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Cadenassés – ( RC )

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Photo:           Emmanuelle Gabory

Tu connais beaucoup de gens,
qui se claquemurent , derrière les serrures
et les barreaux.
C’est comme un tombeau
        où ils s’enferment.
On ne sait si ils dorment
sur un matelas d’or .

Mais ils ne t’ouvrent pas leurs portes,
et leur esprit semble,
de même , cadenassé .
On ne sait d’ailleurs , s’ils ont égaré la clef,
ou quel lourd secret       ils gardent .
Ils sont dans un abri bétonné ,
       clos dans leur coquille.

Dans leur ciel, pas d’étoile ,
et dans leur regard,
       rien ne brille .
S’ils prennent la mer :
       pas de brise dans leurs voiles :
Comment découvrir des îles ,
       dans un voyage immobile ?


RC – mai 2017

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L’énigme résiste à l’analyse – ( RC )

Image associée

Si on improvise,
– comme un chant dans la nuit ;
sans suivre une recette -,
se risquant            sur un fil,
avec le vide           en-dessous,

Chaque parcelle ,
semble créée d’un nouveau langage ,
issu d’un chaudron,
où les ingrédients
partagent leur saveur .

Toi, tu le vois un peu
          à la façon d’ un chimiste
assemblant les phrases,
comme il le ferait
en mélangeant les produits.

Quelle intuition faut-il au poète
pour que des images naissent ,
d’une rencontre fortuite
et         engagent le rêve
en quelques lignes brèves ?

C’est                  d’un intervalle,
entre le sens et l’inconscience,
où l’étincelle créative
s’élève d’un écrit incertain,
         et jette ses feux .

Comment les atomes de carbone,
façonnent-ils un diamant ?
Comment la musique de l’âme
s’échappe-t-elle        de quelques mots
imprimés sur une page ?

C’est une sorte d’énigme :
Elle résiste à l’analyse
et conserve son secret
au plus profond de l’esprit :

qui voulait donc changer le plomb en or… ?


RC – janv 2017


C’est l’aube, et je ne le sais pas – ( RC )

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peinture : Edward Munch –  mort de la mère, et l’enfant    1898

 

Il y a comme les ailes lourdes du sommeil.
Elles s’abattent sur moi, même les yeux ouverts ,
L’océan gronde ses vagues naissantes.
L’obscurité palpite à mes pieds :
ce sont les doigts de la mort ,
battant comme le ressac.


C’est l’aube et je ne le sais pas .

Mon ombre se confond avec mon corps :

il y a de la nuit dans mon regard ,

qui contemple le soleil,

comme une ombre noire  .


RC – mars 2018

 

(  d’après un texte  de Al Pizarnik : « comme les doigts »  )


J’ai oublié, jusqu’à mon propre nom – ( RC )

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photo  Klavdij Sluban

 

Je me suis vêtu d’habits simples,
pour marcher pendant longtemps,
à travers le désert,
parallèlement au faucon,
qui glisse sur les cieux,
entre air et nuages.

A défaut,            la nuit,
je me guide aux étoiles,
sur un chemin étroit,
entre l’existence et le néant .
Je trouve parfois une petite source
cachée dans un creux

et je bois avec délice,
comme je bois les mystères du silence
presque à portée de main ,
en m’éloignant des villes,
du vacarme et des gens ,
et le vent m’apporte sa chanson.

C’est ainsi que mes sandales
ont foulé le sable,
sans que je ne voie
aucune trace,       aucune route ,
si loin que porte mon regard
jusqu’aux confins de l’horizon .

Je ne m’aperçois même pas,
sous le feu de la lune,
que j’invente à chaque pas
ma propre voie .
Continuant sans me retourner ,
je me suis aperçu que j’ai oublié

jusqu’à mon origine,
et mon propre nom .


RC – nov 2018


C’est un drôle de truc – ( RC )

 

 

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Je suis là,          et je n’y suis pas.
Il y a de la vie, passant par ma main,
mais elle est ailleurs aussi .
Il y a ce que je dis
et ce que je ne dis pas.
Les traces de mes pas,
et ceux de bêtes imaginaires,
qui se croisent
et se superposent.
C’est un drôle de truc ( l’écriture ),
disait Duras,
( autant dans les romans-photo ,
que dans les lettres
que je ne t’ai pas encore écrites )


RC – mars 2018


Où dorment les saisons – ( RC )

C’est un voyage immobile,
où les saisons dorment.
Les matins tournent sur eux-même,
et remontent l’obscurité,

mais le temps ne parle pas aux plantes,
les fenêtres restent ouvertes,
sur un horizon où les montagnes
ne changent pas de couleur .

J’attends que les choses se bousculent.
Il faut juste un mouvement du poignet,
et forcer parfois sur les crayons,
pour que l’aube se change en jour,
         que l’univers se mette en mouvement.


RC – avr 2017


Des êtres qui mangent les étoiles – ( RC )

–     Yuri Gagarin 20858624620.jpg

Ce sont ces êtres

qui mangent les étoiles,

leurs dits de poètes,
sont comme des comètes,
qui voyagent dans l’univers,
et finissent par retomber
après avoir enfanté
des lucioles,
des rêves d’enfance,
et quelques graines de folie.

Il y en a qui
nous ramènent les pieds sur terre,
qui nous parlent de la guerre,
rappelant que les larmes
ne sont jamais très loin.
Ne leur en voulez pas,
s’ils font tourner les galaxies,
à l’envers.
Leur sang est de fleurs
et de soupirs.

Pourquoi sont-ils
toujours ailleurs,
dans l’échelle des valeurs
et si bon marché ?
C’est que les mots
appartiennent à chacun,
que tout le monde peut les prendre.
Ce sont des diamants accessibles
qui, malgré les apparences
ne sont pas à des années-lumière.

Pour voyager avec eux,
il n’y a pas besoin de fusées,
d’engins interplanétaires :
leur écriture est un mystère,
un voyage initiatique,
le jeu des images,
des métaphores et raccourcis,
nous emporte dans leurs écrits.
Pour voyager avec eux,
il suffit de les suivre .


RC


Une toute petite armoire – ( RC )

art- Sophie Calle

 

C’est une armoire un peu bizarre ,
où se cachent plein d’histoires,
des souvenirs d’enfance,
de petits objets
que conservait ma mère
dans sa boîte de couture,
une boucle de cheveux blonds,
dans du papier de soie,
des bandes de papier
avec mon écriture tremblée
décrivant la grille du jardin,
les escargots qui se cachaient
sous le rebord du mur.

Comme on peut le deviner,
un secret reste un secret .
Il y en a de terribles
cadenassés à triple tour,
enfouis au fond de la mémoire,
qu’on s’efforce d’effacer,
mais qui reviennent
tôt ou tard,
à la surface.
Rassurez-vous
ce ne sont les miens .

Il y a , …. il y a
plein de choses encore,
tant qu’on pourrait s’étonner
que cela prenne place
dans cette petite armoire .
– Je ne ferai pas une liste :
– d’ailleurs à quoi bon ? –
elle n’a pas de fond,
car elle s’ouvre sur l’infini
et la course des étoiles .
Si vous l’ouvrez
( car je n’ai pas de clef )
vous n’y verrez rien
de particulier .

Je suis seul à savoir ce qu’il y a dedans…


RC – mai 2017


Capture des ombres – ( RC )


Tu tires vers toi les lignes du jour,
tout le temps nettes ,           et elles dansent
singeant la forme des êtres ,   leur contour
mais qui n’ont pas de consistance ,
et          sur lesquelles on n’a pas de prise .

Tu voudrais bien en capturer une, la prendre par surprise
l’immobiliser,          la happer au passage,
mais elle est toujours plus leste,
et s’effarouche         au moindre geste …
peut-être en es-tu simplement l’otage ?.

Une des méthodes pour les voir disparaître ,
est d’attendre l’arrivée du soir,
                          jusqu’à ne plus rien voir :
la nuit recouvre tout de son voile noir,
endeuillant tout,     sans rien omettre .

Les ombres auraient-elles disparu pour autant ?
Ou bien au contraire   débordent-elles ,
pour tout occuper,       en s’étendant ,
profitant de l’éclipse du jour :         une brèche
avant son retour :                              le parapluie

de l’étendue de la nuit ,
à la façon d’une chauve-souris :          ses ailes
sont-elles l’ombre , elle-même ?
Ainsi jouant de l’extinction du soleil,    le stratagème,
identique à celui            d’encre noire de sèche .

RC – mai 2017


Enfermé dans un songe – ( RC )

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peinture: Jim Henson

Lové sur moi-même,
enfermé dans un songe :
c’est une voie souterraine,
où j’erre, les yeux fermés,
et pourtant le corps glisse,
dans des paysages,
qui défilent,
peut-être inventés,
dans l’échancrure d’un monde
où des vents me poussent ,
dessinant une esquisse,
que je ne peux saisir :

des carrefours
conduisant à d’autres,
indéfiniment.
Je ne me rappelle que des bribes,
au petit matin :
c’est comme s’il m’avait été donné
d’entr-apercevoir
le mystère des choses,
J’aurai fait corps avec elles,
dans la densité obscure
de leur secret,
attendant de le partager
avec la nuit .


RC –