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Un rêve en couleurs – ( RC )

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image – montage  perso

 

Tu peux prendre les craies,
dessiner à même le sol.
Le rêve que tu fis
s’est transformé en image,
celle-ci entre en toi, elle te poursuit,
comme une chevauchée du ciel,
que tu désires encore et encore.

C’est un rêve en couleurs,
qui te supporte .
Ainsi tu flottes à sa surface ;
tu n’en connaîtras jamais la profondeur,
même si tu explores neuf dixièmes d’inconnu,
à la façon d’un iceberg  :
il dérive lentement, et finit par se dissoudre.

As-tu trouvé les mots pour le dire,
la toile pour transmettre ce qui te hante ?
Beaucoup sont enroulées encore dans un coin de ta tête,
et ne verront pas le jour encore,
à vivre un peu éveillé entre le jour et la nuit.
Montrer une partie du monde,
juste avant que les années ne fondent .


RC – juin 2016

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La maison de verre – ( RC )

maison-de-verre-Le-Cirva-au-Musée-Cantini-Marseille-slide.jpg

sculpture J-Luc Moulène –  » for birds » ( verre moulé et cage  – CIRVA  Marseille)

 

Et ce sera un sortilège,
la maison serait transparente,
donnant sur les prés
les branches qui se balancent ,
au-dessus du toit .
On verrait à travers elle :
de l’autre côté
se continue l’horizon.
Les plus hauts murs
et le fouillis des villes
m’ignorent .
Les pierres sont lourdes et tranchantes ,
le désert est ailleurs.

Le vent se lève et berce les étoiles,
mais je ne m’en aperçois pas .
Je suis dans la maison de verre :
elle voyage, lovée sur elle-même,
n’a que faire des pluies et
des écharpes de brume .
Les tempêtes n’arrivent pas jusqu’à moi.
La maison est close, les portes
ne s’ouvrent pas .
C’est un lieu à l’écart du monde,
une bulle, une fenêtre tout entière,
Malgré qu’elle n’ait pas de barreaux.

Je n’en sortirai pas.

RC – juill 2017


Constellations de Miró – ( RC )

Résultat de recherche d'images pour "Personnages dans la nuit guides par les traces phosphorescentes des escargots"

peinture: Joan Miró -Personnages dans la nuit guidés par les traces phosphorescentes des escargots (1940 )

 

J’ai suivi les étoiles,
et l’émerveillement d’un enfant
voyant dans le firmament,
les rêves reportés sur la toile,

les animaux du zodiaque
les femmes oiseaux,
peintes par Miró ,
un chant élégiaque

imprimé dans l’irréel :
Des figures bizarres,
un vocabulaire de chiffres épars,
majuscules et voyelles

où des personnages se bousculent
dans une curieuse constellation,
couleurs joyeuses en éruption :
des yeux, des triangles et des bulles

Il y a quelque chose des Shadocks
rien n’est rectiligne :
ici, on parle la langue des signes :
l’espace est ventriloque,

On peut sauter à l’aise
de planète en planète :
la nébuleuse est stupéfaite
et ouvre ses parenthèses

par l’intermédiaire d’une marelle,
où, dans un silence éternel,
il suffit d’une échelle
pour atteindre la case « ciel »…


RC – nov 2017

 

Image associée

Joan Miró:   Femmes au bord du lac à la surface irisée par le passage d’un cygne


La Tour Eiffel est une île qui dérive – ( RC )

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image –  montage perso

 


Je suis monté au sommet de la tour la plus haute,
Cette tour,           c’est mon immeuble ;
il y a aussi d’autres barres de béton,
parallèles,    avec chacun leur parking,
et les autos bien alignées,
qui luisent au soleil déclinant,
comme de gros mollusques.

Je me suis vu         comme dans un phare,
affrontant vents et tourmentes…
le ressac brassant les algues,
le sable      se disputant aux rochers noirs.

        Plus de pigeons picorant dans la résidence,
mais des mouettes blanches ,
aux ailes étendues…

L’impasse a basculé sous les rochers,
les voitures,         aux étranges carapaces,
flottent au petit bonheur .
La marée montante a recouvert le Mc Do.
La lune dialogue avec les vagues
dont l’écume rejaillit sur les murs .
La Tour Eiffel est une île,          qui dérive .


RC – oct  2017


Un peu de mémoire emportée – ( RC )

Résultat de recherche d'images pour "ombre arbres pissarro"

peinture: Maurice Denis

Les ombres des frênes
laissent leur ombre de givre,
sur l’herbe, où le temps se fige.

Les échos s’assourdissent,
mais le vent laisse libre cours
au passage des nuages.
C’est un peu de mémoire emportée
arrachée de mon coeur ,
lui qui reste gravé
sur le tronc, avec nos initiales,
bientôt illisible.

Ce frêne dont la blessure a saigné,
et qui se referme,
lentement recouverte de lichens.


RC – janv 2017


Reines de France – Scarabées – ( RC )

Anselm Kiefer

sculpture –  Anselm Kiefer ( dans la suite de sa série  « les reines de France » )


Le quadrillage régulier des salles du palais
s’enlumine         de celui des fenêtres hautes.
           Le pied emprisonné sous la bottine
risque un déplacement prudent
sous le manteau noir
ceint d’hermine  .
          La robe de plomb
sertie d’opales et rubis,
ne protège pas du froid .

Cuirassée  d’ élytres.

Il faut déplacer
         cette pesanteur rigide
sur le carrelage muet
à la façon d’un automate
bien que le corps
         ambitionne
l’audace du soleil
ses rayons enveloppant
ta  blanche jambe de rousse .

Un bourdon dans sa cage.

( On ne court pas ,        légère
dans les allées du parc
          en habits de coton
après avoir laissé
au vestiaire
         l’habit d’apparat ) .
Le protocole impose
le maintien,       la tête haute .
Les gardes sont en armure.

Scarabées.

Le domaine est clos
les arbres étendent leurs ombres,
bouchent l’horizon,
            les murailles hautes .
On n’attend plus le prince charmant .
Une chambre étroite dans la tour nord,
            un sombre plafond à caissons .
Une lourde bible pèse sur la tête .
On ne la voit plus .

On a trouvé un insecte  séché  dans une  boîte  d’allumettes .


RC – sept 2016


Dieu écoute la confession du vent – ( RC )

photographe  non identifié,  doc  extrait du site urbexground

 

Un ciel étoilé
s’est affaissé dans l’église .
Des morceaux de plâtre,
sont venus blanchir les dalles,
et les chaises renversées .
                            Les colonnes s’ennuient.

La lumière , pourtant, persiste,
à traverser les voiles blanches
des toiles d’araignées .
Elles tentent de colmater,
     comme elles le peuvent,
             les vitraux ébréchés.

Une pluie d’éclats de couleurs,
participe au silence
de la journée qui s’étire :
                    elle se pose sur les statues de saints,
désaffectées,        attendant des jours meilleurs,
les yeux au ciel.

L’édifice est vide dans son ombre,
le soleil et peut-être Dieu aussi,
patientant dehors ,
   dans un autre décor
   que celui des hommes,
>       écoutant la confession du vent.


RC – mai 2016


la pièce vide – ( RC )

Je suis revenu dans la maison vide.
J’y ai vécu il y a longtemps,
et mes chaussures parcourent la grande pièce,
il y a des graviers venus d’on ne sait où,
et des corps d’insectes morts s’effritant sous mes pas.
Je suis peut-être à la recherche de quelque chose,
une atmosphère, qui s’est dissoute,
et que j’essaie de restituer,
question de lumière,
du grain des murs,
et sans doute des yeux dissimulés derrière,
attendant mon retour,
comme ceux de portraits d’ancêtres,
enlevés, partis vers d’autres univers,
mais dont les cadres ont laissé
leur empreinte pâle.
Leurs fantômes ont fui le soleil,
et ont saturé l’air,
dispersés à la manière de bulles de savon,
invisibles, légeres,
essayant de me dire quelque chose.


RC – avr 2017


Une main sur le mur, puis l’autre, à tâtons – ( RC )

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                                                                     Photo  –  Dorothee Lange  –

Une main sur le mur
et puis l’autre, à tâtons,
je cherche quelque chose
entre les pierres    :
ce sont mes doigts
qui regardent,
et suivent le dessin
d’une faille,          un creux,
une ancienne porte
                          scellée.

Peut-être l’entrée murée,
d’un couloir
qui conduit autre part.
S’il est possible
       de passer à travers
cette muraille,
       de rétrécir
pour se glisser
        dans les fentes,
et gratter,
        avec les ongles,
la poussière incrustée,

Respirer l’air
qui           – depuis des siècles,
    n’a pas connu la lumière –       ,
regarder d’une autre façon,
comme le serait
la vue d’yeux       clos,
dans des pièces
condamnées
          à tout jamais,
comme aussi seraient
ces tombeaux
où pourtant ce qui
a été demeure

Identique         mais figé
>     comme dans la glace,
l’encadrement écaillé
des portes,
le papier peint à motifs,
les crochets
suspendant la trace
pâle d’anciens tableaux
alors
ce serait comme
un espace voisin, d’où
inversement

un jour, quelqu’un
pourrait        avec ses doigts
qui regardent,
suivre le dessin
d’une faille,         un creux,
une ancienne porte
scellée,             et respirer
l’air          du siècle présent,
de la pièce    d’aujourd’hui
restée                 intacte,
identique      mais figée
>        comme dans la glace
.
Et si nos mains
se rencontraient
… à tâtons .


RC – mai 2016


Faire de son image, le deuil – ( RC )

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Tout a un début, tout a une fin :
Je n’apprendrai à personne
Que, commençant par un beau matin
d’été, on se retrouve vite à l’automne…

Tu as beau tourner le miroir
dans tous les sens
Tu te vois entouré de noir :
c’est une présence

où le décor s’engloutit
dans un incendie sans flammes :
c’est peut-être ce qui embellit
une partie du drame ….

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Ce n’est pas ce que tu imagines :
Il ne suffit pas de déchirer les feuilles
du magazine,
pour faire de ton image, le deuil.

Dans cet incendie froid,
cette glace limpide,
que la glace soit à l’envers, à l’endroit,
ton visage reste le même, couvert de rides.

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Ce portrait trompeur
cette peau flasque ,
supportant son poids d’heurs :
c’est un masque

dont jamais tu ne te défais   :
tu ne peux le déchirer :
c’est un auto-portrait
qui ne fait qu’empirer .

Il n’y a pas de camouflage
dans les peintures de Rembrandt,
mais seules ,  les marques de l’âge
– quelque peu discordantes .

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Et un jour la mort,
( qui jouait la patience ),
s’extrait soudain du décor…
– en toute innocence…

Elle, qui restait discrète, enfin
prend toute la place :
Du miroir sans tain,
ton image s’efface…

RC- avr 2016