ?

Une goutte  de sang ?

Qu’est-ce qui le fonde ?

L’horloge du soleil, 

Indique ,       opposée au ciel,

L’étendue des ombres …

Ou bien le regard, celui de l’enfant   …

Même le plus sombre

Que l’on porte ,

Comme  à nos premières années,

L’ouverture d’une porte

Avec la mère, présente

Dans l’humanité, …. nous en sommes  nés.

Elle en est Origine,

Comme le pin,              aussi

Gardien de la terre bienveillante,

Accroché  à ses racines.

Se tient toujours ici…

RC – août , sept 2014

( nouvelle  version  « retravaillée » )   de ce texte  de juin  2013

 

Jean-Claude Izzo – Plage du prophète

Plage du Prophète à Marseille

ils se sont arrêtés.

D’abord la fille aux yeux gris verts

des mers du Nord

et au sourire mûri sur les berges du Nil

L’ami ensuite

le poète des Hauts Pays

attentif aux murmures des passeurs

sur les sentiers arides des exils

Le plus âgé enfin

homme aux semelles de vent

tantôt Afghan, tantôt Mongol

porté par des mondes d’hier entrevus

Plage du Prophète

ils ont porté leurs pas

vers le soleil couchant

Une vague est venue lécher leurs pieds

Bénédiction du Prophète

Prophète anonyme

de ceux qui croient

aux vérités de la beauté.

Plage du Prophète

Du Prophète.

 

Ce texte  a  été mis  en chanson par le chanteur italien Gianmaria Testa ( lien )

 

cacher quelque part ,la chair pâle, l’habit sombre – ( RC )

photo: Ekaterina Grigorieva

Vois-tu à travers les  feuilles ?
Comme dans un verre grossissant ?
Une envolée de l’être,
Qui se dresse au milieu des fougères,
Au point de se                       confondre,
Avec la végétation.
Dans les sous-bois humides.

La salsepareille progresse,
Et ses larges coupelles,
Sont autant d’occasions,
Pour cacher       quelque part,
La chair pâle,
L’habit sombre,
Et peut-être            les abandonner      …

Comme  si l’humain s’enracinait,     de même
Dans le limon du sol,
A rester  debout,
Attentif au mouvement des saisons,
Aussi discrètement         que le peuvent,
Les plantes,
Allant  chercher  la lumière.


RC- avr  2015

 

(texte  directement créé à partir de la photo jointe )

Pour que résonnent les archipels du silence – ( RC )

Dina%2520Bova%2520-%252020.jpgmontage – \Dina  Bova
.

Ce n’était pas la peine,
de longer les années,
de lire tous ces livres,
d’exercer cette mémoire,
à en perdre le goût du jour,
et la caresse du vent du large,
pour                    ( dira-t-on )
écrire deux ou trois strophes
avec                   si peu de mots .

On en oublie les récits,
les grands succès de librairie,
placés en tête de gondole,
pour se contenter
de quelques lignes,
qui se jouent
de l’épaisseur des pages,
et dialoguent dans les marges,
comme aussi     entre les mots.

Juste ce qu’il faut,
pour que résonnent
les archipels du silence,
la lente croissance des plantes,
la lumière posée sur un mur,
l’ombre de l’absente,
le coeur qui s’aventure
si l’on que l’on fait sienne
l’écriture du poème …

RC – fev 2016

 

 

( en écho à un court texte  de Sylvie Durbec visible ici)

Une confiture de figues – ( RC )

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Que le jour décline,
et se teinte de pourpre,
l’encens de ton regard,
associe le reflet du cuivre :
une flamme qui perdure,
au parfum sirupeux
des figues se fondant,
et le goût du miel  .


…Le tien aussi se mêle,
à la forêt nocturne,
de tes jambes d’ébène,
une saveur douce
dérobée au jour.


Comme la confiture
encore tiède après la cuisson,
dont le coeur
toujours plein de présence solaire,
distille son élixir…


RC – dec 2015

 

Afficher l'image d'originepeinture: Luis Melendez