Textes poétiques et d'actualité -nulle part ailleurs !

Archives de novembre, 2013

L’esprit ( RC )

peinture: Lyonel Feininger  1936

peinture: Lyonel Feininger 1936

 

 

 

 

Dix huit mètres-cubes de silence,

Tordus sous le poids,

De la raison, des convenances,

Et des lois,

Mais un espace comme bulle d’air

L’ oiseau y vole à son allure,

Est-ce le monde à l’envers,

Où se fond sa nature ?

Dix, ou cent mille ans d’attente *

S’étendent par ici,

Et l’enfer de Dante,

Un temps de pain rassis.

Du marteau à l’enclume,

Gerbes d’étincelles,

L’oiseau lisse ses plumes,

De jeune hirondelle.

La chasse est ouverte,

Les balles sifflent à ses oreilles,

Mais en pure perte;

Déchirent le ciel, et le raye.

Tant d’éclats de fer

Tant de peine et de douleur,

De tristesse et de guerres,

Les discours des dictateurs…

Dans le cube de silence,

N’arrivent pas, injures et cris,

Retombant aussitôt qu’ils s’élancent.

Que peut-on contre un esprit ?

 

* expression venant de Boris Vian «Elle serait là, si lourde« 

« 

RC – 10 octobre 2013


« Dix huit mètres cubes de silence », est un  roman de Geneviève Serreau

 

« 


Portrait en coutures d’encres ( RC )

peinture: Gordon Cook: figure sans visage

peinture: Gordon Cook: figure sans visage

 

 

 

 

Trait pour trait, se dessine ton portrait
A la couture d’encre,
Que je parcours à tâtons,
Fin négatif dans l’obscur,
Où je perçois ton contour,
En léger creux

Ton cachet de cire.

Je n’en comprends pas forcément toutes les paroles,
Car il me faut aussi interpréter le silence,
L’espace entre les cailloux déposés,
Sous le flux de la rivière.

Mais à passer les doigts,
Sur les coutures, – et dessous,
J’ai ma petite idée
d’un volume, révélant l’espace,
D’où tu t’es dissimulée,
– l’encre sympathique –

en relation avec le texte  de  Anna Jouy  « secrètes images »

RC  – 6 octobre 2013


Pas de soleil ,ce matin ( RC )

exposition  rencontres  d'Arles 2012

exposition rencontres d’Arles 2012

Il n’y a pas de soleil ce matin,
Mais une brume                 qui s’étale,
Et occupe         la vallée de mon âme,
Où mes gestes se plient.

La lumière est ailleurs,
Elle t’accompagne, mais je ne te vois pas,
Derrière ce brouillard,
Où même                   tes paroles se heurtent,

Et les miennes s’enfoncent,
A en oublier la beauté,
La tendresse de tes gestes
Le dessin de tes yeux.

Il faut que derrière ce rideau,
Effaçant ton sourire,
Je refasse de mémoire,
Le contour de ton corps,

Que je découpe dans les nuées,
Avec obstination,         une porte secrète,
Combler de ta présence, la distance,
Pour te sentir auprès de moi, mon amie…

Et le soleil reviendra.

RC – 8 octobre 2013

 


Juan Luis Panero – Miroir noir

peinture: Erich Heckel  1909

peinture: Erich Heckel 1909

Miroir noir
Deux corps qui s’approchent et grandissent
et pénètrent dans la nuit de leur peau et de leur sexe,
deux obscurités enlacées
qui inventent dans l’ombre leur origine et leurs dieux,
qui donnent un nom, un visage à la solitude,
défient la mort car ils se savent morts,
détruisent la vie car ils sont sa présence.
Face à la vie oui, face à la mort,
deux corps imposent de la réalité aux gestes,
aux bras, aux cuisses, à la terre humide,
au vent des flammes, au bassin des cendres.
Face à la vie oui, face à la mort,
deux corps ont conjuré le temps obstinément,
construisent l’éternité qui les nie,
rêvent pour toujours le rêve qui les rêve.
Leur nuit se répète dans un miroir noir.
              Juan Luis Panero

trad  Dominique Boudou

Espejo negro
Dos cuerpos que se acercan y crecen
y penetran en la noche de su piel y su sexo,
dos oscuridades enlazadas
que inventan en la sombra su origen y sus dioses,
que dan nombre, rostro a la soledad,
desafían a la muerte porque se saben muertos,
derrotan a la vida porque son su presencia.
Frente a la vida sí, frente a la muerte,
dos cuerpos imponen realidad a los gestos,
brazos, muslos, húmeda tierra,
viento de llamas, estanque de cenizas.
Frente a la vida sí, frente a la muerte,
dos cuerpos han conjurado tercamente al tiempo,
construyen la eternidad que se les niega,
suen᷉an para siempre el suen᷉o que les suen᷉a.
Su noche se repite en un espejo negro.